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jeudi 31 octobre 2019

La chapelle de Sedlec, en République Tchèque, avec son blason macabre : histoire d'Os !

🕷 Nous sommes dans la période de fêtes successives d'Halloween 🎃 🦇, de la Toussaint ⛼, suivies du Jour des Morts 💀; l'ambiance se prête idéalement à ce sujet insolite, macabre et un peu dérangeant, en tout cas difficile à placer pour une autre occasion, il faut bien le reconnaître.
  Pourtant, la raison de la publication de cet article révèle aussi une autre origine, liée à l'actualité, et au développement des réseaux sociaux, vous allez comprendre plus loin. 

Intérieur de la chapelle-ossuaire de Sedlec, dans la municipalité de Kutná Hora, en Bohême centrale, non loin de
Prague  (République tchèque)

Non, vous ne rêvez pas, ce sont bien des armoiries, composées de plusieurs quartiers et les figures qui s'y rattachent,
 surmontées d'une curieuse couronne princière, sommée elle-même d'une croix latine. Le tout est entièrement réalisé en
 combinant et juxtaposant des os humains: fémurs, tibias, os iliaques, sacrums, rotules, clavicules, omoplates, crânes, etc...
L'écu d'armoiries est fixé sur une structure en bois mouluré et derrière apparaissent les empilements du véritable
 ossuaire constitué à la fin du Moyen-âge et à partir du XVIe siècle.
Nous verrons plus bas à quelle famille se réfère le blason, car ce sont de vraies armoiries familiales,
celles des propriétaires historiques des lieux ...
Chapelle funéraire de Tous-les-Saints et cimetière du monastère cistercien de Sedlec, anciennement en allemand Sedletz.
localisation de la ville de Kutná Hora sau centre de la carte de la  République tchèque
Pour accompagner votre visite par une musique "dark ambient" très appropriée, cliquez sur le player (patienter quelques secondes, ça ne commence pas tout  de suite ):


  L'origine de cet ossuaire remonte à celle de l'église de l'Assomption de Sedlec appartenant à l'ordre cistercien. En 1278, le père-abbé est envoyé en Terre sainte par Ottokar II de Bohême et revient de ce pèlerinage avec une poignée de terre provenant du Golgotha qu'il répand sur la surface du cimetière lequel gagne ainsi une réputation de terre sainte propre à assurer le repos éternel en attendant la résurrection.r le Golgotha ​​qu'il a republié sur la surface du film. le repos éternel en attendant la résurrection.
  En 1348, la peste noire frappe durement la Bohême et cette année-là, ce sont quelque trente mille personnes qui y sont enterrées.

l'accès à la chapelle donne déjà la chair de poule...   © www. mywanderlustylife.com
  Après les croisades contre les Hussites (1420-1434), une partie du cimetière est supprimée et les os entreposés près de la chapelle funéraire. Après 1511, la tâche d'exhumer les squelettes et d'empiler leurs os dans la chapelle a été confiée à un moine à moitié aveugle de l'ordre. Les premières mentions d'une décoration avec les os humains de cette chapelle remontent au XVIIe siècle.
 Entre 1700 et 1709, une reconstruction baroque de la chapelle de Tous-les-Saints est entreprise sous les ordres et sur les plans de l'architecte Jan Blažej Santini-Aichel également chargé de la reconstruction de l'abbaye cistercienne dont dépend le cimetière. C'est de cette époque que date la décoration, œuvre de l'atelier du sculpteur pragois Matthias Braun, dont la thématique est tirée du livre Ézéchiel dans la Bible avec un message clair en faveur de la vie éternelle.
   La chapelle, telle que nous la connaissons aujourd'hui, est le résultat de la restauration entreprise en 1870 par le sculpteur František Rint de Česká Skalice, commissionné par les princes Schwarzenberg de Worlik, aujourd'hui Orlík nad Vltavou, alors propriétaires du cimetière, pour mettre de l'ordre dans les tas, ce qui donna ce résultat macabre. Les os ont souvent été disposés de manière artistique pour former des décorations et des meubles pour la chapelle. On estime que l'ossuaire contient les restes de 40 000 à 70 000 personnes.
source texte :  https:// fr.wikipedia.org/wiki/Ossuaire_de_Sedlec

