lundi 27 février 2017

Visite des armoriaux des Ordres de Chevalerie du Danemark : l'Ordre de l'Élephant - #01

armoiries du Royaume de Danemark
👑 La Cour royale du Danemark a numérisé et mis en ligne depuis le 16 février 2017, sur son site internet plusieurs volumes des superbes armoriaux des ordres de chevalerie danois sous le titre : De Kongelige Ridderordeners Våbenbøger.
page titre du premier registre de l'Ordre de l’Éléphant :
fin XVIIe - fin XVIIIe siècles - Copenhague (Danemark)

📍 Pour l'Ordre de l'Éléphant : 3 des 4 livres sont disponibles, et pour l'Ordre de Dannebrog : 10 sur 11. Les tous derniers livres, qui sont en cours d'utilisation, ne sont pas encore accessibles.  Je vous donnerai le lien à la fin du sujet, pour les feuilleter tranquillement, grâce à un système de flip-books très confortable et amusant.  Les armoiries des chevaliers y sont représentées page après page, classées dans l'ordre chronologique: c'est normal, puisque les registres sont alimentés au fil de l'eau, par les nouveaux titulaires, et ce depuis la fin du XVIIe siècle !

timbres danois de 2015 commémorant les deux grands ordres danois  :  rubans et  médailles
dessin représentant un fragment de la chaîne et le pendentif du collier de l'Ordre de l'Éléphant, qu'on peut voir dans le manteau des armoiries du Danemark, plu haut, en compagnie du collier de l'Ordre de Dannebrog où pend une Croix latine.
collier de l’Ordre de l’Éléphant
🐘 L’Ordre de l’Éléphant (en danois : Elefantordenen) est l’ordre de chevalerie danois le plus ancien et le plus important. Il est l'équivalent de l'Ordre de la Toison d'Or (Bourgogne ⇉ Espagne), de l'Ordre du Saint-Esprit (France, ancien régime) ou de l'Ordre de la Jarretière (Angleterre ⇉ Royaume-Uni).  Il fut fondé par le roi du Danemark Christian I en 1462, et approuvé par le pape.  L’ordre était toujours actif à l’époque de Christian II (1513-23), mais s’éteint peu après ; cette institution d'inspiration catholique ne pouvait pas être maintenue juste avant la Réforme luthérienne (1536).
🐘 Le roi Christian V rétablit l’ordre avec de nouveaux statuts en 1693, fixant le nombre maximum de chevaliers à 30, en dehors du roi et des princes danois. Ces statuts furent amendés en 1958 par une ordonnance royale de Frédéric IX, de sorte que toutes les femmes aient accès à l’ordre de la même manière que les hommes.
🐘 Les pendentifs primitifs n'existent plus mais on sait qu'ils étaient composés d'une Vierge à l'Enfant. L'éléphant, considéré comme l'attribut de la chasteté, de la pudeur et de la dévotion, remplaça finalement cette iconographie mariale. Une théorie veut que cette distinction de l’Éléphant remonte à Knut IV, roi du Danemark de 1080 à 1086, et à la 1ère Croisade, pour perpétuer le souvenir de la bravoure d'un croisé danois qui, dans une bataille contre "les Sarrasins", avait tué un éléphant utilisé comme animal de guerre.
 🐘 L’ordre possède une classe unique : chevalier de l’Ordre de l’Éléphant. Il est essentiellement réservé aux chefs d’états et aux princes danois et étrangers ; en dehors de la famille royale, seuls un ou deux danois en font partie (par exemple : le professeur Niels Bohr, physicien nucléaire, en 1947, ou Arnold Mærsk Mc-Kinney Møller, l'armateur et homme d'affaires danois [le groupe MÆRSK, c'est lui]  en 2000). Le maître de l'Ordre est toujours le souverain du Danemark en titre : actuellement la reine Marguerite II (Margrethe 2.).

