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vendredi 25 avril 2014

25 avril 1214 - 2014 : 800ème anniversaire de la naissance de Louis IX de France

Figure majeure du Moyen Âge, Louis IX a joui d’une considérable popularité de son vivant et est passé à la postérité — sous le nom de Saint Louis — comme la personnification même du «roi chrétien », du « roi justicier », du « roi pacificateur » et du « roi croisé ».
blason de France ancien :
 "d'azur semé de fleurs de lis d'or".

 

 

 

 

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Louis IX ou Saint Louis



Louis IX ou Saint Louis (•1214 - †1270),
Roi de France (1226-1270).

Poissy (Ile-de-France - Yvelines)
 "d'azur au poisson d'argent posé en fasce
 accompagné de deux fleurs de lys d'or,
 l'une en chef et l'autre en pointe, adextré
 d'une autre fleur de lys défaillante du même
 mouvant du flanc"
fragment remanié : Armorial de La Planche (1669)

Né au château royal de Poissy, ville située 30 km à l'ouest de Paris, très probablement le 25 avril 1214, Louis n’a que 12 ans à la mort de son père, le roi Louis VIII le Lion. Sa mère, Blanche de Castille, fille d’Alphonse IX de Castille, assume la régence jusqu'à sa majorité. Énergique et austère, Blanche sait s’appuyer sur une équipe de remarquables administrateurs ainsi que sur le légat du pape, Romano Frangipani, qui devient son conseiller le plus proche. Dès le début de la régence, elle doit faire face à l’hostilité des grands féodaux qui s’opposent à un gouvernement féminin. Aussi, afin d’annihiler toute velléité d’indépendance des barons, le premier geste politique de la régente est de faire couronner Louis à Reims, le 29 novembre 1226.
Naissance de Louis IX - Blanche de Castille, sa mère.
 Grandes Chroniques de France de Charles V (1370-1379)
MS français 2813 - BNF Paris

Appuyée par Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, et Henri III d’Angleterre, elle parvient à mater une première révolte qui se conclut par la signature du traité de Vendôme, mais doit bientôt affronter une seconde coalition (1228-1229). Elle réprime également la révolte des Albigeois en Languedoc — conférence de Meaux et traité de Paris (1229) — et, grâce à sa victoire sur le comte Raymond VII de Toulouse, impose une alliance entre le frère de Louis IX, Alphonse II, et l’héritière du comté, préparant ainsi le rattachement définitif du territoire à la Couronne (1271).

portrait du peintre Achille Leboucher (début XIXe siècle)
Musée Louis-Philippe , château d'Eu (Normandie)
Le 25 avril 1234 est proclamée la majorité de Louis IX qui épouse, en mai de la même année, Marguerite de Provence (fille de Raymond Bérenger V) avec laquelle il aura onze enfants. Néanmoins, Blanche de Castille reste associée au pouvoir et dirige les affaires du royaume jusqu’en 1244. De nouveau, les barons de l’Ouest et du Midi se soulèvent et, en 1242, Louis IX vainc leur allié Henri III d’Angleterre à Taillebourg et à Saintes.

À cette date, le roi jouit d’un prestige et d’une autorité indiscutables, que ses victoires successives et sa personnalité, sa bonté, sa justice et sa très grande piété ont contribué à forger. Attentif au sort de chacun de ses sujets et notamment des plus humbles, il est l’objet d’un véritable culte et ses vertus de thaumaturge sont déjà louées de son vivant.
la Bataille de Taillebourg (1242) - bataille de la première Guerre de Cent ans contre les rois Plantagenêts (1159-1259) -
reproduction sur faïence de Sarreguemines - fin XIXe siècle - collection de la manufacture de Sarreguemines
gravure du XIXe siècle 
Musée Danicourt - Péronne

 Louis IX, le roi croisé


Roi pieux et chrétien, Louis IX confie de nouveau le gouvernement à sa mère et, en août 1248, se croise contre les musulmans. Septième du nom, cette croisade part d’Aigues-Mortes pour l’Égypte, que le roi atteint le 5 juin 1249. Quatre jours plus tard, le 9 juin, il prend Damiette mais est vaincu et fait prisonnier à Mansoura (6 avril 1250). Après avoir été libéré contre une rançon et la restitution de Damiette, il séjourne quatre ans en Syrie, où il établit des camps fortifiés et rachète un très grand nombre de captifs. En 1252, la mort de Blanche de Castille le contraint à rentrer en France.
La septième Croisade - prise de Damiette (1249), ville située aujourd'hui en Égypte - Le roi Louis IX est accompagné du Seigneur de Joinville (d'azur à trois broyes d'or, et chef d'or au lion de gueules issant) , de ses frères Robert d'Artois à gauche, et Charles d'Anjou à droite au pied des murs, et du Duc de Bretagne, au second plan. 
La Vie de Saint Louis , manuscrit MS 13568 (~ 1360) texte écrit par Jean de Joinville - BNF Paris.

