mercredi 30 mars 2022

l'Armorial de La Planche - 1669 - Parlement de Metz - Bailliages de Toul et de Verdun

   S  uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

image d'illustration composée par Herald Dick

    Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Parlement de Metz, et qui est de surcroît le dernier de cet ouvrage. Après le premier chapitre consacré au bailliage de Metz, nous allons cette fois parcourir les autres composantes de l'ancien territoire des Trois-Évêchés, récemment annexé au royaume de France (1648): les bailliages de Toul et de Verdun. Ces dernières étaient comme Metz, des villes libres, à l'époque de leur rattachement à l'Empire germanique. Pour le premier bailliage, c'est en gros le domaine de l’évêché éponyme, lui-même successeur d'un ancien comté féodal de Toul.  De la même manière, le second bailliage correspond au domaine épiscopal des évêques de Verdun, qui ont hérité de l'ancien comté de Verdun, dont la création remonte à l'époque de l'empire carolingien. L'auteur, d'ailleurs, présente chaque chapitre en nommant d'abord les anciens comtés féodaux, les évêchés n'étant mentionnés qu'en seconde position ou plus loin dans le texte.
  Du point de vue géographique et cartographique, ces deux territoires, certes bien distincts, sont tout de même très morcelés, avec même quelques enclaves dispersées, au milieu des possessions des Duchés de Lorraine et du Barrois, que nous découvrirons plus tard, dans un prochain chapitre. De nos jours, nous nous situons, avec ce découpage, sur une grande partie au nord et une petite au sud-est du département de la Meuse, ainsi que dans le sud-ouest de la Meurthe-et-Moselle, débordant également sur quelques communes du département voisin des Vosges. Il est d'ailleurs très difficile de réaliser une cartographie plus précise et exhaustive, car les sources documentaires d'époque sont très imparfaites et parfois se contredisent.
  Voici donc le deuxième chapitre consacré à toutes ces deux entités, réunies en un seul sujet.
      Revenir à l'épisode précédent →

Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :

 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir











  Les fragments de manuscrits proviennent à nouveau du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XVIII  -  Lorraine (BNF Paris)
     et aussi: Armorial Général de France  -  volume X  -  Généralité de Châlons  (BNF Paris)

Toul (Meurthe -et- Moselle)

   Dès le XIVe siècle, on aperçoit le T sur les sceaux de la ville de Toul. Un sceau du tabellionnage (notaires) porte pour légende en lettres gothiques : s - TABELLIONATUS - CIVITATIS - TULLENSIS; dans le champ, une représentation de place forte, enceinte crénelée et flanquée de tours, que domine un beffroi ; l'entrée de la ville est défendue par deux tours, entre lesquelles se voit une porte surmontée d' un écusson chargé d'un T. Les sceaux du XVIIe siècle portent un T d'or sur champ de gueules. On aperçoit encore très distinctement les vestiges d'un T couleur d'or, dans le fronton de l'Hôtel-de-Ville, où les armoiries de Toul étaient incrustées dans la pierre. Les armes de Toul sont encore "de gueules au T fleuronné d'or", dans le Traité des places fortes de France. Tous les auteurs qui ont donné les armoiries de Toul sont d'accord pour le fond, mais ils diffèrent quant aux émaux :  elles sont soit "de gueules, au T fleuronné d'or", soit "d'or au T d'azur" ou encore "d'or au T de sable" en tête d'un inventaire des archives de cette ville, rédigé en 1780. Notre manuscrit ci-dessus décrit un blason "de gueules, au T d'argent, le bas se terminant en fleuron ", celui d'Hozier :  "de gueules, au T d'or, le pied tréflé".
   Dans l’armorial du Saint-Empire, les armes de Toul étaient : "D'or à l'aigle de sable à une seule tête, au vol éployé, chargée en cœur d'un écusson de gueules au T d'or "; ces armoiries étaient usitées du temps que Toul était ville libre et impériale, avant sa réunion à la France. L'aigle à une seule tête indique que Toul était déjà ville libre et impériale avant le XVe siècle, c'est-à-dire avant l'apparition de l'aigle à deux têtes, comme symbole particulier de l'empire d'Allemagne, et par allusion à la réunion de l'empire d'Orient et de l'empire d'Occident.  Cet usage des sceaux à l'aigle de l'Empire fut supprimé, pour les villes de Metz, Toul et Verdun, par un édit de Louis XIII, en 1633. source texte : Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés par Constant Lapaix (1877) - BNF Paris.


