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mardi 5 juillet 2022

Le Tour de France 2022 en blasons : de la Mer du Nord aux Vosges par les Ardennes

armoiries proposées pour la
région des Hauts-de-France
(exemple: Gendarmerie maritime)   
   👕 Nous avons quitté dimanche les côtes du Danemark, avec les trois premières étapes de ce Tour 2022, dont le départ a été donné à Copenhague et qui s'est poursuivi le long des routes de ce petit pays scandinave. Petit par la superficie, mais très grand pour la réputation de ses champions et pour la pratique du cyclisme. Nous avons pu le constater par la ferveur étonnante des milliers de spectateurs bordant partout le passage des coureurs. Quelles belles vues également du paysage et des attraits touristiques, découverts lors ce début de course, qui ont pu offrir des images concrètes pour illustrer la douzaine d'armoiries de mon précédent sujet, voir  → ICI (vous y retrouverez également la carte générale du parcours).

 Nous continuons le périple avec une série de quatre étapes aux profils bien différents: une première étape, qui, malgré un départ et une arrivée au niveau de la mer, sera assez accidentée, dans le Nord-Pas-de-Calais, suivie d'une deuxième très redoutée avec onze secteurs de chemins pavés d'une longueur totale de 19,4 kms. Nous poursuivrons avec la troisième étape, la plus longue de cette édition : 220 kms dans les Ardennes, au départ de Belgique jusqu'en Lorraine. Et enfin la dernière étape (n°7) en Lorraine se terminera par quelques petits cols et l'ascension de la Planche des Belles Filles dans le massif des Vosges à 1.140 m. d'altitude et une pente finale à 24 %.... Par conséquent il y aura des chances de victoire pour tous les types de coureurs : sprinters, puncheurs, rouleurs et grimpeurs.

 Du point de vue géographique, nous allons sillonner les routes de sept départements français et de deux provinces belges: successivement Nord, Pas-de-Calais, Hainaut, Namur, Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges et Haute-Saône. Nous visiterons aussi 3 régions administratives françaises: Hauts-de-France, Grand-Est, et Bourgogne-Franche-Comté pour quelques 40 kms seulement pour la dernière, sans oublier la région de Wallonie en Belgique. Et pour les traditionalistes, 7 anciennes provinces historiques : Flandre, Artois, Picardie, Hainaut, Champagne, Lorraine et Franche-Comté.
  Je présente encore mes excuses aux passionnés de cyclisme qui ne trouveront aucun résultats ni détails sur leurs favoris sur ce blog, car le Tour n'est qu'un prétexte ici pour parler d'emblèmes et de blasons.

Voici la suite du parcours de la 1ère semaine :

 

le centre de Dunkerque - vue aérienne nocturne (certainement prise du sommet du beffroi)
  Cette fois encore je vous propose l'intégration de trois villes ou communes situées sur le parcours de chaque étape, intercalées entre la ville du départ et celle de l'arrivée, parmi celles qui n'auront sans doute jamais l'honneur d'être ville-étape.

4e étape  -  Mardi 5 Juillet 2022 :   Dunkerque   -  Calais
 
km 0 : Dunkerque :
Région des Hauts-de-France - Département du Nord.
○ Blason : "Coupé: au premier d'or à un lion léopardé de sable, armé et lampassé de gueules, au deuxième d'argent à un dauphin couché d'azur, barbé, crêté, lorré, oreillé et peautré de gueules".
A l'origine (vers 1226), le sceau de Dunkerque représentait juste un poisson, posé en pal, en tant que symbole de la pêche en mer. Plus tard ce poisson se muera en un bar héraldique (en l'honneur à la maison de Bar qui a eu un moment une influence sur la ville) et sera associé à la figure de Saint Éloi, auquel une église lui est dédiée, puis aux armes du Comté de Flandre (lion rampant de sable sur champ d'or) auquel la ville est rattachée. Une transformation importante s’opère en 1558. Le sceau a cette fois, non plus la forme du bouclier rond mais celle de l’écu moderne. Il porte à la partie supérieure, un lion passant (et non plus rampant, mais il représente toujours le Comté de Flandre) et à la partie inférieure, un poisson pâmé.
 Après de longues années de guerre contre l'Espagne, qui régnait sur les Flandres, la ville est prise par les armées de Louis XIV et devient française en 1662. C'est alors que le blason de Dunkerque prend sa forme actuelle : "coupé, en chef d'or au lion passant de sable, en pointe d'argent à un dauphin couché d'azur crété et oreillé de gueules", confirmé par l'enregistrement dans le registre XII (Flandre) de l'Armorial Général de France (d'après l'édit royal de 1696). Le dauphin est naturellement créé en l'honneur de la couronne de France et du Dauphin, son héritier. Ces armes seront rétablies après la Révolution et le Premier Empire, par lettres patentes signées de la main du roi Louis XVIII, en 1817.

