Affichage des articles dont le libellé est Armorial Rietstap. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Armorial Rietstap. Afficher tous les articles

samedi 16 avril 2016

Zoo héraldique #21 : le Singe d'Europe, espèce rare: sur papier ou sur pierre...

"D'or au singe de sinople accolé d'argent lyé or gueules"
blason extrait du manuscrit : "Le second volume de
 la premiere partye du blason d'armoiries, composé
par maistre Jehan le Féron ...", dédié à François Ier (1530)
folio 110 r - Bibliothèque de l'Arsenal - réf  5255
Bibliothèque National de France - Paris
    Le 8 février dernier nous avons donc commencé la nouvelle année lunaire du Singe, selon le calendrier chinois (voir mon sujet spécial : "Nouvel an chinois").  Pour cette occasion, j'ai voulu mettre à l'honneur cet animal à travers sa figuration, plutôt rare, en héraldique.

  En dépit de cette représentation très limitée, nous allons poursuivre, et découvrir que malgré tout, notre petit animal sautillant et grimaçant va bien  nous faire voyager dans le temps et nous balader à travers plusieurs pays d'Europe.
 Quelques rares familles donc, ayant eu une certaine notoriété dans leur pays d'origine, ont possédé des armoiries utilisant le singe soit comme figure du blason (nous en avons vus déjà quelques-uns dans le volet précédent, par l'entremise des armes parlantes) soit comme figure secondaire avec les ornements extérieurs : cimiers, tenants, supports, etc...
  Et dans cette dernière catégorie, nous allons passer en revue quelques familles aristocratiques dont certaines d'ancienne extraction, qui en ont fait un emblème curieux et remarquable : par exemple la maison d'origine bavaroise des von Weichs avec ses divers lignages, en Allemagne, et quelques autres en Europe occidentale et continentale.


II - Le singe comme figure du blason des armoiries
(suite du sujet précédent)

armoiries attribuées à Gui de Munois, abbé de
Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris de 1285 à 1309.
"un singe accroupi, habillé comme un moine, avec un
 capuchon et tenant un bâton, accompagné de trois étoiles
et un croissant montant en chef"
[extrait d'une planche héraldique éditée par la
Société généalogique néerlandaise "Gens nostra" (1960)]
  Le singe est une figure polysémique : les artistes enlumineurs du Moyen-Âge pouvaient le représenter en tant qu'animal, mais aussi et souvent comme motif grotesque, dans les décors des marges des manuscrits ou encore comme un personnage qui parodie les activités humaines. C'est en particulier  le don d'imitation du singe qui retient l'attention des hommes du Moyen Âge. Et en héraldique c'est cette caractéristique qui prévaut la plupart du temps.
  On le trouve tenant une multitude d'objets usuels dont l'homme se sert dans ses activités, soit pour le parodier, le moquer, ou pour au contraire attester de son habileté naturelle, de son intelligence.  Le singe qui se regarde dans le miroir renvoie l'image de la vanité des hommes. Celui qui est attaché par une chaîne ou une laisse, au cou ou à la taille, démontre sa soumission à l'autorité supérieure (le prince, le monarque, etc..).
  Du point de vue religieux : le singe symbolise plusieurs vices, comme celui de la luxure, il se trouve associé à la faute originelle, et même parfois il représente un démon ou le diable. Mais c'est un autre sens philosophique qui ne transparait pas dans la symbolique du blason, car évidemment, aucun des titulaires ne souhaite s'identifier à cette image négative pour se représenter...

