Affichage des articles dont le libellé est Mythologie grecque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mythologie grecque. Afficher tous les articles

vendredi 1 mars 2019

Supports & cimiers : le bestiaire, animal et mythologique, de Daniel de La Feuille - 1695

fragment d'une planche héraldique
 de Daniel de La Feuille
  Nous voici de retour, à nouveau à la fin du XVIIe siècle, décidément une période passionnante et faste dans l'histoire de l'héraldique française. En effet, c'est à cette même période que Pierre de La Planche a réalisé ses fameux manuscrits (voir → ICI) dont je vous livre des extraits commentés depuis 2012. Et c'est aussi durant ces mêmes décennies, que Charles-René d'Hozier a mis en chantier l'énorme Armorial Général de France, en application de l'édit royal de 1696. Par ailleurs, de nombreux traités d'héraldique ont été publiés par des auteurs contemporains plus ou moins obscurs et se copiant les uns les autres, sans originalité particulière.
   Mais, au hasard des explorations dans l'immense fonds numérisé de la Bibliothèque Nationale de Paris, je me suis arrêté sur une découverte que j'ai faite récemment. C'est le talent graphique et l'inventivité de cet artiste graveur  pour décrire un propos qui lui tenait sans doute à cœur, qui m'ont séduit et qui provoqueront chez vous, je l'espère le même effet !  Son nom est Daniel de La Feuille. Pour les érudits, il n'est certainement pas un inconnu, car son nom est cité aussi en tant qu'excellent cartographe réputé de son temps, et je publierai une autre fois quelques exemples de ses cartes géographiques armoriées assez étonnantes. Mais, en ce qui me concerne, je dois l'avouer, je n'avais jamais entendu parler de cet artiste méconnu, jusqu'à cette agréable révélation.

Frontispice gravé,  avec ce qui semble être les armoiries personnelles de l'auteur que l'on retrouve  sur d'autres
 publications à son nom et son blason est : "Bandé bretessé et contre-bretessé d'argent et de gueules".
📖 Petite biographie :  Daniel de La Feuille est né en 1640 à Sedan, dans les Ardennes, en France et il est décédé à Amsterdam, dans les Provinces-unies des Pays-Bas, où il a été inhumé le 1er juillet 1709. Il est issu d'une famille huguenote de Sedan et commence par apprendre l’horlogerie. Puis il s’installe avec sa famille en 1683 à Amsterdam afin d’échapper aux persécutions religieuses (dont l'aboutissement sera la révocation de l'édit de Nantes en 1685) et il devient graveur d’estampes. En 1691, il est admis dans la corporation des libraires et publie cette même année le livre qui sera considéré comme son chef-d’œuvre : "Devises et emblèmes anciennes et modernes..." (voir exemplaire numérisé → ICI). Il s’agit d’une collection de devises tirées des plus célèbres auteurs, mises en images sous forme de blasons et de médaillons.
fragment d'une planche de médaillons extraits du livre
"Essay d'un dictionnaire contenant la connoissance du monde..." (1700)
C’est ce même goût pour les symboles, hiéroglyphes et allégories qui guide la rédaction d’un nouvel ouvrage publié neuf ans plus tard : "Essay d’un dictionnaire contenant la connoissance du monde, des sciences universelles..." (voir exemplaire numérisé → ICI).  Son titre pourrait laisser penser qu’il s’agit d’un dictionnaire classique, mais en réalité il est constitué d’une collection de vignettes imagées représentant des mots, des concepts, des valeurs morales, des sentiments, des muses des arts et des sciences. C’est ainsi que se côtoient : l’Astrologie, la Vérité, la Sottise, l’Amour pour la patrie, la Médecine, le Tourment d’amour, Force de courage, le Printemps ou encore la Musique. L’éloge des vertus et la dénonciation des vices sont au cœur des préoccupations d’un auteur à l’évidence très moraliste. Il publiera aussi, entre autres livres, vers 1696, et toujours à Amsterdam ou il vit définitivement, plusieurs volumes de "Fables choisies mises en vers par Monsieur de La Fontaine". Ses livres sont édités en général avec des textes bilingues : français et néerlandais (flamand comme écrit sur les pages titres). Il est aussi, comme indiqué au début, l'auteur d'atlas et de cartes géographiques illustrées et armoriées, une grande spécialité hollandaise à cette époque.
   Et voici enfin l'ouvrage qui sert de base à ce sujet : " Méthode nouvelle pour apprendre l'art du blason, ou la science des nobles par dialogues, avec un discours sur les devises, supports, cimiers, lambrequins, & tombeaux. Enrichis des pavillons & des enseignes que chaque nation porte en mer, & des figures nécessaires pour leurs explications, en françois & en flamand. A Amsterdam, chez Daniel de La Feuille, 1695 ". C'est un traité de vulgarisation de l'héraldique, écrit en deux langues, avec une méthode originale de dialogue avec questions/réponses  (on dirait "FAQ" aujourd'hui) sur les termes du blason. Il est illustré par de belles planches d'armoiries fictives ou réelles.




