mardi 28 janvier 2014

28 janvier 814 - 2014 - 1200ème anniversaire de la mort de Charlemagne

Charlemagne (742-814), roi des Francs (768-814),
des Lombards (774-814) et empereur d’Occident (800-814)
Charlemagne ( de Carolus Magnus en latin ) autrement dit : Charles Ier le Grand, roi des Francs et des Lombards, ou Karl I der Große pour les allemands, fut le premier Empereur d'Occident du Moyen-Âge. Il a donné son nom à la dynastie des rois Carolingiens , même si curieusement, il n'en est pas le fondateur, mais son père Pépin III le Bref, lui -même fils de Charles Martel, maire du Palais auprès des derniers rois Mérovingiens.
 Il est vraisemblablement né le 2 avril 742 dans le pays des Francs, à Aix-la-Chapelle (Aachen en allemand). Il est donc le fils de Pépin le Bref, roi des Francs, et de Bertrade de Laon, appelée couramment "Berthe au grand pied".
la Karlsbrünnen, avec la  statue de Charlemagne
sur Marktplatz à Aix-la-Chapelle / Aachen

blason d'Aix-la-Chapelle / Aachen
ancienne ville impériale
(Allemagne - land de Rhénanie-
du-Nord-Westphalie)










monogramme de Charles Ier /
Charlemagne (K A R O L V S)





" Le Blason des Armoiries"
 Jérôme de Bara - version couleurs 1628
provenant de l'Université de Gand














 On ne sait pas vraiment si Charlemagne utilisait un symbole personnel, on connait sa signature et son monogramme, ce motif confectionné à partir les lettres de son nom (ci-dessus). Mais, après son couronnement à Rome, qui plus est le jour de Noël, Charlemagne prit soudain conscience de sa dimension impériale, comme le digne successeur le l'Empire romain (on dirait avoir la grosse tête, aujourd’hui) et fit planter l'aigle impériale de Rome sur son palais d'Aix-la-Chapelle. Convertie en figure héraldique plus tard, c'est cette image qui va représenter l'Empire germanique, puis l'Allemagne durant toute son histoire et encore aujourd'hui pour l'emblème de la République Fédérale d'Allemagne.

signature de Charlemagne au bas d'un acte daté de 799
 (archives départementales des Hautes-Alpes)
Denier de Charlemagne
Armorial Le Breton
 Archives nationales - manuscrit
 cote MM684/L - AE/I/25/6
Le blason de Charlemagne est une invention des chroniqueurs et des illustrateurs du Moyen-Âge, à partir du XIVe siècle, quand on a commencé à donner des blasons à tous les personnages historiques, bibliques ou légendaires ayant vécu bien avant l'apparition véritable de l'Héraldique, au cours du XIIe siècle.
Le concept du blason est simple : Charlemagne est considéré comme le "père" à la fois des nations germanique et française : donc on a accolé les armes de France (d'azur semé de fleur de lys d'or, ou plus tardivement d'azur à trois fleurs de lys d'or) et du Saint Empire (d'or à l'aigle de sable, mono ou bicéphale, becquée, languée, membrée de gueules). Il est bien entendu que ces armes ne sont vraiment apparues qu'au cours du XIIIe siècle.
Recueil historique et héraldique
 Armorial dit : de Jean Bigot
(manuscrit fr. 5930 -  BNF)

On trouve dans les enluminures, sur les fresques ou sur les tableaux diverses combinaisons :
- deux écus bien séparés (comme le portrait fait par Albrecht Dürer, ci-dessus)
- un seul écu parti avec les armes de France et les armes de l'Empire mi-parties chacune (donc parfois une fleur de lys et demie et une demie-aigle).
- un seul écu parti avec les armes de France et celles de l'Empire entières.
- un écu écartelé avec les armes de France et celles de l'Empire.
- et enfin : seulement les armes de France ou seulement celles de l'Empire.

