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mardi 1 novembre 2011

Rétro héraldique : les jeux de cartes armoriées -- le Hofämterspiel - 2nde partie

Sigmund/Sigismond Ier (1368 -1437) ,
Duc de Luxembourg,
roi de Hongrie , de Bohême, des Lombards
 et du Saint Empire Romain Germanique.
Portrait peint par Albrecht Dürer

   Nous voici de retour à  Vienne , vers 1430 , à la cour du Roi Sigismond pour une nouvelle partie de cartes médiévales (reportez vous à la première partie du Hofämterspiel ).

 Mais d'abord vous devez savoir comment ce jeu est parvenu miraculeusement intact jusqu' à nous.
 C'est parmi les trésors du château d'Ambras , dans le Tyrol autrichien , près d'Innsbrück, que la jeu a été retrouvé ; il appartenait à l'Archiduc Ferdinand II, décédé en 1595, parmi les objets de son cabinet de curiosités. 
Château d'Ambras
Gravure du XVIIè siècle














 Pour cette raison , le jeu original est présenté dans la collection  dite "ambrasienne" , du nom de ce château, et rassemblée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, après être passé dans les mains de plusieurs propriétaires privés.

 Nous avons vu la dernière fois que les "couleurs" des quatre séries étaient : Allemagne, Hongrie, Bohême et France.  Nous voyons bien dans le tableau ci-dessus la raison de la présence des trois premiers écus , et nous avons en plus celui du Duché de Luxembourg et la Hongrie "moderne" avec la croix patriarcale. Mais alors pourquoi la France ?

les cartes " VI " représentent les demoiselles d'honneur de la cour (Junckfrawe) :
notez les tendances de la mode au début du XVè siècle

trois des jeunes femmes jouent d'un instrument de musique
et toutes sont assises dans un jardin arboré.

 La présence de l'écu de France est en fait un hommage du Roi Sigismond à son grand-père Jean Ier l'Aveugle , premier de Roi de Bohême issu de la dysnatie de Luxembourg , et mort héroïquement pour la France ( il a combattu en étant réellement aveugle )  à la terrible bataille de Crécy , en Picardie , le 26 août 1346.  En effet , les troupes du Roi d'Angleterre Edouard III  y ont pratiquement décimé plus de la moitié de la chevalerie française de l'époque et en un seul jour !!

les cartes " VII " représentent à nouveau métiers et fonctions  :
le maître échanson (Schenk) , le maître camérier  (Kamermeister)

le maître cocher (Kutschenmeister) et l'écuyer tranchant (Truchsess)
ces personnes dirigeaient chacun une équipe au service du roi :  pour ses repas , sa chambre et le transport.


les cartes " VIII " font références maintenant aux très hautes fonctions :
le chancelier  (Kanzler) , le chapelain (Capplan)

la maîtresse de cour (Hofmeystryn) et le médecin (Artzt)
- le chancelier était le responsable de l'administration royale, c'est lui rédigeait et aposait

le sceau du roi sur les documents officiels : lettres patentes et lettres de cachet.
aujourd'hui en Allemagne et en Autriche, ils sont l'équivalent de nos Premier Ministre et
Président de la République réunis, pour l'exécutif.
- remarquez le médecin qui observe un flacon d'urine royale !!
c'était son job : tous les matins sans exception ... et il n'avait pas que l'urine ...

les cartes " IX " sont toutes attribuées au maréchal ( Marschalk)
 - le terme "marschalk" d'origine francique ( peuple des Francs) est à l'origne des mots
désignant cette fonction dans presque toutes les langues européennes  ( maréchal , marshall , mariscal ,
 маршал , maarschalk , etc...) sauf le grec !!  A l'origine son rôle était de s'occuper des chevaux
 ( le maréchal ferrant) mais plus tard il est devenu le militaire le plus haut gradé aux côtés du connétable .
 En temps de paix , il avait aussi la fonction de chef de police.
- notez les différentes pièces d'armure , le français est le seul complètement couvert
 mais avec une armure de type allemand , avec sa "salade" sur la tête ! 
- deux des personnages portent le fameux bâton de maréchal , symbole de la fonction ,
mais qui là , n'est qu'un vulgaire bâton de bois !

les cartes " X " sont toutes attribuées au grand maître le la Cour ( Hofmeister)
 c'est le plus haut personnage en service à la cour du roi, aussi appelé : grand officier , sénéchal  ou surintendant général. 
En France à cette époque c'était Louis de Bourbon , comte de Vendôme. lui aussi porte 
un bâton ( comme sur les deux cartes du bas) et même il lui en est attribué deux en réalité.

et enfin voici les Rois
avec leurs attributs : couronnes , épées , sceptres et orbes (globes)
Voilà, ce petit voyage au XVe siècle en deux épisodes est maintenant terminé. Grâce à ces petits morceaux de bois peints, et au même titre que les enluminures, ce sont des tranches de vies qui nous sont dévoilées à travers les siècles. Nous en savons un peu plus sur le fonctionnement d'une demeure royale, sur l'habillement , nous avons découvert l'origine de certains mots ou noms de famille.

 Une version en fac-similé a été proposée par un éditeur de cartes à jouer autrichien du nom de Piatnik , il y a quelques années, on peut la trouver encore assez facilement en vente sur Internet .
 Mais je vous mets en garde :  faites attention aux prix de vente proposés, j'en ai vu de 22 €  à plus de 140 € , du vrai délire !!!

 Je tiens aussi à rendre hommage à la revue Moyen-Âge
dans laquelle j'ai puisé quelque documentation sur un numéro ancien.

 A bientôt pour de nouvelles découvertes du même genre , j'en ai deux ou trois en réserve....