un membre de la famille Escalier,  originaire du Forez et d'Auvergne : "de sable au singe d'argent" - Armorial Général de France, registre n°2 - Généralité d'Auvergne -  page 438.
armoiries de famille Pascal de Malatrait
  du Dauphiné : "d'azur au singe assis d'or"
armoiries de famille Pascal Colombier
  du Dauphiné : "d'argent au singe assis de gueules"
sapajou ou saï capucin (Cebus capucinus) , appellations actuelles -  détail d'une planche extraite de "Histoire naturelle des singes et des makis" par Jean-Baptiste. Audebert - an VIII républicain (1799-1800) - BNF Paris

armoiries de famille Pascal Satolas
  du Dauphiné : "d'argent au singe rampant d'or"
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri Rolland coloriés par Lionel Sandoz et.. HD)
armoiries de famille d'Argonnel
  de Normandie : "d'azur à trois guenons d'argent"
(d'après armorial J.B Rietstap, dessin de Jean-Paul Fernon)
armes  attribuées au sieur d'Azerou, maire de Caumont près de Montauban -  "coupé de sable et d'argent aux deux singes assis de l'un en l'autre" -  Armorial Général de France, registre n°15 - Généralité du Languedoc - volume II -  page 1610.
armoiries de famille Buri de Soleure (Suisse) :
 " d'azur à un singe au naturel, assis sur une terrasse
de sinople et supportant de sa patte dextre
une fleur de lis d'or""
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri Rolland coloriés par Lionel Sandoz et.. HD)
armoiries de famille Duval , à Rouen ou à Genève :
 ""d'azur à un singe de profil d'argent, assis sur une
boule d'or et tenant de sa patte dextre une
plume à écrire d'argent".
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri Rolland coloriés par Lionel Sandoz et.. HD)


armoiries de la famille Pury du Singe
  de Neufchâtel (Suisse) : "d'azur à un singe d'or, assis sur une
 boule du même, accompagné au canton dextre du chef d'un
 écusson de gueules au chevron d'or accompagné en chef
de deux coquilles et en pointe d'une molette, le tout d'argent".
(d'après armorial J.B Rietstap, dessin © François de Dardel 2015
site : http://famille.dardel.info )




armoiries de la famille Gutthay de Hongrie
"d'azur au singe habillé et portant un chapeau de
 gueules, tenant un oriflamme d'or, chevauchant une
chèvre au naturel sur un mont de sinople"
[extrait d'une planche héraldique éditée par la
Société généalogique néerlandaise "Gens nostra" (1960)]
armoiries de la famille Apen d'Oldenburg
(Allemagne du nord) : "de ..?. à un singe assis de ..?.
se regardant dans un miroir" - vraies couleurs inconnues
(d'après armorial J.B Rietstap, dessin de Jean-Paul Fernon)
armoiries de la maison Apen de Westphalie (Allemagne du Nord) : "d'azur à un singe d'or jouant
d'une cornemuse d'argent" - Wappenbuch des Westfälischen Adels, Buch 2 de Max von Spießen
-  dessin de Adolf Matthias Hildebrandt  (1901/1903)
armoiries de Joachim Enzmilner (1600-1678), comte de Windhaag (Basse-Autriche),
juriste et homme politique du Saint Empire. Armes sculptées en bas-relief ornant le linteau
 de la porte de l'ancien Hôpital / Sankt Barbara Spital,  de Münzbach  (Basse-Autriche).
avec un singe colleté et attaché par une chaîne qu'il tient dans ses mains, en écusson sur le tout.
armoiries de Freiherr (baron) Karl von Culoz (1785-1862),
général d'infanterie autrichien, issu d'une vieille famille noble espagnole
dont une branche s'était établie en Savoie dans le château de Culoz
(aujourd'hui ce village est dans le département français de l'Ain).
 "écartelé: aux 1 et 4, d'azur au lion à la queue double d'or, tenant dans chaque patte
une épée d'argent, garnie d'or; aux 2 et 3, d'argent à un singe au naturel assis sur une
 terrasse de sinople, le singe du 3 contourné, tenant dans chaque patte
une épée d'argent, garnie d'or ".



