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vendredi 2 décembre 2016

Hommage à Georges Courteline

 Exceptionnellement, je sors des habituelles fiches inspirées par un anniversaire ou une commémoration quelconque. En effet cette fois, c'est à partir d'une idée suggérée par Jean-Paul Fernon, dessinateur héraldiste renommé et lecteur occasionnel de mon blog, appuyée par des documents et des dessins d'armoiries convaincants, que je vous propose ce sujet en collaboration amicale.  

 Voici donc un hommage à Georges Courteline, écrivain et auteur de théâtre français, qui s’est attaché, avec  le talent pour la satire, à dépeindre les travers de la petite bourgeoisie de son temps.

les armoiries de Georges Courteline
dessinées par :  © Jean-Paul Fernon
(détail du blason plus bas)
Georges Courteline honoré par un timbre
 français émis  en 1979

Georges Courteline

(• Tours 1858 - † Paris 1929) 



Georges Victor Marcel Moinaux , alias Georges Courteline
• né à Tours, le 25 juin 1858
• mort à Paris, le 15 juin 1929.


 Georges Courteline, de son vrai nom Georges Moinaux, est le fils de Jules Moinaux, humoriste et auteur dramatique, qui lui déconseille pourtant d’embrasser la carrière littéraire. Il aurait choisi ce pseudonyme de "Courteline" sans réelle explication, mais juste parce que ce nom sonnait bien !  Il devient, après avoir effectué son service militaire, fonctionnaire au ministère des Cultes ; il passe quatorze ans dans la fonction publique, ayant tout loisir d’observer ses collègues, avant que le succès de ses œuvres lui permette de se consacrer exclusivement à l’écriture. Ces premières expériences lui ont fourni ses principales sources d’inspiration littéraire.

édition de 1926 chez Flammarion
  Dans ses premières pièces, comme les Gaietés de l’escadron (1886) ou Lidoire (1891), il s’amuse à tourner en dérision l’armée. Messieurs les Ronds-de-Cuir (1893) s’attaque aux employés de bureau et aux bureaucrates. Dans sa célèbre nouvelle intitulée Boubouroche (1893), qu’André Antoine lui fait adapter pour son Théâtre-Libre, il prend pour cible la petite bourgeoisie, donnant libre cours à sa verve satirique. Les œuvres suivantes, récits ou pièces de théâtre, sont autant de croquis pertinents de tel ou tel milieu social, saisis sur le vif, mais sans vraie méchanceté. Un client sérieux (1896) et les Balances (1901) visent le milieu de la justice et des tribunaux. Le commissaire est bon enfant et Le gendarme est sans pitié (1899) dénoncent la bêtise et la méchanceté des forces de l’ordre. Enfin, la Peur des coups (1894), Monsieur Badin (1897) et la Paix chez soi (1903) n’ont d’autre prétention que d’amuser la galerie en lui montrant ses propres ridicules.

édition de 1914, couverture illustrée par Fernand Gottlob



Dans son œuvre, servie par un style admirable, Courteline a donné une remarquable description des travers de son époque. Dans sa peinture des caractères, il a notamment su utiliser les dialogues pour en faire un des ressorts essentiels de son comique. Représentants d’une classe sociale déterminée (tel le magistrat ou le sous-officier) ou types d’individu au sein d’une même classe (la vieille bourgeoise, l’avare, etc.), ses personnages sont tous d’une médiocrité rare mais remarquable ; les intrigues dans lesquelles ils sont impliqués s’inspirent du quotidien, mais immanquablement l’absurde en surgit.

Auteur apprécié dès son temps, Courteline a été décoré de la Légion d’honneur en 1899 et élu à l’académie Goncourt en 1926.









Genèse et commentaire sur les armoiries de Courteline : 

Alors qu'il est issu d'une famille roturière, par son éducation et son mode de vie hérité de ses parents, Georges Courteline était un bourgeois, un de ces "petits-bourgeois" dont il moquait l’égoïsme et la lourdeur dans ses écrits. Toute sa vie, il sera déchiré entre la classe à laquelle il appartenait et son attirance naturelle pour les héros plus modestes. Et à l'instar de n'importe quel hobereau de bonne noblesse, il tint à posséder son blason. Voici, déchiffrées par Félix Cadet de Gassicourt, secrétaire de la Bibliothèque Nationale, quelles étaient les armes de Courteline :
image © Jean-Paul Fernon



• Blason : "Écartelé de gueules et de sable à deux lions affrontés brochant: celui de dextre, coupé de sable et d'or, la tête couverte d'une toque de juge de sable, tenant un sabre d'argent, nu, la pointe basse; celui de senestre, coupé d'or et de sable , la tête couverte d'un képi d’adjudant, tenant une plume d'oie d'or, la pointe basse; et, en pointe, à la harpe d'or; au chef de gueules chargé de trois tours d'argent crénelées, maçonnées de sable, surmontées chacune d'un moineau essorant, celui du milieu portant le fléau d'une balance dont les plateaux descendent de chaque côté de la tout; le chef soutenu d'une burèle partie d'azur semé de fleur de lys d'or et d'azur semé d'abeilles d'or; sur le tout, tranché d'argent au pot de colle d’ébéniste d'or et d'or à la carotte de marchand de tabac de gueules mise en bande, à la cotice en bande d'azur brochant
 Devise : "Et après ?".





