jeudi 15 avril 2021

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Provence - Sénéchaussée d'Arles

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

  Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Provence. Après les premiers chapitres consacrés aux sénéchaussées d'Aix, de Brignoles, de Marseille, de Toulon, de Draguignan, de Grasse, de Digne et de Forcalquier,  nous bouclons le tour de l'ancienne province de Provence avec une dernière sénéchaussée, celle d'Arles.    Ce territoire, spécifique au découpage administratif de l'Ancien régime, abrogé sous la Révolution, correspond à la partie ouest du département actuel des Bouches-du-Rhône, formé lui en 1790. Il est délimité à l'ouest par le Rhône et la Camargue, au sud par la côte méditerranéenne au nord par la Durance, et à l'est par le pays de Salon et l'étang de Berre. À cette zone géographique bien groupée et cohérente, l'auteur du manuscrit a rajouté en fin de chapitre deux enclaves extérieures (ce sont donc en fait des exclaves), rattachées jadis à l'ancien comté de Provence et placées sous la juridiction de la ville d'Arles: ce sont les petits territoires de Mondragon (dans l'actuel Vaucluse) et de Grignan (dans l'actuelle Drôme), deux cités castrales logées plus au nord, coincées entre le Languedoc et le Rhône, le Comtat Venaissin, la Principauté d'Orange et le Dauphiné.  
Voici donc le cinquième chapitre :

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 Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :

 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir :



 

 

 

 

 

  Les fragments de manuscrits proviennent à nouveau du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XXIX  -  Provence 1ère partie  
       Armorial Général de France  -  volume XXX  -  Provence  2e partie  (BNF Paris)
 
 
 
Arles (Bouches -du- Rhône)

  Le blason actuel d’Arles se base sur l'interprétation de plusieurs références historiques, avec une figure principale initiale: le lion, telle que nous la voyons, seule, sur nos manuscrits, à laquelle s'est greffée bien plus tard, d'autres accessoires complémentaires évocateurs.
  Arles tire son nom et son origine de l'époque antique (Colonia Iulia Paterna Arelate Sextanorum). La ville connut une grande prospérité durant l'époque des Romains. César y implanta en 46 après JC les vétérans de ses légions : d'où l'évocation par l'étendard romain tenu par le lion. L'empereur Constantin fit d'Arles une des capitales de l'Empire romain (mention latine : CIVitas ARELatensis). C’est le premier âge d’or de la "petite Rome des Gaules" qui sera un grand centre religieux des premiers temps de la Chrétienté. De cette période, le blason de la ville a gardé le monogramme du Christ (PX) au sommet de la bannière (plus exactement nommée labarum) portée par le lion. Enfin, le lion d'Arles serait pour certains auteurs, une référence au lion de Saint Marc, emblème de la République de Venise avec laquelle la cité-état des XIIe/XIIIe siècles aurait été liée par un traité d'alliance. Mais cette hypothèse est invérifiable, faute de preuves documentaires tangibles.
   En vérité, la ville d'Arles, se dote d'armoiries vers les années 1180. Elles apparaissent sur les sceaux des Consuls du Vieux Bourg durant la période de la République d'Arles. Ces sceaux de plomb portaient d'un côté: la figure d'un lion passant contourné, queue passée entre les membres postérieurs et relevée, patte avant gauche relevée, et sur l'autre face : une muraille maçonnée et crénelée à trois tours, celle du milieu plus élevée, avec deux devises en latin inscrites en cercle.
  Par la suite, après le rattachement de la ville au Comté de Provence, en 1252, le lion arlésien a une représentation particulière: l'animal est assis avec la patte dextre (droite) levée et sa tête est vue de face. Il est souvent figuré d'or sur un écu d'argent (blanc), jusqu'au XVIIe siècle, ce qui est incorrect et rare selon l'usage héraldique, prohibant l'usage du "métal sur métal" ou de la "couleur sur couleur".  Nos deux manuscrits de la fin du XVIIe siècle montrent la correction faite, avec un lion d'or sur champ d'azur.
   Sous la Révolution, l'usage des armoiries est aboli. Mais peu de temps après, elle sont remises en vigueur durant le Premier Empire, et la municipalité d'Arles, en 1809 selon certaines sources, en 1813 selon d'autres, reçoit à sa demande, par lettres patentes de nouvelles armoiries dites "des villes de seconde classe" avec le lion assis d'or sur champs d'azur et  l'apparition de l'enseigne romaine (labarum) surmontée d'un chrisme et ornée des initiales « CIV-AREL » (CIVitas ARELatensis) tenue par la patte droite du lion. En 1816, avec la Restauration, les armoiries de l’Ancien régime sont rétablies, mais avec une fleur de lis d'or dans le canton supérieur dextre remplaçant le N majuscule et l'étoile d'or, symboles de l'Empire, et le labarum est supprimé. Durant la Monarchie de Juillet (1836) la ville choisit de revenir aux armoiries portées à l'époque napoléonienne, mais sans la marque des villes de seconde classe, le N majuscule et l'étoile. C'est le blason que nous connaissons aujourd'hui. sources infos : vexil.prov.free.fr/pays d'arles/pays d'Arles.html et www.patrimoine.ville-arles.fr/images/document/lion-arles-archives.pdf

cliquer sur le lien ci-dessous pour lire la suite :