 
km 30 : Cassel
département du Nord
Les meubles : épée et clés
figuraient déjà dans le
sceau échevinal du XVIe s.
km 138 : Marquise
département du Pas-de-Calais
La ruche et les abeilles
évoquent le travail, l'agriculture,
les pics : la mine, au XIXe s.,
le fourquet : les brasseries de bière.
km 63 : Lumbres
département du Pas-de-Calais
La commune relève les
armes des premiers seigneurs
de Lumbres ~vers~ XIVe siècle




km 171,5 : Calais :
Région des Hauts-de-France - Département du Pas-de-Calais.
○ Blason : "De gueules à l'écusson cousu d'azur chargé d'une fleur de lis d'or soutenue d'un croissant d'argent, l'écusson timbré d'une couronne royale d'or, accosté de deux croisettes patriarcales [croix de Lorraine] d'argent et soutenu d'un besant d'argent chargé de la croix de Jérusalem d'or."
La ville de Calais, après 211 ans d'occupation anglaise revient à la couronne de France le 8 janvier 1558, reconquise par le Duc de Guise pour le compte du roi de France. Les armes primitives de Calais (le croissant, surmonté de la fleur de lis + la couronne) ont été accordées cette même année par le roi Henri II qui y fit son entrée triomphale le 23 janvier 1558 (voir ce premier blason → ICI) .  Les armes de Calais subiront peu de temps après une évolution définitive en rajoutant à l'écu primitif converti en écusson central, deux croix de Lorraine et la Croix de Jérusalem sur un champ de gueules qui proviennent des armes de François de Lorraine, le Duc de Guise, en l'honneur du vainqueur des anglais à Calais. Ces armoiries sont parvenues jusqu'à nous aujourd'hui, très peu modifiées.




5e étape  -  Mercredi 6 Juillet 2022 :
Lille ~ Métropole   -   Arenberg Porte du Hainaut
 
km 0 : Lille :
Région des Hauts-de-France - Département du Nord.
○ Blason : "De gueules à la fleur de lis d'argent.".
Les armes de Lille , armes parlantes faut-il le rappeler : le lis se disant en latin "lilium" , donc absolument rien à voir avec la fleur de lis, symbole des rois de France, sont parmi les plus anciennes qu'on puisse trouver en France. Elle apparaissent sur un sceau apposé à une charte datant de 1199. Donc il est à peu près certain qu'elles sont encore plus anciennes et antérieures aux débuts de l'héraldique elle-même.
  Je vous propose cet excellent site, bien illustré avec des armes prises en photo in situ dans la ville, qui retrace l'historique et les quelques rares changements opérés sur le blason notamment sous le 1er Empire (voir → ICI).  J'y rajouterai pour terminer la curieuse et ignorée période "bleue" du XIXe siècle, où, bizarrement le blason de Lille a été représenté avec un champ d'azur ! (voir → ICI, aller tout à la fin du sujet).

Lille Métropole :
  La Métropole européenne de Lille (MEL) est une intercommunalité française de type métropole, composée autour des villes de Lille, Roubaix et Tourcoing, qui rassemble 95 communes et plus d'un million d'habitants sur un territoire à la fois rural et urbain, composé de grandes villes et de villages.



 km 27 : Templeuve
département du Nord.
Écartelé des armes du cardinal
César d'Estrées (en 1 et 4) et de
l'abbaye d'Anchin (2 et 3) :
voir → histoire du blason
km 108 : Marcq-en-Ostrevent
département du Nord.
Armes des De la Pierre, anciens
seigneurs de Marcq jusqu'à la
Révolution.
voir ce lien → ICI
 km 62 : Montigny-en-Ostrevent
département du Nord.
Écartelé des armes de la
famille de Berlaimont (en 1 et 4)
et de la maison de Lalaing (2 et 3),
pour Marguerite de Berlaymont