enluminure représentant Louix IX sur le trône
encadré par deux anges - manuscrit du XVe siècle -
 Trésor de la Sainte Chapelle à Paris
Louis IX ou la consolidation du pouvoir royal

sceau de Louis IX
Malgré l’échec de la croisade et la destruction de son armée, le roi n’a rien perdu de sa grandeur. Conseillé par de nombreux clercs (franciscains et dominicains), il affirme de plus en plus son pouvoir, aussi bien dans les limites du royaume qu’à travers l’Europe. Par le traité de Corbeil (1258), il reçoit du roi Jacques Ier d’Aragon la Provence et le Languedoc en échange de la Cerdagne et du Roussillon. L’année suivante, il met un terme à la longue lutte entre Capétiens et Plantagenêts par le traité de Paris : il échange avec l’Angleterre le Quercy, le Limousin et le Périgord contre la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine et le Poitou, réglant ainsi durablement un conflit engagé depuis Philippe II Auguste et Jean sans Terre ; Henri III redevient alors l’homme lige du roi de France en tant que duc d’Aquitaine. En janvier 1264, le roi arbitre d’ailleurs (« mise d’Amiens ») en faveur de ce dernier dans un différend qui l’oppose aux barons anglais révoltés.
Saint Louis et son page, tableau de El Greco
 fin du XVIe siècle - Musée du Louvre - Paris

À l’intérieur du royaume, l’œuvre de Louis IX n’est pas moins remarquable. Son règne est marqué par un développement du pouvoir royal et par l’émergence d’un État qui se veut au service de tous, comme en témoignent les célèbres Enquêtes de 1247 et l’ordonnance de réformation de 1254. Son action en matière judiciaire contribue également au prestige de Louis IX, qui institue la « Quarantaine-le-Roi », imposant aux belligérants un délai de réflexion propice à l’ouverture de négociations afin de limiter, voire supprimer, les guerres privées. En conséquence, l’ordonnance de 1260 substitue à certaines coutumes médiévales des formes de justice plus modernes et plus équitables. D’autre part, Louis IX introduit la possibilité, pour tous les justiciables, d’en appeler au roi. Le monopole et la puissance des féodaux en sont amoindris d’autant.
Statue de Saint Louis (sculpteur Adolphe Mony, 1906)
devant les murs et les fossés du château de Vincennes
à l'endroit où la légende veut qu'il rendait la justice,
 sous un grand chêne.



De fait, il est peu de domaines dans lesquels Louis IX n’est pas intervenu. Les ordonnances de 1263 et 1266 assurent la diffusion de la monnaie royale sur tout le territoire. Le roi réforme aussi l’antique cour féodale en dissociant sa fonction de règlement des affaires judiciaires de celle de contrôle de la gestion des officiers et de tenue de la comptabilité. Il est ainsi à l’origine du Parlement et de la Cour des comptes. Enfin, par l’intermédiaire de la nomination d’Étienne Boileau à la prévôté de Paris en 1261, il favorise l’organisation et la codification des métiers de la capitale.




 





Louis IX et la huitième croisade ou la mort à Tunis

Le roi Louis IX en route pour Tunis lors de la Huitième Croisade ,
miniature extraite du manuscrit " Comment le Roi de France
Louis alla la seconde fois outre-mer" du Maître de Cambrai
 ( entre 1332 et 1350) - British Library - Londres
Pour venger le fiasco de la septième croisade et contrer la puissance des mamelouks égyptiens, Louis IX engage une nouvelle campagne contre la Tunisie en 1270. Dès le 24 mars 1267, il prend la décision de se croiser et, durant trois ans, déploie dans les préparatifs la même activité inlassable que lors de la précédente expédition. Cette fois, l’objectif visé est Tunis afin, semble-t-il, de venger la défaite de Mansoura. Le 2 juillet 1270, les croisés embarquent à Aigues-Mortes et arrivent le 17 devant Carthage, qui ne tarde pas à se rendre. Mais, plutôt que de s’acheminer en direction de Tunis, le roi préfère attendre les renforts de son frère Charles d’Anjou. À la fin du mois de juillet, la peste se déclare dans les rangs de l’armée et Louis IX meurt le 25 août, avant l’arrivée de son frère. Son fils aîné lui succède sous le nom de Philippe III le Hardi.



