vendredi 18 mars 2016

Recueil d'armoiries de villes de France peintes au XVIe siècle - chapitre #02 - Parlement de Paris, suite

ancien blason de la ville de Boulogne-sur-(la)-Mer
 (à l'époque dans la province de Picardie)
 fin du XVIe siècle - manuscrit Fr 17256
 N ous voici de retour pour remonter dans le temps des premiers blasons municipaux avec l'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries peintes en couleurs de villes de France. Il est en effet bien antérieur d'au moins trois quarts de siècle à celui réalisé par Pierre de La Planche dont je publie régulièrement des extraits depuis plusieurs années . Il est bien sûr aussi et encore plus ancien que l'illustre Armorial Général de France de Charles d'Hozier qui fait souvent référence pour l'ancien régime, avant la Révolution française et la suppression des armoiries en 1790.

Voir la description initiale de notre armorial du XVIe siècle (BNF / Français 17256) et le premier volet: → ICI


Comme je le fais pour l’Armorial de La Planche, je propose à titre indicatif et comparatif, placées en dessous de chaque page, les armoiries actuelles de chaque ville mentionnée. Cela permet ainsi au lecteur de se rendre compte de l'évolution ou de la constance du blason dans le temps en un peu plus de quatre siècles.

folio 108 r. (recto) :  Crécy-en-Brie / Janville-en-Beauce / Saint-Denis-en-France /
l'Abbaye de Saint-Denis / l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés / l'Évêché de Meaux

Crécy-la-Chapelle
(Brie, Seine-et-Marne)
Saint-Denis (pays de
France, Seine-Saint-Denis)
Janville
(Beauce, Eure-et-Loir)

Abbaye royale de 
Saint-Denis
Évêché de Meaux
Abbaye de Saint-Germain-
des-Prés (Paris)

• Sur ce feuillet, outre trois villes, sont présentées les armes de trois célèbres et puissants établissements religieux de l'Ile-de-France. Nous verrons d'autres cas de mixité entre armes municipales et armes de communautés ecclésiastiques plus loin, dans ce manuscrit.

• Du point de vue artistique et esthétique, pour la ville de Crécy-en-Brie ( aujourd'hui Crécy-la-Chapelle) on pourra reprocher à l'auteur de l'armorial de ne pas avoir gommé les traits disgracieux qui traversent le croissant "montant" (pointes tournées vers le haut) à l'endroit où il croise celui qui est "tourné" (pointes dirigées vers la gauche). Notre homme a eu beaucoup de mal à réaliser le motif complexe que sont ces croissants entrelacés, car il a fait une autre erreur sur le croissant contourné (pointes vers la droite) dont la branche inférieure aurait dû passer derrière l'autre croissant "tourné" ! Pour simplifier : chaque croissant doit avoir une pointe passant derrière et l'autre devant celles de son voisin...

• On notera pour la ville de Saint-Denis, le chef d'argent chargé de la devise "MONT JOIE SAINT DENIS" qui est en fait le cri de guerre de la dynastie capétienne, et en premier lieu les rois de France de Hugues Capet jusqu'à la fin du XVIe siècle, avec les derniers Valois. Ces rois et leurs épouses ont été (presque tous) inhumés dans la nécropole de la basilique de Saint-Denis.


folio 108 v. (verso) :  Amiens / Abbeville / Montreuil-sur-la-Mer / Saint-Dizier / 
Notre-Dame-de-Liesse / Auxerre


Amiens
Montreuil
Abbeville
Saint-Dizier
Auxerre
Liesse-Notre-Dame


• Vous remarquerez à droite de la page, dans la pliure du livre, deux petits feuillets relevés, qui ont été insérés et collés dans la reliure. Nous allons découvrir leur fonction juste en dessous, quand ils sont rabattus.

• Le blason d'Amiens est ici représenté dans une version ancienne avec un champ de gueules diapré d'argent. Ce diapré deviendra la plante de lierre que nous connaissons aujourd'hui (voir lien, plus bas).

• Les blasons suivants présentent tous des petites différences que je vous laisse découvrir.

• le très ancien site de pèlerinage catholique de la basilique Notre-Dame-de-Liesse, près de Laon, est devenu avec le temps un bourg puis une commune sous le nom de Liesse-Notre-Dame. Les armes que nous voyons sur le manuscrit sont formées, pour les quartiers supérieurs, à partir du blason des rois Bourbons : de France et de Navarre. Or le premier en titre à accéder à la fonction suprême fut Henri IV qui régna de 1589 à 1610 suivi de son fils Louis XIII (1610-1643). Mais le lien entre ces monarques et le lieu reste à déterminer. En tout cas nous avons là un nouvel indice important pour dater le manuscrit avec une borne maximale de 1589 ( dans le dernier volet nous avions obtenu la celle de 1601).

