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dimanche 25 octobre 2015

La Quête du Graal dans les manuscrits français - Chapitre #02 : Tristan, Gauvain et la maison de Gaunes à la Table Ronde.

Messire Gauvain à la fontaine des merveilles
Nous poursuivons cette "Quête du Graal" virtuelle en mode documentaire, par l'exploration de quelques importants manuscrits et premiers livres imprimés français relatifs au cycle arthurien. Je vous invite à revoir le premier chapitre (voir ici → ) qui résume toute la démarche initiale. Du moins nous privilégions ceux dont la légende est illustrée par de pures merveilles que sont les enluminures et plus spécialement les dessins ayant un intérêt du point de vue de l'héraldique. Que le trait soit précis ou grossier, que les couleurs soient vives ou délavées par l'usure du temps, toutes ces images attirent notre œil et excitent la curiosité. Mais pour les comprendre ou les identifier, il faut lire le paragraphe du récit ou la légende, la devise qui s'y rapporte, donc déchiffrer les mots de vieux français formés avec différents types d'écritures manuelles ou typographiques de ces époques : cursive, onciale, gothique,etc... C'est la partie la plus ardue, quand on est autodidacte comme je le suis. Mais avec un peu d'entraînement, on y arrive.

 Voici donc le second volet de la série. Je rappelle que j'ai pris comme base référentielle deux armoriaux manuscrits :  celui coté "Français 5233" de la Bibliothèque Nationale de France (Paris) daté du XVIe siècle, et le manuscrit coté  "Ms 5024" de la Bibliothèque de l'Arsenal (Paris), du XVe siècle. C'est le premier qui décide de l'ordre de présentation des chevaliers, précédés d'un chiffre romain.


• Les blasons :
  1.  messire Tristan de Lyonnois / Tristan de Léonois
  2.  messire Gamblain dorcanie / Gauvain d'Orcanie
  3.  messire Lyonnel de Gannes  / Lionel de Gaunes
  4.  Hector desmaretz Hector des Mares
  5.  Elyas le blancq / Hélain le Blanc
  6.  Blyon beris de Gannes / Blioberis de Gaunes

• On ne s'attardera pas sur les divergences de graphies à propos des noms des héros de la Table Ronde, qui ne doivent créer ni doutes ni polémiques. En effet ces noms et surnoms pouvaient évoluer et varier selon les éditions, les époques, les régions ou les pays d'origine, et la propre culture de chaque auteur. C'est pourquoi par exemple notre chevalier Gauvain est appelé ici "Gamblain" et peut se dénommer ailleurs, sur d'autres manuscrits ou dans d'autres éditions : Gauwain, Gavain, Gawain, Gavein, Gavin, Gauveis, Gauvein, Gauven, Gaven, Gagain, Galva, Galvain, Galvant, Gaugain, Gaugein, Gaugin, Gauvainet, Gauwainet, Gauvenet, Gavainet, Vauvain, Walvan, Walwein, Galvagin, Wawain, Wawein, Gualgain, Gualguain, Gualvain, Gavaine, etc...
source textuelle : Les armoiries des chevaliers de la Table Ronde ; étude de Freddy Sibileau (Avril 2009).




• Les blasons avec leur légende au-dessus :
  1. Tristan - de sinop-le a ung lion dor arme et langue de gules / Tristan : "de sinople au lion d'or armé et langué de gueules".
  2. Lyonnel  - dar-gent a troy bendes de be-lic seme de-stoilles de sable / Lionel : "d'argent à trois bandes de bellic semé d'étoiles de sable".
  3. Helias le blanc - d argent a troys bendes de belic a ung lanbeu de troys piesses de sable / Hélain le Blanc : " d'argent à trois bandes de bellic, et un lambel de trois pièces de sable".
  4. Le roy Baude-magu de gorle - de gueulles a troy gans lon loues dargent / le roi Baudemagu de Gorre: "de gueules à trois gants d'argent ". (développé dans le chapitre #05)
  5. Le roy Ydier - de gueulles a troys testes de lyons dor armees de sable / le roi Yder : " de gueules à trois têtes de lion d'or, armées de sable". (développé dans le chapitre #06)
  6. Le roy Rions - dor a ung lyonpar de pourpre arme dazur/ le roi Rion : "d'or à un léopard de pourpre armé d'azur". (développé dans le chapitre #05)

