dimanche 19 août 2018

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Languedoc - le pays du Vivarais

S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

 Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Languedoc. Après la Sénéchaussée de Toulouse, le pays de l'Albigeois et du Castrais, les Sénéchaussées du Lauragais, de Carcassonne, de Béziers, de Montpellier, de Nîmes, puis le pays du Gévaudan nous abordons le neuvième chapitre consacré au pays du Vivarais.
   Le territoire de cet ancien Comté de "Vivarez", et ancienne province, abrogée sous la Révolution, a servi de base pour former le département de l'Ardèche. Seul, le canton de Pradelles, situé au sud-ouest, à la frontière avec le Velay et le Gévaudan, fut rattaché au département de la Haute-Loire. À l'inverse, au sud, quelques communes de l'Ardèche actuelle dépendaient de la sénéchaussée de Nîmes (Beaulieu,  Berrias, Chandolas, Saint-André de Cruzières, Saint-Sauveur de Cruzières, Banne, les Vans).
 Si de nos jours, le Vivarais et donc l'Ardèche, sont liés à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, il n'en était pas de même sous l'Ancien régime; à cette époque, cette province dépendait des États du Languedoc.

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Département de l'Ardèche
Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir 
















  Les fragments de manuscrits proviennent cette fois du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XIV  -  Languedoc 1ère partie  
       Armorial Général de France  -  volume XV  -  Languedoc  2e partie  (BNF Paris)

Viviers (Ardèche)

 La petite ville de Viviers, au bord du Rhône, fut un important évêché, et ses évêques étaient des seigneurs ecclésiastiques de la région, qui prit le nom de Vivarez / Vivarais.
Dans l'Armorial des États de Languedoc par Denis-François Gastelier de La Tour, édité en 1767 (voir → ICI), les armes de la ville sont différentes, représentées par un "semé de France".



Annonay (Ardèche)

  Il est généralement convenu que l'échiqueté "d'or et de gueules" découle des armes des premiers seigneurs d'Annonay, de la maison de Roussillon (voir → ICI). Toutefois les armes de cette famille d'ancienne chevalerie varient selon les sources et les lignées : échiqueté , "d'or et de gueules" ou "d'argent et d'azur" ou "d'or et d'azur" , brisé d'une bordure de gueules, etc... Au XVIIe siècle une autre maison, les Lévis-Ventadour ont reçu cette seigneurie érigée en marquisat et les Ventadour, d'origine limousine ont aussi des armes "échiqueté d'or et de gueules" ! Il semble que La Planche ait pris cette option des Ventadour pour la cité d'Annonay, si l'on prend en compte de nombres de carrés, mais cette hypothèse est donnée sans certitude.



Villeneuve -de- Berg 
(Ardèche)

 Le blason se réfère à la fondation de la ville en 1284, comme une "copropriété" indivise du Roi de France (représenté par les fleurs de lys) Philippe III le Hardi, fils de Saint Louis, qui trouve là l’occasion d’affirmer son autorité sur les terres occitanes, et des moines cisterciens de Mazan (d'où la crosse d'abbé) venus créer une « grange » en terre plus clémente, mais où bientôt leur sécurité était menacée. Il furent mis ainsi sous la protection royale, avec une exemption d’impôts et puis arrivèrent officiers royaux, commerçants et artisans.  source infos :  http://www.villeneuvedeberg.fr/



Tournon -sur- Rhône 
 (Ardèche)

  Nous avons ici des armes parlantes. Comme souvent les émaux du champ ont changé au cours du temps.


Aubenas (Ardèche)

  Le père de La Planche nous donne pour cette ville un blason inédit, d'azur, chargé du monogramme du Christ : IHS et celui de Marie : MA, en lettres d'or, surmonté d'une couronne d'or aux perles d'argent.
  Blason actuel : le premier quartier symbolise l'activité commerciale de la ville; dans le second quartier le murier évoque l'industrie du ver à soie dans la région; le troisième quartier reprend les armes de la maison des Montlaur, seigneurs du Moyen Age; enfin le quatrième quartier se rapporte au château médiéval et aux fortifications de la cité. La bordure d'or chargée d'écussons d'azur reprend celle des armes de la province du Vivarais et représente les huit anciennes baronnies qui composaient le pays au XVIIe siècle.