III - Le singe comme ornement extérieur des armoiries

pour commencer , voici les armoiries imaginaires de la Paresse !
  attributs du paresseux assis sur le dos de l'âne : le singe regardant son visage dans le miroir
comme cimier, le bœuf sur l'écu et un lion comme bannière.
 extraites du manuscrit : Augsburg Etymachie Traktat  - Cod. 160 (1447) -
Staats und Stadtbibliothek Augsburg (Allemagne - Bavière)


armoiries de la famille Roisin du Hainaut
"bandé d'argent et de gueules"
cimier : un singe tenant une grappe de raisin dans la
main dextre et une bannière aux armes dans la senestre
(Dessin à la gouache de Marcel Siennon, 1969 
collection de Jacques Dulphy )
armoiries de la famille de Forest
 originaire du Cambrésis et du Hainaut
"d'argent à trois croissants montants de sable"
cimier : un singe assis mangeant un fruit
(Dessin à la gouache de Marcel Siennon, 1969 
collection de Jacques Dulphy )
 

armoiries des barons von Weichs de Bavière : "de sable chapé d'argent"
cimier : un singe au naturel, tenant de sa dextre un miroir de gueules, assis entre un vol,
 l'aile dextre taillée d'argent et de sable,  l'aile senestre tranchée d'argent et de sable"
 Scheiblersches Wappenbuch - Cod.icon. 312c - ( v. 1450)
 Bayerische StaatsBibliothek - Munich (Bavière)
fragment d'un feuillet avec les armoiries de seigneurs bavarois :  Rornstat, Lobenstein, Hafflingen et Weichser (Weichs) tout à droite (avec un singe dans le cimier) - Conrad Grünenberg Wappenbuch - BSB Munich - Bavière ( 1493 )
fragment d'un feuillet avec armories des seigneurs de Kerting, Over et Weychser  (Weichs) avec un singe dans le cimier
Sammelband mehrerer wappenbücher - Cod. Icon 391 (Augsburg - Bavière - vers 1530) - BSB Munich
armes de deux branches différentes des Von Weichs (zwei Bayrischen Geschlechter von Weychser) de Straubing et Dasing
Wappenbuch des churbayrischen Adels (copie de l'original vers 1560), volume 1 - BSB Munich - Cgm 1508
v. WEICHS : "de sable chapé-ployé d'argent" - Cette très ancienne famille noble bavaroise est connue par les écrits depuis 1221. Le berceau de la famille est situé à Weichs an der Glonn, une petite commune située près de Dachau, qui a conservé aujourd'hui les armes de ses anciens seigneurs pour ses armoiries municipales. Au XVIIe siècle des branches des von Weichs se sont installés en Rhénanie, près de Cologne, et en Westphalie.  Plusieurs membres des von Weichs ont fait des carrières politiques diverses, mais le plus connu des porteurs de ce nom est sans aucun doute le général Maximilian von Weichs (○1881 - †1954), Generalfeldmarschall de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale, qui s'est battu en particulier à Stalingrad contre l'armée soviétique, mais qui a dû répondre des accusations de crimes de guerre en 1945.
armoiries de la branche von Weichs an der Glon de Westphalie :
 "de sable chapé-ployé d'argent" - cimiers : deux singes au naturel assis sur un
coussin de gueules houppé d'or, tenant un miroir ovale devant leur visage"
 Wappenbuch des Westfälischen Adels, Buch 2 de Max von Spießen
  dessin de Adolf Matthias Hildebrandt  (1901/1903)

fragment d'un feuillet avec les armoiries de seigneurs de Rhénanie et de Basse-Alsace, groupés derrière la bannière de tournoi de la vénérable Société du Loup (die loblich Gesellschaft des Wolff), portée par une dame d'honneur:  Kammerer von Dalberg, von Tann ou Dahn (avec le cimier au singe) et von Fleckenstein - Conrad Grünenberg Wappenbuch - BSB Munich - Bavière ( 1493 )
armoiries de la maison von Dahn ou von Tann
du Palatinat :  "de gueules à trois aiglettes d'argent"
 cimier : un singe au naturel tenant un miroir ovale
devant son visage
fragment d'un feuillet avec les armes d'un mystérieux
 personnage : Jean de Mandeville (†1372), aventurier,
 explorateur du Moyen-âge, de la même dimension que
 Marco Polo. Il a lui aussi écrit un "Livre des Merveilles
 du Monde". Le cimier de ses armoiries montre encore un
 singe se regardant dans un miroir.
Conrad Grünenberg Wappenbuch - BSB Munich  (1493)

























