jeudi 6 mai 2021

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Provence (additions) - les comtés d'Avignon, de Venaisse et la Principauté d'Orange

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

  Nous arrivons à la fin du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Provence. Dans les six précédents articles de mon blog, nous avons parcouru l'ensemble des 9 sénéchaussées composant cette région administrative de Provence durant l'Ancien régime, découpée par l'auteur du manuscrit en cinq chapitres.  Et voici que celui-ci nous propose pour terminer l'évocation de la Provence,  des "additions", selon ses propres termes, évoquant d'anciennes (très anciennes, car antérieures au XIIIe siècle) dépendances de la Provence (Comté ou Marquisat ).  Il s'agit de trois territoires souverains à l'époque:  la ville-état d'Avignon, ex-cité des Papes, le Comtat Venaissin et la Principauté d'Orange, les premiers sont des possessions des États pontificaux de l'Église, et le dernier, un micro-état indépendant appartenant à la puissante maison princière d'Orange régnant aux Pays-Bas et même un temps sur le Royaume-Uni.
   Mais voilà, depuis longtemps, les rois de France successifs ont convoité ces terres enclavées dans le royaume, entre Languedoc, Dauphiné et Provence. Et notre cher roi Soleil Louis XIV, en conquérant insatiable, les a même fait occuper plusieurs fois par ses troupes (en 1663, 1668, 1673, 1679, 1687-1688, 1690 et 1697), sous divers prétextes, en vue de les soumettre et les annexer au royaume, mais finalement sans succès. Les adversaires: la Papauté ou les Princes d'Orange ont obtenu gain de cause dans les traités internationaux, et ainsi pu garder pour un moment encore, leurs précieuses possessions. Malgré cela, Pierre de La Planche a voulu honorer son roi, et s’est avancé politiquement, en considérant que ces petits pays étaient quasiment français, au moins de cœur ou de tradition. Il suffit de lire comment il les décrit dans le préambule du chapitre "additionnel", ci-dessous.  Tout cela fait de cet article une curiosité historique et géopolitique intéressante sur cette période, pour les amateurs d'achéo-héraldique territoriale et les historiens. C'est un peu comme à notre époque, avec la Russie de Poutine quand elle a annexé la Crimée en 2014.

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   Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :

 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir 
 










 Les fragments de manuscrit proviennent à nouveau du Volume II de l'armorial de La Planche.
Mais cette fois, à la différence de tous les autres précédents chapitres: je ne pourrais mettre aucun extrait équivalent provenant de l'Armorial Général de France (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, pour enrichir l'étude. Car, en effet, à cette époque, comme je l'ai déjà mentionné plus haut : ces territoires (la ville-état d'Avignon, le Comtat Venaissin et la Principauté d'Orange) n'étaient pas français. Le recensement des armoiries s'y rapportant et surtout, le prélèvement de la contribution fiscale pour le compte des finances du royaume de France auraient de fait été illégaux. 
 
    Pendant l'Ancien Régime, le Comtat Venaissin appartint au Saint-Siège (depuis le traité de Paris de 1229), tout comme Avignon (depuis son achat à Jeanne Ière d'Anjou, reine de Naples et comtesse de Provence, en 1348). La principauté d'Orange était indépendante jusqu'à son annexion au Dauphiné en 1731. Sault, Apt, Pertuis, étaient, nous l'avons vu dans les chapitres précédents, en Provence, tout comme Mondragon.
   Avec la création des départements français, sous la Révolution, en 1790, Orange, Apt, Pertuis et Mondragon sont réunis au département des Bouches-du-Rhône, alors que le district de Carpentras, dit de l'Ouvèze, est rattaché à la Drôme.
   Le 25 juin 1793, le département de Vaucluse est créé, et regroupe désormais les districts d'Avignon, de Carpentras, Orange et Apt. source texte : jean.gallian.free.fr/comm2/villes/vaucluse.html

Avignon (Vaucluse)
   
  Les armoiries d'Avignon ont été adoptées en 1348, après que le pape Clément VI ait acheté la cité à Jeanne d'Anjou, reine de Naples. Les trois clefs évoquent l'emblème de la Papauté, qui comprend deux clefs passées en sautoir, et le nombre de trois rappelle que la ville d'Avignon était alors gouvernée par trois syndics ou consuls.
   Les premiers symboles municipaux remontent au XIIe siècle et aux sceaux utilisés par la chancellerie épiscopale. Ceux-ci présentaient d'un côté la figure de l'évêque d'Avignon, et de l'autre celle du saint empereur romain. La figure de l'empereur fut remplacée au XIIIe siècle par une aigle, emblème du Saint-Empire romain germanique. Les consuls de la ville étaient moins favorables à l'Empire que les autorités religieuses, et ils utilisèrent plutôt l'image du faucon gerfaut, moins agressive. Au XVe siècle, des gerfauts furent réintroduits en tant que supports à l'écu, sur demande de la population auprès du pape. source texte : fr.wikipedia.org/wiki/Avignon#Symboles_de_la_ville



