Affichage des articles dont le libellé est Orléanais. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Orléanais. Afficher tous les articles

samedi 20 janvier 2018

Albums à vignettes Sanka #12 : Anjou, Maine, Touraine, Orléanais et Berry

Cet article constitue la suite de ma base d'archives de ma rubrique "Sanka" que vous pouvez consulter dans les onglets en haut ce la page d'accueil . Je rajouterai au fil de l'eau de nouvelles séries, région par région , mais afin de ne pas générer un temps de chargement trop long sur votre ordinateur, je mettrai l'accès aux anciennes pages par un lien vers ces archives , voilà pour le procédé ...


Pour rappel , ces albums de vignettes héraldiques étaient une création des célèbres Cafés Sanka qui ont démarré vers 1933 et duré jusqu' à la Seconde Guerre mondiale. Cette marque était une filiale de la firme allemande Café Hag , fondée en 1906 . Seulement 6 albums intitulés "la France Héraldique" ont été édités pour la France, alors que 40 étaient prévus initialement, mais la guerre a malheureusement mis fin au projet .

 Douzième volet de cette thématique nostalgique (voir tout en bas de cette page pour accéder aux anciennes séries).
   Nous allons découvrir les feuillets qui correspondent à cinq anciennes provinces de l'ouest et du centre de la France: l'Anjou, le Maine, la Touraine, l'Orléanais et le Berry, qu'on nomme plus généralement les Pays du Val de Loire. Aujourd'hui ces provinces font partie des régions administratives Pays-de-la-Loire et Centre-Val-de-Loire. Nous allons détailler en tout  9 départements:  Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Eure-et-Loir, Loiret, Cher et Indre.
   Sur la carte ci-dessous, qui provient aussi de l'album et que j'ai délimitée et adaptée pour l'éclairage du sujet, les sept départements forment un ensemble géographique et historique cohérent. En effet l'Orléanais et le Berry comptent parmi les plus anciennes provinces (duchés) rattachées à la couronne de France. L'Anjou est arrivé à la fin du XVe siècle, le Maine et la Touraine à la fin du XVIe siècle. Sous la Révolution française au moment de la création des départements, en 1790, les contours de ceux-ci ont globalement suivi les limites des anciens comtés et duchés constitutifs (voir la carte ci-dessous). Exception faite de l'Eure-et-Loir composé de morceaux de Maine, d'Orléanais et d'Île-de-France, le Cher qui est un agrégat de Berry, d'Orléanais et de Bourbonnais, ou la Mayenne, la Sarthe coupées en deux de Maine et d'Anjou, etc...  
 Chaque page rassemble les blasons de neuf villes les plus représentatives de chaque département. Je n'ai pas mis le texte des pages intermédiaires qui donne une description succincte de chaque ville, mais sans intérêt pour l'héraldique. En-dessous de chaque page, des liens permettent de comparer avec le blason actuel, le cas échéant.



La plupart de ces blasons sont toujours en vigueur à quelques petits détails près :
(cliquez sur le nom de la ville pour voir le blason actuel)
  • Beaufort-en-Vallée : le lion n'est pas contourné, mais est couronné, armé et lampassé de gueules.
  • Durtal : le blason est un peu différent aujourd'hui (quartiers 2 et 3 d'azur à la barre d'argent). Le blason montré ici est celui créé par Charles d'Hozier pour son Armorial Général de France (édit de 1696).
  • Pouancé : le blason est différent aujourd'hui (quartiers 1 et 4 d'or au pal de sinople et quartiers 2 et 3 à la barre d'or), d'après celui créé par Charles d'Hozier pour son Armorial Général de France (édit de 1696).