.
Il est reconnu par l' expérimentation scientifique que les primates, surtout les grands singes, sont parmi les rares animaux à comprendre le phénomène optique qui leur permet de se reconnaître dans un miroir. Ce qui n'est pas le cas des chats ou des chiens, par exemple, si vous en possédez  : vous avez remarqué qu'ils pensent avoir affaire à un adversaire et sont même très agressifs envers l'image qu'ils renvoient !





armoiries de la maison von Stechow
du Brandebourg, de Silésie et du Royaume de Prusse :
  "d'argent à trois bandes de sable chargées chacune de
 cinq trèfles du champ posés dans le sens de la bande"
Cimier un singe assis au naturel tenant de sa patte dextre
 levée une pomme de gueules.
Schlesisches Wappenbuch oder die Wappen des Adels im
 Souverainen Herzogthum Schlesien, der Grafschaft Glatz
 und der Oberlausitz. Leonard Dorst - Görlitz (1847)
armoiries d'une branche des von Stechow 
(d'après un document de 1703) écartelé, en 1 et 4 :
de Stechow ;  en 2 et 3 de Priort  (d'azur à deux roues
 de chariot d'or" -  deux cimiers :  de Stechow (singe) et de
 Priort (femme tenant une demie-roue)





cercopithèque diane (Cercopithecus diana), appellations actuelles -  détail d'une gravure signée Herman.Jakob Tyroff (1775) Bibliothek für Bildungsgeschichtliche Forschung des Deutschen Instituts für Internationale Pädagogische Forschung - Berlin
armoiries de la maison française  de Montalembert
originaire de l'Angoumois  : "d'argent à la croix ancrée de sable"
-  cimier : une tête de lévrier issant d'une couronne de marquis -
 - tenants :  une autruche à dextre et un singe armé d'un bâton à senestre -
(le singe a été représenté avec une apparence très humaine !
mais c'est bien un singe, pas un homme sauvage).
  MONTALEMBERT , marquis, comtes de : "d'argent à la croix ancrée de sable" -  C'est une des illustres familles d'ancienne noblesse française (attestée vers 1200), originaire du village de Montalembert (aujourd'hui dans le département des Deux-Sèvres). La commune a d'ailleurs relevé les armes de "ses anciens seigneurs" en changeant les émaux (de sinople à la croix ancrée d'argent) pour adopter ses propres armoiries.
La maison de Montalembert a donné à la France un grand nombre d'hommes politiques aux XVIIIe, XIXe et XXe siècle. Les amateurs de littérature ont peut-être lu la vie particulière de l'écrivain contemporain:  Hugues de Montalembert et les cinéphiles, amateurs de théâtre et de séries TV connaissent certainement le talentueux Thibault de Montalembert .


.


A ce stade, on pourrait penser que le sujet est bien cerné. Eh bien, non,  il nous reste encore quelques autres horizons à découvrir qui feront l'objet d'un dernier volet avec en particulier l'héraldique britannique, quelques rares cas de communautés ou villes d'Europe et surtout un dossier très exotique, c'est → ICI




Crédits :
la provenance des images, si elle n'est pas indiquée en clair dans la légende, est visible en passant votre souris sur l'image.




           Monkey Dick 2016
.

vendredi 22 janvier 2016

(Mini) Zoo héraldique #20 : l'Araignée, passion ou répulsion... et sur blasons

armes de la maison Webber of Coldmoat
 (Tyssier de Froide-Douve en français) à Westeros
blason imaginaire des personnages des romans
"Le Trône de Fer" de George R.R. Martin - ce sont
 des armes parlantes: web = la toile (d'araignée)
 A vec leurs huit pattes, leurs corps velus, et leurs yeux multiples, les araignées n'ont pas un physique qui plait à tout le monde. Elle sont même souvent détestées, voire craintes, et vont même jusqu'à créer chez certains des névroses appelées "arachnophobie".