Carpentras (Vaucluse)

  Selon la légende, la mère de l'empereur Constantin, qui n'est autre que Sainte Hélène aurait fait forger un mors pour le cheval de son fils avec un clou de la croix du Christ. Conservé à Sainte-Sophie de Constantinople, le saint mors en disparut lors du pillage de la ville par les croisés en 1204... pour réapparaître dès 1260 à Carpentras dans la cathédrale de Saint Siffrein (XIIIe siècle), comme relique. Il est ainsi devenu l’emblème héraldique des évêques de Carpentras puis de la ville depuis cette date. Le blasonnement complet est d'ailleurs : " De gueules, à un mors antique de cheval d'argent, dont le milieu est forgé d'un des clous de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ".
 
 
 
 
Cavaillon (Vaucluse)

  L'édifice de gauche est un campanile, une tour de clocher. Ces deux tours représentent donc l'une à dextre, le pouvoir de l'évêque du lieu (l'évêché de Cavaillon a été supprimé le 29 novembre 1801), et celle de senestre, qui est crénelée, le pouvoir seigneurial.
 
 
 
Vaison - la - Romaine (Vaucluse)
deux variantes récentes des armoiries

    Le  blason de Vaison était donc déjà bien identifié dès le milieu du XVIIe siècle. Il pourrait s'agir d'armes parlantes: vase / Vaison.  L'association des couleurs étant souvent fautive, il y eut plusieurs variations d'émaux, au cours de l'histoire, selon les époques. De même la "tige" de la croix émergeant du vase n'est pas toujours présente.



Bollène (Vaucluse)

    Les tours et la muraille symbolisent la cité, la municipalité. La clé d’or représente l’autorité que l’Église tient de Dieu pour pardonner les péchés, la clé d’argent symbolise la connaissance que le prêtre doit avoir des âmes des pécheurs et des lois. On retrouve cette symbolique de couleurs des clés dans les armes du Saint-Siège. source infos : www.ville-bollene.fr/ville-de-bollene-presentation/


L'Isle -sur- la - Sorgue
(Vaucluse)

   Selon toute vraisemblance, les armoiries actuelles ont pris corps au milieu du XIVe siècle et ont une origine et une symbolique plutôt inhabituelle. Elles se décomposent ici en deux éléments :
– L’Eau qui représente la rivière Sorgue, l’élément vital pour les pêcheurs. L’histoire de la cité ne saurait s’écrire sans elle.
– Le Feu de Saint-Antoine (la flamme rouge) qui est un rappel de la prière ardente des Islois faite à Saint-Antoine, le Père du désert, lorsque sévissait la maladie épidémique que nous appelons aujourd’hui « zona » et que nos anciens surnommaient « la ceinture de feu de Saint-Antoine» quand elle se manifestait autour de la taille. Cette maladie régnait déjà sur le petit hameau de pêcheurs au IVe et Ve siècle. Ce rappel semble être dû à l’insistance des chanoines de la Collégiale Notre-Dame des Anges. source texte : islesurlasorgue.net/breve-histoire/les-armoiries-de-la-ville/
  À noter que, selon d'autres sources historiques et documentaires, le " Feu de Saint-Antoine " était le plus souvent une terrible maladie due à un poison: l'ergot de seigle, un parasite des céréales qui après leur consommation, humaine ou animale, provoquait des douleurs insupportables comme des brûlures et des gangrènes entrainant le plus souvent la mort.


Valréas, enclave des Papes
(Vaucluse)

    Très souvent, on l'a déjà évoqué dans mes sujets précédents, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons toujours la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais.
 Les armoiries de Valréas dateraient du milieu du XVIe siècle.  Malgré l'appartenance de la cité aux  États pontificaux, les clés du blason n'ont pas de rapport avec les armes de la Papauté. Selon les informations de sites spécialisés (voir → ICI), les différentes figures du blason proviendraient des armoiries de différentes familles ayant eu un lien avec l'enclave des Papes : croissant des Chamaret et des Darut de Grandpré, clefs des Claret de Truchenu, et de Simiane. source informations : jean.gallian.free.fr/comm2/villes/valreas.html
 
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  D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant : Pont de Sorgues (= aujourd’hui : Sorgues ),  Mornas, Caderousse, Piolenc, Bédarrides.