IV. Tristan de Léonois

Tristan , peinture sur parchemin, XVe siècle
Tristan est un des grands personnages du cycle arthurien. Il est le héros masculin de la célèbre légende de Tristan et d'Iseut. D'origine cornique (des Cornouailles), il est le fils de Méliadus de Léonois et le neveu du roi Marc de Cornouailles. Celui-ci l'envoie chercher Iseut en Irlande, afin qu'elle épouse le roi. Cependant, durant le voyage, Tristan et Iseut boivent accidentellement un philtre d'amour qu'elle devait prendre avec son mari le soir de ses noces et dont la propriété est d'allumer un amour puissant et durable dans le cœur de ceux qui le boivent ensemble. Ils deviennent donc éperdument amoureux l'un de l'autre, au grand dam du roi Marc, trompé, qui va les bannir, etc... Cette légende est une des plus poétiques et romantiques que nous ait laissé le Moyen-âge, et a généré un nombre considérable de récits manuscrits et imprimés avec des versions diverses. En faisant notamment intervenir une seconde Iseut:  Iseut aux Mains blanches, que Tristan épousera, pour oublier la première. Mais cela ne marchera pas, et la seconde Iseut, jalouse de la première, par ses mensonges, précipitera leur mort par le chagrin.
 miniature avec ornements végétaux  sur une page de manuscrit, illustrant les exploits du chevalier Tristan
(aux armes contournées "de sinople au lion d'or...") accompagné de Palamède (aux armes "échiqueté d'argent et de sable")
aux prises avec un adversaire nommé dans le texte "le Chevalier de la Brosse".
Armes : de sinople au lion d’or, armé et lampassé de gueules.
Cimier :  une tête de lion d’or
(plus bas : un panache de plumes de gueules)
Supports : deux lions d’or.
Devise :  C’EST POVR YSEVT
.

• On notera dans ces blasonnements anciens l'usage exclusif du terme de "langué" à la place de "lampassé" qui caractérise normalement en héraldique, la couleur de la langue du lion et des animaux en général. Cela confirme que ce terme étrange de "lampassé" s'est imposé bien plus tardivement, au cours du XVIIe siècle, voire au XVIIIe s.. Le mot "lampassé" n'est plus utilisé dans la langue française autrement que dans l'héraldique.  



V. Gauvain d' Orcanie

Gauvain  est le fils du roi Loth d'Orcanie, frère de Gahériet, Guerrehet et Agravain, demi-frère de Mordret et neveu du roi Arthur. Gauvain meurt dans une bataille contre les Romains, des suites d'une blessure que lui infligea Lancelot lors de la guerre entre le roi Arthur et celui-ci.
miniature montrant une bataille d'armées à cheval, au cours de laquelle Gauvain, à droite est aux prises avec un chevalier portant les couleurs "d'azur à une croix recercelée de sable cantonnée de quatre besants d'or".
 On remarque dans l'affrontement la présence de Bohort et de Blanor (ou Lionel) aux côtés de Gauvain.
Armes : de pourpre à l’aigle bicéphale d’or, becquée et membrée d’azur.
Cimier :  une aigle d’or issante, becquée d’azur (plus bas : un arbre de sinople)

Supports : deux aigles d’or, becquées et membrées d’azur.
Devise :  ORCANIE ORCANIE
.


• L'avantage avec l'héraldique des personnages imaginaires, c'est qu'on pouvait associer des émaux rarement vus ensemble. Ainsi, avec ici l'exemple de Gauvain, le pourpre, un émail peu, voire rarement utilisé aux débuts de l'héraldique, tient une bonne place à la Table Ronde. Cette couleur mal définie, comme on peut le constater ci-dessus, allant du gris-argent au marron en passant le rose ou le violet a la particularité de n'être classée ni parmi les émaux de couleur, ni avec les métaux et donc peut se marier avec les uns et les autres sans provoquer d'enquerre, un peu à la manière des fourrures : hermines et vair.



