mercredi 21 janvier 2015

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Guyenne - Sénéchaussées du Haut-Limousin et du Bas-Limousin

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !  Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du Gouvernement Général de Guyenne. Nous l'avons abordé les dernières fois, il est composé de nombreux anciens duchés ou comtés rattachés les uns après les autres au royaume de France, le tout dernier étant le Béarn, acquis en 1620 par un Édit de Louis XIII.  Ces entités administratives du royaume sont découpées en généralités et en sénéchaussées (pour le sud du pays).  Nous allons découvrir les neuvième et dixième chapitres de ces sénéchaussées : le pays du Haut-Limousin, essentiellement l'ancienne Vicomté de Limoges et le pays du Bas-Limousin, réunion de plusieurs Vicomtés, dont celles de Comborn, Ventadour et Turenne.  Cet ensemble géographique est réparti sur les deux-tiers sud du département actuel de la Haute-Vienne, une petite partie à l'ouest de la Creuse et la quasi totalité du département de la Corrèze.
 A l'heure où dans l'actualité politique, la réforme des Régions verra en 2016 le Limousin réuni à l'Aquitaine et au Poitou-Charentes, on constate qu'aux époques précédant la Révolution, c'était déjà le cas, et même mieux depuis le XIIe s., le Limousin était un fief du Duché d'Aquitaine, sous le règne des Plantagenêts (Richard Cœur de Lion y a trouvé la mort au siège de Châlus, près de Limoges).
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  Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un an, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir











Les fragments de manuscrits proviennent toujours du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent (quand il existe) dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.


(*) Armorial Général de France - volume XVI - Généralité de Limoges (BNF Paris)

Au passage, on s'étonnera encore une fois du blason attribué d'office à la Province du Limousin sous la responsabilité de Charles-René d'Hozier ! Le blason aux hermines comme celui du manuscrit plus haut, qui nous vient de Bretagne ( de la maison de Penthièvre qui a reçu la Vicomté de Limoges en héritage au XIVe siècle) ne peut pas être ignoré par les héraldistes de l'époque. Pourquoi l'a-t-on délibérément ignoré dans cet armorial, je n'ai pas encore l'explication, d'autant plus que ce n'est pas un cas unique, nous l'avons déjà observé avec de nombreuses provinces, anciens Duchés ou Comtés, précédemment : la Guyenne , la Franche-Comté, la Touraine, le Poitou, etc...




Limoges (Haute-Vienne)

  Le buste nimbé et les initiales font référence à Saint Martial, ou Martial de Limoges, surnommé "l'apôtre d'Aquitaine", il fut évêque de Limoges (Civitas Lemovicum) au IIIe siècle. Civitas Lemovicum était la "cité", capitale du peuple gaulois des Lémovices, qui a donné son nom à la ville. Les fleurs de lis ont été concédées par le dauphin de France, le futur roi Charles VII, en 1421, afin de récompenser la ville pour la résistance de ses habitants aux occupants Anglais.



Saint - Yrieix - la Perche
 (Haute-Vienne)

 La crosse se rapporte à la mémoire de l'ancienne Abbaye de Saint-Yrieix fondée par saint Arédius en 572, un prêtre et haut dignitaire mérovingien et ami de Grégoire de Tours. Le culte d’Arédius grandissant, les chanoines édifient une collégiale romano-gothique qui prendra par déformation orale le nom de Saint-Yrieix. source texte : http://www.tourisme-hautevienne.com
Le blason de Charles d'Hozier est attribué d'office dans une série de blasons à trois pals !






Tulle (Corrèze)


  Les trois rocs d'échiquier symbolisent les tours de l'enceinte médiévale disparue mais aussi les rochers escarpés qui entourent la ville. La devise de la ville de Tulle est en latin : "Sunt Rupes Virtutis Iter" qui signifie  "Il y a des rochers sur le chemin de la Vertu". Il y a donc aussi une dimension religieuse dans ces figures.  Le chef d'azur aux fleurs de lis a été concédé par le roi Charles V.
  On remarquera que la ville a transmis une version du blasonnement sans le chef aux armes de France à Charles d'Hozier, dans la déclaration obligatoire consécutive à l'Édit royal de 1696.