  Ce blason aux fûts de canons posés en sautoir est une version ancienne des armoiries de la province du Maine, enregistrées par Charles d'Hozier pour la constitution de l'Armorial Général de France (édit de 1696, voir → ICI). Les véritables armoiries historiques, consécutives au rattachement à la couronne de France, sont davantage connues sous leur version fleurdelisée : ICI



Pour cette série, juste une divergence notable :




Pour cette série, plusieurs différences avec les blasons actuels :
  • La Flèche : blason remplacé, mix entre le blason actuel et ceux créés par Charles d'Hozier pour son Armorial Général de France (édit de 1696).
  • La Ferté-Bernard : le chef d'azur est chargé de fleurs de lis d'or.
  • Le Lude : le blason est différent aujourd'hui (d'azur à la croix engrêlée d'argent.). Le blason montré ici est celui créé par Charles d'Hozier pour son Armorial Général de France (édit de 1696).
  • Mamers : Dans le quartier supérieur, le lion n'est pas passant mais rampant.
  • Sablé-sur-Sarthe : blason remplacé




Pour cette série, quelques changements notables :
  • Bléré blason différent, celui-ci est une variante.
  • Chinon : les châteaux et les fleurs de lis sont ordonnés différemment
  • Langeais : blason différent, celui-ci est une variante.
  • Loches : blason différent, celui-ci est une variante.
  • Tours : les tours sont "essorées" (couvertes d'un toit) de gueules.





Pour cette série encore, quelques divergences et changements :
  • Mondoubleau  :  le blason est différent aujourd'hui ( deux interprétations de la figure du monde héraldique). Le blason montré ici est celui créé par Charles d'Hozier pour son Armorial Général de France (édit de 1696).
  • Montoire : blason remplacé
  • Saint-Aignan : blason remplacé
  • Savigny-sur-Braye : blason remplacé





Pour cette série, de nouvelle différences ou modifications :





Pour cette série encore, quelques divergences et évolutions :
  • Ferrières-en-Gâtinais : blason remplacé (provient de l'abbaye de Ferrières) , celui qui est montré ici est une variante ancienne vue sur l’Armorial de la Planche (voir → ICI)
  • Gien : le chef de gueules a été supprimé, le blason qui est montré ici est une variante ancienne vue sur l’Armorial de la Planche (voir → ICI)
  • Montargis : les initiales MLF sont maintenant d'argent





Pour cette série encore, quelques divergences et changements :
  • Aubigny-sur-Nère  :  le blason est différent aujourd'hui. Le blason montré ici est celui enregistré par Charles d'Hozier dans son Armorial Général de France (édit de 1696, voir → ICI).
  • Lignières : le champ est d'or. Le blason montré ici est celui enregistré par Charles d'Hozier dans son Armorial Général de France (édit de 1696)
  • Sancerre : le champ est désormais d'azur. Le blason qui est montré ici est une variante ancienne vue sur l’Armorial de la Planche (voir → ICI)
  • Saint-Amand-Montrond : blason remplacé.
  • Vierzon : le champ est d'azur, la tour parfois penchée (en bande)





Pour cette dernière série, une seule divergence notable :

.


Pour d'autres régions  revenir à la page d'origine : Sanka


      HD 


Angers  Baugé Bauge Beaufort en Vallée Vallee Cholet Durtal Montreuil-Bellay Montreuil Bellay Pouance Segré Segre Saumur
Ambrières Ambrieres Craon Ernée Ernee Evron Lassay Laval Mayenne Saint St Ouen des Toits St-Ouen-des-Toits Saint-Ouen-des-Toits Ballon Bonnétable Bonnetable La Ferté-Bernard La Ferte Bernard Le Lude Le Mans Mamers Sablé-sur-Sarthe Sablé Sable sur Sarthe Saint-Calais St Saint Calais  Amboise Bléré Blere Châteaurenault Chateaurenault Chinon Langeais Loches Neuvy-le-Roi Neuvy le Roi Richelieu Tours  Blois Mondoubleau Montoire-sur-le-loir Montoire Morée Romorantin-Lanthenay Romorantin Saint-Aignan St Saint Aignan Savigny-sur-Braye Savigny sur Braye Selles-sur-Cher Selles sur Cher Vendôme Vendome Authon du Perche Bonneval Châteaudun Chateaudun Chartres Dreux Janville La Bazoche-Gouet La Bazoche Gouet Nogent-le-Rotrou Nogent le Rotrou Thiron-Gardais Thiron Gardais