VI. Lionel de Gaunes

Lionel est le fils du roi Bohort de Gaunes, frère ainé de Bohort l'Exilé, neveu du roi Ban, cousin de Lancelot, d'Hector des Mares, de Bliobéris et de Blanor.

le texte accompagnant la devise de Lionel donne ici un blasonnement très précis : ".. Et portoit en ses armes d argent a trois bandes
 de gueulles a neuf estoilles de sable". Dans la plupart des cas c'est "un semé d'étoiles" ....

Armes : d’argent semé d’étoiles de sable, à trois bandes de gueules brochantes.
Cimier :   une étoile d’or (ci-dessus : un panache de plumes d'azur)

Supports :  deux lévriers d’argent colletés d’or.
Devise :  HARE LEVRIER
.

Lionel , peinture sur parchemin, XVe siècle
ici également les étoiles sont dénombrées : "neuf estoilles de sable"

Neuf étoiles dans le texte, sur ce manuscrit également... sous forme de chiffre romain : "... IX estoilles de sable"

• On remarquera, mis à part le nombre des étoiles : neuf ou infinies (semé), le dessin très sommaire de celles-ci sur bon nombre des manuscrits : trois traits se croisant pour donner vaguement six branches. Sur l'un d'eux elles empiètent (brochent) même sur les bandes, grosse erreur du dessinateur ! Seuls, deux ouvrages montrent de belles étoiles formées de cinq branches ... mais un seul avec les étoiles toutes correctement posées.



VII. Hector des Mares

Hector des Mares est le fils naturel du roi Ban de Bénoïc et de la fille d'Agravadain, le seigneur des Mares, demi-frère de Lancelot et cousin de Bohort, Lionel, Blanor et Bliobéris. Il prend part à la Quête du Graal.
texte : "Ly devise (de) Hector des mares - estoit ung des gentilz chevaliers de la table ronde il fut frere de messire Lancelot du lac.
 Mais non mie d une mere ..."  A noter la répétition de ses armoiries dans la lettrine ainsi que le soleil d'azur, tout petit, chargeant la bande centrale dans le canton dextre ! il fallait être attentif .
Armes : d’argent à trois bandes de gueules, au soleil d’azur brochant sur le tout.
Cimier :    un soleil d’azur (plus bas : un lion issant d'or, lampassé de gueules)

Supports :  deux centaures au naturel.
Devise :  AVX MARAIS





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armoiries d'Hector des Mares et de Bliobéris (voir sa fiche plus bas)
•  Il est amusant de comparer l'interprétation des divers artistes pour représenter le soleil d'azur. Certains ont choisi une alternance de rayons droits et de rayons ondoyants, c'est d'ailleurs la norme en héraldique. Mais d'autres les ont représentés tous ondoyants. Par ailleurs le nombre total de rayons est en principe de 16 mais on en a deux avec 24 et un qui est figuré, c'est le seul. Enfin nous l'avons déjà observé : la première miniature ne respecte pas le blasonnement où le soleil doit "brocher " sur le tout, c'est-à-dire sur les trois bandes... et non pas charger une des bandes.
Cette miniature du XIVe siècle très impressionnante par sa violence, montre "Comment Hector de Mares combatit Hervieux
 de Malagrait et luy coupa la teste "(texte en rouge en-dessous).   L'adversaire porte un écu "fascé contre-fascé d'azur et d'or"
 Première constatation : le bouclier d'Hector porte en fait les armoiries de Lionel, son demi-frère (voir sa fiche plus haut).
Il y a donc eu une confusion chez l'artiste enlumineur : dommage !
 Deuxième remarque, plus factuelle: comment une épée peut elle trancher un casque en acier aussi nettement ? A moins que Hector ait emprunté Excalibur, l'épée du roi Arthur, avec ses pouvoirs magiques ?


VIII. Hélain le Blanc

Hélain le Blanc (parfois orthographié Helias le Blanc) est le fils naturel de Bohort l'Exilé et de la fille du roi Brangor d'Estrangorre, il est aussi le neveu de Lionel. Il participe à la quête du Graal et devient par la suite empereur de Constantinople.