cachet de la Bibliothèque de l'Arsenal
apposé sur le livre
  En ce qui concerne l'exemplaire de ce livre qui est conservé à la Bibliothèque Nationale de France, à Paris, provenant plus exactement de la Bibliothèque de l'Arsenal , nous avons la chance d'avoir des superbes illustrations en couleurs *. J'ai donc extrait pour vous les planches complètes de la partie centrale du volume consacrée à la mise en valeur des supports et des cimiers ornant des armoiries totalement fictives. Pour illustrer ses exemples et propositions, Daniel de la Feuille utilise des écus simples, presque toujours sans partitions, sauf quelques terrasses ou francs-quartiers, et avec des ornements extérieurs également basiques. Les sujets des figures sont aux trois quarts composés d'animaux réels ou imaginaires et le quart restant sont des êtres parfois humains, parfois hybrides, issus de la mythologie gréco-romaine, nordique ou même chrétienne. Je ne vous ferai pas l'injure de vous les décrire, ils sont pour la plupart assez évidents, sauf quelques-uns d'entre eux, plus énigmatiques, mais l'auteur lui-même n'a pas jugé bon de les blasonner dans le texte.













(*) Non, je ne vous ai pas menti, car cette planche ci-dessus, qui est non coloriée, numérotée: 12, provient d'un autre exemplaire (voir références en bas de page) afin de combler une lacune. En effet le livre de la Bibliothèque de l'Arsenal, bizarrement comporte une anomalie au niveau de la planche n°11 qui a été dupliquée 2 fois à la suite en escamotant ainsi la planche n°12, qui est donc manquante. Que s'est-il passé lors de la confection du livre : erreur, accident, réparation ? il n'y a pas d'explication pour le moment.








  Je suis persuadé que vous aurez craqué, comme moi, pour ces gravures fantastiques d'un autre temps, par ailleurs dignes des meilleurs naturalistes: Buffon, Linné, Cuvier ou Audubon. Mais ici le propos était celui de la connaissance de l'héraldique proposée aux profanes à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, le futur Siècle des Lumières et de l'Encyclopédie.


 Pour élaborer ce sujet, j'ai extrait, recadré et "redressé" la plupart des planches illustrées, pour obtenir un bon compromis esthétique.

 Vous pouvez feuilleter les livres originaux numérisés, en cliquant sur les liens ci-dessous :

- sur Gallica : →  ICI
- sur Google books : → ICI

Et je vous donne rendez-vous pour un futur sujet sur le Daniel de La Feuille cartographe dans un prochain sujet ...

A bientôt ...


           Herald Dick


vendredi 16 février 2018

Nouvel an chinois - 2018 狗的新年
Année du Chien

新年快乐 !  - Happy new year ! - Bonne année !