.
Voici quelques pistes pour expliquer certaines figures du blason :
- les trois tours viennent des armoiries de sa ville de naissance : Tours et sont de fait des armes parlantes.
- les moineaux sont aussi des armes parlantes, pour évoquer son vrai nom d'état civil : Moinaux.
- la demi-fasce "d'azur semé d'abeilles d'or" correspond à la période du 2nd Empire, donc son enfance. 
- la toque de juge et la balance sont des allusions à ses œuvres :  les Balances, un Client sérieux,  qui  se rapportent au milieu de la Justice.
- le sabre et le képi font référence à la vie militaire durant sa jeunesse et aussi à ses premières œuvres comme :  les Gaités de l’escadron,  le 51e Chasseurs ou Lidoire.
- la plume, naturellement caractérise son métier d'écrivain et de dramaturge.
- la devise "Et après ? " :  une saynète, courte comédie de Courteline (autrement dit : un sketch) se nomme "Avant et après",  et raconte la conversation d'un couple avant et après l'amour.

 Pour le reste, n'ayant pas trouvé de documentation sur le sujet, je suis preneur de vos informations ou sinon de vos suggestions ... si vous connaissez bien la biographie et les œuvres de notre homme.




○ remerciements :
- Jean-Paul Fernon, dessinateur et auteur ou collaborateur à de nombreux livres sur l' héraldique → Éditions Héligoland


○ source textuelles utilisées :
-  encyclopédie Encarta Microsoft Corporation
-  livre : "Pour tout l'or des mots" de Claude Gagnière (1998) - Éditions Robert Laffont - collection "Bouquins"



         Herald Dick
 


vendredi 22 avril 2016

Hommage à Miguel de Cervantes

Ce jour du 22 avril 2016, nous commémorons le 400ème anniversaire de la mort de Cervantès, le plus grand écrivain espagnol du Siècle d'or, l'auteur de Don Quichotte, considéré par beaucoup comme la plus grande œuvre rédigée en langue espagnole, ou en castillan pour être précis.
armoiries de la maison de Cervantes
 "d'azur à deux cerfs passants d'or, l'un sur l'autre,
 à la bordure de gueules chargée de flanchis d'or"
Ce sont des armes parlantes, le cerf en espagnol se
traduit par "ciervo".
  "Heraldry of the world" - chapter : Spanish heraldry
auteur :  Carl Alexander von Volborth - Copenhague (1973)

portrait de Miguel de Cervantes Saavedra
  peinture signée Juan de Laurigui (1600)

timbre émis par la poste espagnole pour la
commémoration du 400e anniversaire en 2016
































Miguel de Cervantes

(• Alcalá de Henares 1547 - † Madrid 1616)

azulejos illustrant les aventures de Don Quichotte, dans le village de Puerto Lápice (Castille - la Mancha, province de Ciudad Real),
lieu où l'auteur situe notamment, en début de son œuvre, l'épisode rocambolesque où le héros, empressé d'entreprendre son périple,
 prend l'auberge pour un château et demande au tavernier de l'armer chevalier.


Miguel de Cervantes Saavedra, appelé simplement "Cervantès" en français.

• né à Alcalá de Henares (Castille) le 29 septembre 1547
• mort à Madrid le 16 avril 1616.

armes de la maison de Cervatos, confondue avec celle de Cervantes :
 "d'azur à deux cerfs passants d'or, l'un sur l'autre, à la bordure de gueules chargée de huit franchis d'or"
"Cervantes - Notes historiques à propos de ce nom" - auteur : Ernesto de Vilches - Madrid (1905)

