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lundi 10 janvier 2022

Capitales du monde : Bratislava #2

   oici le second volet consacré à la capitale de la Slovaquie, qui fait peu parler d'elle dans l'actualité, mais qui pourtant mérite le détour. 

  Notre précédent périple s'était arrêté en 1918 avec la chute des empires centraux: Allemagne, Autriche-Hongrie, Turquie (voir → ICI). Les différents traités de paix qui closent la Première Guerre mondiale, vont bouleverser la carte du monde et profondément celle de l'Europe. De nouveaux états vont naître, d'autres déjà existants vont agrandir leurs territoires, à la fin du conflit, au détriment des nations vaincues. C'est le prix payé traditionnellement pour les dommages de guerre. Mais c'est aussi une humiliation des vaincus qui aura de lourdes conséquences dans une vingtaine d'années.

  ❹ Un nouveau nom, un nouveau pays, mais toujours le même blason.

   Le 1er janvier 1919, la ville passe sous le pouvoir de la première République de Tchécoslovaquie, et devient de fait l'objet de convoitise de la Hongrie, qui la perd après près de 10 siècles de souveraineté sur elle, ce n'est pas rien. D'après le Traité de Trianon, qui attribua le territoire de l'actuelle Slovaquie (connue à l'époque sous le nom de Haute Hongrie) à la jeune République tchécoslovaque, Bratislava, ainsi qu'une tête de pont sur la rive droite du Danube, passèrent pour la première fois depuis plus de mille ans, sous le contrôle d'une nation slave. L'une des première décision du jeune gouvernement tchécoslovaque, cherchant à montrer son autorité sur le territoire slovaque, fut de rebaptiser la ville : Bratislava, d'après le nom d'un obscur héros de l'histoire de la Grande Moravie et de la Basse-Pannonie au IXe siècle : Braslav, remplaçant ainsi les toponymes aux sonorités trop germaniques (Prespork, Pressburg).

vignette non postale (cinderella) de propagande
rédigée en hongrois et portant la date de 1920
traduction : "Notre vie et notre sang
nous sacrifions pour POZSONY !
", avec la statue
 équestre (détruite) de Marie-Thérèse d'Autriche
vignette non postale (cinderella), publicité
en allemand pour une foire internationale
se déroulant à Bratislava, en 1925 - avec les
armoiries très simplifiées - ce sont les toutes
premières mentions du nouveau nom de Bratislava. 

Une des nombreuses verrières créées par Miksa Róth - ici ornant le hall au 1er étage
du bâtiment des Archives Nationales hongroises à Budapest, inauguré en 1923
et montrant les armoiries des principales villes historiques de la Hongrie
 dont ici celles de Pozsony (=Bratislava, mais qui n'est plus hongroise), au centre et ci-dessous:
Dessin original proposé (1928/1929), mais finalement non pris en 
compte par l'artiste vitrier Miksa Róth pour créer les verrières des

 Archives Nationales hongroises à Budapest; œuvre de Breth Béla
Propriété des Archives Nationales hongroises

(voir l'ensemble des dessins → ICI)

   La reprise du territoire de la Slovaquie méridionale, y compris Bratislava, où vivait une large minorité ethnique hongroise (toujours existante de nos jours), devint le cheval de bataille de la politique du  gouvernement hongrois entre 1919 et 1945. Au cours de cette période, Bratislava fut également l'objet d'une controverse à l'intérieur des frontières de la nouvelle Tchécoslovaquie. Un bon nombre de slovaques ne se considéraient pas du tout comme des  "Tchécoslovaques", un concept qui leur était étranger, et avaient l'impression d'être sous le pouvoir d'une administration autoritaire centralisée à Prague, la capitale désignée de la Tchécoslovaquie, en territoire tchèque. Néanmoins, Bratislava fut désignée capitale régionale de la Slovaquie, une petite concession de Prague. L'essor de Bratislava date de cette époque. La population augmente, la bureaucratie se développe, avec une classe moyenne instruite et une conscience nationale émerge. A un moment donné les dirigeants politiques slovaques revendiquèrent l'autonomie de la Slovaquie avec Bratislava comme capitale. Les rivalités entre Prague et Bratislava, affaiblissant l'unité tchécoslovaque, eurent comme conséquence de livrer une partie du territoire à l'Allemagne d'Hitler, avec la crise des Sudètes. La République tchécoslovaque tombe en 1939, et Bratislava devient la capitale politique de l'État slovaque autonome, allié à l'Allemagne nazie jusqu'en 1945. source texte :  L'Europe et ses villes-frontières, de Joël Kotek (Éditions Complexe, 1996)