km 157 :  Arenberg, Porte du Hainaut :
 Le nom d'Arenberg est lié à celui de la fosse Arenberg, qui appartenait à la Compagnie des Mines d'Anzin est un ancien site minier du bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais, situé dans la commune de Wallers. La fosse commence à extraire en juin 1903, elle est baptisée en l'honneur d'Auguste Louis Albéric d'Arenberg, administrateur de la Compagnie d'Anzin. L'activité a cessé en 1989. Le site est protégé depuis 1992, pour la sauvegarde du patrimoine minier.
Wallers-Arenberg:
Région de Nord-Pas-de-Calais - Département du Nord
Blason : " D'argent à la bande d'azur chargée de trois coquilles d'or posées à plomb, accompagnée dans le canton senestre d'un écusson de gueules plain".


un des terribles secteurs de chemins pavés de l'Enfer du Nord : celui du Moulin de Vertain à Templeuve - à gauche c'est une
 sculpture en forme de pavé géant, posée là en l'honneur de la course Paris-Roubaix  - photo © Sébastien Jarry/MaxPPP



6e étape  -  Jeudi 7 Juillet 2022 :   Binche   -   Longwy
 

km 0 : Binche :
Belgique - Province du Hainaut
○ Blason : " D'azur au château d'or, accompagné de deux écussons, celui à dextre aux armes du Hainaut, l'autre à senestre d'argent au lion de sable, armé et lampassé de gueules ".
• Les armoiries octroyées en 1838 montraient juste  les armoiries des seigneurs de Binche ( D'argent au lion de sable armé et lampassé de gueules) qui ont dirigé la ville pour les Comtes de Hainaut. En 1857, les armoiries ont été changées pour se baser alors sur le sceau de la ville de 1245. Ce sceau montrait le château local, l'un des principaux châteaux des Comtes de Hainaut. Le château est accosté de deux petits écus, celui de dextre avec les armoiries du Hainaut et l'autre avec le lion des seigneurs de Binche.
le logo de la ville fait allusion au célèbre carnaval du Mardi Gras et aux Gilles de Binche

 km 37 : Cerfontaine
Belgique - province de Namur.
Ce sont des armes parlantes
(difficile de faire plus parlant !).
Armoiries octroyées par arrêté royal
 du 18 février 1913 ; inspirées
d'un sceau de justice datant de 1558.
 km 165 : Thonnelle
département de la Meuse.
Le "tétragone" rappelle que la
commune est située sur la
ligne Maginot. La volute de
crosse est l'attribut de saint
Hilaire. Le chef de Lorraine
 marque la dépendance du
village à cette province..
 km 80 : Bourg-Fidèle
département des Ardennes.
Village huguenot fondé au XVIe siècle,
par Antoine de Croÿ, prince de
Porcien et baron de Montcornet
ses armes sont dans le
premier quartier du coupé

 
 
km 220 : Longwy :
Région Grand-Est - Département de la Meurthe-et-Moselle.
Blason : "D'azur à deux bars adossés d'or accompagnés de quatre croisettes pommetées au pied fiché d'argent".

• Ses armes évoquent son appartenance au duché de Bar.
  


.

7e étape  -  Vendredi 8 Juillet 2022 :  
Tomblaine  -  La Super Planche des Belles Filles
 

km 0 : Tomblaine
Région Grand-Est - Département de la Meurthe-et-Moselle
Blason : " D'argent à la bande d'azur, au bonnet phrygien contourné brochant de gueules, chargé d'une bande du champ continuant la bande d'azur, chargée d'une cocarde du même, à deux filets ondés aussi d'azur côtoyant la bande et brochant sur le tout".
• En adoptant ce blason en 1969, la municipalité a voulu exprimer son caractère républicain avec le symbole du bonnet phrygien. Les couleurs du blason sont celles du drapeau de la république. La bande et les cotices ondées sont identiques à celle du blason du département, rappellent que Tomblaine est une commune de Meurthe et Moselle. (le descriptif provient de l'ancien site de l'UCGL).

