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mercredi 22 mars 2017

L'héraldique et l'image des marques #02 : boire ou conduire ...

  J e vous propose d'ouvrir un nouveau volet à ce thème que j'avais débuté en novembre dernier et en détaillant  l'idée de départ (voir ici → ). Il concerne ces innombrables symboles graphiques qu'on appelle logotypes, en abrégé: "logos", qu' on observe autour de nous sur toute sorte d'objets de la vie courante, et sur tous supports physiques ou virtuels.
tympan armorié d'une porte des chais Hennessy à Cognac (Charente)
    Ils permettent d'identifier visuellement, de façon immédiate une entreprise, une marque commerciale, une association, une institution, un produit, un service, un événement ou toute autre sorte d'organisations, dans le but de se faire connaître et reconnaître des publics et des marchés auquel il s'adresse et de se différencier des autres entités d'un même secteur.
   • Quelques-uns de ces logos, que parfois on regarde sans les analyser vraiment, sont composés partiellement ou totalement à partir d'écus d'armes ou d'armoiries. Ils attestent ainsi d'une certaine façon la filiation que certains spécialistes, héraldistes ou graphistes, leur confèrent: le logo est ou serait le prolongement moderne du blason, dépouillé de ses règles ancestrales, rigides et compliquées et abandonnant son langage ésotérique.  Le plus souvent, pour ces logos issus de blasons, ceux-ci sont remodelés à la sauce des artistes graphistes et des designers qui en extraient l'ADN de héraldique pour le transposer dans le registre du branding et du marketing qui lui aussi a ses règles : la charte graphique de l'entreprise ou de l'organisme. Beaucoup d'entre eux ont néanmoins une réelle origine historique liée à l'héraldique, parfois oubliée. Je vais tenter de vous la révéler. En voici deux nouveaux exemples, puisés dans notre environnement quotidien.

 L’emblème du n°1 du cognac est un bras tenant une hache de guerre. Le bras armé figure au cimier des armes de la famille (un cochon sauvage, voir plus bas), dont la devise "vi vivo et armis" signifie "je vis par la force et par les armes". Ce symbole a été reproduit sur les étiquettes dès le milieu du XIXe, séparé du sanglier, jugé moins commercial. Ce bras armé fait référence au passé militaire du fondateur de la maison : l’aristocrate irlandais Richard Hennessy (1724–1800), fils cadet du seigneur de Ballymacmoy. Richard, que la légende dit "brave et galant", avait combattu les protestants dans la brigade irlandaise de Louis XV. Ce symbole fort,  bien choisi, nous rappelle qu’Hennessy est une maison conquérante : aujourd’hui, près d’un cognac sur deux vendus dans le monde est un Hennessy.
↑ © Isabelle Louvier / DR ↑
 L'emblème ornant les murs d'un chai, noircis par la moisissure produite par les vapeurs d'alcool : la "part des anges".
A gauche : ancienne étiquette "vintage" de cognac Hennessy avec une fausse interprétation du symbole héraldique , ici inséré dans un écu d'armes !  et à droite : portrait du fondateur : Richard Hennessy : officier irlandais au service du Roi de France, il pressent l’extraordinaire potentiel commercial des eaux-de-vie de Cognac à l’international, établit sa propre affaire de négoce et fonde une dynastie. Depuis plus de deux siècles, huit générations de la famille Hennessy se sont succédé à la tête de la Maison pour la consolider, élargir son champ d’action et faire d’Hennessy un acteur majeur des spiritueux de luxe dans le Monde
Les "clans" irlandais et écossais, les lignages, se reconnaissent davantage par les cimiers (crests en anglais) que par les armes proprement dites, qui varient d'une branche à une autre. C'est une particularité de l'héraldique familiale britannique .
Le nom originel en gaélique s'écrit  "Ó hAonghusa" et signifie 'le fils d'Angus". Il a été anglicisé sous la forme : "Hennessy".
Pour en savoir plus sur l'histoire de cette marque, cliquer sur le verre → 🍷



