lundi 6 juillet 2020

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Champagne - Bailliage de Vitry-le-François

S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

   Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Champagne. Après les premiers chapitres consacrés successivement aux Bailliages de Troyes, de Reims, de Châlons, de Sens, de Meaux, de Provins, de Château-Thierry, de Chaumont et de Langres, nous remontons un peu plus au centre-est de la province de Champagne, en limite du Barrois de Bar-le-Duc, pour découvrir le bailliage de Vitry-le-François.

  Cette région administrative de l'Ancien Régime située dans la Champagne humide est composée des territoires du Perthois, autour de Vitry-le-François, dans l'actuel département de la Marne, des paroisses autour de Saint-Dizier et du Pays de Der dans le nord de l'actuelle Haute-Marne et d'un large territoire: le pays d'Argonne, dont la ville principale est Sainte-Menehould dans l'actuel département de la Marne, mais débordant au nord sur les Ardennes (Grandpré, Vouziers) et à l'est vers la Meuse (Montfaucon). Cette région naturelle de l'Argonne est historiquement partagée entre la Champagne et la Lorraine. Voici donc le dixième chapitre.

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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir
















  Les fragments de manuscrits proviennent cette fois du Volume I. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*) Armorial Général de France  -  volume X  -  Généralité de Châlons  (BNF Paris)




Vitry - le François (Marne)

  C'est François Ier qui, en 1545 décida la reconstruction de Vitry-en-Perthois, détruite par Charles Quint en 1544, sur l'emplacement du village de Maucourt. L'ancien bourg de Vitry se nommera d'ailleurs pendant quelque temps " Vitry-le-Brulé " avant de reprendre son nom originel. La nouvelle ville de Vitry rajoutera à son nom, en hommage au roi celui de François et se verra concéder pour ses nouvelles  armes : une salamandre et son brasier, son emblème personnel, surmontée initialement de son monogramme (par deux fois) : un F majuscule couronné. Charles d'Hozier dans son Armorial Général de France lui préférera un chef d'azur à trois fleurs de lis d'or soutenu d'une trangle du même métal. C'est ce dernier blason qui est toujours en vigueur.

cliquer sur le lien ci-dessous pour lire la suite :
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Sainte - Menehould (Marne)

  Le blason actuel provient, comme on peut le vérifier ici, de la description enregistrée par Charles d'Hozier dans l'Armorial Général de France, constitué selon l'édit royal de 1696.
  Mais nous pouvons constater qu'avant ce dessin, il en existait un autre composé de trois croissants d'argent entrelacés sur un champ d'azur; un blason totalement identique à celui d'une autre ville de Champagne : Crécy-en-Brie, renommée au XXe siècle Crécy-la-Chapelle, dans la Seine-et-Marne actuelle (voir ce chapitre précédent → ICI ). Il nous manque des informations sur l'origine et la symbolique de ce premier blason. Peut-être ce doublon avec Crécy est la raison de son abandon par la municipalité, remplacé par celui transmis au services de Monsieur d'Hozier.



Saint - Dizier (Haute - Marne)