illustration insolite du passage de
l'année du coq à celle du chien avec ces
curieuses et authentiques armoiries
de famille : von Süssenheim (Styrie) 
Conrad Grünenberg Wappenbuch -
folio 346 (vers 1483) - BSB Munich :
"braque rampant tenant un coq par
le cou dans sa gueule".
 • Le 16 février à 00h00 en France, mais depuis déjà quelques heures plus tôt en Extrême-Orient, à cause du décalage horaire, nous passons de l'année lunaire du coq à l'année du chien. Et plus précisément : le chien de terre, car en astrologie chinoise, outre les douze signes qui se suivent dans un ordre constant , est associé un élément, cinq au total: terre, eau, feu, bois, métal, ce qui génère un cycle sexagésimal (60 ans) pour chaque combinaison. Ce système complexe est à la base de toute une philosophie basée sur le calendrier céleste, et en fait une affaire de spécialistes depuis des millénaires dans l'Est asiatique.
série de timbres commémoratifs chinois émis pour célébrer l'année du chien
 en 2018
et aussi des monnaies commémoratives 

couverture de manga japonais,  titre : "Viens, Kota !"
production de l'artiste Takashi Murakami
•  Le chien est considéré comme le premier animal à avoir été domestiqué. En effet, depuis la préhistoire, le chien domestique (Canis lupus familiaris) a toujours partagé l’existence des hommes. La véritable domestication du chien remonte à environ 10 000 ans (13 000 pour la Sibérie, 7 000 pour l’Anatolie), bien qu’il semble que, dans des temps plus reculés, l’homme ait pu établir un contact avec des loups, son ancêtre généralement admis. Les premières relations entre le chien et l’Homme devaient être fondées sur l’aptitude de ces animaux à la chasse, aidant les hommes à se nourrir, mais aussi les protégeant contre les prédateurs. Plus tard, quand l’homme s’est sédentarisé et a appris l’agriculture et l’élevage, le chien lui a servi de gardien de troupeau. Il semble que le chien soit apparu un peu partout dans le monde, en compagnie de l’homme, sous la forme de différentes races adaptées aux conditions climatiques et géographiques. Ceci explique en partie le nombre énorme de races de chiens (343), mais toujours en évolution, que les hommes ont produit par croisements ou sélection et ceci, à travers le Monde entier.
Un chien de type molossoïde a été représenté sur cet os il y a quelque 17000 ans. photo :  © Anne Maigret, C2RMF et MNA

La célèbre et hiératique image du chien (ou du chacal)
 empruntée par Anubis,  le Dieu funéraire égyptien
statue "Anubis sur ses secrets", coffre-chapelle portatif
trésor du roi Toutânkhamon ( Musée du Caire)
 • Dans les civilisations asiatique, égyptienne, assyrienne, grecque et romaine, les chiens étaient des gardiens et des compagnons fidèles, qui accompagnaient les hommes à la chasse et à la guerre. Les soldats sumériens disposaient ainsi de redoutables dogues qu’ils lançaient à la poursuite de leurs ennemis. L’emploi du chien dans les guerres ne s’est d’ailleurs jamais interrompu, mais, à présent, les chiens sont surtout affectés à la surveillance des installations.
 À l’opposé, certaines civilisations, en particulier égyptienne, en ont fait des dieux, à l’instar des chats : en Égypte, le dieu Seth était honoré sous l’aspect d’un lévrier et le dieu Anubis, représenté avec une tête de chacal ou de chien.



chien de race Akita inu, originaire du Japon et devenu tendance


.
 • Le chien tient une place importante dans l’art, et ce depuis que l’homme a commencé sa domestication. Son image se retrouve dans des fresques, des peintures, des gravures ou des sculptures. Aux Combarelles, en Dordogne, on trouve, sur des gravures rupestres datant de 30 000 ans avant notre ère, la représentation d’un chien bondissant. De même, dans les grottes d’Alpera en Espagne, une scène de chasse évoque des chiens poursuivant le gibier (- 15 000 à - 10 000 ans). Durant l’Antiquité, des chiens entrent dans la composition des mosaïques, ornent les urnes ou sont représentés sur des bas-reliefs.
  Au Moyen Âge, les représentations de chiens de chasse sont nombreuses. On reconnaît même aisément certaines races comme le lévrier (par exemple sur la célèbre tapisserie de la Dame à la licorne) ou le bichon. Pendant la Renaissance, des chiens sont représentés sur les tableaux de Bruegel, de Rubens, de Jérôme Bosch et de bien d’autres, plus tard encore...