vignette de collection extraite de l'album Káva Hag /
Kaffee Hag : Znaky Republiky Československé /
Wappen der Tschechoslowakischen Republik
(1932//1933)
Le nouveau nom de Bratislava est complété par
celui de Pressburg, normalement abandonné !
vignette de collection extraite de l'album Abadie
(marque de papier à cigarette autrichienne), section:
Österreich-Ungarische Städtewappen (1928/1933)
pour les autrichiens, rien n'a changé depuis 1918 :
c'est toujours Pressburg / Poszony; Bratislava: connais pas!
(le chiffre 1948 est le numéro d'ordre de la vignette,
et non pas une année)
















voici certainement le premier timbre poste officiel
 montrant les armoiries de Bratislava, il fait partie
d'une série de quatre, émis en 1942 par la poste
 de la République Slovaque (qui était à l'époque
 un état fantoche, vassal de l'Allemagne nazie),
à l'occasion d'une exposition philatélique
.


❺ Bratislava pendant l'ère socialiste ...

  La ville fut bombardée par les Alliés et occupée par les troupes allemandes en 1944. Elle fut prise par l'Armée rouge le 4 avril 1945. Puis elle est restituée à la République tchécoslovaque et redevient la deuxième ville du pays. Après la prise de pouvoir des communistes en Tchécoslovaquie en février 1948, la ville fait désormais partie du bloc de l'Est (sous le nom de République socialiste tchécoslovaque). Le régime prendra fin en 1989 au moment de la chute du bloc de l'Est, durant l'épisode dit de la Révolution de velours.

Premier timbre montrant les armoiries simplifiées de Bratislava,
émis par la poste de la République socialiste tchécoslovaque
en 1960, à l'occasion d'une exposition philatélique
carte postale des années 1950/1960 - armoiries monochromes, bizarres, mais correctes

carte postale des années 1950/1960 - armoiries monochromes en négatif, mais correctes
carte postale des années 1965/1966 - reproduction d'un ancien sceau médiéval (v. 1302), avec
la mention latine circulaire :  SIGILLVM CIVIVM IN PRESPVRGH (soit : le sceau des habitants de Presbourg)

carte postale des années 1970/1971 - armoiries et drapeau fantaisistes !

les armoiries de Bratislava, timbre émis en 1968, débutant la très belle
première série des blasons de 27 villes de Tchécoslovaquie (1968/1975)
A noter: la muraille mouvant des flancs qui n'avait pas été représentée
ainsi depuis des siècles ! 

Enveloppe premier jour du timbre précédent, ornée d'une reproduction des armes de la charte de 1436

Timbre émis en 1970, issu d'une série de
6 timbres consacrée aux ornements de
portes de bâtiments divers de grandes villes :
ici la Porte Michel à Bratislava

armoiries en bas-relief posées sur le pont franchissant
le Danube, sur la rive sud du quartier de Petržalka :
Most SNP (en français: Pont du soulèvement national
slovaque
), construit entre 1967 et 1972.
blason dessiné par le grand artiste héraldiste
tchèque Jiří Louda dans son livre "Blasons
des villes d'Europe" édité par Gründ en 1972

carte postale des années 1970/1971 - armoiries calquées sur celles de Jiří Louda (ci-dessus)

carte postale des années 1970/1975 - armoiries très, trop colorées, inspirées par le style de G.Ströhl 

étiquette de boite d'allumettes de la
marque Solo, faisant partie d'une
série publicitaire pour la 3e Spartakiade
(un grand événement sportif militaire)
 qui s'est tenue à Prague en 1973.