mardi 26 avril 2016

Recueil d'armoiries de villes de France peintes au XVIe siècle - chapitre #03 - Parlement de Paris, suite et fin

ancien blason de la ville de Clermont-d'Auvergne
 (à l'époque n'avait pas été encore réunie à Montferrand
pour devenir Clermont-Ferrand, ce sera fait en 1630)
 fin du XVIe siècle - manuscrit Fr 17256
 N ous voici de retour pour remonter dans le temps des premiers blasons municipaux avec l'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries peintes en couleurs de villes de France. Il est en effet bien antérieur d'au moins trois quarts de siècle à celui réalisé par Pierre de La Planche dont je publie régulièrement des extraits depuis plusieurs années . Il est bien sûr aussi et encore plus ancien que l'illustre Armorial Général de France de Charles d'Hozier qui fait souvent référence pour l'ancien régime, avant la Révolution française et la suppression des armoiries en 1790. La date exacte est difficile à évaluer avec précision, mais nous sommes à coup sûr dans les dernières années du XVIe siècle voire au début du XVIIe grâce à certains indices que nous avons notés dans les précédents volets.

 Voir la description initiale de notre armorial du XVIe siècle (BNF / Français 17256) dans le premier volet: → ICI, ainsi que le chapitre précédent :  #02

 Comme je le fais pour l’Armorial de La Planche, je propose à titre indicatif et comparatif, placées en dessous de chaque page, les armoiries actuelles de chaque ville mentionnée. Cela permet ainsi au lecteur de se rendre compte de l'évolution ou de la constance du blason dans le temps en un peu plus de quatre siècles.

 Nous poursuivons et terminons une première étape du parcours avec les villes et provinces importantes qui composaient le Parlement de Paris. Seul, le dernier blason de ce sujet, n'en fait pas partie et annonce la future région administrative à venir : le Parlement de Normandie. Ces entités de l'Ancien régime, les parlements, représentaient l'autorité législative et judiciaire au nom du roi à travers tout le royaume. Il y en avait dix à cette époque, et elles étaient de tailles inégales (voir → ICI). Celle de Paris était de fait la plus étendue du royaume, sa compétence allant de la Picardie au nord à l'Auvergne au sud, et du Poitou à l'ouest à la Champagne ou au Lyonnais à l'est.


folio 110 r. (recto) :  Châtillon-sur-Seine / Gien  / Nevers / Romorantin / Moulins / 
Saint-Pierre-le-Moûtier


Châtillon-sur-Seine
Nevers
Gien

Romorantin-Lanthenay
Saint-Pierre-le-Moûtier
Moulins

• On constate parfaitement l'évolution des blasons sur l'ensemble de ces six villes, tout en gardant l'essentiel : adjonctions d'un chef de France (pour Châtillon et Saint-Pierre-le Moûtier) ; transition du parti à l'écartelé, avec changement de couleurs d'émaux, pour Romorantin. Les trois autres villes sont inchangées dans l’absolu, si l'on exclue le graphisme des figures : châteaux , fers de moulin, plus stylisées de nos jours.

• Vous remarquerez à gauche de la page, dans la pliure du livre, au niveau du blason de Nevers: un petit feuillet relevé, qui a été inséré et collé dans la reliure. Comme dans le volet précédent il s'agit d'un rajout, que nous allons découvrir juste en-dessous, quand on le rabat !

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Châtillon-sur-Seine → ICI                 Gien → ICI               Nevers, Saint-Pierre-le-Moûtier → ICI
                               Moulins → ICI                                Romorantin → ICI



folio 110 r. avec encart rabattuChâtillon-sur-Seine / Gien  / Épernay / Romorantin / Moulins / Saint-Pierre-le-Moûtier


Épernay


•  Et voici donc, par l'entremise de ce procédé astucieux, le rajout à la série d'un blason supplémentaire pour la ville d'Épernay qui vient couvrir celui de Nevers, quand on le rabat.

