jeudi 11 juin 2020

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Champagne - Bailliages de Chaumont et de Langres

S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

   Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Champagne. Après les premiers chapitres consacrés successivement aux Bailliages de Troyes, de Reims, de Châlons, de Sens, de Meaux et dernièrement, ceux de Provins et de Château-Thierry, nous nous déplaçons cette fois vers l'extrémité orientale de la province de Champagne, en limite de la Lorraine et de la Bourgogne, pour découvrir les bailliages de Chaumont et de Langres.

  Ces deux territoires contigus serviront à former en 1790, durant la Révolution, la plus grande partie du département actuel de la Haute-Marne. Néanmoins certains cantons rejoindront la constitution du département de l'Aube, et d'autres communes ou plutôt paroisses à l'époque, moins nombreuses, iront compléter les départements limitrophes.

  Voici donc les huitièmes et neuvièmes chapitres réunis en un seul sujet.

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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir











  Les fragments de manuscrits proviennent cette fois du Volume I. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*) Armorial Général de France  -  volume X  -  Généralité de Châlons  (BNF Paris)


   Le pays de Bassigny est un petit territoire naturel dont les limites sont difficiles à fixer, couvrant les environs de la ville de Chaumont mais aussi ceux de la cité épiscopale de Langres, plus au sud. Durant l'époque carolingienne, il était même le siège d'un comté. Il deviendra par la suite un bailliage plus vaste que ceux qui nous occupent avec ce sujet, situé à cheval sur les limites de la Champagne, du Barrois et de la Lorraine.

Chaumont (Haute - Marne)
   Ce sont à l'origine des armes parlantes (chaud + mont): figurées par un soleil transformé en une escarboucle (vue ici en mi-parti à dextre), le symbole primitif de la maison de Navarre. En effet et pour rappel, les derniers comtes de Champagne en titre étaient aussi rois de Navarre depuis l'avènement de Thibaut IV de Champagne , fils de Blanche de Navarre qui hérita du petit royaume pyrénéen au décès de son oncle Sanche VII de Navarre en 1234, avec la bénédiction des seigneurs navarrais, qui ne voulaient pas d'annexion par le puissant voisin: l'Aragon  Le chef est aux armes du royaume de France, en l'honneur du mariage de Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne avec le roi Philippe V le Bel en 1284.



Bar -sur- Aube (Aube)

  Comme nous l'avions déjà observé précédemment, avec les villes de Nogent-sur-Seine et de Sézanne, l'auteur attribue à nouveau à cette ville les armes pleines de Champagne, incitant à penser qu'à cette époque, elles n'en avaient pas de propres. Et cette fois, Charles d'Hozier, dans son Armorial Général de France, confirme cette hypothèse.
  Les armoiries modernes dont la date d'apparition est incertaine (XIXe ou début XXe siècles ? ) sont composées d'armes parlantes : un bar héraldique aux côté du blason de Champagne. En chef sur l'azur des abeilles volant d'or, dont la symbolique est elle aussi incertaine : une évocation du travail ou une référence à l'empire français ? D'autant plus qu'on trouve ici ou là les armes de la ville avec des étoiles en chef à la place des abeilles, par exemple voir → ICI.




Joinville (Haute - Marne)

 La petite cité porte les armes des premiers seigneurs de Joinville dont la lignée directe s'éteignit à la fin du XIVe siècle : "d'azur aux trois broyes d'or liées d'argent, au chef d'argent chargé d'un lion issant de gueules". Comme le précise l'auteur cette seigneurie fut érigée en Principauté par le roi Henri II en 1551.




Châteauvillain (Haute - Marne)

 De la petite ville fortifiée et pourvue jadis d'un puissant donjon,  il reste quelques belles tours et autres vestiges... et ce blason d'azur au château d'or, dessiné par La Planche qui était encore utilisé jusqu'à récemment par la municipalité.  Désormais, la commune lui préfère les armes de ses anciens seigneurs: "de gueules à un lion d'or semé de billettes du même". 