 

 km 30 : Xermaménil
départ. de la Meurthe-et-Moselle
Le toponyme Xermaménil signifie
"le moulin de Germain", d'où le fer
de moulin. Les croix pommetées
fichées, viennent des armes du
marquisat de Gerbéviller.
 km 140 : Haut-du-Them-
Château-Lambert

départ. de la Haute-Saône.
Armoiries créées par
l'héraldiste franc-comtois
Nicolas Vernot
 km 118,5 : Cornimont
département des Vosges.
Le cor est celui de Charlemagne,
qui se trouvait à la mairie avant
 la dernière guerre. L’autre partie
 du blason représente la commune





km 167 : Plancher-les-Mines :
Région Bourgogne-Franche-Comté - Département de la Haute-Saône
○ Blason : "Tiercé en pairle : au premier de gueules à la clé contournée d'or, au second d'argent aux deux pics de mineur de sable passés en sautoir soutenus d'une bouterolle versé de même, au troisième d'argent au four au naturel sommé d'un feu de gueules". 
 km 176,3 : La Super Planche des Belles Filles :  
Région de Bourgogne-Franche-Comté - Département de la Haute-Saône - Commune de Plancher-les Mines.
⬧Cette station de sports d'hiver (alt. 1148 m.), la seule du département de Haute-Saône, est posée à l'extrême sud du massif des Vosges. Elle est située sur le territoire de la commune de Plancher-les-Mines. Elle n'a bien sûr pas d'armoiries propres, toutefois elle possède, outre un logo commercial (à droite), une sorte d'emblème populaire : une sculpture sur bois réalisée en rappel d'une légende.
 En 1636 des jeunes filles du village auraient préféré se jeter dans le vide du haut d'un rocher ou de se noyer dans un étang plutôt que d'être à la merci des envahisseurs suédois qui occupaient le pays.
   • La version "super" de l'ascension (1.140 m.) aura lieu seulement pour la deuxième fois sur la Grande Boucle (après 2019). Juste avant la ligne, il y aura un passage à 24 %. Les autres fois, l'arrivée est jugée un peu en-dessous, à 1.035 m, mais c'est quand même dur, très dur !

Statue de bois représentant la légende du suicide
des jeunes filles réalisée en 2009 par le sculpteur
local Jacques Pissenem à Plancher-les-Mines.
Photo © M. Paulien - site www.stationdelaplanche.fr





une idée du dénivelé de la fin d'étape
(moi à 5%, je bloque ! 😕)










Rendez-vous samedi prochain pour la suite .... → ICI
  .
 
 

💻 Pour suivre en temps réel la course, je vous invite à consulter le site officiel du Tour (langues : FR/EN/ES/DE) →  ICI
📺 ou en direct à la télévision, sur les chaînes de France Télévisions (langue : FR) → ICI 
• puis en replay sur le web : france•tvsport (langue : FR) → ICI
 
💶 Crédits :

 • Blasons :
- armorialdefrance.fr (dessins de Daniel Juric) , pour la plupart des communes de France,
vous pouvez y trouver des renseignements complémentaires, pour chaque blason.

• Cartes : www.letour.fr/

• Autres images : passer la souris dessus pour découvrir leur origine


                Herald Dick


mardi 31 mai 2022

l'Armorial de La Planche - 1669 - Parlement de Metz (dernières Additions) - le Duché de Lorraine

 S uite (et FIN !) de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

  Nous arrivons à la fin du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Parlement de Metz, qui est de surcroît le dernier du manuscrit.   Dans les trois précédents articles de mon blog, nous avons parcouru l'ensemble des bailliages relatifs à l'acquisition récentes de territoires par la couronne de France :  Trois-Evêchés (Metz, Verdun, Toul), l'ex-Principauté de Sedan, les places fortes du val de Meuse (la pointe de Givet), et le duché de Carignan. Nous avons également commencé à évoquer les "Additions", dénommées ainsi de façon diplomatique par La Planche, qui sont en fait des villes et des terres étrangères conquises et occupées par l'administration militaire de Louis XIV, en attendant leur réel rattachement à la France, qui ne sera effectif qu'en 1766, concernant le Duché de Bar et le Duché de Lorraine.