parties du  décor surréaliste, macabre et glauque de l'intérieur de la chapelle ossuaire
 avec ces piliers et ce lustre entièrement composés d'os humains.
  L'ossuaire est l'une des attractions touristiques les plus visitées de la République tchèque, attirant plus de 200 000 visiteurs par an. Mais ils ne respectent pas tous l'importance et le contexte historique de ce monument unique dans le monde, bien au contraire. Jusqu'à 60 000 photos de morts sont créées de manière irrespectueuse, comme des selfies inappropriés et on a des visiteurs qui souvent n'hésitent pas à manipuler et déplacer les os pour créer une photo intéressante. L'impact négatif du tourisme de masse et du comportement de certains visiteurs se traduit par la publication de ces photos et vidéos inappropriées sur divers réseaux sociaux. Les autorités ont donc décidé ces derniers jours de sévir et d'interdire tout simplement les photos à partir du 1er janvier 2020, sauf avec une autorisation spéciale délivrée sur demande à l'avance. C'est cette information qui a été relayée par les sites de web-infos (voir → ICI) et sur le site de la municipalité ( voir → ICI, titre de la notification : Plus de photographie dans l'ossuaire et la cathédrale de Sedlec).


 🛡 Mais revenons à notre sujet héraldique : les armoiries faites d'os sont celles de la très ancienne maison germanique d'origine franque : les Schwarzenberg. Le blason a naturellement beaucoup évolué et s'est enrichi de nouvelles figures au cours de la longue histoire de cette famille. Divisée en deux grandes branches, ses membres les plus illustres ont servi les monarques du Saint Empire, de l'Autriche, de la Bohême et des descendants, toujours en vie occupent encore de très hauts postes dans la vie publique de leur pays, en République tchèque notamment (voir par exemple : M. Karel Schwarzenberg, ancien ministre du gouvernement).

La copie "artistico-funéraire" à gauche, et son original à droite : armoiries des Princes de Schwarzenberg de Worlik

L'écu des armoiries ici isolé, afin de détailler chaque partition.

 Vous pouvez découvrir l'histoire et la description originale du blason de la dynastie familiale → ICI
Mais si vous ne lisez pas, comme je le pense, la langue tchèque, voici une traduction du texte descriptif par Google Traduction (elle vaut ce qu'elle vaut, compte tenu de quelques petites retouches de ma part):


Le blason des Schwarzenberg

Trois étapes de développement:

    1. Le blason original des seigneurs de Seinsheim, originaires de Franconie, était un bouclier à huit pals d'argent et d'azur. Les couleurs ancestrales de l'argent (blanc) et du bleu se retrouvent, par exemple, sur les ornements ou les tentures des châteaux de Český Krumlov et de Hluboká.  Le fondateur de la maison de Schwarzenberg, Erkinger de Seinsheim (1362-1437), fit l'acquisition de la seigneurie de Schwarzenberg au début du XVe siècle. Lui et ses héritiers adopteront progressivement le nom de Schwarzenberg.
la curieuse poignée de la porte du château de Hluboká
    2. Après la conquête de la forteresse turque de Raab (aujourd'hui Győr) en Hongrie le 29 mars 1598 par Adolf de Schwarzenberg (1551-1600), pour le compte de l'empereur Rodolphe II, le 5 juin 1599, le blason s'améliora de sorte qu'au blason d'origine des seigneurs de Seinsheim on y ajouta une figure à la tête de Turc, qui est picorée par un corbeau (pas une corneille - qui n'est pas carnivore).
  Le corbeau est une figure parlante car "Rabe" en allemand désigne à la fois le corbeau et la corneille. Au même moment, le commandant Adolf de Schwarzenberg reçut le titre de comte impérial. Une forme intéressante du corbeau héraldique picorant la tête de Turc se trouve sur la poignée de la porte principale du château de Hluboká (photo ci-dessus).
    3. À la fin du XVIIe siècle, les armoiries de Schwarzenberg ont acquis leur forme actuelle. En 1688, le blason a été modifié, renforcé par les symboles des domaines de Sulz, Brandis et Kleggau, auxquels se sont joints Ferdinand Vilém de Schwarzenberg (1652-1703) par mariage (1674) avec Marie Anne de Sulz.
    4. Les armoiries de la branche de Worlik / Orlík nad Vltavou ont été augmentées en 1814 pour récompenser une victoire sur Napoléon. Un blason impérial d'Autriche chargé d'une épée a été inséré entre les champs supérieurs.

