mercredi 8 janvier 2014

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Bourgogne - Bailliage de Dijon

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier de trois décennies !
  Nous venons de commencer une nouvelle année, alors voici une nouvelle région administrative à découvrir. Cette série avait débuté (de manière tout à fait arbitraire) avec le Gouvernement Général de Normandie, voir la description initiale : → , puis j'ai enchaîné avec le Gouvernement Général d'Orléans, qui couvrait beaucoup de provinces de la France du centre sous le règne de Louis XIV en allant d'ouest en est.  Et nous nous sommes arrêtés pour la dernière fois dans le Nivernais.
( Revenir à l'épisode précédent → )
 Cette dernière province est historiquement, et encore de nos jours, une des composantes de la Région de Bourgogne, il semblait donc logique de poursuivre avec le Gouvernement Général de Bourgogne. Reprenant les contours de l'ancien Duché de Bourgogne, il était composé de plusieurs bailliages. Nous commençons avec le bailliage de Dijon qui correspond en gros à la partie sud du département actuel de la Côte d'Or et son illustre vignoble.


 Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s., donc postérieure d'un an, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives :

vous pouvez agrandir les images
 en cliquant dessus
Les fragments de manuscrits proviennent cette fois du Volume II. Mais je vous rassure, nous n'en avons pas fini avec le Volume I qui couvre encore d'autres régions du nord de la France non explorées, nous y retournerons très bientôt.
  Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus, l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier,  et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

 (*) Armorial Général de France - volume VI - Bourgogne Duché - Généralité de Dijon ( BNF Paris)

Dijon  (Côte d'Or)
Jusqu'en 1391, le blason de Dijon , était "de gueules plain". A cette date, le duc de Bourgogne Philippe II le Hardi y fait ajouter le chef aux armes du Duché de Bourgogne, au titre de sa capitale. Sous le 1er Empire , la ville a reçu d'autres armoiries, avant de retrouver ses couleurs historiques avec la Restauration. En 1899, Dijon a reçu la Croix de la Légion d'Honneur au titre de reconnaissance pour sa défense héroïque face à l'armée prussienne le 30 octobre 1870. La ville a obtenu le privilège et le droit d'intégrer la croix dans son blason, ce qu'elle a fait jusqu'en 1962. Après cette date, la décoration de la Légion d'Honneur est toujours présente, mais uniquement dans les ornements extérieurs des armoiries, pendant à la pointe de l'écu.
  Notez au passage la curieuse graphie " D i i o n " qui peut s'expliquer par la pratique des érudits de l'époque, pour qui le latin était la langue de l'enseignement théologique ou universitaire. La lettre " J " , invention récente du XIIIe siècle était donc très peu utilisée dans les textes savants !


Beaune (Côte d'Or)

Selon le géographe  V.A. Malte-Brun, dans sa "France illustrée" (1853),  un blason un peu différent existait avant 1540 :  "Une "Bellonne" ( = Madonne) d’argent sur un fond d’azur, debout, tenant de la main droite une épée nue, et la gauche appuyée sur la poitrine". Puis à partir de 1540, le blason change: "D’azur, à Notre-Dame, tenant l’enfant Jésus de la main gauche, et une grappe de raisin de la main droite ; l’enfant Jésus tenant un cep de vigne d’or ". C'est ce blasonnement que nous voyons dans  la description de La Planche. Mais peu de temps après, l'Armorial Général de France montre l'enfant Jésus tenant un globe (ou un monde) dans son bras gauche tel qu'il est encore visible aujourd’hui. Le globe est apparu certainement pour illustrer la devise latine de la cité "ORBIS ET URBIS HONOR" (Honneur au Monde et à la Ville). source texte : http://www.ot-beaune.fr/beaune-presse/dossiers-presse/documents/DossierdePressePatrimoine.pdf



Nuits-Saint-Georges 
 (Côte d'Or)