Une automobile SAAB 9-3 (1998) et un avion de chasse SAAB JA-37 Viggen  :
deux fleurons de l'industrie suédoise sous la même marque
L`histoire de SAAB a commencé en 1937, avec la compagnie Svenska Aeroplan Aktie Bolaget ( SAAB ), qui s`est spécialisée dans la production des chasseurs et des bombardiers pour l’armée de l’air suédoise . Ce fait a joué un rôle crucial dans l’ascension de la marque. Mais après la Seconde Guerre mondiale, les besoins en avions ayant chuté, en 1947, l'entreprise s'est tournée vers la production d'automobiles tout en maintenant la production d'avions militaires, très renommés pour leurs grandes qualités, d'ailleurs, et encore aujourd’hui. Saab AB (armements) et Saab Automobile AB sont, depuis la reprise de la division automobiles par General Motors en 1990, deux entreprises distinctes, mais gardent une histoire commune. Ci-dessus vous avez une synthèse de l'évolution de l’emblème de la firme basé sur les armoiries de la province de Scanie (voir plus bas). Cependant, le tout premier logo Saab était représenté par les trois couronnes de la cocarde nationale de l'armée suédoise.
Un des derniers modèles de camion Scania modèle R et détail du logo photographié sur le capot avant d'un autre véhicule.
© photo: Camilla Segerberg  et  © 2008-2017 Brutalino - Deviantart
  Scania est un constructeur suédois de poids lourds et d'autocars ainsi que de moteurs industriels et marins. La marque tient son nom et son emblème de la province de Scanie dans le  sud de la Suède, là où son histoire a débuté. La maison Scania d'aujourd'hui descend directement de la société Vagnfabriks-Aktiebolaget i Södertälje (Vabis) fondée en 1891. En 1911, Vabis fusionne avec Maskinfabriksaktiebolaget Scania in Malmö et la marque devient « Scania-Vabis » En 1969, Scania-Vabis fusionne avec Saab, constructeur d'automobiles et d'avions militaires, pour donner naissance à Saab-Scania AB: la marque « Scania » apparaît pour les camions et les bus. En 1995, le groupe se sépare  en deux entités totalement distinctes, Scania AB et Saab AB.

armoiries  du Conseil régional de 
Scanie (en suédois :  Region Skåne)
"d'argent à la tête de griffon couronné d'or,
mouvant de la pointe"

armoiries de l'ancienne province historique
de Scanie  (Landskap Skåne en suédois)
dont la capitale est Malmö
"d'or à la tête de griffon arrachée de gueules,
 couronné et lampassé d'azur"
armoiries de l'actuel Comté de Scanie
(Skåne län en suédois) créé en 1997
"de gueules à la tête de griffon couronné d'or "
grandes armoiries de la ville de Malmö,
capitale historique de la Scanie
"d'argent à la tête de griffon de gueules,
 couronné d'or"














Si ce thème vous intéresse, faites-moi remonter vos commentaires, ou vos critiques, cela m'encouragera à m'améliorer, et à continuer, ou ... pas !!

Pour poursuivre le sujet voir le chapitre #03 → ICI



Crédits :
passer votre souris sur les images pour lire la source documentaire de chacune 




          © Herald ® Dick ™
.


samedi 13 février 2016

Recueil d'armoiries de villes de France peintes au XVIe siècle - chapitre #01 - Parlement de Paris

blason de la ville de Senlis (Ile-de-France)
avec une surprenante version "azur et or" 
 fin du XVIe siècle - manuscrit Fr 17256
"D'azur au pal d'or,  écu soutenu d'un
lis de jardin à trois fleurs, d'argent "
(la couleur or a très mal vieilli sur ce manuscrit,
presque effacée, prêtant confusion avec l'argent)
 J'  ai quelquefois évoqué ce présent manuscrit, depuis quelques semaines, notamment dans mes commentaires autour de celui qu'on appelle "l’Armorial de La Planche". En effet : je pensais que ce dernier, daté officiellement de l'an 1669, mais dont la rédaction a en fait débordé sur au moins une bonne décennie après 1669, était l'un des plus anciens manuscrits conservé, répertoriant des armoiries de villes de France, peintes en couleurs.
  Eh bien, j'ai découvert, en triant parmi les nombreuses œuvres numérisées proposées à la consultation en ligne par les bibliothèques publiques, un manuscrit plus ancien de presque un siècle avec de surprenantes planches d'armoiries concernant pas moins de 135 villes de France, bien cachées à la fin d'un armorial consacré à l'Ordre des Hospitaliers, ainsi qu'à de grandes maisons et dynasties européennes. C'est ce petit trésor oublié de l'héraldique municipale française que je voudrais vous faire partager. Nous allons découvrir, page par page, des choses qui pourraient peut-être bien remettre en question pas mal d'hypothèses ou d'affirmations d'experts et autres auteurs de livres d'héraldique, à propos des dates d'apparition et de la composition des armes de certaines villes.