🐘 Voici donc le premier volet consacré à l'armorial des chevaliers de l’Ordre de l’Éléphant, parmi ceux qui sont le plus mondialement célèbres, lesquels ont reçu cette distinction entre les années 1980 et 1996. C'est un choix personnel qui s'attache à montrer les plus belles armoiries, et les plus surprenantes, entre autres celles de chefs d'états qui ne sont pas des monarchies au sens strict du terme.  Ces pages proviennent de l'armorial royal : Elefantordenens Våbenbog tome III, 1878-1996.

Juan Carlos Ier, roi d'Espagne de 1975 à 2014 -  fait chevalier le 17 mars 1980
  armoiries peintes par Ronny Andersen - Elef. Våbenbog tome III, page 244
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jeudi 23 février 2017

Philatélie et héraldique - nouveauté 2017 : les 9 länders d'Autriche sur timbres, avec de vrais morceaux d'armoiries !

📯  Il y a quelques semaines, j'avais mis en avant une initiative intéressante de la poste finlandaise en 2016, sur le sujet de l'héraldique civique nationale (cliquer→ ICI). Eh bien, ce début d'année 2017 commence très bien, avec une autre démarche, à la fois artistique, héraldique et ludique, en Autriche, cette fois. Personnellement elle m'a séduit, et c'est pour cette raison que j'en fais un sujet spécifique. L'Autriche nous a habitué, depuis très longtemps et régulièrement, à orner ses timbres-poste d'armoiries, souvent accompagnant un monument, une vue touristique, ou bien pour illustrer un évènement quelconque, et plus rarement en sujet principal. Mais jusqu'à présent ces productions ne présentaient aucune fantaisie particulière. Du très classique, donc, et sans renier la grande qualité des productions philatéliques de cette agence postale nationale.

  Mais voici que cette année 2017, la Poste autrichienne est sortie des sentiers battus et a choisi d'illustrer l'héraldique nationale au travers de ses 9 Länder (ou länders, les deux formes de pluriel sont acceptées dans la langue française), c'est à dire les 9 états fédéraux formant la République d'Autriche, sous une forme très originale. L'origine de certains de ces blasons remonte au XIIe siècle: c'est donc une sacrée opération de rajeunissement qu'ils prennent d'un seul coup !
   C'est une artiste designer graphiste du nom d'Anita Kern, qui travaille beaucoup pour la Poste de son pays, qui signe ces images, inhabituelles pour notre œil, mais qui cependant nous sont familières. Le principe est simple et très malin : basé sur des "zooms" prélevés sur chacun des blasons provinciaux, mettant en valeur un détail précis du dessin héraldique. Des morceaux d'armoiries, comme je l'ai annoncé dans le titre de ce sujet, en parodiant le slogan d'une pub célèbre pour cette marque de yaourts : avec "de vrais morceaux de fruits dedans".
  L'idée n'est néanmoins pas complètement révolutionnaire : il y avait déjà eu un travail similaire réalisé par une autre graphiste nommée Tessa Gerster pour la Poste suisse en 2015, mais à partir des armoiries de trois cantons seulement, sur les 26 existants (voir → ICI). Ici, le concept est plus abouti, car il touche la totalité des états composant la fédération. Par contre, le choix du nombre de 15 timbres pour présenter 9 Länder est étonnant. Une décision qui semble arbitraire, voire injuste, pour trois d'entre eux qui n'ont droit qu'à un seul timbre dans la série, alors que les autres en ont deux !  Le format carré donne une force à la dimension esthétique indéniable de l'ensemble. Les échelles du zoomage sont différentes, sur la même armoirie parfois, et d'une armoirie à une autre. Les timbres sont conditionnés et vendus en carnets, en rouleaux, en paquets sous blister (voir ci-contre), contenant un nombre variable du même timbre, et par conséquent pour un prix total de vente lui aussi, très variable ! ( voir lien vers le site de la Poste tout en bas de cette page)
  Voilà pour la présentation du "produit", succincte, et maintenant  : place à la  présentation spécifiquement héraldique.