 
Armes : d’argent à trois bandes de gueules, au lambel de sable brochant.
Cimier :  une tête de chat au naturel 
(ci-dessus : un panache de plumes de gueules)
Supports : deux chats effarouchés au naturel.
Devise :   BRANGORES BRANGORES
.



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IX. Blioberis de Gaunes

Bliobéris  est le fils de Nestor de Gaunes, le frère de Blanor, le neveu de Ban de Bénoïc et de Bohort de Gaunes, cousin de Lancelot du Lac, d'Hector des Mares,de Bohort et de Lionel, et père de Nestor de la Fontaine. Il fait également partie des Compagnons Errants.

texte : "Ly devise (de) Blioberis de Gaunes - estoit grant chevalier et ung des grans de la table ronde moult avoit de 
beaulx cheveux et blons. Le visage blanc et..."  Blioberis était donc un grand blond avec un visage blanc !
Armes : d’argent semé de croissants de sable, à trois bandes de gueules brochantes.
Cimier :   un croissant d’argent 
(plus bas : un panache de plumes d'or)
Supports : deux buffles au naturel, accornés d’or.
Devise :   BLIOBERIS

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•  Blioberis ferme provisoirement le clan de Gaunes, du nom d'un pays imaginaire mais que certains historiens veulent situer dans l'ouest de la Gaule, en Neustrie, quelque part sur le territoire de l'actuelle Normandie et de l'ancienne province du Maine (capitale : Le Mans). A l'image des blasons de la vraie chevalerie, tous les membres de la famille de Gaunes et les cousins apparentés (comme Lancelot) ont un blason originel commun : "d'argent à trois bandes de gueules" à partir duquel se rajoutent des brisures : étoiles, hermines, lambel, tourteaux, cors de chasse, et ici : des croissants. Des croissants qui sont orientés dans le sens de la bande. On dénote beaucoup d'erreurs, et notamment, plus haut : les croissants qui chargent ou empiètent sur les bandes rouges, ou bien sont ouverts vers le haut : tous sont fautifs !! 


 Quid des rois Baudemagu, Yder et Rion mentionnés avec leur blason, dans le second feuillet du haut ? Eh bien ce sera pour une prochaine fois, quand ils apparaîtront (peut-être) dans le premier manuscrit pris en référence (Français 5233)... patience ! 
  Vous pouvez consulter tous les armoriaux et manuscrits cités dans les infos bulles accompagnant les images (en passant votre souris dessus) en vous connectant aux réserves numériques des bibliothèques nationales ou municipales, ou des serveurs où ils sont stockés, tels que :


Enfin, je vous recommande de visiter ces réalisations modernes en dessins vectoriels de très grande qualité  :


 Pour découvrir Galaad, Perceval, Galehaut, Galescin, Lamorat de Galles et Blanor de Gaunes, c'est au Chapitre #03ICI


   
         à bientôt.....


lundi 23 février 2015

Heraldique analogies #05 - les blasons de l'alphabet grec

 ßien évidemment, il était logique de donner une suite à la série formée à partir de l'alphabet latin dans les précédents chapitres → . Si les initiales ou groupes de lettres latines ne sont pas très rares en héraldique, elles ne sont pas forcément cataloguées parmi les figures les plus nobles dans le domaine du blason. Elles dénotent plutôt une tendance à la facilité et au manque de créativité de son auteur ou de son propriétaire (voir mes sujets précédents).
  A contrario, les alphabets étrangers : grec, cyrillique, hébreu, arabe, chinois, etc..  sont beaucoup plus rares et exotiques, sauf bien entendu quelques exceptions dans les pays d'origine utilisant couramment ces alphabets. Utilisés dans certaines configurations, ils apportent un peu de saveur dans le domaine austère des figures artificielles. 