étiquette de boite d'allumettes de la marque
 Solo Sušice, faisant partie d'une large collection
illustrée par les armoiries et un monument
de grandes villes de Tchécoslovaquie (années 1970)












En 1977, la poste tchécoslovaque débute la publication d'une longue
série de très beaux timbres gravés en taille-douce évoquant
l'histoire et les arts de la ville de Bratislava, qui s'achèvera en 1990.
Le timbre ci-dessus représente la fameuse charte d'adoption
des armoiries en 1436, dont nous avons longuement
parlé dans le volet précédent
Deux enveloppes premier jour d'émission de quatre timbres faisant partie de la série sur l'histoire et arts
en rapport avec la ville de Bratislava, l'une datant de 1979 et l'autre de 1981
Encore un timbre de la série prolifique autour de l'histoire et les arts
de la ville de Bratislava, celui-ci émis en 1984 représente les armoiries
de la Guilde des marchands de vin de la ville. 

Carte-entier postal éditée par la poste de l'U.R.S.S en 1979 pour célébrer une exposition philatélique
internationale se déroulant simultanément à Kiev, Cracovie et Bratislava
carte postale des années 1981/1982 - avec les armoiries telles qu'elles sont visibles de nos jours


Bratislava redevient capitale d'état en 1993...
 
  Le 1er Janvier 1993, la Slovaquie devient un état indépendant après la séparation de l'éphémère République fédérale tchèque et slovaque et Bratislava, la plus grande ville, malgré sa position excentrée géographiquement dans le pays, en devient logiquement la capitale.
 
version non officielle (Wikimedia Commons)
des armoiries de Bratislava, mais correcte du point
de vue héraldique (avec les toitures non colorées)

carte postale de l'année 1993 - avec un blason vintage, celui de 1436
Magnifique plaque d'égout en fonte, datée de 1993
municipalités de France et d'ailleurs: prenez-en de la graine !

Timbre émis en 1998 commémorant le 5e anniversaire de la République de Slovaquie avec les blasons de
la capitale Bratislava et de 7 autres grandes villes du pays que vous pourrez retrouver → ICI

Carte postale premier jour du timbre émis en 2005 pour immortaliser
une rencontre au sommet entre George W. Bush et Vladimir Poutine
réunis à Bratislava - nous retrouvons le blason circulaire de 1436

Blocs-feuillets souvenirs édités en commémoration des 1100 ans de la fondation
du château de Bratislava, émis en 2007 (d'après enluminure sur manuscrit du XIVe siècle)

carte postale des années 2000/2010 - avec un blason inédit : supporté par une aigle impériale et
timbré d'une double couronne : Hongrie et Autriche
détail des armoiries impériales de Presbourg
provenant de la carte postale précédente
(origine documentaire inconnue)

Le tout dernier bloc-feuillet émis par la poste slovaque (POFIS) le 18.10.2021, pour honorer la mémoire
du peintre et graveur Matthäus Merian (1593 – 1650), auteur de cette lithographie montrant la ville de Pozsony/Pressburg,
en 1638, avec, bien cachés dans les coins inférieurs, les blasons de la Hongrie et de Bratislava.


🚩Voilà, en deux parties, un survol de 1100 ans d'existence d'une ville d'Europe centrale, par le biais de ses symboles, présents sur toute sorte de supports: du manuscrit médiéval à l'application numérique du XXIe siècle, en passant par les murs des bâtiments historiques, la signalétique de rue et les objets souvenirs. Je suis certain que serez désormais incollables sur le sujet, lorsque vous projetterez une visite de cette belle capitale danubienne, que personnellement, et à mon grand regret, je ne connais absolument pas !!


Crédits :

choix des images:
- passer votre souris sur les images pour lire les url des sites sur lesquels elles ont été empruntées


capitale précédente  →   Bratislava, épisode 1

capitale suivante     → 
  Bratislava, épisode 3


 
 

vendredi 22 mai 2020

Philatélie et héraldique : rétrospective Allemagne 1945 - Zone d'occupation française