Description des armoiries:
Le bouclier principal est écartelé en 4 quartiers avec un écusson en cœur sur le tout. Ce sont les armes de la branche directe de la lignée : celle de Krumlau (Český Krumlov en tchèque)
Un cinquième quartier avec les armes d'Autriche surmontant l'écusson central ne concerne que la branche des Schwarzenbeg de Worlik (Orlík en tchèque).

    1. Dans le premier champ (en haut à droite) se trouvent les armoiries originales des seigneurs de Seinsheim - huit pals d'argent et d'azur.
    2. Dans le deuxième champ d'argent (en haut à gauche), il y a trois pointes rouges symbolisant le comté de Sulz.
    3. Dans le troisième champ d'argent se trouve une branche écotée enflammée représentant le domaine de Brandis.
    4. Dans le quatrième au champ d'or, un corbeau picorant la tête du Turc vaincu.
    5. Sur l'écusson du milieu, à droite, se trouvent les armoiries du domaine de Schwarzenberg - une tour d'argent posée sur une montagne noire à trois bosses (armes parlantes : Schwarzer Berg en allemand).
    6. Dans l'écusson du milieu, à gauche, se trouvent trois gerbes d'or sur fond d'azur - le landgraviat de Kleggau en Souabe. Kleggau, également marquisat du prince Ferdinand, il fut promu en 1689 au rang de landgraviat, après avoir été médiatisé lors des guerres napoléoniennes de 1812, mais le titre et le blason restèrent inchangés.
    7. Deux lions d'or apparaissent rarement comme porteurs de bouclier.
    8. La couronne princière au-dessus des armoiries marque le titre princier, obtenu en 1670 par Jan Adolf I, comte de Schwarzenberg (1615-1683).
    9. La devise des Schwarzenberg est en latin "NIL NISI RECTUM" (en traduction : Rien d'autre que tout droit).


blason de la commune tchèque d'Orlík nad Vltavou,
reprenant deux des figures du blason des Schwarzenberg


🦴 Pour compléter votre information vous pouvez encore consulter ces liens :

www.sedlec.info/en/  (site officiel , langues : ENG / CZ)
-  fr.wikipedia.org/wiki/Ossuaire_de_Sedlec
-  generationvoyage.fr/visiter-kutna-hora-ossuaire-sedlec/
-  www.neverends.net/lossuaire-de-sedlec/
-  www.youtube.com/watch?v=fPxQoRVUU2U ( ► video , langue : ENG)
-  de.wikipedia.org/wiki/Schwarzenberg_(fränkisch-böhmisches_Adelsgeschlecht) (langue : DE)
-  en.wikipedia.org/wiki/House_of_Schwarzenberg#Imperial_immediate_estates (langue: ENG)


💶 Crédits images :
- Passez votre souris sur les photos ou images, pour lire la provenance de chacune.


     (very scary) Old Dick


samedi 28 février 2015

Top 10 des plus grandes villes de la République Tchèque avec leurs blasons

 Voici une nouvelle série consacrée à la découverte de l’héraldique civique, à travers divers pays du Monde. Le principe du "Top xx"  est très répandu dans les médias et sur Internet, pour recenser ce qui est le plus remarquable dans un domaine particulier. Je l'ai donc adapté à ce nouveau sujet qui nous permettra à la fois de découvrir ou réviser la géographie d'un pays choisi de manière aléatoire et dans le même temps de s'intéresser à sa diversité en matière de blasons ou emblèmes municipaux.

 Je poursuis par un nouveau pays d'Europe qui aime l'Héraldique : la République Tchèque.




Voici donc les 10 plus grandes villes en terme de population, en-dehors des agglomérations (chiffres : estimations fin 2013).