Brive (Corrèze)

 Les épis de blé placés en forme de fleur de lys rappellent que la ville de Brive avait choisi l'autorité du roi de France. Le blé représente la richesse agricole de la ville.



Uzerche (Corrèze)

Les deux animaux sont décrits comme étant des "vaches" par La Planche dans son manuscrit, et sont brochants sur un champ d'azur semé d'étoiles d'argent. Mais actuellement on les blasonne en tant que "bouveaux", un terme ancien pour désigner les jeunes bœufs : "D'or à deux bouveaux de gueules l'un sur l'autre, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys du champ".
  Au VIIIe siècle, Pépin Le Bref, en guerre contre le duc d'Aquitaine, fait fortifier la cité avec une enceinte de 18 tours. Une légende raconte qu’à cette époque les Sarrazins (nom donné à l'époque médiévale aux musulmans), se retirant de Poitiers, assiègent la ville durant 7 ans. Les défenseurs affamés, décident un dernier stratagème pour décourager les assaillants de poursuivre leur assaut. Les uzerchois lâchent leurs deux derniers taureaux après les avoir gavé de leurs dernières mesures de grains. Les Sarrazins ouvrent la panse des animaux et à la vue de tant de grain croient la ville dotée de ressources inépuisables, et décident d'en abandonner le siège. Les armoiries d’Uzerche sont directement inspirées de cette légende, avec la représentation de deux taureaux. La devise de la ville est en latin "Non polluta" (non souillée). Abritée derrières ses puissants remparts, elle a été surnommée « Uzerche la pucelle », expression imagée signifiant qu'elle n'a jamais été prise. Le chef d'azur aux fleurs de lis a été concédé en 1374 par le roi Charles V, en récompense de la résistance de ses habitants face aux Anglais.
source textuelle : http://fr.wikipedia.org/ et  http://camping.uzerche.fr
Le blason de Charles d'Hozier est attribué d'office dans une série de blasons à une fasce palée !




Turenne (Corrèze)

Ce sont les armes relevant de celles des anciens Vicomtes de Turenne, en commençant par la maison de Comborn, qui possédaient une forteresse du XIIe s. dominant encore aujourd'hui le village. Mais la seigneurie changera de main avec successivement : la maison de Comminges, puis celle de Roger de Beaufort et encore celle de La Tour d'Auvergne, dont est issu le célèbre Maréchal de France Henri de Turenne, sous le règne de Louis XIV. Après quoi le fief sera rattaché à la couronne de France. La commune a repris pour elle ces armes, en 1978, après un vote.



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D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :

Sénéchaussée du Haut-Limousin :

 - avec un contour de blason vide, sans description :  Saint-Junien, Saint-Léonard (-de-Noblat).

 - sans blason ni mention s'y rapportant :
La Cité (faubourg de Limoges), La Règle (Abbaye Sainte-Marie), Eymoutiers, Aixe (-sur-Vienne), Pierre-Buffière, Solommac (Solignac, l'Abbaye), Grandmont (Abbaye), Bénévent (-l'Abbaye), Bourganeuf.


# cependant, quelques années plus tard, certaines villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France (certains des blasons sont toujours d'actualité, à quelques détails près, sauf pour Saint-Léonard et Solignac qui ont adopté un autre blason ) :






Sénéchaussée du Bas-Limousin :

  sans blason ni mention s'y rapportant :

 Ussel, Argentat, Servières (-le-Château), Bort (-les-Orgues), Treignac, Beaulieu (-sur-Dordogne), Ventadour.


# cependant, quelques années plus tard, certaines villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France (des blasons attribués d'office et "à la chaîne" comme on peut en juger ci-dessous, qui n'ont pas été conservés par les communes de nos jours) :



 # et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières villes appartenant à la provinces du Limousin,  et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
 -  Saint-Germain (-les-Belles), les Moustiers (Eymoutiers), les Glettons (Égletons), Meymac, Corrèze, Neuvic, Donzenac, Allassac, Peyrat (-le-Château) :
 
 



A bientôt pour une nouvelle série ... →


Crédits :
parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés et parfois modifiés à :
http://armorialdefrance.fr/
http://labanquedublason2.com/ (dessins :  Jean-Paul Fernon)
http://armoiries.free.fr/
 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick
 



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