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Amiens, Montreuil → ICI          Abbeville → ICI                      Auxerre → ICI


folio 108 v. avec encarts rabattus :  Amiens / Saint-Quentin-en-Vermandois / Montreuil-sur-la-Mer /
 Saint-Dizier / Notre-Dame-de-Liesse / Boulogne-sur-la-Mer


Saint-Quentin
Boulogne-sur-Mer

•  Et voici donc le secret de ces deux encarts insérés dans la pliure de l'ouvrage : le rajout de deux villes supplémentaires dans le chapitre !  Un procédé astucieux que nous connaissons bien en imprimerie et qui se perpétue encore aujourd'hui : rappelez-vous quand vous trouvez des publicités encartées au milieu des pages de votre magazine préféré !


• Le blason de Boulogne de gueules, avec le cygne d’argent, becqué et membré de sable sur le manuscrit est celui de la ville médiévale, présent depuis des siècles sur les sceaux des échevins. Les tourteaux de gueules sur champ d'or proviennent eux, des armoiries des puissants Comtes de Boulogne, et seront d'abord simplement accolés au blason au cygne à partie du XVIIe siècle puis fusionnés ensemble un peu plus tard, comme il apparait aujourd’hui...

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
              Saint-Quentin → ICI                                              Boulogne-sur-Mer → ICI 


folio 109 r. : Clermont-en-Beauvaisis / Beauvais / Soissons / Noyon / Laon / Calais

Clermont
Soissons
Beauvais

Noyon
Calais
Laon


• On remarque quelques divergences ou évolutions connues, pour Laon ou justifiées : Soissons (voir les liens vers La Planche, plus bas). Plus surprenantes sont les armes de Beauvais (orthographiée Beaüvaix), aux émaux inversés, "d'argent au pal de gueules" ... une erreur ou une mauvaise information transmise à l'auteur? vraiment étrange ...

• La ville de Calais,  après 211 ans d'occupation anglaise revient à la couronne de France le 8 janvier 1558, reconquise par le Duc de Guise pour le compte du roi de France. Les armes de Calais que nous voyons sur le manuscrit ont été accordées cette même année par le roi Henri II qui y fit son entrée triomphale le 23 janvier 1558. Voici donc une nouvelle information importante pour confirmer l’ancienneté de cette partie du manuscrit. Les armes de Calais subiront peu après une évolution définitive en intégrant la croix de Lorraine (soutenant l'écu) doublée, et la Croix de Jérusalem sur un champ de gueules qui proviennent des armes de François de Lorraine, le Duc de Guise, vainqueur à Calais et avec les armes initiales de Calais (celle du manuscrit) mises en écusson, la couronne sommant désormais celui-ci.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Clermont, Beauvais → ICI              Soissons, Noyon et Laon → ICI                      Calais → ICI


folio 109 v. : Chaumont / Château-Thierry / Vitry-le-François / Châlons-en-Champagne / 
Chaumont-en-Bassigny / Troyes


Chaumont-en-Vexin
Vitry-le-François
Château-Thierry

Châlons-en-Champagne
Troyes
Chaumont

• Ici encore quelques divergences et évolutions connues (Chaumont-en-Vexin, Vitry-le-François) et une énorme bourde de l'auteur ! En effet le blason montré pour Châlons-en-Champagne : "d'azur à trois annelets d'or" est celui de... Chalon-sur-Saône (voir → ICI) !!! une confusion faite assez fréquemment et toujours d'actualité, avec le nom de ces deux villes, même si il s'écrit différemment !

• A noter pour le blason de Chaumont, anciennement "en-Bassigny" du nom du petit pays et ancien comté de Bassigny : le quartier dextre du parti est orné des armes de Navarre qui firent place au demi-rais d'escarboucle fleurdelisée d'or que nous connaissons pour les armes de la ville. Une référence à la féodalité dans cette région quand les comtes de Champagne  qui avaient hérité du titre de roi de Navarre (de 1234 à 1305) possédaient un château dans la ville de Chaumont, elle-même défendue par ses fortifications.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant,  avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Chaumont-en-Vexin → ICI
           .                        


  C'est tout pour cette fois. Nous reviendrons très rapidement avec la suite de ce manuscrit très intéressant pour l'histoire de l'héraldique municipale de la France, qui remet en question bon nombre de certitudes affichées par nos auteurs contemporains sur l'antériorité de tel ou tel blason.

Suite de cette section du manuscrit consacré aux villes de France : feuillets suivants  → ICI


 Crédits :
- Le manuscrit complet "Français 17256" est  consultable en ligne sur le site : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528582x/
- Les blasons "modernes" proviennent tous du site incontournable :  armorialdefrance.fr
sauf celui d'Amiens qui vient de :  armoiries.free.fr
et ceux des Abbayes et de l'Évêché que j'ai bidouillé moi-même ☺
Je les remercie chaleureusement pour l'occasion.




          Herald Dick


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