 • Le blason d'Épernay "d'azur à trois roses d'argent" est déjà relevé dans "l’armorial de La Planche" (1669) sous cette forme. Dans le présent manuscrit il nous apparait très différent : "d’azur à trois fleurs de lis d'or, à la bordure dentelée d'argent", ce qui pose des questions sur son origine... pour le moment sans réponses !





folio 110 v. (verso) :  Issoudun / Clermont-d'Auvergne  / Tulle du bas Limousin / 
Saint-Flour / Riom / Sarlat

Issoudun
Tulle
Clermont-Ferrand

Saint-Flour
Sarlat
Riom

• Comme pour la planche précédente, l'évolution des blasons de ces villes est visible sur les détails tout en gardant intact l'essentiel : transformation du Y (initiale de l'ancienne graphie Ysouldün) en pairle pour Issoudun; augmentation d'un chef de France à Tulle; bordure simple et non plus dentelée à Saint-Flour ; changement de métal pour la salamandre et son brasier (sa patience) pour Sarlat.

• Seul changement radical : le blason de la vieille cité de Clermont, pas encore unie à celle de Montferrand, ce qui ne sera effectif qu'à partir de 1630, montre ici le plus ancien blason de la capitale auvergnate : un "champ d'azur chargé d'une fleur de lis d'or".  Celui-ci disparaitra avec la réunion des deux villes en une seule qui reprendra les armes de l'évêché de Clermont comme blason définitif, tel que nous le connaissons aujourd'hui.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Issoudun → ICI                                Clermont- Ferrand, Riom → ICI                         Tulle → ICI                                                                                 Sarlat → ICI




folio 111 r. :  Le Puy / Millau / Cusset  / Villefranche / Le Puy-en-Velay / Aurillac

Le Puy
Cusset (1/2)
Millau

Villefranche-sur-Saône
Aurillac
Le Puy-en-Velay

• Vous l'avez sans doute vu immédiatement, ce feuillet présente une bizarrerie avec la double présence du blason de la ville du Puy (une fois avec la légende écrite simplement "Le Puy" et l'autre avec la précision "Le Puy en Vellay". Il s'agit bien de la même ville, alors pourquoi l'avoir représentée deux fois ? c'est un mystère:  je n'ai pas la réponse ...

• La ville de Cusset, dans le Bourbonnais (aujourd'hui, dans le département de l'Allier) présente une particularité avec ses armoiries, qui sont composées de deux blasons accolés (voir → ICI). Certes, cette configuration n'est pas exceptionnelle dans l'héraldique municipale française, surtout à notre époque avec les fusions de communes, mais dans notre cas présent : cette cohabitation est très ancienne. Le premier blason, le plus ancien, celui que nous voyons ici, avec ce dextrochère armé d'une épée, est d'origine ecclésiastique : c'est l'ancien sceau du chapitre de l'église Notre-Dame (disparue). Avec la création de l'Armorial Général de France (1696/1711) un nouveau blason fut créé pour la ville proprement dite : "de gueules semé d'écussons d'or".  Dès lors ces deux blasons, avec toutefois un changement d'émail pour le premier, représentent ensemble et invariablement la ville de Cusset.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Le Puy-en-Velay → ICI                                Millau → ICI                              Cusset → ICI
Villefranche-sur-Saône → ICI




folio 111 v. :  Bas pays d'Auvergne / Bellac ou Basse Marche / Montbrison / Forez / Mâcon /
Parlement de Normandie - Rouen


Clermont-Ferrand
Montbrison
Bellac

Forez
Rouen
Mâcon

• Ici, encore les évolutions ou au contraire la constance des blasons sont remarquables.

• A noter : le blason légendé "Basse-Auvergne" qui ressemble beaucoup à celui de la future (par rapport à la date de ce manuscrit) ville fusionnée de Clermont-Ferrand, à la petite différence près que la croix de gueules sera bordée d'un filet d'or pour supprimer l'enquerre émail sur émail (gueules/azur). Ces armoiries étaient aussi, précédemment, celles de l'évêché de Clermont.