Huitième Croisade - La mort de Saint Louis à Tunis (1270) - enluminure de  Jean Fouquet -
 les Grandes Chroniques de France (~.1455-1456)  - manuscrit de la BNF Paris
La mort de Saint Louis , fenêtre de l'église Saint-Médard de
Thouars (Deux-Sèvres)


De Louis le neuvième à Saint Louis,
pour la postérité.

Le 11 août 1297, Louis IX, monarque et chrétien fervent, est canonisé par le pape Boniface VIII. Entre 1305 et 1309, quelque trente ans après la mort du roi, Jean de Joinville rédige une hagiographie de celui que le peuple a vénéré de son vivant pour sa noblesse et sa sainteté. Dans cette Vie de Saint Louis au récit empli de vénération, de nombreux épisodes favorisent la popularité du roi — le roi rendant la justice sous le chêne, lavant les pieds aux lépreux, etc. — et font du souverain un mythe fondateur de l’histoire de France.




De fait, l’époque de Saint Louis représente incontestablement un apogée dans l’histoire médiévale française. Après les révoltes seigneuriales du début de son règne, le roi a su trouver un équilibre quasi parfait entre la monarchie et l’organisation féodale. Ses réalisations, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du royaume, ont été subordonnées à une exigence de modération et de justice.
La mort de Saint Louis , un des vitraux de la collégiale Notre-Dame de
Poissy (Yvelines), conçus au XIXe siècle à la manière du Moyen-âge.

Par charité, il a fait construire l’hospice des Quinze-Vingts à Paris en faveur de trois cents aveugles. Par piété, il s’est engagé à corps perdu dans les croisades, ce en quoi il demeure la personnification du « roi croisé ». Cette conviction religieuse l’a également amené à écraser les cathares languedociens (1229), à introduire le tribunal de l’Inquisition dans son royaume (1231), et à manifester une extrême rigueur à l’encontre des communautés juives.
estampe fin XVIIIe ou début XIXe siècle - collection du  MUCEM de Marseille

Saint Louis , vitrail moderne de l'église Saint-Louis
de Brest (Finistère)
Le règne de Louis IX coïncide avec une certaine plénitude de l’art : construction de la Sainte-Chapelle (1257) — dont les vitraux retracent la vie de Saint Louis —, sculptures de la façade de la cathédrale de Reims, édification ou rénovation des grandes cathédrales (Paris, Rouen, Amiens, Beauvais, Auxerre, Bourges, Clermont, etc.), toutes réalisations auxquelles le roi a apporté une attention personnelle. C’est enfin durant son règne qu’est fondée l’université de la Sorbonne par Robert de Sorbon (1257), que saint Thomas d’Aquin enseigne à Paris, que Guillaume de Lorris rédige la première partie du Roman de la rose, et que Vincent de Beauvais publie l’encyclopédie Speculum majus.

Saint Louis , vitrail de la cathédrale Saint-Louis de
Versailles (Yvelines)
Tableau de Émile Signol (1839) - Musée du Château de Versailles




Pour compléter votre information :
le site du jubilé Louis IX à Poissy :  saintlouis.airgames.fr

la Poste française a également émis un timbre qui est officiellement mis en service ce jour : 25 avril 2014.
voir le site : Ville de Poissy.









Je vous donne rendez-vous bientôt pour la célébration d'un autre grand monarque français,  dans quelques mois ...









                       Herald Dick
                     

mardi 11 mars 2014

Héraldique médiévale : Les Chroniques de Guillaume de Tyr (XIVe siècle) - 2nde partie

Une représentation idéalisée de la chevalerie pendant les Croisades •
2nde partie
« Li rommans de Godefroy de Buillon et de Salehadin et de tous lez autres roys qui ont esté outre mer jusques a Saint Loys qui darrenierement y fu » *

Carte générale des États latins d'Orient
 cliquer sur l'image pour agrandir




(*) C'est le titre exact en vieux français que  les copistes ont donné au très célèbre manuscrit coté : MS  Français 22495 et conservé à la BNF,  plus connu sous le nom  des Chroniques de Guillaume de Tyr , le roman de Godefroi de Bouillon...et sa continuation
(se reporter au premier volet → ICI pour la présentation de l'œuvre).
Folio 245v - l'arrivée par la mer de Richard Cœur de Lion,
roi d'Angleterre et Bérangère de Navarre en chaloupe.