 Pourtant, il s'agit d'un animal, ou plutôt une famille comptant pas moins de 44 000 espèces différentes à travers le monde, tout à fait fascinantes. Certaines ont un mode de vie tout à fait étrange, il y en a même qui vivent dans l'eau (voir un des timbres plus bas) !   Elles ont donc aussi leurs secrets et elles sont en tous cas indispensables dans la chaîne du vivant, en tant que prédateurs insatiables. Sans elles nos journées seraient absolument invivables avec des nuées d'insectes qui pulluleraient dans les airs et sur les murs de nos maisons. Pensez-y avant de faire l'erreur de les tuer pour calmer votre propre frayeur ! La grande majorité sont inoffensives, sinon peu nocives. Mais il y a tout de même quelques belles dangereuses, comme la fameuse "veuve noire" (dernier timbre tout en bas).

Mal aimée, elle l'est aussi en héraldique. Elle demeure en effet très peu utilisée comme meuble dans les blasons ou même dans les ornements extérieurs des armoiries : elle est tout simplement rarissime. Mais comme tout ce qui est rare est par nature précieux, alors j'ai pris ma tête chercheuse de perles, et je vous offre le résultat de ma chasse.
 La bestiole n'est pas facile à dénicher et elle sait se faire oublier pour mieux nous surprendre, comme la vraie dans la nature. D'ailleurs un bon nombre d'autres spécimens m'ont certainement échappé.

• Dans les armoriaux et les manuscrits il faut semble-t-il attendre le XVIIe siècle pour voir ses premières apparitions remarquées.
Blason avec une araignée dans sa toile décrit dans le traité d'héraldique  "A Display of Heraldry" édité à Londres en 1610
et écrit par le maître d'armes anglais  John Guillim (~1565/1621) - fragment de la page 151 du livre (visible en lecture sur
 Google-Books →ICI). L'auteur attribue ce blason à "the Weavers Company" qui était une guilde de tisserands, à Londres certainement.

• La contribution de Charles-René d'Hozier (1640-1732) à cette thématique des petites bêtes, avec la confection de l'Armorial Général de France, établi à partir de l'édit royal de 1696, est incontestable. Il s'agit souvent d'armoiries attribuées d'office à des personnes ou des communautés qui n'en avaient pas. Dans ce cas les armes sont très fréquemment parlantes, basées sur le nom ou le métier de ces personnes, avec parfois des jeux de mots très approximatifs, voire désobligeants ou de mauvais goût.
armes parlantes attribuées au sieur Arente - Armorial Général de France , registre n°29 - Généralité de Provence -
 volume I, page 953.
armes parlantes attribuées à "la fille" Raignier - Armorial Général de France , registre n°28 - Généralité de Poitiers -
 volume II, page 922.
armes parlantes attribuées à l'épouse de Maximilien de Croix, seigneur de Malannoy :  Marie-Anne-Josèphe  Eraniet
 (et non pas Eramet) - Armorial Général de France , registre n°26 - Picardie - Généralité d'Amiens, page 511 (merci Jacques).