bloc de 4 timbres du n°9 de la première série "Zone française"
 📜   Le 8 mai dernier, en dépit de conditions particulières liées à la pandémie actuelle du Covid-19, on a néanmoins célébré le 75ème anniversaire de la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, marquée par l'acte de capitulation de l'Allemagne. Voici un petit rappel et résumé historique qui va nous amener à notre sujet philatélico-héraldique, si vous me permettez ce néologisme.
   Durant le second conflit mondial, plusieurs conférences interalliées se déroulèrent lors des années 1943 à 1945. Les trois puissances alliées : États-Unis, Royaume-Uni et Union soviétique jetèrent ainsi les bases de l'organisation du monde de l'après-guerre et plus particulièrement définirent le sort de l'Allemagne après la cessation des hostilités. Le protocole de Londres du 12 septembre 1944 prévoyait le partage et l'occupation du territoire allemand (et autrichien) en trois zones d'occupation y compris Berlin (et Vienne). Pour l'Allemagne, il fut décidé d’attribuer à l’URSS la zone nord-est, au Royaume-Uni la zone nord-ouest et aux États-Unis la zone sud de l'Allemagne + deux enclaves autour de Brême et l'embouchure de la Weser.
carte "d'époque" montrant les différentes frontières de l'Allemagne avant et après le conflit, les limites des zones d'occupations attribués aux quatre puissances alliés avec les couleurs et les drapeaux respectifs, mais également les cessions de territoires définitifs à l'est : la Poméranie orientale, Danzig et la Silésie reviennent à la Pologne, la Prusse orientale est
 partagée entre la Pologne et l'U.R.S.S, avec ce petit territoire qui deviendra l'enclave russe de Kaliningrad.
carte de la "Zone française" en bleu, avec le détail des différentes provinces
 historiques (noms en majuscules). Elle sera la base qui servira plus tard à former
le contour de trois des futurs Länder de l'Allemagne fédérale : Rhénanie-Palatinat,
Sarre et Bade-Wurtemberg (en partie seulement pour ce dernier)
   Avec le débarquement des alliés en Normandie et la libération de la France occupée en 1944 qui suivit, celle-ci rejoignit massivement les troupes de la contre-offensive sur le front en direction de la capitale du Reich : Berlin. Lors de la conférence de Yalta , en février 1945, les trois dirigeants des puissances combattantes alliées (Staline, Roosevelt et Churchill) s'accordèrent pour donner à la France une zone d'occupation, prise sur celles des États-Unis et du Royaume-Uni. Ces dispositions seront confirmées durant la conférence de Potsdam  en juillet 1945.
  Cette "Zone française" une fois définie, couvrira le sud-ouest de l'Allemagne avec les régions frontalières de l'Alsace et de la Lorraine, ainsi qu'un secteur de la ville de Berlin. Au passage : l'Autriche, annexée depuis 1938 par le régime nazi, elle aussi, subira une occupation de son territoire par les alliés, mais c'est une autre histoire
 (voir → ICI).
 🏤 Chacun des États occupants reçoit, dans le cadre de l'aide à la reconstruction du pays vaincu, la charge du service postal dans sa zone. Dans les zones américaines et britanniques, des timbres de type « Am Post Deutschland » sont déjà prêts. Dans la zone soviétique, c'est l'initiative locale qui est de mise.
  La France a refusé d'utiliser les timbres américains et en émet le 17 décembre 1945 avec la mention bilingue «ZONE FRANÇAISE - BRIEFPOST». Ce sont les services de dessinateurs, graveurs français et les techniques de l'imprimerie de la poste française qui sont utilisés pour la réalisation des timbres des premières séries. Trois séries de timbres sont mises en service avec des valeurs en pfennigs et en marks. Les deux premières, de petites valeurs (de 1 à 30 pfennigs) représentent les cinq blasons des régions historiques concernées par l'administration française: Bade, Palatinat, Rhénanie, Sarre (en fait la ville de Sarrebruck) et Wurtemberg. Émis le 17 décembre 1945, ils sont repris le 11 janvier 1946 avec de nouvelles valeurs faciales. La troisième comprend des timbres de grand format avec le portrait d'écrivains et poètes allemands : Johann Wolfgang von Goethe en décembre 1945, Friedrich von Schiller et Heinrich Heine le 1er avril 1946.
  Ils sont tous retirés de la vente le 21 juin 1948 puisqu'ils sont remplacés progressivement durant l'année 1947 par des timbres cette fois spécifiques à chaque région : Bade (Baden), Rhénanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz) et Wurtemberg-Hohenzollern (Württemberg-Hohenzollern), voir les quelques spécimens, en fin de sujet. Par contre, la Sarre (Saarland) se constituera en un État indépendant et souverain sous protectorat français, le 15 décembre 1947. Il émettra ses propres timbres durant cette période d'autonomie avant de réintégrer la R.F.A à la suite du référendum du 23 octobre 1955, avec le statut de Land.