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Sa continuation, oui, car en effet le récit du manuscrit s'achève postérieurement au décès de Guillaume de Tyr (1184) et mentionne les événements jusqu'au règne de Conrad de Hohenstauffen, qui a commencé en 1232 qu'il n'a évidemment pas pu vivre. Des auteurs anonymes ont donc prolongé l'œuvre afin de relater toute l'épopée la plus glorieuse du Royaume de Jérusalem qui s'achèvera en 1291.
 Nous avions laissé le récit de l'histoire en 1124  lors de la prise de la ville de Tyr (dans l'actuel Liban). Le royaume de Jérusalem a été confié à Baudoin II de Bourcq , comte d'Édesse. Comme la dernière fois, j'ai extrait des pages illustrées les enluminures du XIVè siècle où sont représentées des armoiries. Ces enluminures sont attribuées soit à l'atelier de Richard de Montbaston , soit à celui du Maître de Fauvel..

folio 117 -  la bataille de Tell al-Shaqab (1126)
folio 147v -  la bataille d'Édesse (1146)

folio 154v -  la bataille de Damas (1148)
folio 162 -  le siège d'Ascalon (1153)
folio 165 -  la prise d'Ascalon (1153)
folio 173 -  le siège de Shaizar  (1157)
folio 176v -  Renaud de Châtillon fait prisonnier par des soldats turcs à Antioche (1160)

folio 220 -  incendie d'une ville de Syrie (1175)
folio 229v -  chevauchée de l'armée turque
folio 235v -  la bataille de Jérusalem (1187)
folio 243v -  arrivée de Richard Coeur de Lion à Beît Nûbâ
folio 265v -  la bataille de Damiette (1218/1219)
folio 271v -  la bataille de Jérusalem (1229)
folio 280v -  Al-Adill II, sultan d'Egypte et son chef de guerre à droite, son armée quittant le Caire à gauche.