🐕 Le chien en héraldique
•  Le plus ancien exemple d'un blason impliquant un chien (un lévrier) est celui attribué à Sir Perez Burdeux, dans le manuscrit anglais Walford's Roll (Harley MS. 6589, British Museum [Londres], vers 1275): "porte d'or ou ung lev'er de gules, ou le collere de sable ou le bordure de sable besante dor" c'est-à-dire: "d'or au lévrier de gueules colleté de sable, une bordure de sable besantée d'or".
 armes des chevaliers de Toggenburg et de Nuerenberg, le premier montrant un dogue dans l'écu (armes parlantes), l'autre une tête de braque en cimier, provenant du Rôle d'armes de Zurich / Zürcher Wappenrolle, entre 1330 et 1345 -  cote  AG 2760 - Schweizerisches Nationalmuseum, Zürich (Suisse).
 exemple de représentation d'un talbot : illustration
tirée du livre " The Art of Heraldry, an encyclopædia
 of armory "(1904), par A-C. Fox-Davies).
(dans le cimier est une tête de loup)



• Le chien de chasse (y compris le lévrier ) ou le dogue (chien d'attaque ou de défense), sont donc utilisés comme charges depuis très longtemps, dès les débuts de l'histoire de l'héraldique classique.
crest (cimier) sur une enseigne d'auberge "The Talbot"
à Iwerne Minster (Royaume-Uni - Dorset)
• Dans l'héraldique anglaise, des variantes couramment utilisées sont: le talbot , d'un mot français transposé en anglais (une race ancienne obsolète aujourd'hui), également blasonné comme sleuth-hound ( un genre de saint-hubert), par exemple dans les armoiries des Wolseley (voir image à droite), et aussi le lévrier, et le limier. D'autres variantes plus rarement vues sont le ratch-hound ou rache, lui aussi disparu, le mâtin, le foxhound, l'épagneul et le terrier.

armoiries de la maison de Grosvenor, ducs de Westminster, depuis 1874, titre créé par la reine Victoria
écartelé des armes de la cité de Westminster et de Grosvenor - supports : deux talbots regardant et en cimier :
un autre talbot posé sur un heaume et une couronne ducale

• L'héraldique allemande, moins complexe, distingue essentiellement trois variantes de chiens: Windhund (lévrier), Bracke (braque) et Rüde ou Dogge (dogue, mâtin).

Von Baldeck - Souabe (Schwaben) - Armorial de Scheibler- folio 76
Scheiblersches Wappenbuch, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Cod.icon. 312 c.

Armoiries de la famille patricienne de Baldinger à Ulm (Allemagne)
 Jenaer Stammbuch (Album amicorum) - 1743/44
blason de la ville de Brackenheim
 (Allemagne - Bade-Wurtemberg)
der Bracke (le braque), armes parlantes


blason de la ville de Hohnstein
 (Allemagne - land de Saxe)
der Hund (le chien)

 die Ryden (Rüdt von Collenberg) - Franconie - Armorial de Scheibler - folio 408
Scheiblersches Wappenbuch, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Cod.icon. 312 c.
armes parlantes : Rüde   =  chien de garde
Armoiries de la très ancienne famille patricienne de Hundbiss ou Humpiss
  à Ravensburg (Allemagne) - Museum Humpisquartier (maison du XIVe siècle),
Ravensburg (Souabe - Bade-Wurtemberg) - armes parlantes : der Hund (le chien)
 • Dans l'héraldique française, on trouve le plus fréquemment des lévriers, mais aussi des dogues, des mâtins, des braques, plus rarement des limiers. Mais il n'y a pas de restriction réglementaire : pourquoi pas un bichon, ou un labrador ! du moment qu'il est correctement représenté, et en évitant les couleurs "naturelles".
  Le lévrier est toujours représenté avec un collier (colleté) d'un émail différent; le lévrier sans collier est appelé "levron", et le lévrier femelle, c'est-à-dire un lévrier représenté sans pénis, et parfois avec des mamelles, est appelé "levrette". Voir ci-dessous .

blason de la commune de Wintzenheim
 (France - Alsace - Haut-Rhin)
"De sinople au lévrier rampant 
d'argent colleté et bouclé d'or"
le sexe de l'animal est apparent
blason de la ville de Charmes
 (France - Lorraine -Vosges)
"D'azur à la levrette rampante  d'argent, tenant
 entre ses pattes une croix de Lorraine d'or"
c'est une femelle ! 






