 Fils d'un chirurgien modeste, il grandit au milieu d'une famille nombreuse. Alors qu'il était encore étudiant à Madrid en 1568, il publia quelques poèmes à la mémoire d'Élisabeth de France, reine d'Espagne. En 1569, il partit pour Rome et, l'année suivante, entra au service du cardinal Giulio Acquaviva. Grisé de rêves héroïques, il rejoignit alors un régiment de l'armée espagnole basé à Naples. En 1571, il prit part à la bataille navale de Lépante contre les Turcs, au cours de laquelle il perdit la main gauche, ce qui lui valut le surnom de « manchot de Lépante ». Quatre années plus tard, tandis qu'il rentrait en Espagne, Cervantès fut enlevé par des pirates de Barbarie et emmené en Algérie comme esclave, en attendant qu'une rançon fût versée contre sa libération. Il resta ainsi prisonnier cinq ans, non sans faire plusieurs tentatives pour s'échapper, car c'est en 1580 seulement que ses parents et ses amis parvinrent à réunir la somme d'argent requise pour la rançon.
Couverture de la première édition de la première partie de "El ingenioso hidalgo
 don Quixote de la Mancha", livre de Miguel de Cervantes.
pour Juan de la Cuesta - Madrid ( 1605)
  Cervantès était âgé de trente-trois ans quand il regagna l'Espagne. Le courage exceptionnel qu'il avait montré lors de ses années passées au service de la patrie et pendant son aventure algérienne ne lui permit pas de trouver un emploi au sein d'une famille de la noblesse, aussi se consacra-t-il essentiellement à l'écriture entre 1582 et 1585 : il produisit alors, à une incroyable cadence, des poèmes et des pièces de théâtre, qui ont presque tous disparu aujourd'hui. À Madrid, il fréquentait les milieux littéraires. Lui-même acquit une notoriété relative grâce à un roman pastoral, la Galatée (1585), sans pour autant pouvoir vivre de sa plume.

variante des armoiries de la maison de Cervantes
"de sinople à deux cerfs passants d'or, l'un sur l'autre"
  Memorial de Juan de Mena.- manuscrit n° 3.390
 Biblioteca  Nacional de España - Madrid.
Le 12 décembre 1584, il épousa doña Catalina de Palacios y Vozmediano, fille d'un propriétaire d'Esquivias. Il se vit alors confier de modestes charges gouvernementales, telles que l'approvisionnement de la flotte de l'Invincible Armada ou, plus tard, la collecte des impôts. Cette dernière fonction lui valut d'être soupçonné de malversations par les autorités et emprisonné à plusieurs reprises.

De Séville à Madrid, il traîna, dans l'ensemble, une existence plutôt sordide et besogneuse, mais qui devait fournir un riche matériau à son génie littéraire. C'est durant sa période de détention que, s'inspirant de ses propres rêves guerriers et de ses désillusions, il imagina l'histoire d'un homme persuadé d'être un chevalier errant, en quête de superbes exploits tels qu'ils sont relatés dans les récits de chevalerie médiévaux (voir Geste, chansons de). Cette histoire donna lieu à un récit, dont la première partie parut en 1605 sous le titre l'Ingénieux Hidalgo don Quichotte de la Manche (El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha) : son succès fut tel que, moins de deux semaines après la parution de l'original, trois éditions pirates furent mises en vente à Madrid. Cervantès eût pu gagner là beaucoup d'argent, s'il avait eu le sens des affaires ; au lieu de cela, toujours poursuivi par la malchance, il fut pénalisé par la mise en circulation de ces contrefaçons.
armoiries de la ville de Alcázar de San Juan
 (Castille la Mancha, province de Ciudad Real)
 Le cavalier/ chevalier de l'ordre de Saint-Jean affrontant le château
 n'est pas sans rappeler l'épisode du combat de Don Quichotte face aux moulins !
Cette petite ville revendique d'ailleurs être le véritable lieu de naissance de Cervantès,
hypothèse appuyée par quelques historiens, se basant sur un certificat de baptême
portant le nom de Cervantes Sabedra. Mais il s'agit d'un homonyme de onze ans
 plus jeune. Il est établi maintenant que le lieu de naissance de Cervantès
 est Alcalá de Henares, au nord-est de Madrid.
Huit ans plus tard, en 1613, Cervantès publia Nouvelles exemplaires, recueil regroupant initialement douze récits, dont certains ressemblent aux romans à la mode italienne, tandis que d'autres évoquent la criminalité à Séville et que d'autres encore relèvent du romanesque et du fantastique. L'un de ces récits, intitulé « le Dialogue des chiens », est particulièrement célèbre pour sa verve satirique et picaresque.