- il existe encore d'autres représentations plus fantaisistes dans certains armoriaux allemands avec des armes de France incorrectes (frettées, avec bordure componée, etc...), voir plus bas dans les armoriaux allemands.
Le Triomphe des Neuf Preux (extrait) - Éditeur : Pierre Gérard (Abbeville - 1487) -
 manuscrit de la BNF- Arsenal,  réserve 4-BL-4278
tapisserie d'Aubusson , première moitié du 16e siècle ( collection privée, en vente chez Christies - Londres)
Associé au pouvoir à partir de 751, Charles Ier le Grand (en latin Carolus Magnus) reçoit du pape Étienne II le sacre royal à Saint-Denis, en même temps que son père, en 754. Les années suivantes, Charles accompagne Pépin dans ses campagnes militaires, années durant lesquelles il apprend l’art de la guerre de 755 à 768.
Karolingische reiterei (cavaliers carolingiens)
psautier d'or de Saint-Gall (Psalterium aureum) - début IXe s.
 manuscrit de l'Abbaye St.Gallen - Stiftsbibliothek (Suisse)
notez l'oriflamme en forme de dragon
À la mort de Pépin en 768, le royaume est partagé entre Charles et son frère Carloman ; l’aîné reçoit l’Austrasie, la Neustrie et la partie littorale de l’Aquitaine, tandis que la Provence, la Septimanie, la Bourgogne, l’Alsace et la partie orientale de l’Aquitaine reviennent à Carloman. Ce partage provoque une hostilité entre les deux frères déjà peu enclins aux effusions fraternelles. En 770, il épouse la fille de Didier, roi des Lombards, sur les conseils de sa mère Bertrade voulant opérer une alliance avec les anciens ennemis lombards. Il participe à la conquête victorieuse de l'Aquitaine en rébellion, seul, son frère l'ayant lâché sans raison. Lorsque Carloman meurt étrangement en novembre 771, Charles s’empare de ses territoires au détriment de ses neveux, qu’il fait enfermer dans un monastère.  Puis il part en Italie pour venir en aide au pape menacé par les Lombards. Il devient ainsi le maître d’un royaume réunifié, auquel il s’attache son règne durant à donner une organisation administrative efficace.

Les campagnes militaires de Charlemagne - Premier Livre de Charlemagne  des Grandes Chroniques de France, enluminure
 de Jean Fouquet ~ 1455-1460 - Paris BnF , manuscrit fr. 6465 folio 78v.
Charlemagne renoue avec la politique d’alliance entre les Francs et la papauté. Après avoir répudié son épouse lombarde, il intervient en 772 à nouveau contre les Lombards qui menacent les territoires pontificaux et s’opposent à l’expansion des peuples francs. il s'empare de Pavie, capitale lombarde et ayant obtenu la capitulation du roi Didier,  le pape le déclare « protecteur de Rome » et se fait couronner roi des Lombards, le 5 juin 774. Le baptême de son fils Pépin en 781 à Rome renouvelle la prédominance carolingienne sur la péninsule, d’autant que l’enfant est simultanément proclamé roi d’Italie (jusqu'en 810).
O Livro do Armeiro Mor (Portugal - 1509) - archives de la Torre do Tombo - Lisbonne.
Mais, alors que Charlemagne se consacre à renforcer son autorité en Italie, au nord, les Saxons attaquent en Hesse et en Frise, fragilisant les territoires francs de l’Est (772). Entre 775 et 777, le roi franc lance une contre-attaque d’envergure et obtient la soumission de plusieurs chefs saxons. Cependant, les frontières orientales demeurent longtemps l’un des points faibles de son royaume et il doit lutter trente ans durant contre les Saxons avant de les soumettre. Il parvient à conquérir et évangéliser les territoires saxons. Par ailleurs, Charlemagne est confronté à l’agitation menée par le duc de Bavière, Tassillon III, dont le duché est soumis à son tour en 788.
 
Charlemagne dans "Le Chevalier errant"
 détail de l'enluminure des Neuf Preux (1394)
(manuscrit fr. 12559 -  BNF)
Au sud du royaume franc, Charlemagne, défenseur de la chrétienté en Occident, lutte contre les musulmans établis en Espagne. Il lance une expédition en Espagne pour combattre les Sarrasins mais échoue devant Saragosse. Le 15 août 778, alors qu’il a apporté son soutien au gouverneur de Barcelone, en révolte contre l’émir Abd al-Rahman Ier de Cordoue, Charlemagne est sévèrement défait à Roncevaux, par les Vascons (Basques) en représailles du pillage inexcusable de Pampelune. Roland, son neveu, trouve la mort dans la bataille, épisode devenu légendaire et qui sert bientôt de sujet à la Chanson de Roland.
Sammelband mehrerer Wappenbücher -  
BSB Cod.icon. 391  - vers 1530
Bayerische Staatsbibliothek - Munich
 A partir de 781,  il fonde le royaume d'Aquitaine qui revient à son fils, Louis le Pieux.  En 789 il crée les missi dominici représentants du pouvoir carolingien dans tout le royaume.  À l’Ouest, Charlemagne n’est pas parvenu à briser la résistance des Bretons, mais il a, en 790, garanti la frontière en instaurant un commandement militaire entre Seine et Loire, qu’il confie à son fils Charles le Jeune.