 Mais passons maintenant à notre sujet proprement dit :

Allemagne, Zone d'occupation française : années 1945 à 1949.

- série de 13 timbres : 10 armoiries + 3 portraits d'écrivains allemands.

année 1946 (11/01/1946)

N° 1 YT-AL/ZF (ordre et numérotation du catalogue Yvert & Tellier - chapitre Allemagne, Zone d'occupation française)
N° 1 MI-DE/FZ (ordre et numérotation du catalogue Michel, chapitre Deutschland, Französischen Zone)

Armoiries de la province de Rhénanie 
(Rheinland en allemand) - valeur : 1 pfennig

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Jules Piel

Blason : "De sinople à la bande ondée d'argent"




année 1946 (11/01/1946)

N° 2 YT-AL/ZF
N° 2 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Palatinat
(Pfalz en allemand) - valeur : 3 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Jules Piel

 Blason :  "De sable au lion d'or, couronné, armé et lampassé de gueules"




année 1946 (11/01/1946)

N° 3 YT-AL/ZF
N° 3 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Wurtemberg
(Württemberg en allemand) - valeur : 5 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Henri Cortot

Blason : " D'or à trois demies ramures de cerf de sable posées en fasce, rangées en pal".
année 1946 (11/01/1946)

N° 4 YT-AL/ZF
N° 4 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Bade
(Baden en allemand) - valeur : 8 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Henri Cortot


 Blason :  "D'or à la bande de gueules"
année 1945 (17/12/1945)
 
N° 5 YT-AL/ZF
N° 5 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Rhénanie
(Rheinland en allemand) - valeur : 10 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Jules Piel

Blason : idem timbre de 1 pfennig précédent
année 1945 (17/12/1945)
 
N° 6 YT-AL/ZF
N° 6 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Palatinat
(Pfalz en allemand) - valeur : 12 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Jules Piel

Blason : idem timbre de 3 pfennigs précédent
année 1946 (11/01/1946)

N° 7 YT-AL/ZF
N° 7 MI-DE/FZ

Armoiries de la ville de Sarrebruck
(Saarbrücken en allemand) - valeur : 15 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Jules Piel

Blason (tel qu'il apparait sur le timbre): D'azur au lion couronné d'argent, accompagné de quatre croisettes du même, deux à dextre, deux à senestre; au chef parti, à dextre d'argent à la rose de gueules, à senestre d'argent à une masse et une pioche posées en sautoir brochant sur des tenailles ouvertes et renversées, le tout de sable "
année 1945 (17/12/1945)

N° 8 YT-AL/ZF
N° 8 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Wurtemberg
(Württemberg en allemand) - valeur : 20 pfennigs

- timbre dessiné  par Robert Louis et gravé par Henri Cortot

Blason : idem timbre de 5 pfennigs précédent

année 1946 (11/01/1946)

N° 9 YT-AL/ZF
N° 9 MI-DE/FZ

Armoiries de la ville de Sarrebruck
(Saarbrücken en allemand) - valeur : 24 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Jules Piel

Blason : idem timbre de 15 pfennigs précédent
année 1945 (17/12/1945)

N° 10 YT-AL/ZF
N° 10 MI-DE/FZ

Armoiries de la province de Bade
(Baden en allemand) - valeur : 30 pfennigs

- timbre dessiné par Robert Louis et gravé par Henri Cortot

 Blason : idem timbre de 8 pfennigs précédent
la série complète de 13 timbres : les 10 armoiries décrites précédemment + 3 portraits d'écrivains et poètes allemands (dans l'ordre :  Goethe, Schiller et Heine), gravés en taille douce par Achille Ouvré.

• années 1945-1946  -   N° 1 à 13 YT-AL/ZF   ⚐   N° 1 à 13 MI-DE-FZ


Quelques remarques sur la pertinence des armoiries choisies par Robert Louis : 

carte postale maximum avec cachet en date du 7-05-1948
signature de l'illustrateur : Bourgeois
• timbres N°1 et 5 : La Rhénanie est d'abord une région historique et culturelle de l'ouest de l'Allemagne, qui doit son nom au Rhin, qui la traverse. Politiquement et administrativement parlant, c'est sous la souveraineté prussienne, à partir de 1822, qu'une province de Rhénanie est formée à partir de la réunion de multiples petits états princiers (Juliers, Clèves, Berg, grand-duché du Bas-Rhin). Les armoiries de la Rhénanie prussienne datent de cette époque. La bande ondée symbolise le fleuve, naturellement, et le champ vert (sinople) les riches plaines qu'il baigne.