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Tarascon (Bouches -du- Rhône)

   Le blason date du XVe siècle et fut accordé à la ville par "le bon roi René", Duc d'Anjou et Comte de Provence à partir de 1434.
  La partie supérieure est une représentation de la forteresse édifiée sur la rive gauche du Rhône à partir de 1400 par Louis II d'Anjou, et transformée en palais Renaissance par le roi René.
  La partie inférieure fait référence à la légende de la Tarasque. Ce monstre, amphibien à six pattes, vivait sur les berges du Rhône et terrorisait les habitants de la région, entre Arles et Avignon. On raconte que douze jeunes gens partirent à sa recherche pour la tuer. Seuls six rescapés, fous de terreur, revinrent au village, mais la bête continua ses méfaits. Un jour, une jeune femme nommée Marthe, tout de blanc vêtue, arriva au village et proposa aux habitants de les débarrasser de la bête. Guidée par sa foi chrétienne, Marthe s’approcha de la Tarasque, la dompta en l’aspergeant d’eau bénite et en lui montrant la croix, obtenant sa soumission. Elle réussit à lui passer une laisse au cou, et la ramena aux villageois. Ces derniers, encore hantés par la terreur pour cette créature, se ruèrent sur la bête, et la tuèrent..
  Depuis ce jour, la ville de Tarascon célèbre cette délivrance, chaque année le jour de la Pentecôte et pour la Sainte Marthe. Des habitants se glissent dans la peau de la bête terrassée et lui font parcourir les rue de la ville. Aujourd'hui, on peut raisonnablement interpréter cette vieille croyance populaire comme une allusion à la destruction du paganisme par le christianisme. source infos : quaranta1.chez-alice.fr/ecussons/provence_alpes_cote_d_azur/tarascon.html


Salon -de- Provence
(Bouches -du- Rhône)

 Comme nous pouvons le vérifier ici, le blason de la ville a changé plusieurs fois au cours de l'histoire de la ville.
 Le lion apparut en 1537, quand le roi François Ier accorda à la cité ses armoiries : " un lyon rampant de gueulles en champ d'or, portant sur son pié dextre une fleur de lys d'azur". La fleur de lis fait naturellement référence à la royauté.
  En 1564, le roi Charles IX et sa mère Catherine de Médicis firent modifier les armoiries qui devinrent : "d'or au léopard rampant ou lionné de sable tenant entre ses pattes, sans le toucher, un écusson d'azur chargé d'une fleur de lys d'or". Ces armes ne furent pourtant pas celles enregistrées dans l 'Armorial Général de France, en 1696 et la commune produisit un nouveau blasons où ne figurait plus qu'une fleur de lis de gueules sur champ d'or, et en excluant le lion. Mais plus tard , la ville, reprit les armes qui lui avaient été concédées par l'édit de 1537. Ce sont celles qui sont encore aujourd'hui le symbole de la ville, le léopard initial étant désormais désigné comme un lion. source infos : quaranta1.chez-alice.fr/ecussons/provence_alpes_cote_d_azur/tarascon.html , www.salondeprovence.fr/index.php/histoire-et-patrimoine et Armorial des communes de Provence, de Louis de Bresc (1866).


Les Baux -de- Provence
(Bouches -du- Rhône)

  La commune a repris les illustres armes de ses anciens maîtres : les seigneurs des Baux qui prétendaient descendre du roi mage Balthazar. Aussi prirent-ils pour emblème l'étoile de la nativité à seize branches. La lignée directe s'est éteinte vers la fin du XVe siècle.


Saint - Rémy -de- Provence
(Bouches -du- Rhône)

   Très souvent, on l'a déjà évoqué dans mes sujets précédents, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons toujours la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais.
  Saint-Rémy est une ancienne ville comtale, c’est-à-dire dépendant directement du prince souverain, sans pouvoir être aliénée par lui. C’est de là que proviennent les armoiries de la cité, découlant des armes de Raymond- Bérenger de Barcelone, comte de Provence. En chef figurent les fleurs de lys de France, symbolisant le rattachement de la ville et du Comté de Provence en 1481.