1 - PRAGUE / Praha

capitale de la République Tchèque et capitale (chef-lieu) de la région de Prague - 1 246 780 habitants









2 - BRNO 

ancien nom : Brünn
capitale (chef-lieu) de la région de Moravie du Sud - 378 327 habitants











3 - OSTRAVA 

ancien nom : Mährisch Ostrau
capitale (chef-lieu) de la région de Moravie-Silésie - 297 421 habitants










4 - PLZEŇ 

ancien nom : Pilsen
capitale (chef-lieu) de la région de Plzeň - 167 472 habitants











5 - LIBEREC

ancien nom : Reichenberg
capitale (chef-lieu) de la région de Liberec - 102 113 habitants










6 - OLOMOUC

ancien nom : Olmütz
capitale (chef-lieu) de la région d'Olomouc - 99 471 habitants









7 - ÚSTÍ NAD LABEM

ancien nom : Aussig
capitale (chef-lieu) de la région d'Ústí nad Labem - 93 747 habitants










8 - ČESKÉ BUDĚJOVICE

ancien nom : Böhmisch Budweis
capitale (chef-lieu) de la région de Bohême du Sud - 93 467 habitants










9 - HRADEC KRÁLOVÉ

ancien nom : Königgrätz
capitale (chef-lieu) de la région de Hradec Králové - 93 035 habitants











10 - PARDUBICE

ancien nom : Pardubitz
capitale (chef-lieu) de la région de Pardubice - 89 467 habitants









- On aura remarqué et reconnu au passage, dans ces quelques blasons :
• le lion d'argent à queue fourchue, couronné, armé et lampassé d'or, sur champ de gueules de l'ancien Royaume de Bohême.
• l'aigle échiquetée d'argent et de gueules, becquée,  membrée et couronnée d'or sur champ d'azur des anciens Margraves de Moravie.
• l'utilisation fréquente des murs, portes de ville et tours de fortifications, que l'on nomme improprement "châteaux" y compris dans le langage héraldique. Ils sont une caractéristique récurrente de l'héraldique municipale en Europe centrale, héritée des anciens sceaux de villes qui circulaient au Moyen-Âge (voir un de mes anciens articles ici →

- Le blasonnement des armes de Brno, d'apparence fort simples, pose un problème.
On ne peut pas parler de "fascé" car la première fasce est réduite à la moitié de la hauteur des autres. N'ayant pas trouvé la description héraldique officielle, je propose : "de gueules à la fasce d'argent abaissée et au chef diminué de moitié, du même".

- Pour finir, je vous promets un jour de décrypter l'énigmatique blason de Plzeň, avec les clés, la demi-aigle tenue par le chevalier en armure, le chameau et le lévrier, sans oublier l'écusson central qui comporte encore d'autres personnages ... un résumé imagé de l'histoire de cette ville.




Si vous désirez en savoir plus sur le pays : la République Tchèque et ses emblèmes, c'est → ICI


A bientôt , pour un nouveau pays ... → ICI
Et pour revoir le pays précédent ... → ICI



          Herald Dick











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samedi 28 septembre 2013

Il était une fois ... les fables illustrées par les blasons #03


Il y a bien longtemps, trop longtemps ( voir :  les fables #02 ) que nous n'avons pas revisité les  fables de notre grand conteur Jean de la Fontaine (1621-1695).  Alors, voici une série de nouvelles belles histoires au fond édifiant sur la nature des hommes à travers l'image allégorique des animaux. Tous les blasons sont authentiques et sont fièrement portés par les villages mentionnés, vous pouvez le vérifier ...


1 - Le Héron, la Fille


Komarov (Slovaquie)

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre ;
Mais il crut mieux faire d'attendre
Qu'il eût un peu plus d'appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l'appétit vint : l'oiseau
S'approchant du bord vit sur l'eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux
Litovel (Rép. Tchèque)
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée il trouva du goujon.
Du goujon ! c'est bien là le dîner d'un Héron !
J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu'il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.
Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Schneckenhausen
 (Allemagne)
Bien des gens y sont pris ; ce n'est pas aux Hérons
Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.
Certaine fille un peu trop fière
Prétendait trouver un mari
Jeune, bien fait et beau, d'agréable manière.
Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci.
Cette fille voulait aussi
Qu'il eût du bien, de la naissance,
De l'esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir ?
Le destin se montra soigneux de la pourvoir :
Il vint des partis d'importance.
Ladomerská Vieska                            Lada         
(villages de Slovaquie)




La belle les trouva trop chétifs de moitié.
Quoi moi ? quoi ces gens-là ? l'on radote, je pense.
A moi les proposer ! hélas ils font pitié.
Voyez un peu la belle espèce !
L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse ;
L'autre avait le nez fait de cette façon-là ;
C'était ceci, c'était cela,
C'était tout ; car les précieuses
Staritsa (Russie)
Font dessus tous les dédaigneuses.
Après les bons partis,  les médiocres gens
Vinrent se mettre sur les rangs.
Elle de se moquer. Ah vraiment je suis bonne
De leur ouvrir la porte : Ils pensent que je suis
Fort en peine de ma personne.
Grâce à Dieu, je passe les nuits
Sans chagrin, quoique en solitude.