• Le blason portant la légende "Forests" se rapporte à la région ou pays du Forez, elle-même découlant du contour de l'ancien comté du Forez, dont j'ai reproduit les armes au dauphin, et dont Montbrison était le siège. Mais je n'ai pas trouvé d'historique à ce blason "civil" : "d'argent à trois arbres de sinople, au chef de France" sinon qu'il s'agit manifestement d'armes parlantes : " forêt / Forests" .

• Comme annoncé au début de ce sujet, nous accédons donc ici à la première cité, siège du Parlement de Normandie, dont le bâtiment gothique toujours existant, est un des nombreux joyaux architecturaux de la ville de Rouen.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Clermont-Ferrand → ICI                            Bellac →  ICI                      Montbrison, Forez → ICI 
                                        Mâcon → ICI                                  Rouen → ICI


        


  C'est tout pour cette fois. Nous reviendrons très rapidement avec la suite de ce manuscrit très intéressant pour l'histoire de l'héraldique municipale de la France, qui remet en question bon nombre de certitudes affichées par nos auteurs contemporains sur l'antériorité de tel ou tel blason.

Suite de cette section du manuscrit consacré aux villes de France : feuillets suivants  → ICI

 Crédits :
- Le manuscrit complet "Français 17256" est  consultable en ligne sur le site : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528582x/
- Les blasons "modernes" proviennent tous du site incontournable :  armorialdefrance.fr
Je remercie chaleureusement son webmaster à cette occasion.




          Herald Dick


samedi 13 février 2016

Recueil d'armoiries de villes de France peintes au XVIe siècle - chapitre #01 - Parlement de Paris

blason de la ville de Senlis (Ile-de-France)
avec une surprenante version "azur et or" 
 fin du XVIe siècle - manuscrit Fr 17256
"D'azur au pal d'or,  écu soutenu d'un
lis de jardin à trois fleurs, d'argent "
(la couleur or a très mal vieilli sur ce manuscrit,
presque effacée, prêtant confusion avec l'argent)
 J'  ai quelquefois évoqué ce présent manuscrit, depuis quelques semaines, notamment dans mes commentaires autour de celui qu'on appelle "l’Armorial de La Planche". En effet : je pensais que ce dernier, daté officiellement de l'an 1669, mais dont la rédaction a en fait débordé sur au moins une bonne décennie après 1669, était l'un des plus anciens manuscrits conservé, répertoriant des armoiries de villes de France, peintes en couleurs.
  Eh bien, j'ai découvert, en triant parmi les nombreuses œuvres numérisées proposées à la consultation en ligne par les bibliothèques publiques, un manuscrit plus ancien de presque un siècle avec de surprenantes planches d'armoiries concernant pas moins de 135 villes de France, bien cachées à la fin d'un armorial consacré à l'Ordre des Hospitaliers, ainsi qu'à de grandes maisons et dynasties européennes. C'est ce petit trésor oublié de l'héraldique municipale française que je voudrais vous faire partager. Nous allons découvrir, page par page, des choses qui pourraient peut-être bien remettre en question pas mal d'hypothèses ou d'affirmations d'experts et autres auteurs de livres d'héraldique, à propos des dates d'apparition et de la composition des armes de certaines villes.