Voici donc les 24 lettres de l'alphabet grec avec pour la plupart leur réutilisation comme meuble héraldique. Pour garder une certaine homogénéité, mais aussi parce qu'ils ont ma préférence, je ne me sers dans l'illustration du sujet que de blasons de collectivités territoriales : régions, villes, communes, localités diverses d'Europe.  Mais très certainement d'autres exemples pourraient être illustrés avec des armoiries de familles, de personnes ou d'institutions diverses, surtout religieuses ou universitaires.


blason de la ville de Marsala
(Italie, région de Sicile)
lettre Alpha majuscule et minuscule
lettre Bêta majuscule et minuscule

Au-dessus du portrait d'Apollon et de son instrument : la lyre, figure l'inscription grecque : "ΛΙΛΥΒΑΙΤΑΝ" (Lilýbaitan), qui emploie nos deux lettres. Ce nom fait référence à l'ancienne cité antique fondée par les grecs : "Lilibeo" et située à l'emplacement de l'actuelle Marsala.




blason de la localité de Rauental
(Allemagne, land de Bade-Wurtemberg)
lettre Gamma majuscule et minuscule

blason de la commune de Kurtzenhouse
(France, département du Bas-Rhin)
blason de la localité de Rohrbach
(Allemagne, land de Rhénanie-Palatinat)
lettre Delta majuscule et minuscule
 Les trois blasons précédents montrent des "marques de village". Particularité dans ces régions bordant le cours du Rhin, ces marques étaient notamment gravées sur des bornes de pierre pour délimiter les terres appartenant au domaine foncier de ces villages.

Les deux écus suivants sont chargés d'une initiale "héllénisée" en remplacement de l'initiale latine:

blason de la localité de Ellmendingen
(Allemagne, land de Bade-Wurtemberg)
lettre Epsilon majuscule et minuscule


blason de la commune de Bad Zurzach
(Suisse, canton d'Argovie)
lettre Zêta majuscule et minuscule
blason de la ville de Squillace
(Italie, région de Calabre)
lettre Êta majuscule et minuscule

lettre Iota majuscule et minuscule
 lettre Nu majuscule et minuscule
 Au-dessus d'une quadrirème grecque voguant sur la mer et surmontée de la tête du dieu Mercure figure l'inscription grecque : “ΣΚΥΛΛHΤΙΩΝ” (SKILLETION) qui emploie nos trois lettres, le nom antique de la cité de Squillace.


blason de la localité de Zaisenhausen
(Allemagne, land de Bade-Wurtemberg)


lettre Thêta majuscule et minuscule


Ici encore, ce signe est une "marque de village" que l'on peut assimiler visuellement à une lettre grecque.


blason de la commune de Casacalenda
(Italie, région de Molise)


lettre Kappa majuscule et minuscule




Le curieux "K" de la ville italienne de Casacalenda vient de son nom antique, d'origine grec : Kalena. C'est donc une lettre "kappa".
source info: http://www.casacalendamontreal.com/associazione/?page_id=1026


blason de la commune de Ghedi
(Italie, région de Lombardie)


lettre Lambda majuscule et minuscule




  Voici à nouveau une curiosité de l'héraldique civique italienne : elle est partie  d'un écu "de gueules au chevron d'argent" pour des armoiries remontant au XVe siècle. Puis ce chevron s'est métamorphosé à la fin du XIXe siècle, alésé, en "V inversé" ou en lettre grecque "lambda" selon l'interprétation des historiens qui se sont penchés sur cette affaire sans qu'on ne sache vraiment la raison. En tout cas la lettre grecque n'a aucune signification en tant qu'initiale, qui correspondrait à la lettre latine "L".
source info: brochure "Il bianco scaglione, lo stemma del Comune di Ghedi nell’araldica civica lombarda delle origini" - auteurs :  Matteo Ferrari - Marco Foppoli.


lettre Mu majuscule et minuscule
lettre Omicron majuscule et minuscule









lettre Xi majuscule et minuscule
Les trois lettres précédentes n'ont pas trouvé de correspondances (pour le moment, mais je cherche...). J'ai bien évidemment voulu éviter la facilité en trichant avec les majuscules latines M ou O.

blason de la commune de Printzheim
(France, département du Bas-Rhin)


lettre Pi majuscule et minuscule



blason du municipio de Buñuel
(Espagne, province de Navarre)
Lettre Rhô majuscule et minuscule