La belle se sut gré de tous ces sentiments.
L'âge la fit déchoir : adieu tous les amants.
Un an se passe et deux avec inquiétude.
Le chagrin vient ensuite : elle sent chaque jour
Déloger quelques Ris, quelques jeux, puis l'amour ;
Puis ses traits choquer et déplaire ;
Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire
Qu'elle échappât au temps cet insigne larron :
Les ruines d'une maison
Se peuvent réparer ; que n'est cet avantage
Bauerbach (Allemagne)
Pour les ruines du visage !
Sa préciosité changea lors de langage.
Son miroir lui disait : Prenez vite un mari.
Je ne sais quel désir le lui disait aussi ;
Le désir peut loger chez une précieuse.
Celle-ci fit un choix qu'on n'aurait jamais cru,
Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse
De rencontrer un malotru.





2 - Le Lièvre et la Perdrix




Prosiměřice (Rép. Tchèque)
Il ne se faut jamais moquer des misérables :
Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux ?
Le sage Esope dans ses Fables
Nous en donne un exemple ou deux.
Celui qu'en ces Vers je propose,
Et les siens, ce sont même chose.
Le Lièvre et la Perdrix, concitoyens d'un champ,
Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille,

Chrtníky (Rép. Tchèque)
Lackovce (Slovaquie)

Quand une Meute s'approchant
Oblige le premier à chercher un asile.
Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,
Sans même en excepter Briffaut.
Enfin il se trahit lui-même.
Par les esprits sortants de son corps échauffé.
Miraut sur leur odeur ayant philosophé
Conclut que c'est son Lièvre, et d'une ardeur extrême
Il le pousse, et Rustaut, qui n'a jamais menti,
Dit que le Lièvre est reparti.
Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.

Hraň (Slovaquie)


Šarišské Jastrabie 
 (Slovaquie)



La Perdrix le raille, et lui dit :
Tu te vantais d'être si vite :
Qu'as-tu fait de tes pieds ? Au moment qu'elle rit,
Son tour vient ; on la trouve. Elle croit que ses ailes
La sauront garantir à toute extrémité ;
Mais la pauvrette avait compté
Sans l'Autour aux serres cruelles









3 - La Montagne qui accouche




Ariel (Israël)



Une Montagne en mal d'enfant
Jetait une clameur si haute,
Que chacun au bruit accourant
Crut qu'elle accoucherait, sans faute,
D'une Cité plus grosse que Paris :
Elle accoucha d'une Souris.

Montopoli in Val d'Arno
(Italie)

Bore (Italie)

Quand je songe à cette Fable
Dont le récit est menteur
Et le sens est véritable,
Je me figure un Auteur
Qui dit : Je chanterai la guerre
Que firent les Titans au Maître du tonnerre.
C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent ?

  Du vent.




4 - Le Coche et la Mouche




Râmnicu Vâlcea
(Roumanie)
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au Soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un Coche.
Femmes, Moine, vieillards, tout était descendu.
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
Une Mouche survient, et des chevaux s'approche ;
Prétend les animer par son bourdonnement ;
Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine,
S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;
Aussitôt que le char chemine,
Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire ;
Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit

Thaon-les-Vosges
(France - Vosges)
Un Sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.
La Mouche en ce commun besoin
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ;
Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
Le Moine disait son Bréviaire ;
Il prenait bien son temps ! une femme chantait ;
C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait !
Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.


Svinica (Slovaquie)




Après bien du travail le Coche arrive au haut.
Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Ca, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.
Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans les affaires :
Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.
.








A bientôt ...