Bourg - Saint-Andéol 
(Ardèche)

 Explication de ces armes :  Le couteau qui s'est transformé au cours du temps en un badelaire au style plus oriental, symbolise l'objet de la mise à mort qui mit fin au martyre de saint Andéol en 208 ap. J.C. Les bourdons (bâton de pèlerins) représentent l' affluence des pèlerins à son tombeau dans l'abside de l'église romane du lieu, et la dévotion envers lui.


Joyeuse (Ardèche)

  La petite ville était siège d'une baronnie au Moyen-âge et son nom est devenu celui d'une célèbre famille de Joyeuse , branche des Châteauneuf-de-Randon, à la fin du XVIe siècle. En retour la commune a repris les armoiries originelles de cette famille, avec une petite brisure : les trois pals d'azur sur champ d'or sont devenu un "palé d'or et d'azur". Le dessin de La Planche semble erroné, avec les émaux inversés, ou bien il s'agissait d'une première proposition de brisure, qui sait ?
  Pour l'explication sur la présence des trois hydres à sept têtes en chef, je vous renvoie à ce lien → ICI.



Privas (Ardèche)

  Très souvent, on l'a déjà vu, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais.
  Blason actuel : le chêne englanté rappelle "le droit de glandage" (le prélèvement des fruits du chêne pour nourrir les porcs) que la ville détenait sur les forêts avoisinantes. Le chef aux fleurs de lys est apparu durant le règne de Louis XIII.



[_)-(_]


D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte :

- avec un contour de blason vide, et sans description comme pour Privas :  Largentière.

- sans blason ni mention s'y rapportant :  Abbaye de Mazan (à Mazan-l'Abbaye), La Voulte (-sur-Rhône), Andance, Saint-Agrève, Le Cheylard, Pradelles (dept. de la Haute-Loire), Cruas, Vallon (-Pont-d'Arc).

  Il semble qu'aucune de ces communes n'ait été répertoriée ni blasonnée dans l'Armorial Général de France en tant que communauté d'habitants.


# mais pour revenir avec l'Armorial Général de France, on peut néanmoins rajouter ces quelques localités d'Ardèche qui dépendaient à priori de cette circonscription du Vivarais, devenues aujourd'hui des communes, mais qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
Limony, Charmes-sur-Rhône, Vinzieux, Félines, Peyraud, et Serrières.

et leurs blasons respectifs fabriqués à la chaîne par d'Hozier (voir → ICI),  mais qui sont toujours d'actualité (sauf pour Serrières).


Limony (Ardèche)

Charmes-sur-Rhône
 (Ardèche)

Vinzieux (Ardèche)

Félines (Ardèche)

Peyraud (Ardèche)

Serrières (Ardèche)




A bientôt pour une nouvelle série ...→ ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/

 - Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111467n
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1114681


💶 Appel au mécénat ou aux généreux donateurs :
 Au cours d'échanges d'informations avec les responsables de la Bibliothèque du Musée Condé, au sujet du manuscrit, il m'a été rapporté que l'ouvrage de Pierre de La Planche n'est actuellement plus exposé ni mis à disposition des visiteurs. En effet, les deux volumes du manuscrit sont en mauvais état : "la couverture", ce que l'on nomme dans le métier: les plats de reliure, sont soit partiellement,soit totalement détachés du manuscrit, ce qui nuit à sa conservation. La reliure étant en effet là pour maintenir et protéger le manuscrit.
  Si des personnes ou des entreprises sont intéressées, en mode mécénat, pour participer à la prise en charge de la restauration de ces précieux ouvrages, qu'elles prennent contact pour les modalités, avec les bibliothécaires à cette adresse mail  : bibliotheque@domainedechantilly.com
ou sinon m'écrire à :heraldexpo@orange.fr et je transmettrai à ma correspondante privilégiée.





             Herald Dick  
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