   Ce manuscrit qui ne porte pas de titre général (il est identifié sommairement par l’appellation "Recueil de blasons peints") mais porte celui de "Chevaliers de S. Jean de Jérusalem" sur la tranche de la reliure en cuir. Il est référencé: cote "Français 17256" à la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Il est daté du XVIe siècle, donc entre 1501 et 1600, ce qui manque cruellement de précision! Mais certains contenus et la présence de certaines armoiries vont permettre de le dater beaucoup plus finement, nous allons le vérifier très rapidement. Toutefois il faut comprendre que ces manuscrits étaient commencés à une certaine époque, puis ils étaient alimentés, augmentés, rectifiés, au fil de l'eau, et au cours du temps. Cela pouvait durer plusieurs années, parfois plusieurs décennies avant qu'ils soient finalement "arrêtés" et reliés pour le bénéfice de leur propriétaire, un personnage de haut rang dans la société en général, un prince, un aristocrate, un bourgeois ou un ecclésiastique haut placé. Son dernier possesseur identifié est Henri-Charles du Cambout, duc de Coislin (1665-1732) qui a été évêque de Metz de 1697 à sa mort. L'illustrateur, qui a peint les armoiries est identifié et porte le nom de Séguier, mais on n'en sait pas davantage sur lui. 
ancienne étiquette d'identification du manuscrit, rédigée en latin,
sur la page de garde
armoiries du Grand Maître Aloph de Vignancourt (aussi orthographié : Alof
de Wignacourt) - la date (1500,1 16) indiquée à droite est étrange  - folio 22v.
  Ce manuscrit armorial comporte plusieurs sections, et pour commencer une très intéressante et belle présentation illustrée et armoriée de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et de ses Grands Maîtres, depuis sa fondation à Jérusalem vers 1080, puis exilé successivement dans l'île de Chypre, puis à Rhodes et enfin à Malte. Le dernier Frère cité dans l'ordre chronologique du manuscrit, avec ses armes (ci-contre) est Aloph de Vignancourt (1547-1622), élu Grand Maître de l'Ordre en 1601, dans l'île de Malte.
 1601 :  voici donc une première date importante pour se rapprocher de la date finale du "bouclage" du manuscrit. On est au tout début du XVIIe siècle (durant le règne du roi de France et de Navarre: Henri IV)
 Les sections suivantes du manuscrit comprennent dans l'ordre : des armoiries peintes pour illustrer la généalogie de différentes grandes familles françaises et étrangères : dont les Vendôme, Guise, Dreux, Sully, Savoie, Ventadour, Choisy, Larchant, Gênes, les Treize Cantons Suisses et leurs alliés, de grands noms d'Espagne, d'Anjou, des compagnons de Guillaume le Conquérant, des maisons de Provence, de Paris  et tout à la fin: une série de villes de France et quelques grandes abbayes ou évêchés. C'est cette dernière section que je vais détailler dans mes pages.

  Comme je le fais pour l’Armorial de La Planche, je propose à titre indicatif et comparatif, placées en dessous de chaque page, les armoiries actuelles de chaque ville mentionnée. Cela permet ainsi au lecteur de se rendre compte de l'évolution ou de la constance du blason dans le temps en un peu plus de quatre siècles.

folio 105 r. (recto) :  Paris (Premier parlement de France)

PARIS

• Un Parlement était, sous l'Ancien Régime, dans le royaume de France, une cour de justice de dernier ressort, dite aussi cour souveraine, puis cour supérieure à partir de 1661, qui rendait la justice au nom du roi, dans un territoire délimité (voir liste des parlements et carte des zones d'autorité → ICI)

 • Voir l'évolution du blason de Paris, au siècle suivant,  avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696): → ICI


folio 105 v. (verso) : Lyon / Limoges / Poitiers / Angers / Bourges / Le Mans
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Lyon
Poitiers 
Limoges 
Angers 
Le Mans
Bourges


• Vous pouvez vous exercer au petit jeu des différences et constater que seul le blason de Lyon n'a pas varié. A noter le blason d'Angers avec un chef à trois fleurs de lis, ce qui est assez exceptionnel, mais peut-être fautif de la part de l'auteur. Pour Le Mans, les trois chandeliers sont plus authentiques que les quatre actuels, en raison de la légende de saint Julien .

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Limoges → ICI      Poitiers → ICI    Angers → ICI    Bourges → ICI    Le Mans → ICI



folio 106 r. : Tours / Amboise / Orléans / Chartres / Vendôme / Blois
.