      Herald Dick


mardi 24 juillet 2012

Zoo héraldique #10 : l' Écrevisse - 3ème partie

 S  uite et fin de l'exploration des aventures héraldiques de notre crustacé (pour rappel, voir le précédent volet → ici ). Nous retournons en Europe centrale, car c'est dans ces contrées que notre décapode de la famille des astacidés (c'est son nom de famille !), pullule pour notre plus grand plaisir. En terme d'héraldique, je veux dire, évidemment ... 
armoiries des villes de gauche à droite : 1 - Dolná Trnávka (Slovaquie)  /  2 - Lieboch (Autriche)  /  3 - Wohyń (Pologne)  /  4 - Rudoltice (Rép. Tchèque) /  5 - Střeň (Rép. Tchèque)
notez que certaines écrevisses se servent d'outils ou d'objets sacrés ! car souvent associées à des légendes locales 

Orconectes limosus (écrevisse américaine)

Armoiries du Waterschap
(Bureau local des Eaux) de
Benedendinkel (Pays-Bas)
(le 2 est un coq de bruyère)
















jeton aux armes de la famille Thyard
de Bissy (Bourgogne) - 1728
armoiries des villes de gauche à droite :
6 - Naas (Autriche)  / 7 - Ragnitz (Autriche)  /  8- Pasohlávky (Rép. Tchèque)  /  9 -  Münzbach (Autriche)
où l'on découvre qu'il existe des spécimens qui grimpent aux murs, d'autres qui creusent des tunnels ou encore qui volent au-dessus de la rivière !  séquence ... humour ! 
Parfois, il en est de même dans la nature, des accidents de la vie arrivent comme pour cette pauvre écrevisse suisse qui a été amputée d'un de ses membres !

Onnens (Suisse - canton de Vaud)

On en arrive parfois même... à des extrémités ! en effet voyez ces quelques exemples surprenants où seules les pinces de l'animal sont figurées ! et il y en existe beaucoup d'autres comme ceux-là !

Dřínov (Rép. Tchèque)
Železné (Rép. Tchèque)
Chrustenice (Rép. Tchèque)














ville de Rakovník (Rép. Tchèque)
Vous vous rappelez dans le premier épisode que le mot "rak" dans les langues slaves signifie écrevisse. Voici donc quelques armes parlantes pour illustrer le sujet :
Une jolie légende explique le nom de cette charmante ville de Bohême : Rakovník
Au Moyen-Âge , une terrible famine ravageait la région. Par ailleurs les rivières regorgeaient d'écrevisses. Mais en ce temps, on pensait qu'elles étaient toxiques du fait qu'elles devenaient rouges à la cuisson ! Un jour, une femme désespérée pour ses enfants leur en donna à manger, et outre le fait qu'ils trouvèrent cela excellent, ils comprirent qu'elles étaient tout à fait comestibles et ainsi les gens furent sauvés de la faim.
Le nom ancien de Rokytka fut changé en Rakovnik.
Et l'écrevisse est devenue son emblème. 

 Voici un peu plus au nord, une famille du nom de von Rekovski(y), originaire du village de l'ancienne Poméranie (Prusse occidentale), et actuellement en Pologne : Rekow (Rekowo en polonais). Le portail de son site internet explique les différentes variations des armoiries familiales selon les alliances avec d'autres familles :
http://www.rekowski-familienverband.de/



les belles armoiries de la famille polonaise Warnia
descendant d'une lignée d'ancienne chevalerie : les Raczek (Silésie)

Statue de Jan Žižka
Mémorial National de Vitkov
une de ses victoires, 
aux environs de Prague
  Et pour terminer ce thème, je vous l'avais annoncé la dernière fois, c'est avec un personnage hors du commun que je vais le faire. C'est un héros national dans son pays, l'équivalent pour nous de Bertrand Du Guesclin ou Jeanne d'Arc, ses contemporains : un des plus grands génies militaires du Moyen-âge. Pourtant il est quasiment inconnu par la majorité des français, sauf des érudits qui ont étudié l'histoire des guerres hussites. 
 Son nom est Jan Žižka z Trocnova (~1360-1424), originaire d'une famille de petite noblesse de Trocnov, en Bohême (actuelle République Tchèque), il fut dans sa jeunesse un chevalier brigand puis un mercenaire avant de devenir ce chef militaire exceptionnel. Cet homme, au physique plutôt disgracieux, est devenu borgne très jeune avant de participer avec l'armée polonaise à la bataille de Tannenberg (ou Grünwald -1410) contre les Chevaliers Teutoniques. On pense qu'il aurait participé à la bataille d'Azincourt avec les Anglais en 1415 et se serait battu aussi contre les turcs en Hongrie. A partir de 1419, Jean le borgne (= žižka en tchèque), prend en charge militairement le destin des Taborites, un des groupes hussites qui prétendait réformer la société du moment.
Jan Žižka - son blason supposé et la bannière du mouvement
hussite caractérisé par le calice, symbole de la Communion.