Land de Rhénanie du Nord-Westphalie
Nordrhein-Westfalen, fondé en 1946
Province prussienne de Rhénanie
 Rheinprovinz (1822-1945)















carte postale maximum avec cachet en date du 29-04-1948
signature de l'illustrateur : Bourgeois
• timbres N°2 et 6 : Le Palatinat du Rhin était au Moyen-âge un État du Saint-Empire romain qui joua un rôle majeur dans l'histoire de l'Allemagne, l'une des sept principautés du Saint-Empire investies d'une fonction élective au trône impérial.  Les comtes palatins du Rhin avaient donc le statut de princes-électeurs. À partir de 1214 jusqu'en 1918, le palatinat du Rhin, après être passé de famille en famille, demeura dans la maison bavaroise de Wittelsbach. Aux congrès de Vienne de 1814 et de 1815, la rive gauche du Rhin fait partie du royaume de Bavière. À partir de cette date, c'est cette région qui fut désignée sous le nom de Palatinat, Palatinat rhénan ou Bavière rhénane. Elle ne fut séparée de la Bavière qu'après la Seconde Guerre mondiale pour faire partie du nouveau land de Rhénanie-Palatinat, avec les parties de la Prusse rhénane et la Hesse rhénane, situées sur la rive gauche du Rhin. Le Lion palatin (Pfälzer Löwe) est un symbole héraldique très important de l'histoire allemande, il est présent dans une multitude de blasons communaux, territoriaux, institutionnels, etc...

Comté palatin du Rhin
Pfalzgrafschaft bei Rhein (1085-1803)
actuel Land de Rhénanie-Palatinat
Rheinland-Pfalz, fondé en 1946
Palatinat - province bavaroise du Rhin
Rheinkreis Pfalz (Bayern) (1816-1945)



carte postale maximum avec cachet en date du 1-05-1948
signature de l'illustrateur : Bourgeois
• timbres N°3 et 8 : Le pays de Wurtemberg, ancienne seigneurie de l'ex-duché de Souabe, fut érigé en comté de Wurtemberg en 1135. En 1495, il fut élevé au rang de duché par l'empereur Maximilien Ier du Saint Empire, puis royaume de Wurtemberg après la dissolution du Saint-Empire romain germanique en 1806. En 1945, le Wurtemberg cessa d'exister en tant qu'État et fut scindé en deux : la partie sud, sous zone d'occupation française, fut intégrée dans le nouveau Land de Wurtemberg-Hohenzollern, tandis que la partie nord, sous zone d'occupation américaine, forma le district de Wurtemberg-du-Nord, principale composante du nouveau Land de Wurtemberg-Bade. En 1952, il retrouva son unité lors de la création du Land Bade-Wurtemberg, né de la fusion de ces deux derniers Länder avec un troisième : le Land de Bade. À ce moment, le célèbre blason d'or aux trois ramures de cerf de sable fut remplacé par un écu d'or à trois lions passants de sable lampassés de gueules. Les nouvelles armes font référence aux armoiries des anciens ducs de Souabe, en particulier la maison de Hohenstaufen qui avait utilisé ces armes.
Comté >duché >royaume de Wurtemberg
Herrscher von Württemberg (1143-1918)
actuel Land de Bade-Wurtemberg
Baden-Württemberg, fondé en 1952
 État libre populaire >Land de
Wurtemberg-Hohenzollern
Württemberg-Hohenzollern
(1918-1952)