  Du point de vue géographique, la carte est réduite prudemment par La Planche, comme il le précise dans sa courte introduction au chapitre (voir ci-dessous): au territoire du "Barrois non mouvant" (capitale: Saint-Mihiel) et les terres provenant exclusivement du Duché de Lorraine, situées autour des villes principales que sont Nancy, Saint-Nicolas-de-Port, Pont-à-Mousson, Lunéville et Mirecourt.
   Mais, le Duché de Lorraine historique est (était) à l'époque beaucoup plus vaste (il en sera d’ailleurs tenu compte pour le recensement fait par Charles d'Hozier dans son Armorial Général de France, quelques années plus tard). En effet: ses limites sont la Champagne à l'ouest, la Bourgogne et la Franche-Comté au sud, l'Alsace à l'est, et l'Empire des Habsbourg au nord. Par ailleurs, il faut retirer de cette carte les possessions des Trois-Evêchés (Metz, Verdun, Toul) enclavées dans le Barrois et la Lorraine, qui sont elles bien françaises, officiellement depuis 1648, et qui ont déjà été traitées dans ce blog, précédemment.
  Pour ce qui est de la cartographie actuelle : nous couvrons une petite partie résiduelle du département de la Meuse, la presque totalité des départements de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges, les deux tiers est de la Moselle et même une petite région débordant sur le land de Sarre, donc en Allemagne.
  Voici donc le quatrième et dernier chapitre (de mon blog) consacré à cette région de Lorraine, occupée mais pas encore rattachée au royaume de France. Et ce sera également le dernier chapitre clôturant l'exploration de ce précieux manuscrit de La Planche.
      Revenir à l'épisode précédent →


   Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir  :

La zone colorée en bleu clair est actuellement un territoire allemand


 

 

 






Les fragments de manuscrits proviennent à nouveau du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XVIII  -  Lorraine  (BNF Paris)


  Cet élégant blason "de sable à la croix d'or cantonnée de quatre alérions du même",  a été inventé par Charles d'Hozier pour représenter la "Province" de Lorraine, une entité provisoire résultant des conquêtes et des ambitions expansionnistes de Louis XIV. Il est là donc pour se distinguer, politiquement parlant, du Duché de Lorraine historique, vassal du Saint Empire, qui étaient des ennemis de la France à l'époque. Il demeure anecdotique dans l'histoire de l'héraldique et dans l'Histoire tout court, car il n'a jamais vraiment fait, à ma connaissance, l'objet d'utilisations sur le terrain ou sur les actes officiels.

Nancy (Meurthe -et- Moselle)

  Si Pierre de La Planche, en bon historien, publie le vrai blason du moment de la ville de Nancy, bien connu et toujours actuel, avec son chardon emblématique et les armes du Duché de Lorraine en chef , il n'en est pas de même pour Charles d'Hozier qui a inventé un blason "d'or à deux fûts de canon d'azur passés en sautoir", pour le même motif politique, que celui de la Province de Lorraine, vu plus haut.
   Le blason de la ville de Nancy s’est constitué au fil du temps et de son histoire princière. Il est composé d’un chardon surmonté des armes pleines de la famille de Lorraine. Lui-même tient son origine de la famille d’Alsace dont les ducs de Lorraine sont issus depuis la fondation de la ville par Gérard d’Alsace. Sur un écu d’or sont représentés trois alérions en vol (trois aiglons sans bec ni pattes). La légende raconte qu’au XIe siècle, Godefroy de Bouillon aurait réussi à embrocher les trois oiseaux d’une seule flèche à la prise de Jérusalem.
   Le blason va considérablement évoluer au XVe siècle sous l’influence de la famille d’Anjou. En 1420, Isabelle de Lorraine épouse René Ier d’Anjou, prince capétien, comte de Guise, duc de Bar, de Lorraine, d’Anjou, roi de Naples et roi titulaire de Sicile, Hongrie, Jérusalem et d’Aragon. Aux alérions, il associe les fleurs de lys angevines et les poissons du duché de Bar. Plus tard, il ajoute les fasces d'argent et de gueules hongroises, les fleurs de lys barrées d’un lambel de Sicile et la croix de Jérusalem. Enfin, en 1443, à la mort de sa mère, Yolande d’Aragon, René ajoute les pals d'or et de gueules d’Aragon.
Après la bataille de Nancy en 1477, l’emploi du chardon comme emblème du Duc René II se multiplie. Par la suite, les lorrains s'approprièrent cet emblème de leur souverain.
 Au cours du XVIe siècle, Antoine, fils de René II et de Philippe de Gueldres, ajoute au blason les lions noir et or, symboles respectifs de Gueldres et de Juliers, dont sa mère était héritière. En 1575, Le blason fut octroyé définitivement à la Ville de Nancy par lettres patentes du duc Charles III. À la fin du XVIe siècle, apparaît pour la première fois la devise « Nul ne s'y frotte » remplacée ensuite par la version latine « Non Inultus Premor » que l’on peut traduire par « Qui s’y frotte, s’y pique ».
source texte : www.nancy.fr/culturelle/patrimoine-1000-ans-d-histoire/ressources-2198.html