Lettre Chi majuscule et minuscule

 Le blason ci-dessus porte un "chrisme d'or", ou "chi-rhô", symbole chrétien formé des deux lettres grecques Χ (chi) et Ρ (rhô), la première apposée sur la seconde. Ce sont les deux premières lettres du mot grec Χριστός (le Christ) Il est reconnu universellement comme le monogramme du Christ et est souvent représenté dans les arts. Ici il est accompagné des lettres A (Alpha) et ω (Oméga). Ces lettres, qui encadrent l'alphabet grec, symbolisent la totalité : le commencement et la fin.




blason de la ville de Vitebsk
(Biélorussie)


Lettre Sigma majuscule et minuscules
  Le blason de Vitebsk a la particularité de représenter le profil du Christ (depuis le XVIe siècle), soutenu par une épée en fasce dont la lame de gueules signifie qu'elle est ensanglantée. C'est une image plutôt rare en héraldique civique et qui serait difficilement envisageable ailleurs, comme par exemple dans une commune de France, avec ses lois et principes républicains de laïcité très sensibles politiquement.
  Les initiales mises de part et d'autre du portrait sont une autre forme du monogramme christique, composé des premières et dernières lettres des termes grecs  "ΙΗΣΟΥΣ ΧΡΙΣΤΟΣ" (Jésus Christ). Le signe : ~ (appelé titulus), posé au-dessus est une technique ancienne d'écriture abrégée pratiquée couramment dans les manuscrits médiévaux pour remplacer une ou plusieurs lettres dans un mot sans altérer sa compréhension en lecture (une antique forme de langage SMS bien avant notre époque, en quelque sorte !).

  
blason de la ville de Toul
(France, département de la Meurthe-et-Moselle)


Lettre Tau majuscule et minuscule





blason de la commune de Fegersheim
(France, département du Bas-Rhin)


Lettre Phi majuscule et minuscule

Pour les communes de Printzheim, Toul et Fegersheim ci-dessus, l'initiale de chacune a été "héllénisée".

blason alternatif de la commune de
Ruvo di Puglia (Italie, région des Pouilles)
lettre Upsilon majuscule et minuscule

lettre Psi majuscule et minuscule
 Selon l'historien local Giovanni Jatta, le blason actuel de la ville italienne de Ruvo di Puglia (d'azur à l'amphore en terre cuite au naturel) serait dû à une mauvaise interprétation étymologique du nom de la ville de Ruvo (voir → ici). Jatta proposa donc de remplacer ce blason par une image provenant de monnaies grecques trouvées sur place et portant entre autre le nom antique de Ruvo : Ρυψ (Rhyps ; prononcer: "Roups"). Cependant cette proposition n'a jamais été validée par le conseil municipal, qui a donc gardé l"amphore. Elle nous permet néanmoins d'illustrer ce sujet avec trois lettres grecques : P (rhô) décrite précédemment, Y (upsilon) et Ψ (psi).


blason de la commune d' Arveyres
(France, département de la Gironde)
Lettre Oméga majuscule et minuscule







Dans le blason d'Arveyres, fautif au niveau des couleurs (émaux sur émail), la lettre "oméga" n'a pas d'autre signification que de représenter visuellement un méandre de la rivière Dordogne qui borde la commune et dans laquelle nagent des aloses : les deux poissons d'argent qui chargent la figure. La grappe de raisin évoque le vignoble, nous sommes dans la région de Bordeaux, et la croix rappelle l'existence d'une ancienne commanderie des Templiers rattachée à l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et dont il reste des ruines.

Le chapitre suivant des analogies sera aussi surprenant, à bientôt... voit → ICI


Crédits :
•blasons :
 http://commons.wikimedia.org/wiki/
 http://armorialdefrance.fr (dessins Daniel Juric)
 http://www.labanquedublason2.com/  ( dessin Jean-Paul Fernon)
 et les livres :
 L'armorial des communes du Bas-Rhin - Archives départementales Bas-Rhin (1995)
 Blasons des communes de la Gironde - Jean-Jacques Déogracias, Les Dossiers d'Aquitaine (2003)



•lettres grecques :
http://fr.wikipedia.org/


      Herald Dick