mardi 16 novembre 2021

L' Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Dauphiné - Bailliages du Haut Dauphiné

  S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →


  Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Dauphiné. Après le premier volet consacré aux bailliages de Grésivaudan et de Viennois, suivi du second, parcourant les bailliages de Valentinois, Diois, Crest, Montélimar, Tricastin et les Baronnies, nous allons cette fois aborder une nouvelle région nommée: le Haut Dauphiné. Comme l'explique l'auteur du manuscrit, le terme de Haut Dauphiné correspond aux plus hautes montagnes et vallées de la province. Elle est divisée en trois bailliages: Embrunois, Gapençais et Briançonnais, dont la superficie cumulée correspond globalement à celle de l'actuel département des Hautes-Alpes. Et en fin de chapitre, comme nous l'avons déjà vécu, pour d'autres entités du royaume (Bourgogne, Picardie, Provence), nous découvrirons une "addition", rattachée au Gouvernement du Dauphiné. Ce sont des terres, vallées, villages et places fortes, récemment conquis par les armées successives de Louis XIII et Louis XIV, et rassemblées sous l'entité portant le nom provisoire de : "bailliage de Pignerol". Ces territoires seront rendus, repris, et définitivement restitués, peu de temps après l'écriture de nos manuscrits et ils appartiennent aujourd'hui à la région frontalière du Piémont, en Italie, inclues dans les provinces de Turin ou de Cuneo.
 Voici donc le troisième et dernier chapitre consacré à toutes ces entités réunies en un seul sujet.

      Revenir à l'épisode précédent →

Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :

 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir
 
La zone colorée en bleu est actuellement un territoire italien




 
 
 
 
 
 
 Les fragments de manuscrits proviennent à nouveau du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XI  -  Dauphiné - Généralité de Grenoble (BNF Paris)
 
 

Embrun (Hautes - Alpes)

   Les armes d'Embrun sont "très anciennes", comme le prétendent, sans risque, ni aucun développement historique, la plupart des documents relatifs à l'héraldique municipale, y compris la fiche rédigée pour la Société d’Études des Hautes-Alpes, dans sa tentative inachevée en 1974 d'éditer un Armorial des Communes des Hauts-Alpes (voir ce lien marchand → ICI). Il s'agit vraisemblablement, avec cette croix d'argent (ou d'or ), d'une référence au très ancien évêché, puis archevêché d'Embrun, fondé au IVe siècle et supprimé après la Révolution française. Les archevêques d'Embrun étaient primitivement les seuls seigneurs de la cité, avant de partager leur souveraineté avec les comtes de Provence au milieu du XIIe siècle, puis leurs successeurs: les Dauphins au XIIIe siècle.


Gap (Hautes - Alpes)

  Née d'un camp romain au début de notre ère, Gap devient au cours des premiers siècles une cité gallo-romaine (Vappincum)  protégée par des remparts. La ville fut elle aussi, siège d'un évêché dès le Ve siècle, devenant une principauté ecclésiastique au Xe siècle. Ses armoiries, remontant au XVe siècle, représentent une tour avec porte cintrée, surmontée de deux tourelles couvertes, encadrées de deux autres tourelles simplement crénelées symbolisant le partage de la gouvernance de la cité entre les comtes de Provence puis les Dauphins et le pouvoir de l’Église. Les deux du centre couvertes : évoquent le pouvoir ecclésiastique, les deux autres le pouvoir civil. Elles évoquent également le souvenir des quatre anciennes portes de l'enceinte fortifiée de la ville. source texte: note philatélique datant de 2008.