Commercy (Meuse)

   Très souvent, on l'a déjà évoqué dans mes sujets précédents, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons toujours la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais. Et son confrère, auteur de l'Armorial Général de France, n'a pas fait mieux: aucune référence à cette ville n'y est recensée. 
    Commercy fut partagée, au Moyen-âge, entre deux seigneuries, le Château Bas, possession des comtes de Sarrebrück, puis des ducs de Lorraine, et le Château Haut,  dont le seigneur portait le titre de "damoiseau". Dans les premières armes de la ville, les trois demoiselles proviennent d'une déformation du mot damoiseau (qui était parfois écrit en vieux français : damoisel, mais désignant bien un jeune homme, d'où la confusion).
Constant Lapaix (auteur du XIXe s. cité précédemment avec son livre référence) reproduit l'image d'un sceau de Commercy du XVIIIe siècle où l’on voit trois demoiselles vêtues de robes, coiffées de cornettes et chaussées de sabots. On retrouve aussi trois demoiselles richement vêtues dans un médaillon en relief sur la cloche de l’Hôtel de Ville (daté de 1721). Mais au début du XXe siècle, les trois demoiselles sont redevenues des damoiseaux, des hommes donc, habillés de longs manteaux, qu'on a même défini comme étant les échevins de la ville (voir → ICI).
   Le chef composé d'un semé de croisettes provient des armes de l'ancienne maison de Commercy (qui, rappelons le, était apparentée aux comtes de Sarrebrück, qui avaient aussi un semé de croisettes dans leur blason, voir → ICI). Le blason de la seigneurie de Commercy portait ainsi, selon les auteurs, ils ne sont pas d'accord: "d'azur semé de croisettes pommetées, au pied fiché d'argent", ou encore :"d'azur semé de croisettes recroisetées, au pied fiché d'argent" (voir ce lien → ICI),  mais aussi: "d'azur semé de croisettes recroisetées d'argent" (voir cette page d'un ancien armorial → ICI).
C'est Robert Louis qui fixa le blason et les armoiries actuelles de la ville de Commercy, en 1957, et qui a choisi les croisettes -pommetées-, au pied fiché d'argent et les trois demoiselles, les filles à la place des garçons ! source informations (en partie) : Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés par Constant Lapaix (1877) - BNF Paris


Vaucouleurs (Meuse)

  Nous pouvons constater que les armoiries actuelles était déjà portées par la ville, avant que Charles d'Hozier, à partir de 1696, lui attribue un autre blason, certainement suggéré par ses échevins locaux, pour rappeler un évènement important de son histoire locale. Ce blason est enregistré dans le volume n°10 de l'Armorial Général de France, consacré à la Généralité de Champagne (Châlons) et non pas dans celui de la Lorraine (n°18). En effet, depuis longtemps, Vaucouleurs est un bastion fortifié avancé du royaume de France, enclavé entre les duchés de Bourgogne, du Barrois et de Lorraine, mais ne faisant partie d'aucuns. Voulant rappeler l'aide que procura la cité, en 1429, à Jeanne d'Arc pour constituer sa toute première (petite) "armée", d'Hozier lui octroya un blason: " parti d'azur à trois fleurs de lys d'or qui est de France et d'azur à une épée d'argent garnie d'or la pointe en haut accostée de deux fleurs de lys d'or et surmontée d'une couronne royale de même qui est de Jeanne d'Arc ". Ce n'est qu'en 1862 que la municipalité reprit le blason primitif.
    Pour terminer, la municipalité de Vaucouleurs, par délibération du 19 décembre 1960, voulant rappeler l’aide apportée à la Pucelle par les Valcolorois au départ de sa mission, décida que les armes de la ville seraient soutenues par les meubles du blason que Charles VII octroya à Jeanne d’Arc et à sa famille. C'est le grand héraldiste Robert Louis qui créa le dessin actuel de ces armoiries.



Verdun (Meuse)

  Les plus anciennes armoiries de Verdun étaient : "D'or, à l'aigle de sable à deux tètes, couronnée, becquée et membrée de gueules"; c'était l'emblème des villes impériales, qui a été supprimé quand celles-ci furent rattachées à la couronne de France. Ainsi, c'est le blason que nous voyons sur ces manuscrits qui fut octroyé à la ville après sa réunion à la France, en 1648. On a simplement remplacé l'aigle de l'Empire par une fleur de lys, symbole du royaume de France et la couronne impériale par une couronne royale, ouverte ou fermée. On trouve encore par ailleurs, d'autres armes de Verdun : "D'azur, à la tour crénelée d'argent", dans l'ouvrage intitulé : Plans des places de guerre du royaume de France..., édition de 1736 (voir livre numérisé → ICI). Le blason à la fleur de lys couronnée restera en vigueur, inchangé, jusqu'en 1898.
  Ce sont aujourd'hui, la cathédrale et les fortifications médiévales qui composent le blason de la ville :   "D'azur à la cathédrale avec quatre flèches, derrière laquelle s'élève un beffroi, entourée de murailles crénelées, le tout d'or (maçonné de sable)". Ce blason reproduit un sceau de 1396 et a été adopté par le conseil municipal de Verdun le 1er août 1898.