armoiries de la ville de Cagnes-sur-Mer
 (France - Alpes-Maritimes)
 Coupé: au premier d'or au levron d'azur, au 
deuxième de gueules à la barre d'argent
un lévrier oui, mais sans collier
 
armoiries de la commune de Guilers  (France - Bretagne - Finistère)
Deux lévriers de sable colletés d'argent (au sexe indéterminé) en supports
 



• Certaines armoiries "classiques" ont essaimé dans l'héraldique municipale, avec le temps, en référence à d'anciennes possessions ou fiefs, parfois aussi suite la disparition de leurs anciens titulaires.
"D'argent au lévrier rampant de sable, colleté de gueules, bouclé d'or".
armes de l' Abbaye de Murbach ici dans l'Alsace du Saint Empire
romain germanique .
 Conrad Grünenberg Wappenbuch (1483) - folio 22 - BSB Munich
Deux communes (parmi d'autres) ayant
choisi de reprendre les armes de l'abbaye de
Murbach et son lévrier avec quelques petites
variantes au niveau du collier :
la commune éponyme de Murbach
(France - Haut-Rhin) ci-dessus ou celle
d' Oderen (France - Haut-Rhin), ci-dessous :
armoiries de la famille de Nicolaï ou Nicolay :  "D'azur, au lévrier courant d'argent, au collier de gueules, bordé et bouclé d'or".
 Cette famille originaire du Vivarais (Ardèche) pour ses bons services, a reçu en 1645 au nom du jeune roi Louis XIV des terres à Goussainville, au nord de Paris, érigées en marquisat.
fragment de l'Armorial Général de France par Charles-René d'Hozier - registre  XXIV (constitué à partir de 1696) -
 Généralité de Paris, tome II, page 1149 ( image du blason restaurée par H.D.)
armes de la commune de Goussainville
 (France - Val-d'Oise) qui a perpétué
en hommage, le blason des Nicolaï sans brisure

blason de la commune de Chrtníky (République Tchèque)
pour apprécier le style graphique de ces deux lévriers bondissants...
et ils portent des colliers cloutés ! insolite.  


armes de la ville belge de Damme (province de Flandre-Occidentale) : "de gueules à la fasce d'argent chargée d'un lévrier
 courant de sable" -  à droite : photo prise sur une façade d'un bâtiment de la ville. Ce sont des armes parlantes, ce qui n'est
 pas évident au premier regard ! Le lieu s'appelait autrefois "Hondsdamme" ce qui pourrait se traduire du néerlandais par
 "la digue du chien", selon une ancienne légende locale, à propos d'un chien diabolique qui effrayait les habitants. Mais en fait
 le toponyme se réfère au mot vieux mot flamand  "Honte" qui signifie "marécage boueux situé à une embouchure de fleuve".



• Le dogue porte généralement un collier de fer clouté, pour marquer son statut de chien de défense.

armoiries actuelles à gauche, et ancien blason de la ville de Saint-Malo (France - Ile-et-Vilaine) à droite.
les dogues représentent les chiens du guet qui étaient une meute de chiens de garde que l'on lâchait à la nuit tombée sur la grève entourant les remparts de Saint-Malo, afin d'en assurer la protection contre les attaques , les pillages de la ville ou des navires.
superbe dogue allemand aussi appelé "danois", même si il n'a absolument rien
à voir avec le Danemark, pouvant peser jusqu'à 90 kg ! ici dans les grands espaces
Von Zollern (plus tard : Hohenzollern) - Souabe (Schwaben) - Armorial de Scheibler- folio 42
Scheiblersches Wappenbuch, Bayerische Staatsbibliothek, Munich, Cod.icon. 312 c
Série de figures avec chiens de garde  (die Rüden en allemand), posés, de droite à gauche , armes des communes de :
1/ Ermatingen (Suisse, canton de Thurgovie); 2/ Sankt Veit im Mülhkreis ( Autriche, land de Haute-Autriche);
 3/ Rieden (Suisse, canton de Zürich)
Série de figures avec chiens de garde rampants, de droite à gauche , armes des communes de :
4/ Úhonice (République tchèque); 5/ Tettnang ( Allemagne, Bade-Wurtemberg); 6/ Slopné (République tchèque)