Briançon (Hautes - Alpes)

 "Briançon est une place forte réalisée par Vauban à partir de 1692. Les armes de la ville sont très anciennes et furent confirmées par le roi en 1696 ". Voici le résumé très succinct que l'on trouve généralement sur les fiches descriptives sur l'origine des armoiries de cette ville, y compris celle, rédigée pour la Société d’Études des Hautes-Alpes.
   Les armoiries enregistrées par Charles d'Hozier dans l'Armorial Général de France, en application de l'édit royal de 1696, sont totalement différentes, comme nous le voyons ici, et certainement inventées de toutes pièces : "d'azur à deux pals échiquetés d'or et de gueules de trois tires". Ce fait contredit donc sérieusement l'affirmation que les armes actuelles de Briançon avaient été "confirmées" par le roi (Louis XIV) en 1696 !  De surcroit, le manuscrit de La Planche, lui, nous éclaire sur le fait que les armes à la tour donjonnée étaient bien confirmées avant cette date de 1696, même si le champ de l'écu était d'un émail différent : gueules et non azur.
    Les armoiries définitives n'ont été adoptées officiellement, en délibération du conseil municipal, qu'en 1969.


Tallard (Hautes - Alpes)

  Très souvent, on l'a déjà évoqué dans mes sujets précédents, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons toujours la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais.
​  Les armoiries actuelles de Tallard sont ici par contre bien basées sur celles, enregistrées par Charles d'Hozier dans l'Armorial Général de France à partir de 1696, et adoptées officiellement par délibération du conseil municipal, le 9 mai 1968. On notera tout de même les différences au niveau de la bande componée, où l'or a été remplacé par l'argent, et le nombre de "compons" réduit à cinq au lieu de six initialement.

 

[_)-(_]



  D'autres  villes sont juste décrites par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :
Aspres (-sur-Buech), Serres, Orpierre, Guillestre.

  Il semble qu'aucune de ces communes n'ait été répertoriée ni blasonnée dans l'Armorial Général de France en tant que communauté d'habitants, ni même d'autres, non citées dans le manuscrit de La Planche, sauf une localité nommée : Queyras, qui devait avoir alors une certaine importance, puisqu'elle est identifiée sur les cartes géographiques de cette époque (voir extrait plus haut).
  De nos jours le nom de Queyras est associé à une région naturelle et un petit pays de tradition, correspondant à la haute vallée du Guil. Il subsiste toutefois aujourd’hui, parmi les divers toponymes de cette vallée, un petit hameau portant ce nom de "le Queyras", qui est une partie de la commune de Ceillac, dans les Hautes-Alpes, mais qui ne semble pas correspondre, au vu de sa petite taille. Plus probable, est la mention de Queyras, liée aux fortifications récemment (par rapport à nos manuscrits) aménagées par Vauban dans cette région frontalière du Dauphiné et notamment le Fort Queyras ou Château Queyras, qui aujourd'hui fait partie de la commune de Château-Ville-Vieille, toujours dans le département des Hautes-Alpes. La municipalité a d'ailleurs adopté officiellement le blason attribué d'office par Charles d'Hozier à l'époque, à la communauté d'habitants de Queyras vers 1699 :

localité de Château - Queyras
aujourd'hui : commune de
Château - Ville - Vielle
(Hautes - Alpes)

 

  [_)-(_]

 

   Et nous voici enfin arrivés en fin de ce chapitre consacré au Haut Dauphiné, avec ces territoires gagnés par la guerre sur les possessions des ducs de Savoie, de l'autre côté du col de Montgenèvre :  un ensemble regroupé sous le titre provisoire de "bailliage de Pignerol", du nom de la petite ville piémontaise, la plus stratégique dans cette région, selon le point de vue géopolitique du roi Louis XIV.

Pignerol / Pinerolo
(Italie - région du Piémont - province de Turin)

   La ville appartenait au duché de Savoie mais passa plusieurs fois dans le royaume de France (de 1536 à 1574, de 1631 à 1696 et de 1801 à 1814), avant de revenir au duché de Savoie et de devenir italienne lors de la création du royaume d'Italie en 1861.
   Conquise par les Français sur les Savoisiens en 1630, la ville et ses environs sont attribués le 30 mai 1631 à la France par le traité de Cherasco. Une forteresse impressionnante y fut érigée par l'architecte François Levé en 1666. Elle servit également de prison d'État. Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, disgracié et condamné à la prison à vie en 1664, sera transféré par d'Artagnan du château de Vincennes à Pignerol à l'issue de son procès. Il y décédera en 1680. Le duc de Lauzun y fut également emprisonné pendant 10 ans. Cependant, le plus célèbre prisonnier de Pignerol reste l'Homme au masque de fer.
  Peu après la publication de notre manuscrit, la ville sera reconquise par Victor-Amédée II de Savoie en 1696 et redeviendra dès lors savoyarde. C'est pourquoi elle ne fait pas partie des villes piémontaises blasonnées dans l'Armorial Général de France, contrairement aux autres villes plus bas.
   On remarquera les fortes similitudes des blasons, ancien et moderne. Son blasonnement en italien est "E' d'argento a tre fasce di nero, col pino silvestre, al naturale, attraversante. Motto: "Dulcis domino durissimus hosti". Ornamenti esteriori da città ". Le sapin des armoiries actuelles (en fait c'est un pin sylvestre dans la description en italien), correspond à des armes parlantes : pino = le pin en italien.