Land de Burgenland

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dimanche 19 février 2017

Armorial des provinces françaises sous le règne de Louis-Philippe Ier (1831-1848)

📚  Au milieu du XIXe siècle, plus exactement durant le règne de Louis-Philippe Ier, le premier proclamé dès le départ " roi des Français"* (et non plus roi de France, après la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui avait fait vaciller une nouvelle fois la monarchie), est sorti un ouvrage important pour l'Héraldique civique française. Il s'agit de " l'Armorial National de France, avec notices et descriptions historiques, recueil complet des armes des villes et provinces du territoire français", réunies pour la première fois, dessiné et gravé par Henri Traversier, avec des notices descriptives et historiques par Léon Vaïsse. Il y eut plusieurs éditions dans les années '1841/1847.

🔍 Cet ouvrage intéressant se divise en quatre séries : la première se compose des armes des chefs-lieux de département; la seconde comprend, avec les variantes et les supports de ces armes, les blasons des cinquante villes les plus importantes parmi celles qui ne sont pas chefs-lieux. Les deux dernières séries sont consacrées aux armes des anciennes provinces et à celles des villes de second ordre. On y trouve également, intercalées entre les chapitres,  des armoiries de provinces de Belgique et quelques armoiries de villes attribuées sous le Premier Empire. Un traité et une histoire du blason, et des diverses armoiries historiques de la France complètent ce travail à la fin.
  J'ai déjà eu l'occasion de vous donner à voir quelques-unes de ces armoiries, parfois insolites, avec ma série de 6 sujets : "Les départements français et les blasons des préfectures à la fin du XIXe siècle" (voir le premier volet → )

(*) C'est Louis XVI qui, par la contrainte de la Constitution de septembre 1791, inaugura le premier, le titre le "roi des Français", mais après son arrestation en juin 1791 , suite à l'affaire de la fuite stoppée à Varennes.

Frontispice de l'Armorial National de France, édition 1842, avec tout au sommet de l'arc en ogive :
les armoiries de la France du moment : "d'azur à la charte de 1830 d'or" (voir détail ci-dessous)
 cette charte étant la constitution établie sous la Monarchie de Juillet 1830.
Page titre de l'Armorial National de France, édition 1842,
avec au centre :  les armoiries de la ville de Paris

📍 Et voici donc les armoiries des Provinces françaises, telles qu'on peut les admirer dans ce  magnifique livre, avec ce style artistique très pompeux, chargé, on pourrait dire : "kitsch", qui correspond bien à l'époque :

Armoiries de la Flandre,  avec à gauche l'ancien blason du Comté de Flandre, et à droite le blason du court règne de
Baudoin VI de Hainaut, comte de Flandre, en tant qu'empereur latin de Constantinople (1204-1206)

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mardi 14 février 2017

Top 15 des plus grandes villes des États-Unis d'Amérique avec leurs blasons

Voici un nouveau volet à cette série consacrée à la découverte de l’héraldique civique, à travers divers pays du Monde. Le principe du "Top xx" très répandu dans les médias et sur Internet, pour recenser ce qui est le plus remarquable dans un domaine particulier est ici adapté à cette thématique. Il nous permettra de découvrir ou réviser la géographie d'un pays choisi de manière aléatoire et dans le même temps de s'intéresser à sa diversité en matière de blasons et emblèmes municipaux.

  Nous avons laissé l'Amérique du Sud, pour nous rendre en Amérique du Nord et coller encore avec l'actualité, suite aux dernières élections présidentielles, je veux parler des: États-Unis d'Amérique.




Voici donc les 15 plus grandes villes, en terme de population (chiffres : 2015 [estimations]):



1 - NEW YORK / New York City

- ancien nom de fondation hollandaise : Nieuw-Amsterdam (Nouvelle-Amsterdam)
ville de l'état de New York (State of New York) -  8 550 405 habitants









2 - LOS ANGELES

- ancien nom de fondation espagnole : El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de los Ángeles
ville de l'état de Californie (California)  -  3 971 880 habitants






3 - CHICAGO

ville de l'état de l'Illinois  -  2 720 550 habitants








4 - HOUSTON

ville de l'état du Texas  -  2 296 220 habitants





5 - PHILADELPHIE / Philadelphia

ville de l'état de Pennsylvanie (Pennsylvania) -  1 567 440 habitants







6 - PHOENIX

capitale de l'état d'Arizona  -  1 563 025 habitants






7 - SAN ANTONIO

- anciens noms de fondation espagnole : Misión San Antonio de Valero ou Misión de El Álamo et El Presidio de San Antonio de Béjar
ville de l'état du Texas  -  1 469 845 habitants