 

 🟠 Et pour terminer voici le septième et dernier chapitre, consacré au pays de l'ancienne Principauté d'Orange, un état encore souverain et indépendant en 1669, mais pour peu de temps encore.

Orange (Vaucluse)

  A l'origine des Princes d'Orange, il y eut le légendaire comte Guillaume au Court Nez, qui fut l'un des compagnons de Charlemagne, célébré dans les chansons de geste du Moyen-âge. Le cornet ou cor de chasse, sur le blason lui rend hommage, il est tiré de de son surnom, en forme d'armes parlantes par jeu de mots (court nez / cornet). Les premiers Comtes d'Orange apparaissent dans les chroniques au XIe siècle : Raimbaud II, compagnon de Godefroy de Bouillon lors de la deuxième croisade se couvre de gloire en Terre Sainte et entre à Jérusalem.
  En 1163, l'Empereur Frédéric Barberousse élève Orange au rang de Principauté. Par le jeux des successions, la Principauté passe dans la maison des Princes des Baux (1150-1393), héritière également de la principauté germanique de Nassau, puis dans la Maison de Châlon et enfin en 1544 dans la maison de Nassau.
  En 1544, Guillaume Ier de Nassau, dit le Taciturne, Prince d'Orange devient "Stathouder" des Pays-Bas. Il est considéré comme le fondateur de la nation néerlandaise. Sous son règne, Orange devient un foyer de la Réforme en Provence. En 1620, Maurice de Nassau érige une grande forteresse sur la colline Sainte Eutrope. Il ne reste quasiment rien de cette formidable forteresse, détruite à la fin du XVIIe siècle par la volonté de Louis XIV. Les ruines sont depuis longtemps couvertes par un joli parc arboré, lieu de promenade qui offre un magnifique panorama sur Orange et ses environs.
   Le conflit entre Guillaume III de Nassau et Louis XIV entrainera le rattachement de la Principauté au royaume de France (traité d'Utrecht en 1713). Elle sera finalement annexée au Dauphiné en 1731.
  La famille de Nassau gardera le titre honorifique de princes d'Orange, toujours porté par les souverains des Pays-Bas, jusqu'à aujourd'hui. C'est pourquoi l'orange est aussi la couleur nationale, portée par l'équipe de football, et dans d'autres sports également.
  Enfin, concernant les armoiries propres à la ville, les oranges sont naturellement des armes parlantes, en rapport avec le nom de la ville, qui est un dérivé de Aurenja, lui même issu de Arausio, le nom latin de la ville. source documentation : www.horizon-provence.com/orange-provence/


Courthézon (Vaucluse)

  Les armoiries de Courthézon, que La Planche ne connaissait pas, comme nous pouvons le constater sur la notice de son manuscrit, auraient été concédées au XIVe siècle par les Princes d’Orange, d'où la figure du cornet, ici encore, mais avec des émaux différents de ceux de la maison d'Orange. source informations: vexil.prov.free.fr/rhone et ouveze/rhone_ouveze.html

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  D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant : Jonquières, Gigondas.



A bientôt pour une nouvelle série et ...
 une nouvelle région...

 
Crédits :

les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/

 

 💶 Appel au mécénat ou aux généreux donateurs :
 Au cours d'échanges d'informations avec les responsables de la Bibliothèque du Musée Condé, au sujet du manuscrit, il m'a été rapporté que l'ouvrage de Pierre de La Planche n'est actuellement plus exposé ni mis à disposition des visiteurs. En effet, les deux volumes du manuscrit sont en mauvais état : "la couverture", ce que l'on nomme dans le métier: les plats de reliure, sont soit partiellement,soit totalement détachés du manuscrit, ce qui nuit à sa conservation. La reliure étant en effet là pour maintenir et protéger le manuscrit.
  Si des personnes ou des entreprises sont intéressées, en mode mécénat, pour participer à la prise en charge de la restauration de ces précieux ouvrages, qu'elles prennent contact pour les modalités, avec les bibliothécaires à cette adresse mail  : bibliotheque@domainedechantilly.com
ou sinon m'écrire à : heraldexpo@orange.fr et je transmettrai à ma correspondante privilégiée.


             Herald Dick  
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