En 1614, Cervantès écrivit le Voyage au Parnasse, qui est probablement son texte le plus intime, puisqu'il s'y livre totalement, sur le ton de la confession, en affirmant son idéal stoïque. Cet ouvrage fut suivi, en 1615, de la seconde partie de Don Quichotte. Enfin, cédant aux rêves héroïques de sa jeunesse, Cervantès acheva, quatre jours avant de mourir, un ultime roman, un roman de chevalerie fantastique et allégorique : les Travaux de Persilès et Sigismonde (posthume, 1617). Il s'éteignit à Madrid, le samedi 23 avril 1616 et fut enterré au couvent de la calle del Humilladero.

illustration d'une bataille sur fond de moulins dans : “Treinta y cuatro láminas muy donosas y apropiadas
a la materia” de Cervantes, préfigurant le récit de Don Quichotte dans sa bataille contre les moulins.
gravure d'une édition illustrée parue en 1674.
L'histoire littéraire considère généralement que le chef-d'œuvre de Cervantès, Don Quichotte, constitue le premier roman moderne. L'auteur y fait une satire remarquable non seulement des romans de chevalerie du Moyen Âge et du début de la Renaissance, qui connaissaient alors un succès considérable, mais également des romans pastoraux et sentimentaux contemporains, également très populaires.
chromo publicitaire française , début du XXe siècle.
Le héros du roman, don Quichotte, est un gentilhomme âgé vivant modestement à la campagne. Lecteur passionné des récits épiques médiévaux tombés en désuétude, il rêve de remettre à l'honneur la chevalerie et les exploits chevaleresques.

Dans la première partie du récit, don Quichotte part sur un vieux cheval, Rossinante, combattre le mal où qu'il se trouve. Armé de pied en cap, il est accompagné du naïf Sancho Pança, son écuyer fidèle et plein de bon sens. Sous l'emprise de son obsession, don Quichotte s'en va défendre les orphelins, protéger les jeunes filles et les veuves, aider les nécessiteux ; il cherche ainsi à rétablir la justice et à servir la vérité et la beauté.
armoiries du municipio de Argamasilla de Alba
 (Castille - la Mancha, province de Ciudad Real)
dans cette localité, existe une cave (ci-dessous) dans une maison
où selon une légende Cervantès aurait été emprisonné et il y aurait
 écrit une partie de son chef-d'œuvre Don Quichotte 
intérieur de la Casa de Medrano à Argamasilla de Alba
au mur : le plat de barbier servant de casque et les armes
 de Don Quichotte,  qu'on retrouve sur le blason au-dessus

un plat à barbe en étain ou un casque d'armure pour Don Quichotte ! 

Ses aventures et ses escarmouches, aussi insolites qu'inappropriées à la situation, se révèlent souvent grotesques. C'est ainsi qu'il attaque un moulin à vent, le prenant pour un géant, ou bien encore qu'il charge un troupeau de moutons, le confondant avec une armée. Aveuglé par ses illusions, il est incapable de tenir compte des mises en garde de Sancho Pança, dont le bon sens terre-à-terre n'a d'égal que l'idéalisme obstiné de son maître. Cette partie du roman dépeint, en jouant sur les effets de contraste, la complémentarité des points de vue des deux personnages, qui ne sont ni l'un ni l'autre dans le vrai et dans la sagesse, puisque l'un pêche par trop de rêves chimériques, quand l'autre le fait par trop de trivialité.


armoiries du municipio de Mahorra
 (Castille - la Mancha, province d'Albacete)
"de sinople au moulin à vent d'or, ouvert du champ,
 à la champagne fascée ondée d'azur et d'argent".
Malgré l'existence d'innombrables moulins
dans la Mancha, finalement très peu sont
représentés sur les blasons de la région.
armoiries du municipio de Barrax
 (Castille - la Mancha, province d'Albacete)
"parti d'azur au moulin à vent d'argent et
d'argent au plan de safran au naturel".
La culture du safran était une des richesses
de la région, en déclin aujourd'hui.


 Dans la seconde partie du récit, la distance qui sépare l'idéalisme de don Quichotte du bon sens de Sancho Pança est moins évidente. Don Quichotte se montre plus raisonnable, et son écuyer commence à comprendre les illusions de son maître. À la fin de l'histoire, don Quichotte regagne son village et renonce à la chevalerie : il a compris son erreur et sait qu'« aujourd'hui, les nids de l'année précédente sont vides ». Mais ce retour à la réalité est pour lui un tel bouleversement qu'il se solde par la maladie et la mort.
Région de Castille La Manche, la ruta de Don Quijote: los Molinos de Consuegra
 Région de Castille La Manche, la ruta de Don Quijote:  moulins de Campo de Criptana