 


Saint - Nicolas -de- Port
(Meurthe -et- Moselle)

  Ce sont les armes octroyées le 4 juin 1546 à la ville de Saint Nicolas par Christine de Danemark, veuve du duc François 1er, et Nicolas de Lorraine-Vaudémont, son frère, co-régents du duché de Lorraine à sa mort. La duchesse douairière de Lorraine donna ces armes (à savoir : "un champ d'or, à un navire maillé, huné, voilé et cordé de sable, flottant sur des ondes d'azur et d'argent de cinq pièces, au chef de gueules à l'alérion d'argent"; voir → ICI ), pour remercier les habitants de la bonne réception qu'ils firent à la dépouille mortelle de son mari, le duc François. Les émaux du blason de Saint Nicolas de Port ont souvent varié. On rencontre ailleurs un champ d'argent à la nef voilée au naturel voguant sur une mer d'azur ou d'azur au navire d'or voilé d'argent, ou encore tout le navire d'argent, comme le montre ici le manuscrit de La Planche. Le navire est un attribut de Saint Nicolas, invoqué par les voyageurs en péril. L'alérion indique l'appartenance de la ville au duché de Lorraine. Incendiée et pillée par les Suédois en 1635, la cité ne se releva jamais complètement de ses ruines, mais garda néanmoins sa superbe basilique.
  A noter que d'Hozier n'a gardé que le navire, chargeant une fasce d'azur sur un champ d'argent, exit l'alérion ducal lorrain: encore une fois c'est un blason fictif de circonstance, attribué d'office par l'officier royal.
sources ducumentaires : Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés par Constant Lapaix (1877) - BNF Paris ;  et ancien site de l' U.G.C.L.


Saint - Mihiel (Meuse)

  Dans son "Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés" (1877), l'auteur, Constant Lapaix se demande où certains auteurs du XIXe siècle ont trouvé le blasonnement qu'ils indiquent: « De gueules, à un saint Michel d'argent, surmontant un dragon de sinople. » (voir → ICI). Le manuscrit de La Planche, s'il en avait eu connaissance, lui aurait fourni l'explication... Ce sont des armes parlantes et on peut regretter qu'elles aient été oubliées. En effet, la ville doit son origine et son toponyme, a un monastère fondé au VIIIe siècle et dédié à Saint Michel qui, par altération, est devenu : Saint Mihiel.
  Mais Lapaix lui préfère en effet les armes actuelles : « D'azur, à trois rochers d'argent, posés deux en chef et un en pointe » et la devise : « Donec moveantur » (jusqu’à ce qu’ils bougent) qui se réfèrent à une légende ancienne.
  Le lieu, un hameau, s'appelait encore vers le VIe siècle Godonécourt ou Godincourt du nom de son propriétaire : Godon. Selon la légende et sans que la raison de leur courroux soit connue, sept fées maléfiques avaient pris la décision de détruire le village de Godonécourt, l’actuelle Saint-Mihiel. Pour parvenir à leurs fins, elles prirent chacune un gros bloc de pierre qu’elles alignèrent de façon à bloquer la Meuse. Les eaux montantes menacèrent d’inonder le village qui ne dut son salut que grâce à l’intervention de l’archange Saint Michel (nommé parfois roi ou prince Michel). Les fées vaincues durent enlever les roches du fleuve et les placer sur la berge, où elles se trouvent encore aujourd’hui. Pour remercier Saint Michel, la ville adopta son nom. Le blason communal consiste en trois roches d’argent sur un fond d’azur. La devise « Donec moveantur » ( = jusqu’à ce qu’elles bougent), lie le sort de Saint-Mihiel à ces « Dames de Meuse » : tant qu’elles ne seront pas déplacées, la ville subsistera. Les Sept Roches sont des falaises pittoresques situées à la sortie nord de la ville. Elles sont constituées de sept blocs de roches calcaires, hauts de plus de 20 m.
   Dans l'Armorial Général de France, ne figure que le blason de la Prévôté, administration en général dédiée à la justice et à la police. Aucun n'a été enregistré pour représenter la ville et ses habitants.
source partielle du texte : saint-mihiel.fr/histoire-de-la-ville-de-saint-mihiel/


Pont -à- Mousson
(Meurthe -et- Moselle)