Tours
Orléans
Amboise
Chartres
Blois
Vendôme

• Juste quelques petites différences avec les blasons postérieurs et actuels :
- Champ d'azur au lieu de sable pour Tours, ainsi que des tours, non couvertes et sans girouettes, rajoutées plus tard.
- Champ d'or à deux pals de gueules pour Amboise, au lieu de palé d'or et de gueules provenant de la maison d'ancienne noblesse des Amboise.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant,  avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Tours et Amboise → ICI         Orléans → ICI          Chartres →ICI           Vendôme et Blois → ICI


folio 106 v. : Angoulême / Loudun / La Rochelle / Pontoise / Magny-en-Vexin / Meulan
.

Angoulême
La Rochelle
Loudun
Pontoise
Meulan
Magny-en-Vexin

• On pourra s'étonner de la  ressemblance entre le blason de La Rochelle avec celui de Paris, à l'époque ! Seuls, le semé de fleurs de lis de Paris, à l'opposé des trois fleurs de La Rochelle, et l'émail de la coque du navire, en or, permettent de les différencier... Ce n'est que plus tard que la mer est devenue verte (sinople).. à La Rochelle.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Angoulême et La Rochelle → ICI   Loudun → ICI   Pontoise → ICI   Magny → ICI   Meulan → ICI



folio 107 r. : Mantes / Montfort-l'Amaury / Dreux / Bellême, du comté du Grand Perche / Étampes / Nemours

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Mantes-la-Jolie
Dreux
Montfort-l'Amaury
Bellême
Nemours
Étampes


• Sur ce folio 107 , quatre des six villes citées ont emprunté leurs armes à celles pleines, de grandes maisons de l'aristocratie qui y ont possédé à l'époque des fiefs, ou encore des apanages princiers qui leur étaient attribuées : le duché de Bretagne pour Montfort-l'Amaury, avec une couronne de surcroît, la maison de Dreux pour la ville de Dreux, le duché d'Alençon avec la ville de Bellême, dans le Perche et enfin la maison de Savoie-Nemours pour Nemours (pour plus de détails, visiter les liens ci-dessous).

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Mantes, Montfort-l'Amaury et Dreux → ICI     Bellême → ICI     Étampes → ICI      Nemours → ICI




folio 107 v. : Montargis / Provins / Melun / Meaux / Senlis / Crépy-en-Valois
.

Montargis
Melun
Provins
Meaux
Crépy-en-Valois
Senlis


• On remarque la présence des initiales L F pour les mots : "Le Franc", placées sous l'écu de Montargis qui ont été associés un moment à la dénomination de la ville (Montargis-le-Franc). Les initiales ont par la suite migré et intégré le blason lui-même comme on peut le voir sur les armes actuelles (voir détails dans le lien ci-dessous).

• Parmi les quelques changements et augmentations qui ont affecté les armoiries de cette page, le plus remarquable est certainement celui de Senlis avec ce champ d'azur qui est étonnant. On connait parfaitement bien le blason de Senlis, inchangé depuis des siècles avec un champ de gueules au pal d'or. Et encore plus fort sont ces lis de jardin supportant l'écu, mis comme ornements parlants (cent-lis)! 


• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Montargis → ICI    Melun → ICI     Senlis et Crépy-en-Valois → ICI  




C'est tout pour cette fois. Nous reviendrons très rapidement avec la suite de ce manuscrit très intéressant pour l'histoire de l'héraldique municipale de la France.
 C'est un témoignage jusque là peu connu, sauf  certainement par quelques érudits : historiens, chercheurs ou universitaires qui détenaient le privilège exclusif d'accéder et de pouvoir consulter ces trésors de notre Bibliothèque Nationale de France. Heureusement, l'excellente initiative opérée il y a quelque années maintenant de numériser les manuscrits et autres documents dormant dans les fonds des bibliothèques et archives publiques, dans le monde entier, permet maintenant à tous d'admirer ces merveilles, tranquillement installé dans son canapé de salon et de plus : gratuitement !

Suite de cette section du manuscrit consacré aux villes de France : feuillets suivants  → ICI  



 Crédits :
- Le manuscrit complet "Français 17256" est  consultable en ligne sur le site : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528582x/
- Les blasons "modernes" proviennent tous du site incontournable :  armorialdefrance.fr
sauf celui de Montfort-l'Amaury qui vient de :  armoiries.free.fr
Je les remercie chaleureusement pour l'occasion.




          Herald Dick