• C'est à partir du XIXe siècle qu'on devient davantage certains de leur authenticité et ce grâce notamment au travail de documentation titanesque du généalogiste et héraldiste néerlandais Jean-Baptiste Rietstap (1828-1891) et son "Armorial Général", qui a recensé et décrit près de 100 000 blasons et armoiries familiales existant en Europe. Les illustrations en planches noir et blanc qui ont été réalisées à partir de cet "Armorial Général" et éditées plus tard, notamment par Victor et Henri Rolland, au début du XXe sont de facture très sommaire, réalisées en noir et blanc avec le code des hachures. Elles ont le mérite d'exister et sont très recherchées par les amateurs de généalogie. En voici trois extraits, qui ont été coloriés ultérieurement.
Lang (barons) - Autriche  : "d'argent à une chouette au
naturel posée sur une terrasse de sinople, le champ chapé-
ployé, à dextre de sable à l'aigle d'or, à senestre d'azur
à une araignée d'or chargée d'une croisette d'argent,
surmontée d'une étoile à six branches du même".
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri  Rolland coloriés par Lionel Sandoz et HD)
Ragnina (de Raguse) : armes parlantes
"de gueules à la fasce diminuée d'argent,
accompagnée en chef de trois araignées de
sable et de trois bandes d'argent en pointe".
o---o
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri  Rolland coloriés par Lionel Sandoz )
Rukoff : "tiercé en barre, au 1 de sinople à une araignée
dans sa toile au naturel; au 2 à un dragon à deux pattes de
 sable, ailé de gueules; au 3 losangé d'argent et d'azur à un
 dragon pareil au 2, brochant sur le losangé".
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri  Rolland, coloriés par Lionel Sandoz et HD)
• Les nombreux auteurs de traités d'héraldique, en répertoriant scrupuleusement tout le bestiaire utilisé dans les figures des blasons n'ont pas manqué de nous signaler les diverses bestioles atypiques que l'on pouvait trouver ici ou là, dans les armoiries d'une modeste famille ou ailleurs. Le britannique Arthur-Charles Fox-Davies (1871-1928) en fait partie.
superbe ex-libris de Charles Wright Macara, 1st baronet of Ardmore (Royaume-Uni, Écosse) :
 "d'hermine au chêne arraché au naturel posé en bande, une épée d'azur, garnie d'or, posée en barre
et brochant, sommée à senestre en chef d'une couronne de gueules; au chef d'or à une araignée
de sable accostée de deux chardons au naturel".  Ces armes sont une brisure de celles du clan McGregor,
avec ce chef rajouté en augmentation pour la branche cadette de Macara ou McAra, car les Macara
 possédaient des filatures de coton en Écosse. On retrouve ainsi le symbole provenant de la mythologie
 grecque : la jeune femme Arachné qui excellait dans l'art du tissage et qui a donné son étymologie
à la famille des araignées : les Arachnides (Arachnida). 
( illustration tirée du livre " The Art of Heraldry, an encyclopædia of armory "(1904), page 159, par A-C. Fox-Davies).



• Il y a encore ces belles créations, très récentes, que nous proposent les artistes héraldistes d'Europe de l'est, pour des municipalités, des organisations et aussi des particuliers comme les trois suivantes en provenance de Slovaquie. C'est parmi tant d'autres choses, une des belles conséquences de "la chute du rideau de fer" .
armoiries familiales de Jusufa Zulbearoviča (Slovaquie, 2003)
extraites de l'armorial en 8 volumes : "Heraldický register Slovenskej
 Republiky" vol. V - auteurs : Peter Kartous et Ladislav Vrteľ
armoiries familiales de Mariána Tkáča (Slovaquie, 1999)
dans  "Heraldický register Slovenskej Republiky", vol. II
 de Peter Kartous et Ladislav Vrteľ
armoiries familiales de Josefa Kriššáka (Slovaquie, 2000)
dans "Heraldický register Slovenskej Republiky", vol III
 de Peter Kartous et Ladislav Vrteľ


logo de la ville d'Arañuel (Espagne)
• Passons maintenant à l'héraldique civique ou associative. Autant dire tout de suite que le résultat de la chasse est très pauvre ! Mais elle n'en est pas moins attractive et... courageuse. En effet, telle municipalité, ou telle communauté, choisit comme symbole représentatif, un ou des éléments que le citoyen, le membre vont reconnaître comme pertinents et le visiteur accueillants. Alors comment justifier et mettre en valeur, parmi la faune locale, ces bêtes qui font fuir presque tout le monde ! En toute logique, le choix est fait par certains, en puisant dans le thème des armes parlantes.