  Ce sont des armes parlantes, qui figuraient déjà sur un sceau de tabellionnage (notaires) au XVe siècle (voir → ICI) et qui représentait un pont à trois arches, flanqué de deux tours couvertes avec au milieu un personnage en armure, tenant en bouclier chargé des armes de Bar. Le manuscrit de La Planche reprend globalement  cette configuration mais avec quatre arches et une rivière plus importante, et l'homme en armure disparait, seul l'écusson aux armes de Bar reste en suspens, entre les tours du pont fortifié.
  Ce pont qui a donné son nom à la ville et qui est à l’origine de son développement, est un pont construit dès le XIe siècle sur la Moselle, au pied du château de Mousson, berceau des comtes de Bar. L’écusson est celui des comtes de Bar qui furent aussi seigneurs de Mousson, puis marquis de Pont-à-Mousson. La ville devint en 1355 la capitale d'un marquisat d'Empire et fut rattachée au duché de Lorraine en même temps que le duché de Bar. Le duché de Bar et duché de Lorraine sont donc gouvernés par le même souverain jusqu'à leur annexion par la France en 1766. En 1572, Charles III, duc de Lorraine, y fonda une Université célèbre qui fut transférée à Nancy en 1768.
   Ici encore, hélas, l'Armorial Général de France ne nous apporte pas d'aide significative, avec un blason totalement fabriqué par Charles d'Hozier, qui n'a jamais eu d'utilisation réelle.


Mirecourt (Vosges)

  Curieusement, le père de La Planche, pour illustrer cette ville, nous a dessiné un blason sans couleurs, alors qu'il donne en marge à gauche son blasonnement : "De sinople à une fasce d'or" !  Nous sommes à la toute dernière page qu'il a rédigé pour ce manuscrit. Alors, une interrogation se pose : n'aurait-il pas eu le temps de terminer son ouvrage ? Ou avait-il un doute sur la source d'information sur cette armoirie et donc sur les émaux ? Nous ne le saurons jamais. Notre héraldiste lorrain Constant Lapaix, déjà cité, ne nous aide pas davantage, en confirmant bien ce blasonnement, mais en formulant cette réserve : « Les historiens sont tous d'accord sur les anciennes armoiries de Mirecourt. Les armes de 1608 sont également représentées avec une fasce, mais les émaux ne sont pas indiqués ; il est, cependant, très probable qu'elles n'ont point varié, et qu'elles subsistèrent ainsi jusqu'à l'époque de la Révolution. » (voir → ICI). Au final, cela n'a pas beaucoup d’importance, car la municipalité n'a pas conservé ce blason après la Révolution, qui a entre temps supprimé l'usage des armoiries.
  C'est Napoléon 1er, qui, quelques années plus tard, au début de son règne, rétablira les titres de noblesse pour les personnes de haut rang, et progressivement l'usage des armoiries, mais avec une codification très spécifique à cette période de l'Empire. Le 17 mai 1809, il étend la permission aux villes qui le souhaitent et le demandent, de créer, non pas rétablir, mais créer de nouvelles armoiries (voir → ICI), en respectant une codification du dessin héraldique et une hiérarchie en trois classes, selon l’importance de la ville : 1/ les Bonnes villes d'Empire - 2/ les Villes de 2e classe - 3/ les villes de 3e classe.
  Et donc, notre ville de Mirecourt, le 2 Août 1811, à la demande expresse du conseil municipal dirigé par le Sieur Thirion, maire de la ville, se verra octroyer ses nouvelles armes, par lettres patentes, en tant que ville de 3e classe (voir copie aux Archives Nationales → ICI), caractérisée par le franc quartier à senestre, de gueules chargé d'un N surmonté d'une étoile d'argent. Les ornements extérieurs étaient eux aussi réglementés et la ville de Mirecourt a conservé ceux réservés aux villes de troisième ordre, à savoir: une corbeille d'argent remplie de gerbes d'or pour cimier, à laquelle sont attachés deux festons servant de lambrequins, l'un à dextre d'olivier, l'autre à senestre de chêne de sinople, noués de bandelettes de gueules.
  Mirecourt est une des rares villes de France à avoir conservé, encore aujourd'hui, son "blason impérial", au lieu de restaurer ses anciennes armes "de sinople à la fasce d'or". Elle aurait aussi pu demander à simplement charger cet ancien blason du franc quartier des villes de troisième ordre durant l'Empire, pour respecter les normes impériales, et le supprimer à la Restauration, comme l'a fait sa voisine vosgienne: Neufchâteau.