Le paradoxe et la force de Don Quichotte trouvent leur origine dans les aspirations contradictoires de l'auteur qui, habité de chimères, se défend d'y céder, mais ils résident aussi dans un subtil mélange d'imaginaire, d'ironie et de réalisme. Cet ouvrage est l'œuvre d'un homme mûr, qui a combattu et connu la prison, qui a fréquenté les instances militaires et politiques de son pays, qui en connaît les institutions et qui a observé les hommes : Don Quichotte est riche de cette expérience souvent pénible et de cette sagesse patiemment acquise.
un des 24 timbres extrait de la série consacrée au périple de Don Quichotte
émis  par la poste espagnole en 1998 (voir la série complète → ICI).
L'héroïsme, vertu première de l'Espagne conquérante et catholique, est la principale cible de l'ironie de Cervantès. À travers la folie chevaleresque de son héros dérisoire, l'auteur souligne combien l'héroïsme se rattache en fait à un monde disparu — celui de l'univers médiéval — et combien il est devenu inopérant dans le monde actuel, où les valeurs marchandes et le pragmatisme bourgeois s'imposent progressivement.

armoiries du municipio /concello de Cervantes
 (région de Galice, province de Lugo)
Selon certains historiens, ces terres seraient l'origine probable
de la lignée de Miguel de Cervantes Saavedra, du fait que le
patronyme apparaît dans les registres de baptême de la paroisse
 de Vilarello da Igrexa bien avant la naissance de l'auteur
majeur de la littérature classique espagnole.
L'écrivain lui-même fait une allusion par la bouche d'un des
 personnages dans Don Quichotte à ses origines ancestrales
 quelque part dans les montagnes de León.

  Don Quichotte eut une influence considérable sur le développement du roman en prose : traduit dans toutes les langues modernes, il a fait l'objet de quelque sept cents éditions et a inspiré de très nombreux artistes, tels que Giovanni Paisiello, Jules Massenet et Manuel de Falla, qui tous composèrent des opéras à partir du roman. Don Quichotte fut également mis en musique par Richard Strauss. En 1933, il fut adapté au cinéma par G. W. Pabst, réalisateur autrichien et, en 1957, par Grigori Kozintsev, cinéaste russe ; en 1965, George Balanchine en fit un ballet. L'œuvre de Smollett, celles de Defoe, de Fielding et de Sterne portent la marque de son influence. Au XIXe siècle, le thème de Don Quichotte inspira encore nombre de romanciers comme Dickens ou Flaubert, Dostoïevski (l'Idiot) ou encore Gogol (les Âmes mortes). À la même époque, des artistes tels qu'Honoré Daumier et Gustave Doré trouvèrent également une source d'inspiration dans les aventures de don Quichotte et Sancho Pança. Pour une présentation plus détaillée de l'œuvre, voir l'article Don Quichotte.

source texte : Encyclopédie Encarta ® Microsoft

timbre commémoratif émis par la Poste française en 1957



Pour compléter votre information, il est recommandé de visiter les liens suivants :
- actu FranceTVinfo (langue : FR) →  ICI 
- actu Spain.info ( langues : FR - EN - ES - DE) →  ICI
- site (langues ES - EN) consacré au 400e anniversaire de la mort de Cervantès → ICI

- Museo Casa Cervantes (langue : ES) → ICI
- Biblioteca virtual Miguel de Cervantes (langue : ES) → ICI 
- Instituto Cervantes (langue : ES) → ICI



              Herald Dick

dimanche 31 mai 2015

Hommage à Dante Alighieri

Nous restons dans le thème de l'Italie, poursuivi tout au long de ce mois de Mai, car cette année 2015, on célèbre le 750e anniversaire de la naissance du poète, écrivain et homme politique florentin  :
 
portrait de Dante peint par Sandro Botticelli (1495)





armoiries de la famille ascendante à gauche, et descendante
à droite, de Dante Alighieri














Dante Alighieri


 
Deux pièces de monnaies en euros avec le portrait de Dante , une d'usage courant émise par l'Italie
 (à gauche) et une commémorative dans la République de Saint-Marin (à droite).


Durante degli Alighieri alias Dante Alighieri ou simplement "Dante" 

• né à Florence (Italie) en 1265 (en mai ou début juin, la date exacte est inconnue).
• mort à Ravenne (Italie) le 14 septembre 1321.

La maison natale et musée consacré à Dante à Florence, avec les deux blasons gravés dans la pierre

 Issu d'une famille de la petite noblesse, Dante Alighieri naquit à Florence dans la seconde quinzaine du mois de mai 1265. Sa mère mourut alors qu'il était âgé de treize ans, et son père décéda quand il en avait dix-sept. L'événement le plus important de sa jeunesse fut sa rencontre, en 1274, avec Béatrice, jeune femme qu'il aima et qu'il exalta comme un symbole de la grâce divine dans la Vita nuova (littéralement, « la Nouvelle Vie ») et plus tard dans la Divine Comédie, son œuvre la plus connue. Célèbre par ce prénom emblématique, celle qui inspira Dante ne possède pas d'identité historique certaine, mais des chercheurs l'ont identifiée à Beatrice Portinari, une femme de la noblesse florentine qui mourut en 1290 à l'âge de vingt ans. Si l'on en croit ses œuvres, Dante ne la connaissait pas ; il l'aperçut seulement à trois reprises, sans jamais lui adresser la parole.