8 - SAN DIEGO

- anciens noms de fondation espagnole : Misión de San Diego de Alcalá et El Presidio Reál de San Diego
ville de l'état de Californie (California)  - 1 394 928 habitants






9 - DALLAS

ville de l'état du Texas  -  1 300 090 habitants






10 - SAN JOSE

- ancien nom de fondation espagnole : El Pueblo de San José de Guadalupe
ville de l'état de Californie (California)  -  1 026 910 habitants






11 - AUSTIN

capitale de l'état du Texas  -  931 830 habitants







12 - JACKSONVILLE

- anciens noms coloniaux, successivement : français, espagnol, britannique : Fort Caroline, San Mateo, Cow Ford
ville de l'état de Floride (Florida)  -  868 030 habitants








13 - SAN FRANCISO

- anciens noms de fondation espagnole : Misión de San Francisco de Asís et El Presidio Reál de San Francisco
ville de l'état de Californie (California)  -  864 820 habitants








14 - INDIANAPOLIS

capitale de l'état de l'Indiana  -  853 170 habitants








15 - COLUMBUS

capitale de l'état de l'Ohio  -  850 110 habitants







empreinte d'un sceau de la ville de New York datant de 1764
on peut déchiffrer tous les éléments encore présents sur le
 "city seal" moderne, y compris la dénomination en latin :
"SIGILLUM CIVITAT(is). NOV(i). EBORAC(i)."
(le Sceau de la Ville de New York)
 • Armoiries ou logos ? Héraldique ou art graphique ? ce sont les premières questions que l'on peut se poser pour qualifier les emblèmes territoriaux et institutionnels des États-Unis d'Amérique. Je parle des grands sceaux (seals) circulaires qui font la spécificité du pays. Si le blason, c'est à dire le langage qui permet de décrire simplement en quelques mots les armes, indépendamment des styles de dessin et des nuances de couleurs, est primordial, alors, pour les puristes, les sceaux américains ne sont pas, dans l'absolu, tous, du domaine de la science héraldique.
  Et c'est pour cette raison que j'ai mis en tandem, quand le cas se présentait : quelques rares armoiries, et le sceau de ville (city seal), bien davantage utilisé par les municipalités américaines, et très fréquemment représenté en monochromie.
 D'ailleurs, cette forme monochrome nous rappelle la véritable origine des sceaux, qu'ils soient personnels ou communautaires : une empreinte de cire appliquée sur un acte, un document officiel (cf. New-York, ci-contre) pour authentifier sa provenance, et qui existe depuis la haute Antiquité, mais qui s'est largement développée au Moyen-âge.
   Toutefois, quelques-unes de ces marques circulaires ou ovales, et bien évidemment celles qui identifièrent les premiers territoires colonisés en Amérique du Nord ou les plus anciennes fondations, militaires, religieuses, agricoles, minières qui deviendront les futures villes, les futures institutions du pays, découlent de l'héritage et des connaissances apportés par les premiers colons européens qui se sont établis sur le sol américain, et plus particulièrement dans les colonies anglaises. Quelquefois ce sont les propres blasons de ces colonisateurs, à titre personnel, ou dédiés à leurs dirigeants : princes, rois et commandants, qui ont essaimé et sont devenus des emblèmes de cités ou de territoires entiers, après la Révolution américaine et l'Indépendance (par exemple : Washington DC, Maryland, AlabamaPittsburgh).
ancien sceau de la ville de Norfolk - Virginie (1913)
• Parmi les symboles les plus communs hérités de l'histoire de cette colonisation des terres du nord : nous avons les bateaux à voile (villes n°3, 5, 8, 13 et 15); les ailes de moulin hollandais (ville n°1); les charrues et les gerbes de céréales ( villes n° 3, 4, 5, 10 et 13); les bâtiments des missions catholiques (villes n°7 et 8) .
   Les hommes sont souvent représentés: des marins (villes n° 1 et 13) , des pionniers (n° 13) , des amérindiens (n°1 et 3), un militaire qui est devenu président des États-Unis : Andrew Jackson (ville n°12). Les deux seules femmes de cette sélection (ville n° 5) sont des images allégoriques de la Paix et de l'Abondance.