• Pour le plaisir, voici une (petite) sélection de quelques beaux chiens de race identifiables,  et rares en héraldique :

blason de la commune de Parihuzovce ( Slovaquie)
  on y voit un chien berger "cuvac" slovaque


Un vrai "tchouvatch" ou "čuvač" slovaque , race très rare
 ressemblant à notre chien de montagne des Pyrénées


armoiries de la ville de Mount Pearl (Canada, province de Terre-Neuve-et-Labrador)
Supports : deux chiens de Terre-Neuve de sable, colletés chacun d’un collier d’or.

armoiries de la Canada’s National Firearms Association (Association nationale des armes à feu du Canada)
 dont le siège est à Edmonton (Alberta). Cimier : un border collie au naturel assis
 à l’intérieur d’une couronne érablée de gueules
armoiries du Territoire du Yukon (Canada)
 Cimier : un husky arrêté sur un mont enneigé,
 le tout au naturel




emblème de la municipalité de Qaasuitsup (Groenland)
 avec un exceptionnel attelage de chiens de traineaux
























armoiries de La Société géographique royale du Canada à Vanier (Ontario)
Supports :  deux chiens malamutes debout sur un monticule herbeux le tout au naturel


• On trouve aussi quelques chiens sans pedigree, de vrais bâtards ou "corniauds", mais illustrant une légende:

armioiries de la commune (municipio)  de Villargordo
 del Cabriel (Espagne - Communauté valencienne)
  ce chien piteux de sable tenant une miche de pain d'or
 dans sa gueule est dédié à saint Roch, patron 
chrétien de la commune.


armoiries de la localité de Neustift am Walde
 (Autriche - aire urbaine de Vienne)
 nous retrouvons ici encore saint Roch, à nouveau
 saint patron de la paroisse, en habits de pèlerin,
accompagné de son fidèle compagnon


• Enfin on trouvera aussi d'étranges créatures chimériques, comme les chiens de mer, avec écailles, pattes palmées et queue de castor ou encore marinés avec un corps se terminant en queue de poisson. J'en ai même trouvé pourvus d'ailes de chauve-souris ! L'imagination des hommes est sans limite.

Armoiries au blason originel des Barons Stourton (Royaume-Uni), également barons de Mowbray et Segrave :
 "De sable à la bande d'or accompagnée de six fontaines". Les barons de Stourton sont des pairs
 (membres de la Chambre des Lords au Parlement) d'Angleterre depuis 1448 jusqu'à nos jours.
les éléments remarquables et insolites sont naturellement ces supports: des "chiens de mer" 
(sea-dogs en anglais), du chien talbot ils ont la tête et l’allure générale, mais ils sont couverts d'écailles,
  ont une épine dorsale munie de pointes acérées, des pieds palmés et une queue de castor : un animal  très 
étrange issu de l'héraldique britannique qui est très prolifique dans ce domaine du bestiaire fantastique.
 Gravure héraldique du XVIIIe siècle, provenant de l'armorial en 5 volumes :
 "Baronagium Genealogium" de Joseph Edmondson , édité à Londres (1764)
autres armoiries en noir et blanc des Barons de Stourton, incluant cette fois de nombreux quartiers
pour les différentes alliances matrimoniales, dont les origines sont données dans le texte sous le
 dessin héraldique. Nous retrouvons nos "chiens de mer" avec une tête encore plus effrayante 
dessin issu d'un des livres "Armorial Families" par Arthur-Charles Fox-Davies (Londres, UK).

Série de figures avec chiens "marinés" donc avec le corps terminé en queue de poisson, et des pattes avant palmées,
 différentes configurations, de droite à gauche, armes des communes de :
1/ Maleč (République tchèque, okres de Havlíčkův Brod); 2/ Bezděkov ( République tchèque, okres de Havlíčkův Brod);
 3/ Lukavice (République tchèque, okres de Chrudim)