Mondragon (Vaucluse)

  Conséquence de son appartenance à l'archevêque d'Arles, accordée par l'empereur du Saint Empire Conrad II en 1114, la seigneurie de Mondragon et son territoire enclavé entre le Dauphiné, le Languedoc, le Comtat Venaissin (ou Comté d'Avignon) et la Principauté d'Orange est désignée comme "terre adjacente du Comté de Provence", malgré son isolement géographique. C'est ce que nous relate l'auteur du manuscrit au début de sa note descriptive ci-dessus.
  Il apparait donc que la figure du monde (globe surmonté d'une croix) remonte à la période de l'Ancien régime. Mais quelle peut être son origine: ce point n'est pas vraiment documenté. Je me risquerai quand même à une hypothèse. En effet l'écu des armoiries est supporté par deux dragons affrontés, il pourrait donc s'agir d'armes parlantes : Monde + dragon = Mondragon.   


Grignan (Drôme)

  Le blason de Grignan reprend les armes des Adhémar, très ancienne famille de la noblesse du Dauphiné, dont une branche cadette: les Adhémar de Grignan, vont acquérir la seigneurie de Grignan en 1239. Pour assurer la sécurité de leurs terres, les seigneurs de Grignan obtiennent du comte de Provence, en 1257, le titre de "terre adjacente de Provence" pour leur territoire, malgré son enclavement entre les terres du Dauphiné et celles du Comtat Venaissin, leur donnant privilèges ainsi qu'autonomie fiscale et judiciaire. À la fin du XIIIe siècle, la seigneurie devient une baronnie, puis est érigée en comté à partir de 1558 .


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D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant : 

Abbaye de Montmajour (commune d'Arles), Les Trois Maries (= les Saintes-Maries-de-la-Mer)
 
 # cependant, quelques années plus tard, un établissement religieux et une ville ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France. Certains blasons sont toujours d'actualité, à quelques petits détails près :

Abbaye de Montmajour,
près d'Arles (Bouches -du- Rhône)

Saintes - Maries - de - la - Mer
(Bouches -du- Rhône)


# enfin, pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières localités qui dépendaient de cette sénéchaussée, devenues aujourd'hui des communes importantes, et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
Maillane, Graveson, Barbentane, Châteaurenard, Noves, Orgon, Sénas, Miramas et Istres.

 et leurs blasons respectifs sont, à quelques détails ou brisures près, toujours d'actualité :

Maillane
(Bouches -du- Rhône)

Graveson
(Bouches -du- Rhône)

Barbentane
(Bouches -du- Rhône)

Châteaurenard
(Bouches -du- Rhône)

Noves
(Bouches -du- Rhône)

Orgon
(Bouches -du- Rhône)

Sénas
(Bouches -du- Rhône)

Miramas
(Bouches -du- Rhône)

Istres
(Bouches -du- Rhône)


   Un très grand nombre d'autres bourgades de la région, nommées simplement "communauté des habitants du lieu de..." (Com. des Hãns du lieu de...), dans les registres de l'Armorial Général de France, ont été identifiées et enregistrées avec des armoiries souvent authentiques, car transmises par les représentants légaux de ces villages, mais quelquefois attribuées d'office par défaut. Il serait fastidieux de les lister toutes ici, d'autant que certaines localités ont été absorbées par les nouvelles communes constituées après la Révolution. Toutefois vous pouvez vous amuser à les rechercher dans les ouvrages numérisés chez Gallica, dont je donne les liens ci-dessous, et accessoirement aussi dans les très intéressantes fiches listées département par département sur le site : armorial de france.fr


A bientôt pour une nouvelle série ... → ICI


Crédits :

les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111476m/f2.item
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1114770/f2.item

 💶 Appel au mécénat ou aux généreux donateurs :
 Au cours d'échanges d'informations avec les responsables de la Bibliothèque du Musée Condé, au sujet du manuscrit, il m'a été rapporté que l'ouvrage de Pierre de La Planche n'est actuellement plus exposé ni mis à disposition des visiteurs. En effet, les deux volumes du manuscrit sont en mauvais état : "la couverture", ce que l'on nomme dans le métier: les plats de reliure, sont soit partiellement,soit totalement détachés du manuscrit, ce qui nuit à sa conservation. La reliure étant en effet là pour maintenir et protéger le manuscrit.
  Si des personnes ou des entreprises sont intéressées, en mode mécénat, pour participer à la prise en charge de la restauration de ces précieux ouvrages, qu'elles prennent contact pour les modalités, avec les bibliothécaires à cette adresse mail  : bibliotheque@domainedechantilly.com
ou sinon m'écrire à : heraldexpo@orange.fr et je transmettrai à ma correspondante privilégiée.

 

             Herald Dick  
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