Petite chronologie des Rois de Jérusalem :
  •  1099 - 1100 : Godefroy de Bouillon (sous le titre d'avoué du Saint-Sépulcre)
  •  1100 - 1118 : Baudouin Ier de Boulogne († 1118), comte d'Édesse, frère du précédent (le premier à régner sous le titre de roi de Jérusalem)
  •  1118 - 1131 : Baudouin II de Bourcq († 21 août 1131), comte d'Édesse, cousin du précédent
  •  1131 - 1143 : Mélisende de Jérusalem (1101 - 1161), fille de Baudouin II  en compagnie de son époux Foulque V, comte d'Anjou, avec qui elle s'est mariée en 1129
  •   1143 - 1162 : Baudouin III (1131 - 1162) fils de Foulque d'Anjou et de Mélisende
  •   1162 - 1174 : Amaury Ier (1136 - 1174) frère de Baudoin III           
  •   1174 - 1185 : Baudouin IV le Lépreux (1161 - 1185), fils d'Amaury Ier et d'Agnès de Courtenay
  •   1185 - 1186 : Baudouin V (1177 - 1186), fils de Guillaume de Montferrat et de Sibylle de Jérusalem
  •   1186 - 1190 : Sibylle (1159 - 1190), mère du précédent, fille d'Amaury Ier de Jérusalem et d'Agnès de Courtenay, et sœur de Baudouin IV le lépreux, en compagnie de son époux Guy de Lusignan (1160 - 1194)
  •  1190 - 1192 : règne personnel de Guy de Lusignan (contesté par Isabelle et son mari Conrad de Montferrat
  • 1190 - 1205 : Isabelle Ire (1172 - 1205), fille d'Amaury Ier et de Marie Comnène       
    • 1191 - 1191  : en compagnie de son premier époux Onfroy IV de Toron, séparés en 1191       
    • 1192 - 1192 : en compagnie de son second époux Conrad de Montferrat (1146 - 1192)       
    • 1195 - 1197 : en compagnie de son troisième époux Henri II, comte de Champagne (1166 - 1197)       
    • 1197 - 1205 : en compagnie de son quatrième époux Amaury II de Lusignan († 1205) roi de Chypre
  •    1205 - 1212 : Marie de Montferrat (1191 - 1212), fille de Conrad de Montferrat et d'Isabelle de Jérusalem ; 1210 - 1212 : en compagnie de son époux Jean de Brienne (1148 - 1237)
  •     1212 - 1225 : règne personnel de Jean de Brienne
  •     1225 - 1228 : Isabelle II (1211 - 1228), fille de Jean de Brienne et de Marie de Montferrat  en compagnie de son époux, Frédéric II de Hohenstaufen
  • 1228 - 1232 : règne personnel de Frédéric II de Hohenstaufen
  • 1232 - 1254 : Conrad IV de Hohenstaufen (1228 - 1254), fils de Frédéric II et d'Isabelle II de Jérusalem : roi titulaire , il demeure en Europe (Le royaume est en fait administré par un régent le plus souvent de la famille de Lusignan et un gouvernement collégial jusqu'en 1268)
  • 1254 - 1268 : Conradin (1252 - 1268), fils de Conrad IV et d'Élisabeth de Bavière : roi titulaire il demeure en Europe comme son père.
      ► problème de succession jusqu'à a fin de la présence en Palestine. A la mort de Conradin deux de ses cousins revendiquèrent le trône :  Hugues III de Lusignan , roi de Chypre et Marie d'Antioche,  fille de Bohémond IV d'Antioche et de Mélisende de Lusignan,  en tant que descendants d'Isabelle Iere.
  • 1268 - 1277 : Marie d'Antioche, fille de Bohémond IV d'Antioche et de Mélisende de Lusignan.
  • 1269 - 1276 : Hugues III de Poitiers-Lusignan, roi effectif,
    puis 1276 - 1284 :  roi titulaire
  • 1278 - 1285 : Charles d'Anjou (1227 - 1285), roi effectif
  • 1284 - 1285 : Jean Ier de Chypre(maison de Poitiers-Lusignan), roi titulaire, fils du précédent
  • 1285 - 1309 : Charles II d'Anjou (1254 - 1309), roi titulaire, fils de Charles  Ier d'Anjou
  • 1285 - 1286 : Henri II de Poitiers-Lusignan, frère du précédent : roi titulaire,
    puis 1286 - 1291: roi effectif
    et enfin 1291 - 1306 : roi titulaire.
    En 1291, la ville de Saint-Jean-d'Acre, dernier bastion latin en Palestine, tombe aux mains des musulmans. C'est la fin officielle des États latins d'Orient. Dès lors, le Royaume de Jérusalem ne devient plus qu'un titre de prestige uniquement honorifique, et cela dure encore de nos jours. Mais par ailleurs, la maison de Lusignan restera souveraine du Royaume de Chypre pendant encore deux siècles.

(les images proviennent de la Banque d'Images numérisées de la BnF)

             Herald Dick


lundi 19 novembre 2012

Héraldique médiévale : Les Chroniques de Guillaume de Tyr (XIVe siècle) - 1ère partie

Une représentation idéalisée de la chevalerie pendant les Croisades ... 


  Entre le XIIe et le XVe siècle, les enlumineurs et autres imagiers ont puisé dans un répertoire très fourni pour représenter le monde musulman. Les occidentaux avaient besoin de clés pour comprendre et se représenter ces "ennemis" de la  foi chrétienne contre lesquels il fallait partir en Croisade. Connaître leur représentation physique, leurs vêtements, leurs armures et équipements de guerre, leurs coutumes était primordial. Mais en ces temps, il n'y avait pas de reporters de guerre, pas de photos, pas d'enregistrement audiovisuel.  Tout se faisait par la relation des faits par ceux qui avaient la chance de revenir de ces contrées lointaines, souvent après de rudes combats. Ainsi c'est un monde imaginaire qui s'est construit autour de faits historiques plus ou moins avérés,  embellis par la légende, mais souvent respectueux de la qualité des adversaires. Ainsi, une héraldique propre à cette époque et ces évènements s'est développée, attribuant des armoiries à tous les protagonistes, alors qu'en réalité elle était très peu utilisée par les combattants chrétiens et pratiquement inexistante du côté des adversaires... Il a y eu même par exemple un Armorial de Saladin, le grand chef militaire musulman, qui a écrasé l'armée des Francs et reconquis la Palestine.
Guillaume de Tyr écrivant