 blasons attribués à Charlemagne sur des armoriaux du Saint Empire au titre du volet des Neuf Preux,
 de gauche à droite :1/ manuscrit Abbaye de St-Gall (Suisse) - 2/ Sammelband mehrerer Wappenbücher
 et  3/Conrads Grünenberg Wappenbuch ( Allemagne- BSB Munich)
Puis en 795, les expéditions contre les Sarrasins reprennent. Barcelone est conquise en 801, puis Pampelune et Tortose. Le « pays des Goths » (la Catalogne) est érigé en rempart contre les musulmans ; d’autres marches sont ainsi organisées dans toutes les régions frontalières : il s'empare des territoires avars (l'Autriche et la Hongrie actuelles). Ainsi, dès la fin du VIIIe siècle, le royaume franc est devenu un vaste empire dont le souverain est considéré comme le Maître de l’Occident.
Le couronnement de Charlemagne dans l'église Saint Pierre de Rome par le pape Léon III  (25 décembre 800) -
 Deuxième Livre de Charlemagne  des Grandes Chroniques de France, enluminure de Jean Fouquet ~ 1455-1460 -
Paris BNF, manuscrit fr. 6465 folio 89v.
portrait peint par Albrecht Dürer (1514)
Musée national  - Nuremberg (Allemagne)
Le 25 décembre de l’an 800, Charles est couronné empereur d’Occident à la basilique Saint-Pierre de Rome.Le couronnement impérial de Charlemagne par le pape Léon III en 800 consacre la puissance de l'Empire carolingien en Occident. Préludant la « renaissance carolingienne » du IXe siècle, cet événement politico-religieux est de portée européenne. Gouvernant de sa capitale établie à Aix-la-Chapelle, Charlemagne, qui se considère couronné par Dieu, ne parvient cependant jamais à restaurer l’Empire romain, son projet d’union avec l’empire d’Orient (ou Empire byzantin) avortant dès 802. L'empereur byzantin, Michel Ier Rangabé, reconnaît enfin Charlemagne comme empereur d'Occident, en 812.

Laissant la conduite des opérations militaires à ses fils, Charlemagne se consacre à l’organisation de l’empire, appuyant son pouvoir personnel sur des assemblées politiques et religieuses soumises.

L’empire est divisé en pagus, ayant à leur tête un comte (un compagnon du roi) disposant de pouvoirs militaires et administratifs relativement étendus. En 789 il crée les missi dominici représentants du pouvoir carolingien dans tout le royaume. L’administration locale est contrôlée par le pouvoir central, des envoyés de l’empereur étant annuellement dépêchés en inspection dans tout l’empire. Ces missi dominici, en général deux laïcs et deux ecclésiastiques, veillent à l’application des décisions de l’empereur par les comtes. A partir de 794, il s'installe avec sa cour dans son palais d'Aix-la-Chapelle.
 Denier de Charlemagne (~780-800) avec le monogramme
La construction du palais impérial et de la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle  - Troisième Livre de Charlemagne  des
 Grandes Chroniques de France, enluminure de Jean Fouquet ~ 1455-1460 - Paris BnF , manuscrit fr. 6465 folio 96.

Véritable maître de l’Église, Charlemagne procède à la nomination des évêques et se mêle des discussions théologiques. Outre le rôle conféré au christianisme pour unir les peuples de l’empire, Charlemagne tente également d’imposer un droit écrit commun aux différents territoires, par l’utilisation d’ordonnances (capitulaires). Mais les efforts de Charlemagne ne réussissent pas à l’imposer dans tout l’empire.
Carte de l'Europe en 814, l'immense Empire d'Occident de Charlemagne (en vert) est là au maximum de son étendue territoriale.
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 Fresque des Neuf Preux (détail)
du château de Manta (Italie, Piémont)
 peintre anonyme du XVe siècle
Le règne de Charlemagne correspond également à un réveil intellectuel de l’Occident. L’empereur promeut les connaissances et les études en attirant dans son palais d’Aix-la-Chapelle des savants de toute l’Europe. Il s'entoure de l'ecclésiastique anglais Alcuin et de l’espagnol Théodulf (conseillers théologiques successifs de Charlemagne), mais également les Italiens Paul Diacre et Pierre de Pise viennent enrichir de leur savoir la cour impériale. La redécouverte de la civilisation antique et des auteurs anciens est l’âme de ce réveil intellectuel.

Charlemagne a d’abord le souci de former le personnel de son administration. Dans ce but, il crée une école du palais chargée de former des clercs et des laïcs à la charge de futurs serviteurs de l’État. Par ailleurs, il encourage l’étude de la théologie et des textes sacrés en favorisant l’activité de copie des manuscrits dans les monastères. C’est durant cette période que les arts libéraux sont introduits dans l’enseignement et que l’écriture dite « caroline » est forgée.