timbre italien de 1932 ( armoiries du royaume d’Italie)
On sait peu de choses sur l'éducation que reçut le poète, sinon qu'il séjourna à Bologne aux environs de 1285, pour y accomplir des études supérieures. Quoi qu'il en soit, son œuvre révèle une érudition telle qu'elle couvre presque tout le savoir de son époque. Dante fut particulièrement influencé par les travaux du philosophe et rhétoricien florentin Brunetto Latini, qui tient d'ailleurs une place importante dans la Divine Comédie. Il fréquenta nombre de poètes et se lia en particulier avec Guido Cavalcanti et Cino de Pistoia. Florence était alors une des cités les plus puissantes de l'Italie, mais elle était également divisée par des conflits de pouvoir entre les partisans de deux puissantes familles, les guelfes et les gibelins (voir Guelfes et gibelins). Dante fut d'abord partisan des guelfes et, en juin 1289, il se trouva aux côtés de l'armée des guelfes de Florence lors de la bataille de Campaldino. Dans cette bataille, les Florentins triomphèrent d'une manière décisive des troupes des gibelins de Pise et d'Arezzo, mais les vainqueurs se divisèrent bientôt entre « noirs » et « blancs » — c'est d'ailleurs comme « blanc » que Dante devait être plus tard condamné et banni. À cette époque, Dante épousa Gemma Donati, qui était issue d'une famille guelfe jouissant d'une position très importante à Florence.
La Divina Commedia di Dante ( la Divine Comédie de Dante) - tableau de Domenico di Michelino (1417–1491) -
il Duomo  / cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence
Durant les quelques années qui suivirent — de 1295 à 1301 environ —, Dante participa activement à la vie politique tourmentée de Florence ; des registres de 1295 indiquent qu'il occupa plusieurs fonctions dans l'administration. Il fut notamment envoyé (1300) en mission diplomatique à San Gimignano, petit village toscan et, la même année, il fut élu au Conseil avec cinq autres personnes, en qualité de prieur, c'est-à-dire de magistrat, mais il n'occupa ce poste que pendant deux mois. La rivalité entre les deux factions qui divisaient les guelfes à Florence s'intensifia durant la période de son mandat. Les « noirs », opposés au pouvoir impérial, considéraient le pape comme un allié, tandis que les « blancs » voulaient rester indépendants du pape comme de l'empereur. Afin de préserver la paix dans la cité, le Conseil décida d'exiler les dirigeants des deux partis. Mais, par l'entremise du pape Boniface VIII, les chefs des « noirs » purent regagner Florence à la fin de 1301, et s'emparèrent du pouvoir. En mars 1302, alors que le poète était en mission à Rome auprès du pape, ils le bannirent de la ville pour une durée de deux ans et le condamnèrent à une lourde amende. Comme Dante était dans l'impossibilité de régler la somme demandée, la sanction fut commuée en peine de mort s'il revenait dans sa ville natale. Après cet épisode, Dante garda à tout jamais le sentiment d'avoir été abusé par Boniface VIII.

armoiries de la famille ascendante de Dante Alighieri à gauche : "Parti d'or et de sable, à la fasce d'argent",
 et de la famille des descendants à droite : "D'azur, au demi vol senestre d'or posé en pal". 
  dessins extraits de l'étude de Carlo Padiglione : "L'arme di Dante Alighieri", éditeur Nobile, Naples (1865) - consultable en ligne ici → (en italien). Un résumé de l'arbre généalogique de Dante Alighieri est aussi proposé sur Wikipedia, toujours en italien, ici → , illustré avec les blasons dessinés dans le précédent ouvrage.
Il passa ses années d'exil à Vérone, ainsi que dans d'autres villes du nord de l'Italie, mais on sait qu'il séjourna à Paris entre 1307 et 1309. Ses convictions politiques se modifièrent : embrassant finalement la cause des gibelins, il espérait désormais voir émerger une union européenne gouvernée par un empereur éclairé.