  Le peuple de Bohême en ce début de XVè siècle,  est en révolte contre l'Empereur Sigismond qu'il tient pour responsable de l’exécution sur
armoiries attribuées à Jan Žižka
hypothèse de couleurs, car ces armes
étaient inconnues des historiens,
avant la découverte d'un sceau
daté de 1378 dans des archives
au XXe siècle.
le bûcher, en 1415, de leur héros et martyr : Jan Hus, un prêtre théologien de Prague qui voulait changer certaines pratiques déviantes de l'Église catholique (un siècle avant Luther) et qui a été déclaré hérétique par l'Inquisition. Ce courant de pensée s'est nommé le hussitisme et il a survécu à la mort de son instigateur, se mêlant avec des revendications indépendantistes pour ce petit, mais riche royaume de Bohême, alors vassal du Saint Empire. Cette insoumission provoqua une succession de guerres qu'on nomma Croisade, à l'image de la Croisade contre les Cathares, deux siècles plus tôt. Par conséquent, du côté des insurgés: les hussites, il fallait un chef charismatique et valeureux : ce fut donc le rôle de notre homme: Jan Žižka. Et de quelle façon ! en taillant en pièces l'armée des catholiques et de ses cavaliers surentraînés dans leur belles armures, avec seulement une troupe de paysans et de villageois fanatisés, juste armés au début d'arquebuses, de piques, et quelques archers ! Le plus incroyable c'est qu'au cours du siège du château de Rabi, en 1421, il perd son deuxième œil. Totalement aveugle, il ne capitule pas pour autant et continue de commander ses troupes avec toujours de nouvelles victoires jusqu'à ce qu'il meure terrassé par la peste en 1424 !
 
tête sculptée de Jan Žižka
Car ce diable d'homme, pour compenser le manque d'équipements de son armée de gueux, a inventé une technique nouvelle : le "wagenburg" , littéralement : la forteresse de chariots, qui permet d'improviser n'importe où,  en se mettant en cercle, un système de défense infranchissable et un tremplin pour la contre-attaque : imparable. C'est ce même système ingénieux que les colons du far-west américain utiliseront cinq siècles plus tard, pour se défendre contre les Indiens (revoir ces scènes dans les chers westerns de notre enfance) .
Pendant près de vingt ans, les combattants hussites, malgré quelques violents désaccords et même quelques combats entre eux, résisteront vaillamment à l'armée impériale et catholique et lui infligeront même de sévères défaites comme celles de Sudomer, Kutna Hora, Nemecky Brod , Usti nad Labem, etc...  Ils effectueront même des raids dévastateurs en Allemagne, jusqu'en Bavière ou à Berlin ! Contrairement aux Cathares , les Hussites ne perdront jamais la partie et le mouvement sera finalement reconnu et admis par l'Église, préfigurant celui de la réforme protestante.

illustrations de la technique du wagenburg des Hussites (1450)
on y voit les symboles hussites : le calice et une oie, mais pas d'écrevisse !
Codex 3060 - Bibl. Nationale d'Autriche à Vienne

Je vous avais annoncé la dernière fois que ce personnage était digne d'un héros dans les meilleurs romans ou films historiques . Eh bien sûr cela a été fait ! dans l'ex-Tchécoslovaquie, évidemment:  avec un film datant de 1957. C'est une assez belle évocation. On y voit une bataille devant une forteresse tenue par les hussites. La belle armée des catholiques : les cavaliers dans leurs armures à plates se fait repousser par les combattants à pied (bannières rouges chargées d'un calice d'or) encouragés par le hetman (c'était son grade) : Jan Žižka, l 'homme trapu et moustachu, en haubert de mailles et casque rond, avec un bandeau sur l'œil. Finalement les croisés repassent le fleuve en fuyant comme ils peuvent. Dans la séquence on y voit les chariots légendaires , leur mise en place rapide et leur fonctionnement.



jaquette du film


la guerre des wagenburgs - BD moderne






















Voici donc comment une banale bestiole des rivières peinte sur un blason nous a emmené dans une guerre de religion au XVè siècle et dans un pays très loin du nôtre ! C'est tout ce que j'aime avec l'héraldique : le voyage immobile.

A bientôt avec de nouvelles aventures .....

  Herald Dick