Lunéville
(Meurthe -et- Moselle)

  La ville de Lunéville est la dernière localité décrite dans ce manuscrit édité en deux volumes intitulé à l'origine : "La Description des Provinces et Villes de France" rédigé par Pierre de La Planche. Elle clôt à la page numérotée 606, le treizième et dernier livre et le sixième et dernier chapitre de ce livre. La fiche est d'ailleurs inachevée, son descriptif s'arrêtant d'un coup sans raison, et est donc très incomplète pour une ville de cette importance. Par ailleurs, contrairement à son habitude, l'auteur ne donne pas en titre, ni le nom en latin de la cité, ni l'intitulé du diocèse dont elle dépend.
  Ces armes font allusion au nom de la ville et peut-être au culte que l'on rendait à Diane (la lune) près de la fontaine du Léomont.  Il ne faut pas confondre le blason municipal à la bande d'azur avec celui des anciens comtes de Lunéville, d'ancienne chevalerie, qui eux, portaient le même blason mais avec une bande de gueules  (celui que La Planche nous propose, par erreur). Le blason des comtes prenait d'ailleurs modèle sur le blason ancien du duché de Lorraine (d'or, à la bande de gueules, chargée de trois alérions d'argent). La ville a donc adopté une forme de brisure des armes de ses anciens seigneurs, officialisées par l'usage, et non par un acte quelconque de concession, qui en tout cas n'a jamais été documenté dans les archives régionales.

 

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  Aucune autre ville ou lieu de la Lorraine, pourtant très vaste, n'a fait l'objet d'une étude plus poussée du père jésuite Pierre de La Planche, bibliothécaire à l'Oratoire de Paris. Décédé en 1684, il n'a peut-être pas eu le temps matériel d'achever son œuvre, et personne ne lui a succédé dans cette tâche. Par ailleurs, je le répète encore, la Lorraine n'était pas encore officiellement une province française, il faudra attendre presque un siècle de plus (1766).
  Ce décès prématuré de l'auteur expliquerait sans doute aussi pourquoi l'Alsace, en particulier la Haute-Alsace (globalement notre département du Haut-Rhin + Belfort), officiellement annexée par le Royaume de France en 1648, par les traités de Westphalie, et pour le reste (la Basse-Alsace) conquise et occupée en 1680, n'a pas été du tout traitée dans ce manuscrit par de La Planche.


 # Quelques années plus tard, Charles René d'Hozier, conseiller et grand héraut d'armes de Louis XIV, ne s'embarrassera pas avec cette équation géopolitique et rajoutera quelques autres villes lorraines dans son Armorial Général de France, dédié à cette Province. La plupart , malheureusement ont reçu un blason attribué d'office, comme le prouve la comparaison avec les blasons actuels :

Briey (Meurthe-et-Moselle)

Étain (Meuse)

Conflans -en- Jarnisy
(Meurthe-et-Moselle)

Trognon était en fait un château
et une ancienne seigneurie du Barrois,
qui ont disparu, situés sur le territoire
de la commune actuelle de
Heudicourt -sous- les - Côtes (Meuse)

Nomény
(Meurthe-et-Moselle)

Dieuze (Moselle)

Saint - Avold (Moselle)

Neufchâteau (Vosges)

Épinal (Vosges)

Rambervillers (Vosges)

Bruyères (Vosges)

Remiremont (Vosges)


  C'était donc le dernier volet de cette longue, très longue série (depuis 2012 !) dédiée au manuscrit en deux volumes : "La Description des Provinces et Villes de France" rédigé par Pierre de La Planche, daté de 1669 dans les notices bibliographiques, mais en réalité, il a sans doute été régulièrement enrichi par son auteur jusqu'à sa mort en 1684.

  Pour ma part je vous promets de prendre un moment prochainement pour étudier et confectionner un index général pour retrouver tous ces fragments de ce précieux manuscrit, que malheureusement la Bibliothèque du Musée Condé à Chantilly ne peut plus mettre à disposition du public, ayant été trop abimé par les nombreuses manipulations. Il a besoin d'une grande restauration et de mécènes pour la financer !
J'espère néanmoins que les responsables du  Musée remettront un accès aux documents qui avaient déjà été numérisés, très prochainement sur leur nouveau site officiel →

 

Crédits :

les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111469d/f1.item
 
   

             Herald Dick  

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