• Héraldique ou art graphique du logo ? il y a une troisième voie qui mettra peut-être tout le monde d'accord : la sigillographie (l'étude des sceaux). Mais une évolution moderne de la sigillographie, réactualisée avec les outils d’aujourd’hui : les supports numériques,  la transmission dématérialisée des documents ayant remplacé le parchemin et le papier, et l'art graphique et le dessin assisté par ordinateur ont succédé au crayon, au pinceau et aux poinçons du graveur.

Parmi les plus anciennes armoiries de villes américaines : voici celles de Philadelphie (établies en 1789)
ici représentées sous forme d'un tableau. Peinture réalisée vers 1821 par un artiste nommé Thomas Sully.
(Le sceau a été créé bien plus tard en 1874, reprenant l'image des armoiries (voir plus haut)) 
  propriété de l'Independence National Historical Park,  à Philadelphie - Pennsylvanie

• Une remarque particulière concerne l'emblème de la ville de Phoenix  (n°6) : ici nous avons bien un vrai logo dont la forme, la ou les couleurs, l'utilisation, sont réglementées par une charte graphique et des droits de reproduction ( voir → ICI) . Dans un cas général,  toutes les créations graphiques sans exception sont sous la protection des lois sur la propriété intellectuelle et soumis à des droits d'utilisation ou de reproduction accordés par leurs auteurs et/ou leurs propriétaires.
 Pour la ville n°12, c'est encore un autre cas d'étude : nous avons un logo en couleurs à gauche inspiré par le sceau monochrome, à droite ! 


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🗽Si vous désirez encore en savoir plus sur le pays : les États-Unis (U.S.A) et ses emblèmes, c'est → ICI

A bientôt , pour un nouveau pays ...


Et pour revoir le pays précédent ...  → ICI




          Herald Dick
 








vendredi 10 février 2017

Les blasons de la mythologie et de l'histoire antique #09 : les Amazones et les Preuses, 2ème partie

📚 Suite de la série consacrée aux personnages de la mythologie : grecque, romaine, moyen-orientale, asiatique, etc... ainsi qu'aux acteurs ou héros de l'Histoire antique et du haut Moyen-Âge (période antérieure à l'an 1000) auxquels ont été attribué des armoiries dans les manuscrits ou armoriaux médiévaux et renaissance. Revoir l'épisode précédent  → ICI

Le Blason des Armoiries par Hiérosme / Jérôme de Bara - page 125 (fragment)  -  édition : Rolet  Boutonné, 1628 - Google Books (books.google.fr/)

ANTIOPE ou CYNOPE  :
- blason selon Jérôme de Bara : "De sable à trois têtes de femmes ornées et couronnées à l'antique d'or , à la bordure du même".

il faut tout d'abord préciser qu'il existe au moins deux personnages de la mythologie grecque qui portent le nom d'Antiope. La première est la fille de Nyctée, roi de Thèbes.Aimée pendant son sommeil par Zeus ayant pris l’apparence d’un satyre, elle s’enfuit enceinte à Sycione, où elle épouse le roi Épopée. Atteint par cette disparition, Nyctée se suicide après avoir demandé à son frère Lycos de le venger et de punir Antiope. Celui-ci envahit Sycione avec l’armée thébaine, met à mort Épopée et fait prisonnière Antiope. Sur la route de Thèbes, elle donne naissance à des jumeaux, Amphion et Zéthos. Lycos les abandonne sur le mont Cithéron et donne Antiope comme esclave à sa femme, Dircé. Enfermée pendant de longues années, Antiope réussit à s’échapper et trouve refuge sur le mont Cithéron, auprès d’un berger, le père nourricier de ses enfants. L’ayant reconnue, ces derniers vengent leur mère en tuant Dircé et Lycos.
texte : "Orithie fut fille de Mapesie & ensemble avec Anthiope qui fut sa soeur selon lopinon davains furent roynes des 
Amazones..." - Orythie et Antiope, reines des Amazones : miniature et lettrine extraites de " De Claris Mulieribus" de
 Boccace - manuscrit Fr. 599 - folio 18v. - BNF - Paris _