carte postale maximum avec cachet date illisible (année 1948)
signature de l'illustrateur : Bourgeois
• timbres N°4 et 10 : Le pays de Bade, comme le Wurtemberg voisin, a débuté également comme ancienne seigneurie de l'ex-duché de Souabe.  Il est érigé en margraviat (ou marche) au sein du Saint Empire romain germanique, au XIIe siècle et tient son nom (Baden en allemand) de son ancienne capitale Baden (« Les Bains » en français), en référence aux thermes romains à l’origine de la fondation de la ville. Mais on l'appelait la plupart du temps Baden in Baden (c’est-à-dire : « Les Bains en Bade »), afin de la distinguer d’autres villes germanophones portant le même nom, et aujourd'hui son nom officiel est Baden-Baden. À partir de 1806, le pays devient le Grand-Duché de Bade jusqu'en 1918 où il est une composante du Reich allemand. Après le traité de Versailles (1919), l'état devient la République de Bade. En 1945 le pays est divisé en deux Länder : la partie nord est intégrée dans le nouveau Land de Wurtemberg-Bade créé dans la zone d'occupation américaine et le sud formera le Land de Bade administré par la France. Enfin, en 1952, nous en avons déjà parlé : les trois Länder d'après-guerre de Bade, de Wurtemberg-Bade, et de Wurtemberg-Hohenzollern  seront réunis pour former le Land de Bade-Wurtemberg.
Margraviat > Grand-Duché
> république de Bade
Staat von Baden (1112-1945)
Land de Bade (sud), Zone d'occupation française 
Baden (Südbaden) (1945-1952)
Land de Wurtemberg-Bade (Zone d'occupation américaine)
Württemberg-Baden (1945-1952)



carte postale maximum avec cachet en date du 19-11-1947
signature de l'illustrateur : Bourgeois
• timbres N°7 et 9 : La Sarre est une petite région historique et culturelle du sud-ouest de l'Allemagne frontalière de la France. Elle doit son nom à la rivière Sarre (Saar en allemand), affluent de la Moselle, sous-affluent du Rhin, et prend sa source en France, dans les Vosges lorraines. Au Moyen Âge, le territoire est morcelé en petites seigneuries, dont les plus importantes sont celles des princes-électeurs archevêques de Trèves, des comtes (puis princes) de Nassau-Sarrebruck, celles des comtes (puis ducs) de Palatinat-Deux-Ponts et celles des ducs de Lorraine. Ces quatre dépendances historiques expliquent le blason actuel du Land de Sarre, voir ci-dessous à droite.
  Au gré des guerres et des traités de paix, la Sarre fut plusieurs fois rattachée à la France, puis restituée, comme en 1815 où elle devient une dépendance de la province prussienne de Rhénanie, puis du Reich allemand jusqu'en 1918. Après la Première Guerre mondiale, la Sarre est concédée à la France au titre des dommages de guerre, pour ses mines de charbon très convoitées, mais réintègre l'Allemagne en 1935 suite à un vote largement majoritaire. En 1945, elle est rattachée encore une fois à la Zone d’occupation française. Le 15 décembre 1947, l’adoption par référendum d’un nouveau statut aboutit à une situation hybride : la Sarre est détachée politiquement de l’Allemagne puis intégrée économiquement à la France avec un statut d'État sous protectorat français doté d’une souveraineté propre. L'indépendance du territoire est reconnue au sein des instances internationales. Il y a désormais une nationalité sarroise. L’Allemagne ne cesse de faire valoir ses droits sur la région, objet de nombreuses négociations entre les deux pays. En 1956, la région redemande son rattachement à l’Allemagne, confortée par un référendum et le 1er janvier 1957, sous le nom de Saarland, elle devient un Land de la République fédérale d’Allemagne (RFA).
Comté de Sarrebruck > principauté
 de Nassau - Sarrebruck (1080-1797)
actuel Land de Sarre
Saarland, créé en 1957
État indépendant (protectorat)
 de Sarre -  Saarland (1947-1956)

Territoire du bassin de la Sarre
 Saargebiet (1920-1935)
  Du point de vue héraldique, la Sarre en tant que région, et exception faite pour le Territoire du bassin de la Sarre (ci-contre à gauche) sous mandat de la Société des Nations, de 1920 à 1935, n'avait pas réellement d'armoiries historiques spécifiques, jusqu'en 1948, après qu'elle soit devenue un État satellite de la France.
  Notre héraldiste français Robert Louis, auteur du dessin du timbre en 1945, a donc dû trouver une parade politiquement acceptable, et s'est naturellement raccroché aux armoiries de la capitale régionale du pays : Sarrebruck. Néanmoins, et sans doute pour des raisons de coûts d'impression du papier timbre, certaines couleurs des détails des figures (rose, lion) ont été omises, comme on peut le vérifier sur l'image ci-dessous. La bordure "prussienne" noire et blanche, a par contre été rajoutée (remise en vigueur) que bien plus tard par la municipalité :
Ville de Sarrebruck
Saarbrücken  (adopté en 1909)
Le timbre de Robert Louis
dessiné en 1945