   Ce manuscrit qui ne porte pas de titre général (il est identifié sommairement par l’appellation "Recueil de blasons peints") mais porte celui de "Chevaliers de S. Jean de Jérusalem" sur la tranche de la reliure en cuir. Il est référencé: cote "Français 17256" à la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Il est daté du XVIe siècle, donc entre 1501 et 1600, ce qui manque cruellement de précision! Mais certains contenus et la présence de certaines armoiries vont permettre de le dater beaucoup plus finement, nous allons le vérifier très rapidement. Toutefois il faut comprendre que ces manuscrits étaient commencés à une certaine époque, puis ils étaient alimentés, augmentés, rectifiés, au fil de l'eau, et au cours du temps. Cela pouvait durer plusieurs années, parfois plusieurs décennies avant qu'ils soient finalement "arrêtés" et reliés pour le bénéfice de leur propriétaire, un personnage de haut rang dans la société en général, un prince, un aristocrate, un bourgeois ou un ecclésiastique haut placé. Son dernier possesseur identifié est Henri-Charles du Cambout, duc de Coislin (1665-1732) qui a été évêque de Metz de 1697 à sa mort. L'illustrateur, qui a peint les armoiries est identifié et porte le nom de Séguier, mais on n'en sait pas davantage sur lui. 
ancienne étiquette d'identification du manuscrit, rédigée en latin,
sur la page de garde
armoiries du Grand Maître Aloph de Vignancourt (aussi orthographié : Alof
de Wignacourt) - la date (1500,1 16) indiquée à droite est étrange  - folio 22v.
  Ce manuscrit armorial comporte plusieurs sections, et pour commencer une très intéressante et belle présentation illustrée et armoriée de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et de ses Grands Maîtres, depuis sa fondation à Jérusalem vers 1080, puis exilé successivement dans l'île de Chypre, puis à Rhodes et enfin à Malte. Le dernier Frère cité dans l'ordre chronologique du manuscrit, avec ses armes (ci-contre) est Aloph de Vignancourt (1547-1622), élu Grand Maître de l'Ordre en 1601, dans l'île de Malte.
 1601 :  voici donc une première date importante pour se rapprocher de la date finale du "bouclage" du manuscrit. On est au tout début du XVIIe siècle (durant le règne du roi de France et de Navarre: Henri IV)
 Les sections suivantes du manuscrit comprennent dans l'ordre : des armoiries peintes pour illustrer la généalogie de différentes grandes familles françaises et étrangères : dont les Vendôme, Guise, Dreux, Sully, Savoie, Ventadour, Choisy, Larchant, Gênes, les Treize Cantons Suisses et leurs alliés, de grands noms d'Espagne, d'Anjou, des compagnons de Guillaume le Conquérant, des maisons de Provence, de Paris  et tout à la fin: une série de villes de France et quelques grandes abbayes ou évêchés. C'est cette dernière section que je vais détailler dans mes pages.

  Comme je le fais pour l’Armorial de La Planche, je propose à titre indicatif et comparatif, placées en dessous de chaque page, les armoiries actuelles de chaque ville mentionnée. Cela permet ainsi au lecteur de se rendre compte de l'évolution ou de la constance du blason dans le temps en un peu plus de quatre siècles.

folio 105 r. (recto) :  Paris (Premier parlement de France)

PARIS

• Un Parlement était, sous l'Ancien Régime, dans le royaume de France, une cour de justice de dernier ressort, dite aussi cour souveraine, puis cour supérieure à partir de 1661, qui rendait la justice au nom du roi, dans un territoire délimité (voir liste des parlements et carte des zones d'autorité → ICI)

 • Voir l'évolution du blason de Paris, au siècle suivant,  avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696): → ICI


folio 105 v. (verso) : Lyon / Limoges / Poitiers / Angers / Bourges / Le Mans
.
Lyon
Poitiers 
Limoges 
Angers 
Le Mans
Bourges


• Vous pouvez vous exercer au petit jeu des différences et constater que seul le blason de Lyon n'a pas varié. A noter le blason d'Angers avec un chef à trois fleurs de lis, ce qui est assez exceptionnel, mais peut-être fautif de la part de l'auteur. Pour Le Mans, les trois chandeliers sont plus authentiques que les quatre actuels, en raison de la légende de saint Julien .

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Limoges → ICI      Poitiers → ICI    Angers → ICI    Bourges → ICI    Le Mans → ICI



folio 106 r. : Tours / Amboise / Orléans / Chartres / Vendôme / Blois
.

Tours
Orléans
Amboise
Chartres
Blois
Vendôme

• Juste quelques petites différences avec les blasons postérieurs et actuels :
- Champ d'azur au lieu de sable pour Tours, ainsi que des tours, non couvertes et sans girouettes, rajoutées plus tard.
- Champ d'or à deux pals de gueules pour Amboise, au lieu de palé d'or et de gueules provenant de la maison d'ancienne noblesse des Amboise.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant,  avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Tours et Amboise → ICI         Orléans → ICI          Chartres →ICI           Vendôme et Blois → ICI


folio 106 v. : Angoulême / Loudun / La Rochelle / Pontoise / Magny-en-Vexin / Meulan
.