armoiries du municipio d' Arañuel / Aranyel
( Espagne - Communauté Valencienne)
 ce sont des armes parlantes : araña (espagnol)
 ou aranya (valencien) = l'araignée
armoiries de la localité d'Aasiaat 
 (Groenland) - ce sont aussi des armes parlantes :
aasiak = l'araignée en groenlandais
mais la bête est absente dans sa toile !
 peut-être pour ne pas effrayer les visiteurs ? 



emblème du club sportif de rameurs du quartier
 de La Araña à Malaga ( Espagne - Andalousie)
 araña  = l'araignée en espagnol
.

armoiries du municipio d' Els Plans de Sió
( Espagne - Catalogne - province de Lleida)
 ce sont encore des armes parlantes car l'un des
villages composant le municipio s'appelle : L'Aranyó
armoiries de la freguesia d' Alvito
( Portugal - sous-région du Bas-Alentejo)
ici notre bête provient d'une légende dans laquelle
une énorme araignée gardait l'entrée d'une
grotte et terrorisait les villageois.
( source documentaire : www. freguesias.pt )


• On peut rendre aussi plus discrète notre arachnide, tapie dans un coin du tableau, comme elle sait bien le faire dans la nature :

armoiries de la province d' Agrigento
( Italie - région de Sicile)
le troisième quartier montre ce qui semble être
une araignée et est blasonné comme tel dans les
armoriaux, c'est en fait un crabe des rivières
(Potamon fluviatile) qui apparait  plus clairement
 dans les armoiries de la commune de Bivona
qui occupent ce quartier des armes provinciales. 
armoiries de la commune de Paillart
( France - département de l'Oise)
le troisième quartier fait sans doute référence à une
légende locale qui mériterait des explications.
(source documentaire : armorialdefrance .fr )
C'est à ma connaissance le seul blason municipal
de France où apparait une araignée !
 et elle est plutôt amusante ici ... 

• et maintenant hors d'Europe, on peut trouver encore quelques beaux spécimens atypiques et exotiques :




armoiries de la ville de Puente Alto
( Chili - région métropolitaine de Santiago)
 ce sont à nouveau des armes parlantes :
au XIXe siècle ce n'était qu'un village nommé
 "el Pueblo de las Arañas", "le village des araignées",
car il était infesté par ces bestioles qui proliféraient
 dans les maisons des paysans construites en adobe.
armoiries du municipio de Tocatlán
( Mexique - état de Tlaxcala )
encore des armes parlantes, car tocatlán se traduit de
 la langue nahuatl par "le lieu des araignées".
on notera que ces armoiries sont issues de glyphes,
les signes provenant de l'écriture des anciennes
 langues autochtones: aztèques, mayas, etc...




• Pour terminer ce sujet, on pourra encore aborder l'héraldique militaire dans sa diversité : sous formes d'armoiries, de badges, d'insignes, de patchs, d'écussons, etc... à travers le monde.
  L'araignée, tapie dans un coin de sa toile, ou plus souvent en-dehors, reliée par une soie attachée à la patte et attendant les proies dans son piège symbolise parfaitement la vigilance, la patience, la barrière infranchissable, la chasse à l'affut, les réseaux de transmissions, etc...  C'est certainement dans cette catégorie que notre mal-aimée est le mieux mise en valeur pour ses qualités:

armoiries de l'Unité des Transmissions du Commandement 
de l'Artillerie Antiaérienne ( site : UTMAAA)
( Espagne - Armée de Terre, bases à Madrid et à Séville )
badges d'unité des 58e et 127e escadrilles de la Royal Air Force (site : RAF  Museum)
( Royaume-Uni - Royal Air Force )

badge du 8th Space Warning Squadron
(États-Unis - U.S.Air Force, basé à Buckley, Colorado)
armes du 2 Satellite Radar Station
(Afrique du Sud - South African Air Force,
 basée à Ellisras, province de Limpopo)



C'est l'Araignée de la fin, car elle file... Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte, comme dit le dicton.
Mais je vous le promets, je reviendrai bientôt avec d'autres créatures du même genre et leurs alter ego héraldiques. Même pas peur !!

A bientôt...



                Spiderdick