Herakld Dick

mercredi 5 octobre 2011

Rétro héraldique : les jeux de cartes armoriées -- le Hofämterspiel - 1ère partie

Dans notre Histoire occidentale, un nombre considérable d'objets portent ou ont porté des armoiries.  Le but était, comme le font les marques de nos jours, d'indiquer leur appartenance à une personne, une famille, une entité religieuse ou civile, une corporation professionnelle , etc...

  Mais, à l'instar des armoriaux (recueils d'armoiries), on pouvait aussi répertorier et enseigner cette connaissance des principales armoiries du temps , à toute personne qui souhaitait se former à ce savoir, parfois de manière ludique, comme par exemple avec les jeux.

  Voici donc un magnifique jeu de 48 cartes qui nous vient du XVe siècle. Il présente en même temps des personnages contemporains de cette période, avec leur fonction à la Cour royale, leur habillement de l'époque, et les armoiries de quatre grands royaumes européens:
 France, Allemagne, Hongrie et Bohême. 

Les écus nationaux étaient comme précurseurs de nos couleurs de cartes modernes : pique, cœur, carreau, trèfle, ou deniers, massues, épées, coupes pour d'autres types de jeux en vogue dans les pays méditerranéens.

les cartes " I " montrent fous ou bouffons (Narr,  en allemand ancien ) et folles (Nerryn)
 Le jeu se compose de 4 séries de 12 cartes numérotées de I à X en chiffres romains, plus le Roi et la Reine. Ce sont de petites gravures sur bois de 14 x 10 cm , peintes au pinceau  et à la plume pour les inscriptions en noir, rehaussées de dorure et d'argent. Il nous est parvenu complet et en parfait état.

les cartes " II " représentent cette fois des métiers  :
pannetier/boulanger (Pfister) , valet de limiers (vénerie) (Jeger) , messager (Bott) et potière (Hefneryn)
les limiers sont des chiens spécialisés dans la recherche du gibier

  Ce jeu est nommé  " Hofämterspiel ",  qui peut se traduire par " jeu des offices de la Cour" en vieil allemand. Les personnages attachés au service de la Cour sont présentés de manière hiérarchique en commençant par les bouffons en bas de l'échelle,  jusqu'au plus hauts personnages de l'entourage du Roi pour les cartes numérotées de I à X, et enfin les Reines et les Rois eux-mêmes.

les cartes " III " représentent à nouveau métiers et fonctions  :
héraut (Herolt) , pêcheur/poissonnier (Vischer) , tailleur (Hofsneider) et coursier à cheval (Renner)
admirez le beau réalisme du cheval et les détails de son harnachement. 
 L'habillement des personnages permet aux historiens de situer la datation du jeu vers les années 1420-1440 , soit sous les règnes de Sigismond Ier , pour le Saint Empire Romain Germanique et Charles VI puis Charles VII pour le Royaume de France.

les cartes " IIII  = IV " représentent toujours métiers et fonctions  :
messagers à la trompette (Trometer) , écuyer palefrenier (Marstaler) , barbier (Parbirer)
remarquez le costume "orientaliste"des trompettes , qui sont accompagnés d'un petit singe,
et l'écu est remplacé par une bannière.
 Les inscriptions sont évidemment d'époque et sont en vieil allemand , les termes se sont plus employés actuellement .  Par contre , c'est intéressant :  on reconnaitra, à partir ces cartes, l'origine de certains noms de famille allemands très communs de nos jours : Pfister , Jaeger, Fischer , Schneider, Kellner, Faulkner, Schutz , Marschall, etc...

les cartes " V " représentent toujours métiers et fonctions  :
sommelier (Kellner) , chasseur à l'arbalète (Schutz) , fauconnier (Valkner), cuisinier (Koch)
remarquez la grande qualité apparente des vêtements , alors que nous ne voyons encore
 que des fonctions subalternes... 
Les règles du jeu utilisées par les joueurs du Moyen-Âge se sont évanouies au cours des siècles. Mais la structure du jeu est toujours en vigueur de nos jours : quatre séries de cartes semblables, avec un  ordre croissant allant de l'as au roi . Les historiens savent qu'une des règles les plus anciennes est celle de la bataille qui remonte au XIVe siècle.  Vu la hiérarchie naturelle des cartes , on peut raisonnablement penser à ce procédé.  Il y a 48 cartes , on pouvait donc jouer à deux, trois, quatre et même six ou huit joueurs !

pour terminer cette première partie , je déroge à la hiérarchie en vous montrant les Reines
vous noterez évidement la splendeur des robes , des coiffes et la délicatesse des postures.

joueurs de moralité douteuse
(tricheurs et escrocs) 
Déroulement de la partie :
Les cartes sont distribuées afin que chaque joueur aie le même nombre de cartes. Les joueurs ne regardent pas la valeur des cartes. Le joueur à gauche de la personne qui a distribué les cartes commence la partie en retournant la carte du dessus de son paquet. Le joueur à sa gauche fait de même en retournant la carte du dessus de son paquet et ainsi de suite pour tous les joueurs. C'est le joueur qui a déposé la carte dont la valeur est la plus forte qui remporte le pli et le replace sous son jeu, puis relance un nouveau tour de table, etc..
Dans le cas de carte de la même valeur (exemple 2 rois) il y a alors " Bataille ". les joueurs dont les cartes sont égales posent alors chacun une carte face cachée sur la carte ayant provoqué la bataille, puis une seconde, visible, sur cette première carte cachée. Le joueur qui a alors la carte visible la plus forte en remporte la totalité des cartes. Le jeu est terminé lorsque l'un des joueurs a remporté toutes les cartes.




Très prochainement , je vous présenterai la suite et la fin du jeu  ... à bientôt (2nde partie  → ICI).

            Herald Dick