Les aspirations politiques du poète furent stimulées par l'arrivée en Italie d'Henri VII de Luxembourg, empereur du Saint Empire romain germanique (1310), dont l'objectif était de placer l'Italie sous sa souveraineté. Dans cette période d'intense activité politique, Dante écrivit à de nombreux princes et dirigeants politiques italiens pour les exhorter à accueillir Henri VII, considérant la suzeraineté de celui-ci comme le moyen de parvenir à résoudre les conflits aigus entre cités. Le décès de l'empereur, survenu à Sienne en 1313, détruisit tous ses espoirs. C'est probablement durant le séjour d'Henri VII en Italie qu'il rédigea un traité en latin, la Monarchie universelle (v. 1313), qui est un exposé de sa philosophie politique ; il soutenait encore l'idée d'une séparation totale de l'Église et de l'État.


portrait gravé,  signé Francesco Allegrini (1761)  avec armoiries,
 collection de la Bibliothèque Nationale de France -  Paris
 détail des armoiries : "Parti d'or et de sable, à la fasce d'argent"

En 1316, les autorités de Florence proposèrent au poète de regagner la cité, mais les conditions offertes étaient celles généralement réservées aux criminels amnistiés. Dante refusa violemment cette proposition, affirmant qu'il ne reviendrait dans sa ville natale qu'avec toute la dignité et tous les honneurs qui lui étaient dus. De fait, il demeura en exil jusqu'à la fin de sa vie, et passa ses dernières années à Ravenne, où il mourut dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321. Depuis, Ravenne ne s'est jamais dessaisie de ses restes, malgré la volonté des Florentins de le voir inhumé en leur cité. À défaut, sa ville natale a élevé dans l'église de Santa Croce un cénotaphe à sa mémoire.



L'ŒUVRE

La première œuvre littéraire d'envergure de Dante, la Vita nuova, fut rédigée peu après la mort de Beatrice, entre 1291 et 1293. Composé de sonnets et de canzoniere insérés dans un commentaire en prose, ce texte rend compte du cheminement amoureux du poète depuis son rêve prémonitoire annonçant la mort de sa bien-aimée jusqu'à la disparition effective de Beatrice, et se poursuit jusqu'à sa décision d'écrire une œuvre digne de la mémoire de la belle. La Vita nuova révèle expressément l'influence de la poésie courtoise des troubadours et trouvères provençaux, en même temps qu'elle représente l'œuvre la plus accomplie du dolce stile nuovo (littéralement, « nouveau style doux ») caractéristique de la poésie florentine vernaculaire (c'est-à-dire écrite en italien) du XIIIe siècle. Toutefois, cet ouvrage va au-delà de la tradition provençale car le poète ne s'y attache pas seulement à peindre son idéal amoureux, mais il propose de donner une signification spirituelle à l'objet même de son adoration. L'intensité constante des sentiments qui animent la Vita nuova fait de cette œuvre l'un des plus grands et des plus fervents poèmes qui soient.

C'est durant les premières années de son exil que Dante écrivit un ouvrage en latin, laissé inachevé, le Banquet (v. 1304-1307), et De l'éloquence en langue vulgaire (1304-1305), traité qui souligne les avantages de la langue italienne ; si Dante y défend la langue vernaculaire (c'est-à-dire l'italien), qu'il présente comme un moyen d'expression littéraire, il essaie également d'établir des critères relatifs au bon usage de l'italien écrit. Il conclut son livre avec un chapitre consacré à la critique de la poésie italienne. Quant au Banquet, il était à l'origine prévu en quinze volumes, afin de constituer une synthèse de toutes les connaissances de son temps ; Dante ne parvint pas au-delà du quatrième volume, mais son projet ambitieux montre bien sa passion du savoir, de tous les savoirs.


Parmi les œuvres mineures que Dante écrivit dans la dernière période de sa vie figurent un texte intitulé Question de l'eau et de la terre (1318) et deux églogues. Le premier de ces ouvrages, tous trois rédigés en latin, est un traité cosmologique, sujet qui intéressait vivement les intellectuels de l'époque. Pour Dante, il s'agissait de s'y interroger sur l'existence d'un endroit à la surface de la mer, ou de toute autre étendue d'eau, qui soit plus élevé que la surface de la terre. Quant à ses Églogues (1319), elles doivent beaucoup au poète romain Virgile, dont Dante reconnaissait l'influence, de même que celle d'Horace et d'Ovide.

belle gravure du portrait de Dante ( Italie)
 collection de la Bibliothèque Nationale de France -  Paris
armoiries de la famille de Dante Alighieri , version moderne


  La Divine Comédie 

Probablement commencée aux environs de 1307, pendant l'exil, la Divine Comédie, chef-d'œuvre de Dante, fut achevée peu avant sa mort.