La plus ancienne représentation des armes de Nuits figure sur un jeton d'une compagnie d'arquebusiers datant de 1623. À cette époque aucune trangle ne soutenait le chef qui portait des besants au lieu et place des quintefeuilles. C'est exactement le dessin que nous pouvons voir ici.
 Toutefois la trangle est apparue dans l'A.G.F., les couleurs du chef sont inversées, le bandé du blason de la Bourgogne ancienne, est passé à trois bandes, comme on peut le constater ci-dessus. Le remplacement des besants par des quintefeuilles peut s'expliquer par la présence à Nuits, de 1609 à 1791, du chapitre collégial de Saint Denis de Vergy, qui possédait le célèbre vignoble de Saint Georges et portait "d'azur aux trois quintefeuilles d'or". (source partielle du texte : labanquedublason2.com)


Auxonne (Côte d'Or)
Le armes primitives d'Auxonne auraient été : "d'azur à la croix ancrée d'argent" selon le chanoine Jean Marilier auteur de "l'Armorial des villes et des bourgs, chefs-lieux de cantons de la Côte d'Or" (1989).
Puis  les armes du Duché de Bourgogne ont été rajoutées, en mi-parti à dextre, ne laissant apparaître qu'une demi-croix à senestre. Dans l'Armorial Général de France, la croix est restée entière.



Saint-Jean-de-Losne
 (Côte d'Or)


Pendant la Guerre de Trente ans (1618-1648) impliquant le Royaume de France (règne de Louis XIII) contre les troupes impériales, un siège eut lieu en 1636 devant la ville de Saint-Jean-de-Losne pour le passage de la Saône. Mais la ville résista, et c'est pour cette raison que le blason a porté, avec les armes complètes du Duché de Bourgogne, une boucle de ceinture (ou fermail) en pointe, signifiant par là que Saint-Jean-de-Losne a fermé l'accès à la Bourgogne à l'envahisseur. Voilà pour la légende et c'est donc le blason que nous a réalisé le Père de La Planche. On notera la partition (coupé) et la couleur en pointe différentes dans le dessin de l'A.G.F.
    Puis l'histoire se répéta en janvier 1814, pendant la déroute des forces du 1er Empire face aux troupes de l'Autriche qui ont envahi la France. Et pour cette raison la ville obtiendra de l'Empereur Napoléon Ier lui-même, à son retour d'exil dans l'île d'Elbe, la promesse d'une récompense par l'obtention des premières Décorations de la Légion d'Honneur attribuées à des villes. Le blason de la ville incorporera donc à partir de 1831, la précieuse Croix,  qu'elle a toujours gardé dans son blason, contrairement à Dijon. Je vous ai déjà relaté cet évènement il y a quelques mois,  voir →




D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte , sans blason ni mention s'y rapportant :
Cîteaux (Abbaye), Vergy (châtellenie), Saint-Seine (-l'Abbaye).

# cependant, quelques années plus tard, les deux premiers lieux ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France :






 # et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières villes appartenant au bailliage de Dijon et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
-   Is-sur-Tille, Fontaine-Française et Fauverney.
seul le blason de Fontaine-Française est resté inchangé.



Notez la dénomination erronée et inconnue de "Favergnes" pour ce blason qui correspond actuellement à celui de Faucogney-et-la-Mer, dans le département voisin de la Haute-Saône. L'attribution à Fauverney, Côte-d'Or est donc incertaine. Seul le certificat du brevet d'armoiries délivré par Charles d'Hozier s'il existe, pourrait nous aider à dissiper le doute.




A bientôt pour une nouvelle série ... →




Crédits :
parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés et parfois modifiés à :
http://armorialdefrance.fr/
http://labanquedublason2.com/ (dessins :  Jean-Paul Fernon)
http://www.stjeandelosne.fr/
 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick  
 

2 commentaires:

  1. Bonjour,
    je trouve bizarre que, pour St Jean de Losne, les bordures ne suivent pas le bord de l'écu. Est-ce normal ?
    Olivier.

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    1. Problème réglé, avec un dessin plus conforme, merci pour votre message.

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