Angoulême
La Rochelle
Loudun
Pontoise
Meulan
Magny-en-Vexin

• On pourra s'étonner de la  ressemblance entre le blason de La Rochelle avec celui de Paris, à l'époque ! Seuls, le semé de fleurs de lis de Paris, à l'opposé des trois fleurs de La Rochelle, et l'émail de la coque du navire, en or, permettent de les différencier... Ce n'est que plus tard que la mer est devenue verte (sinople).. à La Rochelle.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Angoulême et La Rochelle → ICI   Loudun → ICI   Pontoise → ICI   Magny → ICI   Meulan → ICI



folio 107 r. : Mantes / Montfort-l'Amaury / Dreux / Bellême, du comté du Grand Perche / Étampes / Nemours

.
Mantes-la-Jolie
Dreux
Montfort-l'Amaury
Bellême
Nemours
Étampes


• Sur ce folio 107 , quatre des six villes citées ont emprunté leurs armes à celles pleines, de grandes maisons de l'aristocratie qui y ont possédé à l'époque des fiefs, ou encore des apanages princiers qui leur étaient attribuées : le duché de Bretagne pour Montfort-l'Amaury, avec une couronne de surcroît, la maison de Dreux pour la ville de Dreux, le duché d'Alençon avec la ville de Bellême, dans le Perche et enfin la maison de Savoie-Nemours pour Nemours (pour plus de détails, visiter les liens ci-dessous).

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Mantes, Montfort-l'Amaury et Dreux → ICI     Bellême → ICI     Étampes → ICI      Nemours → ICI




folio 107 v. : Montargis / Provins / Melun / Meaux / Senlis / Crépy-en-Valois
.

Montargis
Melun
Provins
Meaux
Crépy-en-Valois
Senlis


• On remarque la présence des initiales L F pour les mots : "Le Franc", placées sous l'écu de Montargis qui ont été associés un moment à la dénomination de la ville (Montargis-le-Franc). Les initiales ont par la suite migré et intégré le blason lui-même comme on peut le voir sur les armes actuelles (voir détails dans le lien ci-dessous).

• Parmi les quelques changements et augmentations qui ont affecté les armoiries de cette page, le plus remarquable est certainement celui de Senlis avec ce champ d'azur qui est étonnant. On connait parfaitement bien le blason de Senlis, inchangé depuis des siècles avec un champ de gueules au pal d'or. Et encore plus fort sont ces lis de jardin supportant l'écu, mis comme ornements parlants (cent-lis)! 


• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
 Montargis → ICI    Melun → ICI     Senlis et Crépy-en-Valois → ICI  




C'est tout pour cette fois. Nous reviendrons très rapidement avec la suite de ce manuscrit très intéressant pour l'histoire de l'héraldique municipale de la France.
 C'est un témoignage jusque là peu connu, sauf  certainement par quelques érudits : historiens, chercheurs ou universitaires qui détenaient le privilège exclusif d'accéder et de pouvoir consulter ces trésors de notre Bibliothèque Nationale de France. Heureusement, l'excellente initiative opérée il y a quelque années maintenant de numériser les manuscrits et autres documents dormant dans les fonds des bibliothèques et archives publiques, dans le monde entier, permet maintenant à tous d'admirer ces merveilles, tranquillement installé dans son canapé de salon et de plus : gratuitement !

Suite de cette section du manuscrit consacré aux villes de France : feuillets suivants  → ICI  



 Crédits :
- Le manuscrit complet "Français 17256" est  consultable en ligne sur le site : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528582x/
- Les blasons "modernes" proviennent tous du site incontournable :  armorialdefrance.fr
sauf celui de Montfort-l'Amaury qui vient de :  armoiries.free.fr
Je les remercie chaleureusement pour l'occasion.




          Herald Dick