Afin de pérenniser son pouvoir et sa dynastie, Charlemagne a prévu de partager son empire entre ses fils Pépin, Charles le Jeune et Louis, tous trois issus de son deuxième mariage avec Hildegarde de Souabe (en 771). Mais la mort des deux premiers, en 810 et en 811, conduit à concentrer l’héritage carolingien dans les seules mains de Louis le Pieux. Charlemagne le fait couronner en 813.
Il meurt le 28 janvier 814 et est enterré dans la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. 
Arbre généalogique de Charlemagne - folio 187r des Chroniques de Nuremberg (1493) de Hartmann Schedel
Ami de Charlemagne, le chroniqueur franc Eginhard rédige vers 830 la biographie de l’empereur, une Vie de Charlemagne (Vita Caroli Magni). Inspiré du modèle antique de Suétone, ce panégyrique constitue l’une des principales sources historiographiques, quoiqu’elle doive faire l’objet d’une lecture critique. L’ouvrage d’Eginhard éclaire notamment la personnalité de l’empereur : dépeint comme un homme jovial mais autoritaire, intelligent et courageux, aimant l’exercice physique, il s’attache néanmoins à donner de lui l’image d’un homme instruit, illettré (ne sachant ni lire ni écrire), mais possédant une culture orale du grec et du latin. Il parle aussi, c'est anecdotique, d'un homme imberbe, alors que dès le Moyen-Âge, l'imagerie dans les enluminures  et les fresques, le montre pourvu d'une barbe et d'une chevelure abondantes qui persistera jusqu'au XIXe siècle dans les images d'Épinal !

Image de dévotion à Saint Charleamgne - Missel pontifical à l'usage de Luçon,  enluminure de Jean Fouquet - XVe s. -
 Paris BnF , manuscrit latin 8886 folio 400v.
En 1165, Charlemagne a été canonisé par l'Église sur l’initiative de l’empereur Frédéric Ier Barberousse.   Et enfin, pour terminer, Charlemagne a été également sacralisé par la légende des Neufs Preux, ces chevaliers intègres et héroïques qui incarnaient l'idéal de la chevalerie dans l'Europe à partir du XIVe siècle.

Oriflamme dit "de Charlemagne" , tel qu'on le voit dans la deuxième partie de la vidéo ci-dessus ( armée devant Pavie 773)
Une autre représentation (ancienne carte postale) de cet oriflamme, de couleur verte ; pour les deux, leur réalité  historique est loin de faire l'unanimité.

Karl I der Grosse célébré en Allemagne :
armoiries du Chapitre de la Cathédrale d'Aix-la-Chapelle
reprenant celles attribuées à Charlemagne avec
une croix chrétienne et une aigle en supplément
 Hollantche cronike (extrait) , ~1409 - héraut Beyeren
Ms 179146 fo 12r -  Bibl. Royale Belgique - Bruxelles
affiche de l'Exposition 1925 sur le Millénaire
d'Aix-la-Chapelle
documents philatéliques de la Poste allemande : ci-dessus pour le 1200e anniversaire de la Cathédrale d'Aix-la-Chapelle
ci-dessous : buste reliquaire  de Charlemagne (contient sa calotte crânienne) - trésor de la cathédrale
monnaies commémoratives 1996 et 2000

Charlemagne célébré en France :

Armoiries de la commune de Cormery ( Indre-et-Loire),
 elles-même empruntées à celles de l'ancienne Abbaye de
 Cormery (ci-dessous), fondée vers 791, par Ithier,
chancelier de Charlemagne et abbé de Saint-Martin de Tours
Veüe de l'abbaye et de la ville de Cormery En Touraine a 4 lieües de Tours, et a 5 de Loches // 1699 : 
[dessin Louis Boudan]

chromos du début du XXe siècle , avec des représentations idéalisées par rapport à la vérité historique
timbres de la Zone d'occupation française en Rhénanie à gauche et au centre (1947) et de France à droite (1966)
Eh, oui, on a tous un Charlemagne chez soi !!  avec son vrai nom : Charles
les cartes symétriques ont malencontreusement supprimé le globe, symbole de son pouvoir.
les autres rois sont, je ne vous apprends rien : David, Alexandre et César ,
 soit quatre des Neuf Preux de la légende citée plus haut !!
Pièce en or de la monnaie de Paris frappée en 2011
bloc-feuillet philatélique émis par la Poste en 2015

Carlemany célébré en Andorre : 


Charlemagne célébré aussi ailleurs : 

timbre de Belgique
bloc de la Poste croate (2000) : Karl I Veliki

timbres des Pays-Bas (2007) :  Karel de Grote


un Charlemagne, ça se fume aussi aux U.S.A ! sous le nom de Charles the Great :
ce sont des cigares de la marque  Finck Cigar Company (Texas, tabac originaire du Honduras)



Je vous donne rendez-vous bientôt pour la célébration d'un autre grand monarque français,  dans quelques semaines ...





                       Herald Dick

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