Der Postbote ging viermal vorbei !  ( Le Facteur est passé quatre fois ! )

📬 Voici pour terminer une (petite) sélection de courriers autenthiques envoyés durant la période d'occupation française en Allemagne, et affranchis avec les emblématiques timbres-armoiries dessinés par Robert Louis, un vrai top pour les collectionneurs et les amateurs d'héraldique, bien sûr :

Lettre envoyée en recommandé de Bad Ems vers Adenau, deux villes appartenant au Land de Rhénanie-Palatinat.
Le cachet indique la date du 6-08-1947 et l'affranchissement mixte de 84 pfennigs, se compose deux timbres armoiries de
 1946 désormais familiers et d'un timbre de 75 pf. nouvellement émis en juin 1947, à l'effigie de Gutemberg, spécifiquement
 pour le land de Rhénanie-Palatinat, mais toujours sous tutelle de l'occupant français.
Lettre commerciale (Geschäftspapiere en allemand) envoyée en 1947 de Fribourg en Brisgau vers Biengen, deux villes
située dans le Land de Bade à l'époque. Lettre affranchie avec 4 timbres armoiries d'une valeur de 16 pfennigs.
Lettre envoyée en recommandé de Constance, dans l'actuel Land de Bade-Wurtemberg vers Hagen, dans l'actuel Land de
 Rhénanie-du-Nord-Westphalie - l'affranchissement est composé de sept timbres de la série avec armoiries mise
 à disposition de l'administration postale pour la Zone d'occupation française en 1946 , il s'agit certainement d'un
 affranchissement "philatélique" réalisé pour le bonheur d'un collectionneur.  Le cachet est daté du 26-09-1946.
Lettre envoyée en valeur déclarée (19.000 Reichsmarks) de Wangen im Allgäu à Wangen im Allgäu, dans l'actuel Land de
 Bade-Wurtemberg - l'affranchissement est composé cette fois de la totalité des 13 timbres émis par la Poste française en
 1945/1946, visiblement encore un affranchissement "philatélique" au bénéfice d'un ou une collectionneur(se) local(e).
Le cachet porte la date du 28-06-1947.

📍  Et enfin pour clore totalement le sujet des timbres-postes avec armoiries émis pour le compte de la Zone d'occupation française, je reviens sur la remarque du début de sujet. En effet, à partir de 1947, chaque Land du découpage administratif établi après guerre : Bade (Baden), Rhénanie-Palatinat (Rheinland-Pfalz) et Wurtemberg-Hohenzollern (Württemberg) et aussi la Sarre (Saarland) mais en tant qu'état indépendant, émettront désormais des timbres avec une identification propre.
 Les thèmes de ces timbres seront pour la plupart consacrés au patrimoine monumental ou naturel de chaque région, mais aussi beaucoup d'hommes célèbres et quelques évènements particuliers. Nous verrons ainsi l'apparition de quelques nouvelles armoiries dans une émission caritative commune en faveur de la Croix-Rouge allemande en février 1949. Quatre timbres et un bloc-feuillet seront tirés avec un procédé d'impression différent, presque totalement monochromes (avec seulement la croix rouge), peu attrayants. Ils sont signés par un illustrateur du nom d'Eugen Bargatzky.
 Les références de ces timbres dans le catalogue allemand Michel sont, pour le Land de Bade :
-  Bloc-feuillet N°2 et les timbres séparés: Nos 42A.43A.44A.45A.
...et pour les Länder de Rhénanie-Palatinat et Wurtemberg
 - Bloc-feuillet N°1 et les timbres séparés: Nos 40A.41A.42A.43A .




💶 Crédits images :
- passer votre souris sur les images pour lire les url des sites sur lesquels elles ont été empruntées,
pour la majorité :
- de.wikipedia.org/wiki/
-  www. delcampe.net



À bientôt pour un nouveau pays  ... 



                 Herald Dick 
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