La seconde Antiope est une Amazone. Elle est la fille d'Arès et la sœur de Mélanippe, d'Hippolyte et probablement d'Orithye, reines des Amazones.  Antiope fut l'épouse de Thésée et ainsi la seule Amazone connue pour s'être mariée. De leur union naquit un fils nommé Hippolyte, du même nom que la sœur d'Antiope. Il existe plusieurs versions expliquant sa relation avec Thésée.
blason de Sinope ( de gueules à trois têtes de femmes
 couronnées d'or),  une des des Neuf Preuses,
 détail de la fresque du château de Manta - Piémont, Italie
Selon une des versions, Thésée, roi d'Athènes et compagnon d'Hercule lors de la bataille de Thémiscyre, durant le neuvième de ses douze travaux, enleva Antiope et la ramena chez lui. Selon Philochore, Hercule donna Antiope à Thésée comme part du butin.
   Selon Pausanias le Périégète, Antiope tomba amoureuse de Thésée et quitta volontairement les Amazones.  Les Amazones attaquèrent Athènes afin de sauver Antiope et de récupérer la ceinture d'Hippolyte. Elles connurent la défaite lors d'une bataille près du mont d'Arès. Durant cette bataille, connue sous le nom de bataille d'Attique, Antiope est tuée accidentellement par une Amazone nommée Molpadia, qui à son tour est tuée par Thésée. Les tombes d'Antiope et de Molpadia sont à Athènes.

 ⬗ Certains auteurs, comme Bara ici, associent Antiope avec "Cynope" (ou Sinope, Sinopé, Synoppe), comme s'il s'agissait de la même personne. Mais ce sont en réalité de deux héroïnes distinctes de la mythologie grecque, et de plus, la seconde n'est pas une Amazone.  Sinopé est une nymphe, fille du dieu fleuve Asopos et de Métope. Elle a notamment laissé son nom à la ville de Sinope (en Turquie) qui elle-même est à l'origine du terme "sinople", qui caractérise l'émail vert en héraldique.
 Rétive à l'amour, Sinopé est cependant enlevée par Zeus, qui la transporte sur la côte assyrienne. Pour lui être agréable, le dieu lui promet d'exaucer un de ses vœux, n'importe lequel. Or la nymphe demande de rester vierge, se jouant ainsi de Zeus. Par la suite, elle éconduira de même Apollon et le dieu fleuve Halys.
  Il s'avère néanmoins que le nom de Sinope ou Sinopé est contenu dans la liste des "Neuf Preuses" comme citée par Thomas de Saluces (1356-1416), dans roman du "Chevalier Errant". Et en temps que telle, elle a reçu ses propres armoiries, qui se sont répandues dans les armoriaux médiévaux et dans les représentations artistiques contemporaines.
Sinope, détail de la fresque des Neuf Preuses de la salle baronniale
 du château de Manta, près de Saluces (Saluzzo en italien)
province de Cuneo, Piémont, en Italie ( voir description → ICI)
Synoppe (Sinope), une des Neuf Preuses - fragment
d'une enluminure ornant le folio 125v. du manuscrit
de Thomas de Saluces : "Le Chevalier errant" (1394)
 cote :  Français 12559 - BNF Paris
 Sinope, version germanique -  une des Neuf Preuses
extrait du manuscrit "Sammelband mehrerer wappenbücher" (Augsbourg -
 Bavière - vers 1530) -  BSB Cod. Icon 391 - Bayerische St.Bibl. Munich


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 Regina (reine) Penthesilea , version germanique -  une des Neuf Preuses
extrait du manuscrit "Sammelband mehrerer wappenbücher"(Augsbourg -
 Bavière - vers 1530) -  BSB Cod. Icon 391 - Bayerische St.Bibl. Munich


 • PENTHÉSILÉE :
- blason selon Jérôme de Bara ( voir tout au début de cette page) : "D'azur, et par quelques-uns, de sinople, à une bande de sable, chargée de trois têtes de femmes ornées et couronnées à l'antique d'or, bordée de même, accompagnée de six grillets d'argent ".
- autre blason : "de gueules à l'écusson d'azur semé de grillets d'or, accompagné de neuf têtes de femmes de carnation aux cheveux blonds, en orle".