Langres (Haute - Marne)
   Les armes actuelles de la ville de Langres : "d’azur semé de fleurs de lys d’or, au sautoir de gueules brochant", sont en fait les armoiries de l’évêché. Les évêques de Langres étaient Pairs de France ecclésiastiques et avaient le titre de ducs. Pour cette raison, les armes de la ville sont timbrées d’une couronne ducale, celle de l’évêché duché‐pairie, contrairement à la règle qui veut que les armes communales soient surmontées d’une couronne civique murale.
  Dans le manuscrit de La Planche le blason est présenté " d'azur au sautoir + de gueules+, cantonné de quatre fleurs de lis d'or "  et non pas semé de fleurs de lis. Cette configuration était selon plusieurs sources documentaires, la forme primitive des armes de Langres, jusqu'au XIVe siècle. On la trouve notamment ainsi sur les pierres des édifices médiévaux de la cité et des environs (voir → ICI).





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D'autres villes ou lieux sont juste décrits par le texte :

• Pour le bailliage de Chaumont en Bassigny,  sans blason ni mention s'y rapportant :
Abbaye du Val des Escoliers (commune de Verbiesles), Clairvaux (ville et abbaye, dépt de l'Aube), Wassy, Vignory,  Nogent-le-Roi (ancien nom de la ville de Nogent), Reynel, Andelot.


• Pour le bailliage de Langres :
- avec un contour de blason vide, sans description : La Ferté-sur-Aube (Dépt de l'Aube)
- sans blason ni mention s'y rapportant :
  Montigny-le-Roi (ancienne commune fusionnée dans celle de Val-de-Meuse),  
Tingry (ancienne principauté de la maison de Luxembourg, et aujourd'hui une commune située dans le département du Pas-de-Calais, donc bien loin de la Champagne. C'est manifestement une rare confusion géographique commise par l'auteur du manuscrit, malgré son indéniable érudition  !!),
Coiffy (communes de Coiffy-le-Bas et Coiffy-le-Haut), Aigremont, abbaye de Morimond (commune de Parnoy-en-Bassigny).

  # cependant, quelques années plus tard, certains établissements religieux ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France. 



Abbaye de Clairvaux,  Ordre cistercien

Abbaye de Morimond,
 Ordre cistercien


# et pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces deux établissements religieux  qui dépendaient de ces bailliages, et qui n'ont pas été mentionnés dans le manuscrit de La Planche. Leurs armoiries ont été transférées plus tard, en totalité, aux communes sur le territoire desquelles ils étaient situés, à savoir aujourd'hui les communes de:
Poulangy, Saint-Urbain-Maconcourt.




Poulangy,
la commune (Haute - Marne)

Saint - Urbain - Maconcourt,
commune (Haute - Marne)



A bientôt pour une nouvelle série ... → ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés au site : 
- armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111464h
  

💶 Appel au mécénat ou aux généreux donateurs :
 Au cours d'échanges d'informations avec les responsables de la Bibliothèque du Musée Condé, au sujet du manuscrit, il m'a été rapporté que l'ouvrage de Pierre de La Planche n'est actuellement plus exposé ni mis à disposition des visiteurs. En effet, les deux volumes du manuscrit sont en mauvais état : "la couverture", ce que l'on nomme dans le métier: les plats de reliure, sont soit partiellement,soit totalement détachés du manuscrit, ce qui nuit à sa conservation. La reliure étant en effet là pour maintenir et protéger le manuscrit.
  Si des personnes ou des entreprises sont intéressées, en mode mécénat, pour participer à la prise en charge de la restauration de ces précieux ouvrages, qu'elles prennent contact pour les modalités, avec les bibliothécaires à cette adresse mail  : bibliotheque@domainedechantilly.com
ou sinon m'écrire à : heraldexpo@orange.fr et je transmettrai à ma correspondante privilégiée.


             Herald Dick  
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