Chien avec des ailes de dragon (possesseur non identifié)

gravure montrant la capture de Cerbère par Hercule, datée de 1545, par Hans Sebald Beham (1500-1550)

badge héraldique naval de la base navale
 d'entraînement "HMAS Cerberus" de
la marine australienne situé au sud
de Melbourne.
 • Cerbère, dans la mythologie grecque puis romaine, est un chien à plusieurs têtes, gardien du monde des enfers. Posté près du Styx (un des fleuves des enfers), il est doté de dents terribles, et de venin à la place de la salive. Il interdit l’entrée des enfers aux vivants, et empêche les morts d’en sortir.
  Plusieurs héros parviennent pourtant à déjouer sa vigilance, voire à le vaincre. Orphée, décidé à sortir des enfers sa femme Eurydice, morte d’une morsure de vipère, parvient à le charmer en chantant et en jouant de sa lyre.
badge héraldique du navire de la marine
néerlandaise  " Hr.Ms. Cerberus " adopté en 1954
  Héraclès (Hercule pour les romains), chargé de ramener le terrible chien à Mycènes (c’est le dernier de ses douze travaux), en obtient l’autorisation d’Hadès, dieu des Enfers, à condition qu’il puisse le vaincre sans employer aucune arme. De fait, Héraclès parvient à capturer Cerbère à mains nues. Parvenu à Mycènes, le monstre contamine de sa salive empoisonnée des plantes, que les sorcières utiliseront ensuite pour leurs propriétés maléfiques. Cerbère est rendu à sa tâche de gardien des enfers quelque temps plus tard.
 Dans la mythologie romaine, Psyché, qui doit se rendre sur les ordres de Vénus auprès de Proserpine (reine des enfers), amadoue Cerbère pour entrer, puis pour sortir, à l’aide d’un gâteau au miel. Énée, lui, l’endort grâce à une pâte soporifique qui lui a été offerte par la sibylle de Cumes, Déiphobé.
armoiries non officielles (blason adhésif pour touristes) à gauche, et celles utilisées par la  municipalité de Cerbère ( France
 - Pyrénées-Orientales) à droite.  Même si la toponymie du lieu se rapporte aux cerfs (Locus cervaria en latin: un lieu peuplé de cerfs )
 que l'on retrouve néanmoins comme supports des armoiries, le nom du monstre gardien des enfers était trop tentant pour ne pas
 fabriquer des armes parlantes inimitables !


glyphe maya "Xul" représentant un chien
• Et pour finir ce premier volet, voyons ce qui se passe lorsque l'héraldique occidentale rencontre les civilisations précolombiennes en Amérique. Cela se passe au Mexique en l’occurrence, sous l'égide d'un projet plus général du Gouvernement autour du patrimoine social et culturel avec un recensement allant jusqu'aux plus petites communautés d'habitants fut initié en 1986 ( voir → ICI).
 Les 2440 municipios (équivalents de nos communes) du pays se sont dotés d'emblèmes intégrant par moment des éléments provenant de la culture pré-hispanique avec notamment les "glyphes": ces dessins, peintures ou gravures étranges qui sont aussi des signes d'une écriture ancienne (chez les Mayas, les Aztèques, etc...) formant ces textes dont le sens a échappé à de nombreux observateurs durant des siècles, et perpétués aujourd'hui chez les nahuas, le principal groupe amérindien au Mexique..
emblème de la commune (municipio) de
 Chigmecatitlán (Mexique - état de Puebla)
  D'argent avec une bordure de sinople,
 chargé du glyphe nahua de " Chicmecatitlan "
 nom nahuatl formé à partir des mots  Chichi : chien,
 Mecatlbejuco en espagnol, un genre de vigne
sauvage ;  Titlán : entre  ; le tout signifie donc:
 "Chien parmi les vignes"
emblème de la commune (municipio) de
 Chichiquila (Mexique - état de Puebla)
 D'argent avec une bordure de sinople,
 chargé du glyphe nahua de " Chichiquila"
armes parlantes, même si le toponyme nahuatl
signifie en fait  "Là où abonde l'herbe amère" :
Chichic : chose amère; quilitl : 
 herbe en abondance.





🐕 Il y a encore beaucoup à faire pour clore le chapitre du chien en héraldique. Je vous promets d'y revenir très bientôt...



🎆 En attendant, bonne année du chien ... et ... ouaf !!!  🎇


             Herald Dog

Dog lunar year in South-East Asia by Google