Guillaume de Tyr (~1130-1184) était un seigneur ecclésiastique lettré, né en Orient et qui a fait ses études en Europe dans les plus grandes universités avant de retourner dans les États latins d'Orient. Il s'est consacré,  parfois sur commande des Princes chrétiens du moment,  à la narration de la vie et des exploits des Croisés en Terre Sainte dans son Historia . Plus tard,  les copistes ont réalisé ce très célèbre manuscrit coté fr.22495 et conservé à la BNF : les Chroniques de Guillaume de Tyr , le Roman de Godefroi de Bouillon ,dont j'ai extrait quelques pages illustrées par des enluminures du XIVè siècle, avec représentations héraldiques de toute beauté. J'ai respecté l'ordre d'apparition des images dans le manuscrit,  mais seulement gardé celles où sont représentées des armoiries. Ces enluminures sont attribuées à l'atelier de Richard de Montbaston et au Maître de Fauvel..

folio 11v - représentation du Peuple des Turcs (caparaçon de gueules aux croissants d'or)
folio 19 -  la bataille de Kibotos ou Civitot en Anatolie / Turquie (1096)
caparaçon chrétien : doloires (ou coquilles St-Jacques) - écus et caparaçons musulmans : têtes de maures , hures de sanglier et mouchetures d'hermines 
folio 34v -  à gauche  :Godefroi de Bouillon réprimandant Baudouin
à droite : le départ de Baudouin pour l'Arménie 
 (caparaçon de gueules à l'aigle d'or - écu chevronné d'or et de sinople) 
folio 36 -  le siège d'Artah (1097) , par Godefroi de Bouillon, en tenue de roi de Jérusalem  (caparaçon d'argent à la croix cantonnée de croisettes d'or)
folio 43 -  la bataille d'Antioche (1098) - caparaçons musulmans : croissants, mouchetures d'hermines - écus et caparaçons chrétiens : lion et billettes, croix et croisettes, croissants, mouchetures d'hermines.
folio 78 -  à gauche : Godefroi de Bouillon passant le Jourdain (écu de gueules à la croix et croisettes d'or - écu de pourpre au lion de sable) - à droite  : Godefroi tuant un chameau.
folio 79v -  à gauche : Baudouin de Boulogne, recevant un messager
à droite : la bataille du Nahr al-Kalb (1100)

 chrétiens : caparaçon de pourpre aux doloires (ou coquilles St-Jacques) d'or -  musulmans : caparaçon d'or aux annelets de sable. (notez le débordement de la hache d'armes sur le texte, insolite !)
folio 95v -  la bataille de Shaizar (1111) - cavaliers francs (caparaçon de pourpre au lion d'or contourné - écu d'or à la bande de sable accostée d'étoiles du même) contre musulmans (caparaçon d'or aux annelets de sable , écu d'azur semé de besants d'or)

folio 105 -  la bataille d'Ager Sanguinis (1119) - mort de Roger de Salerne, Prince d'Antioche (caparaçon de pourpre chargé d'un lion d'or , harnais de sable aux annelets d'or) tué par un cavalier musulman ( caparaçon de gueules semé d'étoiles d'or - harnais d'azur à la barre d'or)


folio 106v -  la bataille de Dânîth (1119) - victoire du roi Baudouin II de Bourcq (caparaçon de gueules à l'aigle d'or) sur les musulmans (caparaçon de sinople semé de besants d'or et chargé d'un lion du même) -notez la croix dans le fond de la scène : tout le symbole de la Croisade.  
folio 109v -  la bataille de Yabnâh (1123) - cavaliers francs (caparaçon de gueules au lion d'or contourné) vainqueurs contre cavaliers égyptiens (caparaçon d'argent semé de tourteaux de gueules et chargé d'un lion de sable - harnais de sable à trois châteaux d'or - écu de gueules à l’aigle d'or) - noter les badges ronds ou rectangulaires sur les épaules des hauberts des combattants.
folio 115 -  la prise de Tyr  (1124) - entrée des croisés dans la ville (caparaçons d'azur à la croix cantonnée de croisettes recroisetées d'argent - d'or semé de croisettes recroisetées de sable ) - notez les exactions faites sur les prisonniers musulmans : têtes coupées à gauche.

Vous remarquerez au passage quelques belles lettrines et encadrements ornés de motifs végétaux , d'arabesques et une tête humaine...

Cette série sera suivie d'une seconde partie,  dans quelques semaines ... ICI


(images provenant de la Banque d'Images numérisées de la BnF)

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