Son titre initial était Comédie ; le choix paradoxal de ce terme pour évoquer le monde des morts vient de ce que le périple raconté ici se termine au paradis, trouvant ainsi une fin heureuse : le parcours atteint son apogée dans la vision de Dieu et dans la dissolution totale de la volonté individuelle. C'est dans l'édition de 1555 qu'on ajouta pour la première fois au titre l'adjectif « divine ».
enluminure représentant l'enfer -  Divina Commedia, prima cantica : Inferno. Con l'Ottimo Commento  (Dante) - folio 1vo - manuscrit italien - Date d'édition : 1301-1400 (Florence) - Bibliothèque Nationale de France -  Paris

Ce récit allégorique en vers, empreint d'une grande puissance dramatique, relate le voyage imaginaire qui conduisit le poète en enfer, au purgatoire et au paradis. Ces trois lieux fournissent d'ailleurs la structure de l'ouvrage, puisque celui-ci est divisé en trois parties : «l'Enfer », « le Paradis » et « le Purgatoire ». Dans chacun de ces trois mondes, le poète rencontre des personnages mythologiques, historiques ou des contemporains : chacun symbolise une faute ou une vertu spécifique, religieuse ou politique. Le poète décrit avec minutie les punitions qui sont infligées aux pécheurs et les récompenses décernées aux vertueux. C'est Virgile, symbole ici de la raison, qui guide Dante en enfer et au purgatoire, mais c'est Béatrice, manifestation et instrument de la volonté divine, qui entraîne le poète au paradis. L'univers y est saisi dans sa totalité, de l'infime à l'incommensurable, du naturel parfois trivial au surnaturel souvent stupéfiant : la Divine Comédie est un tout.


blasons et noms des ascendants de Dante Alighieri  - pages extraites de l'étude de Pietro Fraticelli : "Storia della vita di Dante Alighieri", éditeur G. Barbera Editore, Florence (1861) - consultable en ligne ici → (en italien).
Chaque partie de la Divine Comédie comprend trente-trois chants. Dante rédigea chacun d'eux en terza rima, c'est-à-dire en tercets avec un jeu des rimes particulier (où le premier vers rime avec le troisième, tandis que le deuxième fournit les rimes extrêmes du tercet suivant) (voir Versification). Parce qu'il destinait son œuvre à ses contemporains, il n'est pas étonnant que le poète ait choisi d'écrire son chef-d'œuvre en italien plutôt qu'en latin, langue qu'il jugeait passéiste, et en outre réservée aux lettrés.

enluminures  -  1ère page de texte de la  Divina Commedia, prima cantica : Inferno. Con l'Ottimo Commento  (Dante) - folio 3r - manuscrit italien - Date d'édition : 1301-1400 (Florence) - Bibliothèque Nationale de France -  Paris
L'ouvrage fournit un résumé des conceptions politiques, scientifiques et philosophiques de l'époque interprétées par Dante, et peut être lu à quatre niveaux : littéral, allégorique, moral et mystique. Il est vrai aussi que la Divine Comédie demeure extraordinaire parce qu'elle met en scène la théologie chrétienne médiévale, mais sa grandeur réside davantage dans la pluralité de ses significations que dans la dimension magistrale de ses qualités théologiques, poétiques et dramatiques. Dans son interprétation la plus générale, le voyage imaginaire de Dante peut se concevoir comme une allégorie de la purification des âmes, menant à la paix intérieure grâce aux pouvoirs de la raison et de l'amour, qui servent de guides tout au long du cheminement.


timbre italien du 8e centenaire de la naissance
 de Dante, émis en 1965
  Avant même le XVe siècle, de nombreuses villes italiennes mirent en place des chaires universitaires entièrement consacrées à l'étude de la Divine Comédie. Au cours des siècles qui suivirent, l'invention de l'imprimerie permit de réaliser plus de quatre cents éditions italiennes de l'œuvre. Aujourd'hui, la Divine Comédie a été traduite en plus de vingt-cinq langues.
  Le poème, par sa puissance d'évocation, inspira particulièrement les artistes : ainsi parurent des éditions luxueuses, illustrées par de très grands peintres italiens tels que Botticelli ou Michel-Ange et plus près de nous Eugène Delacroix, William Blake ou Gustave Doré. De grands compositeurs s'y intéressèrent également : Rossini et Robert Schumann mirent en musique plusieurs parties de l'œuvre et Franz Liszt en fit le sujet d'un poème symphonique.
timbre émis en 1965 par la République de Saint-Marin
 pour le 8e centenaire de la naissance de Dante.

Le chef-d'œuvre de Dante et son imagerie ont imprégné les œuvres de très nombreux poètes, notamment celles d'Ezra Pound, de T. S. Eliot, de Gabriele D'Annunzio, de Paul Claudel et d'Anna Akhmatova. Autant d'auteurs grâce à qui les multiples aspects de la Divine Comédie ne cessent de s'enrichir de nouvelles interprétations.






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