 Lorsque fut signée la paix de Crépy-en-Laonnois, le 17 octobre 1544, qui rendait Saint-Dizier à la France, le roi François Ier reconnaissant, donna à la ville ses propres armes : le château à trois tours et sa devise :  Regnum sustinent (elles soutiennent la royauté). C'est ce premier blason qui est dessiné dans le manuscrit de La Planche. On notera toutefois l'adjonction des initiales S et D d'or qui n'a pas été reconduite dans les futurs évolutions.
 Plus tard, Charles d'Hozier, qui constitua l'Armorial Général de France selon l'édit royal de 1696  attribua à Saint-Dizier  : "d'azur a un château crénelé d'argent donjonné de trois pièces de même posé dans un bateau aussi d'argent ".  Le bateau, symbole de la navigation et du commerce sur la Marne, n'apparaît pas dans les armes antérieures à celles d'Hozier mais figure dans les armoiries de l'Abbaye de Saint-Pantaléon, qui ressemblent étrangement à celles de la ville (voir → ICI, en bas de page). Bien que fixé officiellement par d'Hozier, le blason de Saint-Dizier a subi  nombre de modifications des plus fantaisistes. Parfois le bateau est supprimé, parfois il est représenté avec des rames et sous une forme pas toujours gracieuse. Puis en 1905, à l'occasion de l'inauguration du monument du siège de 1544, la ville de Saint-Dizier se vit décerner la croix de la Légion d'Honneur, avec autorisation de l'introduire dans ses armes. Le 23 septembre 1906, un décret du Président de la République A. Fallières établissait les armoiries de Saint-Dizier de la façon suivante : "d'azur a un château crénelé d'argent donjonné de trois pièces de même et maçonné de sable, posé dans un bateau aussi d'argent, à un canton de gueules chargé de la croix de la Légion d'Honneur au naturel. L'écu surmonté d'une couronne murale à quatre tours et accompagné de deux branches, une de chêne à dextre, l'autre de laurier à senestre. La devise : Regnum sustinent, est inscrite sur un listel."
Par la suite, les armes se sont encore "enrichies" de la Croix de Guerre, décernée à la ville en 1921 et placée dans le coin de gauche. Un décret du 22 juin 1922 modifie comme suit le texte antérieur : "… à deux cantons, de gueules chargé de la Croix de la Légion d'Honneur à dextre, et un autre palé de gueule et sinople de huit pièces chargé de la Croix de Guerre à senestre (voir → ICI ).
  Le fait d'introduire les diverses décorations attribuées par un gouvernement à une ville dans son blason commençait à devenir une règle tacite à la fin du XIXe et dans le premier quart du XXe siècle. Mais les règles du blason en héraldique municipale proscrivent cette pratique. Les décorations sont considérées comme des ornements et doivent rester à l'extérieur de l'écu d’armoiries lorsque les municipalités souhaitent les faire apparaitre. De nombreuses rectifications ont été faites par la suite pour un grand nombre de villes de France, mais pas toutes (voir mon thème sur ce sujet →ICI)
 Pour cette raison, en 1996, à l'initiative du maire de Saint-Dizier, les décorations ont donc été retirées de l'écu pour les placer à sa pointe, dans les ornements extérieurs, permettant ainsi aux armes de la ville de retrouver leur forme originelle.
source texte : www.saint-dizier.eu/en_general.html


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D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :

Vitry-le-Brulé (ancien nom de Vitry-en-Perthois), Montfaucon (- d'Argonne, département de la Meuse), Grandpré (dépt des Ardennes), Larzicourt, Montier-en-Der, Éclaron.
 
 # cependant, quelques années plus tard, une ville (en gras, ci-dessus) a repris le blason d'un établissement religieux qui avait été enregistré et blasonné dans l'Armorial Général de France.  Ce blason est toujours d'actualité.

commune de Montier -en- Der
 (Haute - Marne)



# pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces trois établissements religieux qui dépendaient de ce bailliage, et qui n'ont pas été mentionnés dans le manuscrit de La Planche. Leurs armoiries ont été transférées plus tard aux communes sur le territoire desquelles ils étaient situés, à savoir aujourd'hui celles de:
Huiron, Châtrices, Beaulieu-en-Argonne 
et leurs blasons respectifs sont toujours d'actualité, à quelques détails ou brisures près.

commune de Huiron (Marne)

commune de Châtrices (Marne)

commune de  
Beaulieu-en-Argonne (Meuse)



# Toujours en rapport avec l'Armorial Général de France, voici pour finir un cas rarissime de confusion concernant une abbaye et la commune éponyme de :
   Moiremont,
En effet, le blason adopté par cette commune reprend celui des armoiries appartenant à une autre abbaye dont le nom sonne presque pareil, située dans la même province: Morimond, abbaye cistercienne dépendant du diocèse et du bailliage de Langres (déjà mentionnée dans le chapitre précédent) ! Il faut bien reconnaître que les dénominations retranscrites par d'Hozier (ci-dessous): Moirmont (sans e) et Mormond (sans i) ont pu contribuer très facilement à commettre cette erreur. Sera-t-elle rectifiée un jour ? nous verrons bien ...


commune de Moiremont
 (Marne)






A bientôt pour une nouvelle série ... → ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111464h

💶 Appel au mécénat ou aux généreux donateurs :
 Au cours d'échanges d'informations avec les responsables de la Bibliothèque du Musée Condé, au sujet du manuscrit, il m'a été rapporté que l'ouvrage de Pierre de La Planche n'est actuellement plus exposé ni mis à disposition des visiteurs. En effet, les deux volumes du manuscrit sont en mauvais état : "la couverture", ce que l'on nomme dans le métier: les plats de reliure, sont soit partiellement,soit totalement détachés du manuscrit, ce qui nuit à sa conservation. La reliure étant en effet là pour maintenir et protéger le manuscrit.
  Si des personnes ou des entreprises sont intéressées, en mode mécénat, pour participer à la prise en charge de la restauration de ces précieux ouvrages, qu'elles prennent contact pour les modalités, avec les bibliothécaires à cette adresse mail  : bibliotheque@domainedechantilly.com
ou sinon m'écrire à : heraldexpo@orange.fr et je transmettrai à ma correspondante privilégiée.


             Herald Dick  
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