Jametz (Meuse)

  L'image du second blason ci-dessus: "D'argent au phare de sable, allumé de gueules", provient de l'Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés, écrit par Constant Lapaix, seconde édition (1877), voir l'exemplaire numérisé → ICI. Il est toujours utilisé par la commune, avec une version modernisée (→ ICI), dont l'aspect logotypé, peu satisfaisant est, disons: acceptable...
  Ce blason fait allusion à une fameuse tour-fanal, dite "Cornica", qui s'élevait à une hauteur extraordinaire au centre du château de Jametz, dont l'enceinte fortifiée était impénétrable aux projectiles du temps. Cette tour, espèce de phare de dimension cyclopéenne, qui pendant plusieurs siècles, fit l'admiration de nos aïeux, était surnommée Cornica, c'est-à-dire forte, dominatrice et puissamment lumineuse : elle figurait dans les premières armes de la ville et sur le sceau de son bailliage.  Cette citadelle bien fortifiée a changé souvent de propriétaires. Pour faire court, la ville fut cédée par Charles IV, duc de Lorraine, au roi de France Louis XIII en 1641, et son successeur Louis XIV la donna au Prince de Condé en 1648. Ses fortifications furent finalement démantelées en 1673. Et donc : plus de château, plus de tour-fanal sur le terrain !
   Le blason que La Planche nous propose est lui complètement différent : "Parti d'azur et de gueules, au demi-vol d'argent brochant" et son origine est assez obscure. Constant Lapaix, dans la première
édition de son Armorial des villes de Lorraine (1868) le mentionne. Il prétend que "ce blason est celui qui se trouve représenté sur l'écusson que porte le député de Jametz à l'entrée d'Henri II, en 1608". Et il rajoute qu'il ne faut pas confondre ces armoiries, "assez insignifiantes en elles-mêmes", avec celles des anciens seigneurs de Jametz, qui portaient : "D'azur, à trois fasces d'argent, au franc quartier de gueules". source documentaire : Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés par Constant Lapaix (1877) - BNF Paris


Montmédy (Meuse)

   Les anciennes armoiries de Montmédy, données par Stemer (dans son "Traité du Département de Metz", 1756), étaient : "Parti de Los et de Chiny : au premier burelé de gueules et d'argent de dix pièces ; au second d'azur semé de croisettes d'or, aux deux truites adossées d'argent, mises en pal et brochant sur le semé; l'écu surmonté d'une tour d'or ". Elle sont reproduites → ICI.  Ces armoiries sont encore représentées de la même façon sur un sceau qui existe au musée de Verdun. En effet Montmédy, anciennement: Mons Medius, était autrefois la capitale du comté de Chiny et les historiens prétendent que ce fut Arnould III, comte de Los et Chiny, qui édifia le château. Elle passa par la suite sous la domination des ducs de Luxembourg. Assiégée en 1657 par Vauban, sous les yeux du jeune roi Louis XIV en personne, Montmédy dut se rendre et devint française en 1659 par le traité des Pyrénées. Le roi de France lui donna alors les armes actuelles et la fit fortifier par Vauban. C'est ainsi que Charles d'Hozier les enregistre dans son Armorial Général de France (1696) : "D'azur, à une ville d'or bâtie sur une montagne de sinople, chargée en pointe d'un écusson d'or, couronné de même et surchargé d'un lion de sable". source documentaire : Armorial des villes, bourgs et villages de la Lorraine, du Barrois et des Trois-Évêchés par Constant Lapaix (1877) - BNF Paris

 


[_)-(_]



D'autres villes ou lieux sont juste décrits par le texte :

• Pour le bailliage de Toul,  sans blason ni mention s'y rapportant :
 Pagney ( Pagny-sur-Meuse).

• Pour le bailliage de Verdun,
 - avec un contour de blason vide, sans description, comme celui de Montmédy:
Clermont (-en-Argonne), Stenay, Dun (-sur-Meuse), Damvillers, Marville, Varennes (-en-Argonne).

  # cependant, quelques années plus tard, deux villes (en gras, ci-dessus), ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France.  Ces blasons sont pour le premier, une invention de Charles d'Hozier, remplacée plus tard par un blason parti de Luxembourg et de Clermont, et le second, presque identique dans version moderne avec un parti de Luxembourg et de Barrois :

 

Damvillers (Meuse)


Marville (Meuse)

 

# enfin, pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter cette dernière ville qui, malgré son enclavement en duché de Lorraine, entre Nancy et Pont-à-Mousson, appartenait au domaine de l'évêque de Verdun et donc dépendait du bailliage éponyme. Hélas son blason est aussi et encore une invention de Charles d'Hozier !
Dieulouard

 

Dieulouard
(Meurthe -et- Moselle)

 

A bientôt pour une nouvelle série ...→ ICI

 

Crédits :

les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/  ou :
- gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97841009


les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111469d/f1.item
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111464h/f2.item

   

  

             Herald Dick  

.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire