dimanche 27 décembre 2015

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de
l'Ile-de-France - Bailliage de Senlis et du Valois

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !  Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du Gouvernement Général de l'Ile-de-France. Nous avons vu les fois précédentes, que cette entité administrative de l'époque, équivalente de nos régions actuelles, était découpée en 7 subdivisions : une prévôté, celle de Paris et six bailliages. Ces entités étaient administrées par un prévôt ou un bailli nommés par le roi, équivalent de nos préfets de nos jours. Dans l'Ancien régime, l'Île-de-France couvrait un territoire bien plus étendu que celui que nous connaissons actuellement. En effet dans sa partie nord, les limites incluaient le pays de Beauvais, de Noyon, de Senlis, le Valois et le Soissonnais, qui avec la création des départements de l'Oise et de l'Aisne en 1790, ont été rattachés à la Picardie. Au 1er janvier 2016, ce sera même la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.
Nous poursuivons avec le chapitre 4 consacré au Bailliages regroupés de Senlis et du Valois.

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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir





 Les fragments de manuscrits proviennent toujours du Volume I. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent (quand il existe) dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.)


(*)   Armorial Général de France - volume XXV -  Généralité de Paris
       Armorial Général de France - volume XXXII  - Généralité de Soissons -  Ile-de-France (BNF Paris) 



Senlis (Oise)

Une nouvelle preuve de belle constance dans le temps avec cet exemple éloquent. Mais j'ai trouvé un dessin coloré, antérieur, extrait d'un armorial du XVIè siècle montrant pour la ville de Senlis un blason "d'azur au pal d'or" que je mettrai en ligne bientôt, en compagnie de nombreuses autres villes de France (c'est fait : voir → ICI).




Compiègne (Oise)

Même remarque que précédemment : sauf peut-être la langue et les griffes du lion qui semblent être du même métal que la couronne et les lys chez le père de La Planche, bien qu'il ne les mentionne pas dans son blasonnement. Les armoiries furent concédées à la ville de Compiègne en 1218 par le roi de France Philippe Auguste, en récompense du courage et de l'audace des archers compiégnois lors de la bataille de Bouvines en 1214.





Pontoise (Val-d'Oise)

Notre père jésuite a dessiné une tour donjonnée plutôt qu'un château pour rappeler la présence d'une forteresse royale, qui a malheureusement été démolie entre 1740 et 1744, car abandonnée depuis un siècle et restée sans entretien. C'est certainement un choix artistique personnel, car c'est bien un château à trois tours sommant le pont qui représente la cité, si l'on remonte à l'époque des sceaux médiévaux ( voir → ICI).
 Les armes enregistrées dans l'Armorial Général de France "d'argent au pont de gueules, surmonté de trois fleurs de lys de sinople" ne sont pas à proprement parler celles de la ville et de ses échevins, mais concernent plutôt l'administration royale : le bailliage, qui serait l'équivalent de la "préfecture" de nos jours.






Beaumont - sur - Oise (Val-d'Oise)

  Le château médiéval de Beaumont que l'on voit représenté symboliquement sur les armoiries "modernes" était une seigneurie tenue depuis le XIe siècle par les comtes de Beaumont qui portaient : "d'azur au lion d'or". Le blason de La Planche nous montre un blason très ressemblant "d'azur au lion d'argent" et chargé de rais d'escarboucle fleurdelisés d'or, avec une quartefeuille du même en cœur brochant.
 Le blason de l' Armorial Général de France semble illustrer des armes parlantes : " beau+mont" sur un champ de vair.




Pont - Sainte - Maxence (Oise)


 Maxence était une princesse écossaise, récemment convertie au christianisme, qui se réfugia en Gaule pour échapper à un prétendant: un prince barbare et païen auquel sa famille l'avait promise en mariage. Celui-ci parviendra néanmoins à la retrouver où elle s'était réfugiée. Maxence, persistant dans son refus, fut assassinée par son persécuteur, près de Senlis, en Ile-de-France, vers la fin du Ve siècle. Elle est considérée comme martyre chrétienne et une église lui est dédiée dans la ville de Pont sur l'Oise qui prit également son nom en devenant Pont-Sainte-Maxence.
Nous voyons donc son buste émergeant du donjon, sur le manuscrit. Dans le blason postérieur elle n'est plus visible, la tour représentant un ancien château seigneurial détruit par les inondations, au bord de l'Oise et en aval du pont la traversant.   
 La salamandre, symbole personnel du roi de France François Ier, rappelle qu'une charte signée de sa main, donna à Pont le titre de "ville".






Crépy - en - Valois (Oise)


Il est bien surprenant ce lion d'or sur champ de gueules que nous propose ce manuscrit. Car sur le même armorial du XVIe siècle dont j'ai parlé plus haut (voir → ICI) , la ville de Crépy y est aussi mentionnée avec un blason "d'or au lion passant de sable". Son origine est toutefois inconnue. Le lion est devenu "rampant", toujours sur champ d'or et il a été à certains moments surmonté d'un chef de France : "d'azur à trois fleur de lys d'or".





La Ferté - Milon  (Aisne)



  Il n'est pas magnifique ce crocodile ?  Et si rare en tant que figure héraldique dans les armoriaux, mis à part bien sûr celui de la ville de Nîmes.  Quel dommage que la municipalité ait oublié son existence pour nous proposer à sa place un banal château. Celui-ci symbolise la forteresse bâtie sur les hauteurs de la ville par Louis d'Orléans, duc de Valois (1372-1407), mais restée inachevée après son assassinat à Paris, sur ordre du Duc de Bourgogne Jean sans Peur. Il conserve encore de nos jours de très belles ruines majestueuses et ornementées.
  Mais où donc La Planche est-il allé chercher cette bête, dont il n'est d'ailleurs pas sûr de la nature : crocodile ou dragon à quatre pieds ! mystère...  Dans sa "France illustrée", édition de 1862,  le géographe Victor-Adolphe Malte-Brun donne à la ville ces armes encore plus bizarres (voir → ICI): "d'azur au crocodile à quarante pieds passant d'argent" !  Quarante pieds ? c'est presque un mille-pattes ! Mais Malte-Brun était cartographe et géographe, pas héraldiste, ni zoologue ... un élément de l'anatomie des reptiles a dû lui échapper.  En tout cas ni le premier, ni le second auteur ne donnent de renseignements sur l'origine de ce blason étrange et c'est bien dommage.




[_)-(_]


D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte sans blason ni mention s'y rapportant :
l'Abbaye de la Victoire à Senlis, le château de Chantilly, Béthizy (-Saint-Pierre), Verberie, l'Abbaye du Val (Notre-Dame-du-Val) à Mériel, l'Abbaye de Royaumont, Creil, Chambly, Villers-Cotterêts, Nanteuil (-le-Haudouin), l'Abbaye de Chaalisle château royal de Verneuil (à Verneuil-en-Halatte, disparu), le château de Liancourt.

 # cependant, quelques années plus tard, d'autres lieux (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France :






A bientôt pour une nouvelle série ... →


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à :
armorialdefrance.fr/




  Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly : www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick  

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