⬧le terme héraldique de "grillet" , qui est un vieux mot français se rapporte aux petites sonnettes ou grelots, ordinairement mis autour du cou des chiens ou aux pattes des oiseaux de proie employés pour la chasse.

texte : "Panthasilée vierge fut royne des Amazones et succeda a Orithie et Anthiope roynes dicelluy pays des Amazones...."
on remarquera la fameuse position de chevaucher "en amazone" , les deux jambes du même côté, sans doute plus aisée pour tirer à l'arc ! 
Penthésilée, reine des Amazones : miniature et lettrine extraites de " De Claris Mulieribus" de Boccace - manuscrit Fr. 599 - folio 27v. - BNF - Paris


• Elle est la fille d'Arès et d'Otréré. Selon Quintus de Smyrne, elle est la sœur d'Hippolyte, ce qui pose un problème de chronologie, attendu qu'Hippolyte, selon la tradition, a combattu Héraclès ou Thésée : elle est donc plus âgée d'une ou deux générations.

Penthésilée, Am (Amazone) - médaillon
 issu du livre iconographique :
 "Promptuarii Iconum Insigniorum...."
  de Guillaume Rouillé publié à Lyon en 1553.
Penthesillée, une des Neuf Preuses - fragment
d'une enluminure ornant le folio 125v. du manuscrit
de Thomas de Saluces : "Le Chevalier errant" (1394)
 cote :  Français 12559 - BNF Paris
Les traditions ne s'accordent pas sur le motif pour lequel elle vient, après la mort d'Hector, aider les Troyens. Selon certains auteurs grecs, elle est poussée par son amour du combat. Selon Diodore de Sicile et Apollodore, elle vient se faire purifier par Priam, après le meurtre accidentel d'Hippolyte au cours d'une partie de chasse. Cette dernière version peut surprendre, puisque le roi troyen avait combattu contre les Amazones aux côtés des Phrygiens (Iliade, III, 188-189).

Penthésilée arrive à Troie avec douze autres Amazones. Elle se distingue par ses nombreux exploits devant la ville assiégée puis succombe devant Achille. Celui-ci tombe amoureux d'elle en la voyant mourir. Thersite se moqua alors de cette passion, assimilée à de la faiblesse, mais Achille tua ce dernier d'un magistral coup de poing.. Diomède, parent de Thersite, jeta alors le corps de l'Amazone dans le Scamandre, par vengeance. Selon d'autres versions, Achille enterra son corps sur les rives du Scamandre. Quintus de Smyrne nous apprend que les Troyens, en son honneur et celui de son dieu protecteur Arès, sont allés chercher sa dépouille auprès des Grecs et lui accordent une crémation plein d'égard à son rang.
  La mythologie attribue enfin au moins un fils à Penthésilée, qu'elle aurait eu plus tôt avec Achille, nommé Caÿstros, et un petit-fils : Éphésos.

Penthésilée est aussi régulièrement citée comme une des plus importantes héroïnes guerrières dans la liste des Preuses, qu'elles soient neuf ou plus.

Penthésilée, avec cette fois des armes différentes  "de sable au cygne d'argent, becqué et membré
de gueules", que l'on a déjà vues précédemment pour identifier Otréré ou Orythie (voir → ICI)
encore ici, la cavalière richement habillée, comme une reine du début du XVe siècle, monte "en amazone"
 Petit armorial équestre de la Toison d'or - manuscrit MSS/Clairambault 1312 (v1460/1470)
 folio 248 - département des manuscrits - BNF Paris



📗 sources textuelles :
- encycl. Encarta Microsoft Corporation
- mythologica.fr
- fr.wikipedia.org


 A bientôt pour la suite des Amazones :



            heraldos  dicos







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