 

D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant : 

Oulx,  Exilles, La Pérouse (= Perosa Argentina)
 
 # cependant, quelques années plus tard,  une de ces villes piémontaises (en gras, ci-dessus) a été enregistrée et blasonnée dans l'Armorial Général de France. Le blason est encore très ressemblant, à quelques petits détails près  : 

 

Oulx
(Italie - région du Piémont
 - province de Turin)

   # enfin, pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières localités qui dépendaient de ce bailliage, devenues aujourd'hui des communes italiennes, et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche. Certaines ont conservé des éléments du blason "français" dans leurs armoiries actuelles :
Fenestrelle, Chaumont (= aujourd'hui : Chiomonte), Cezanne / Césane (= Cesana Torinese), Bardonneiche / Bardonnèche ( = Bardonecchia).

 

Fenestrelle
(Italie - région du Piémont
 - province de Turin)


Chiomonte / Chaumont
(Italie - région du Piémont
 - province de Turin)


Cesana Torinese / Césane
(Italie - région du Piémont
 - province de Turin)


Bardonnechia / Bardonnèche
(Italie - région du Piémont
 - province de Turin)


 

A bientôt pour une nouvelle série et ...
 une nouvelle région... → ICI

 
Crédits :

les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/
et aussi pour les communes italiennes :  www.araldicacivica.it/


es extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111465w/f1.item
  

 


             Herald Dick  
.

samedi 30 octobre 2021

Spécial Halloween 2021 🦇 💀 🕸 🧙

L' 🕷raignée: passion ou répulsion... et sur les blasons 

armes de la maison Webber of Coldmoat
 (Tyssier de Froide-Douve en français) à Westeros
blason imaginaire des personnages des romans
"Le Trône de Fer" de George R.R. Martin - ce sont
 des armes parlantes: web = la toile (d'araignée)
 A vec leurs huit pattes, leurs corps velus, et leurs yeux multiples, les araignées n'ont pas un physique qui plait à tout le monde. Elle sont même souvent détestées, voire craintes, et vont même jusqu'à créer chez certains des névroses appelées "arachnophobie".

 Pourtant, il s'agit d'un animal, ou plutôt une famille comptant pas moins de 44 000 espèces différentes à travers le monde, tout à fait fascinantes. Certaines ont un mode de vie tout à fait étrange, il y en a même qui vivent dans l'eau (voir un des timbres plus bas) ! Elles ont donc aussi leurs secrets et elles sont en tous cas indispensables dans la chaîne du vivant, en tant que prédateurs insatiables. Sans elles nos journées seraient absolument invivables avec des nuées d'insectes qui pulluleraient dans les airs et sur les murs de nos maisons. Pensez-y avant de faire l'erreur de les tuer pour calmer votre propre frayeur ! La grande majorité sont inoffensives, sinon peu nocives. Mais il y a tout de même quelques belles dangereuses, comme la fameuse "veuve noire" (dernier timbre tout en bas).

Mal aimée, elle l'est aussi en héraldique. Elle demeure en effet très peu utilisée comme meuble dans les blasons ou même dans les ornements extérieurs des armoiries : elle est tout simplement rarissime. Mais comme tout ce qui est rare est par nature précieux, alors j'ai pris ma tête chercheuse de perles, et je vous offre le résultat de ma chasse.
 La bestiole n'est pas facile à dénicher et elle sait se faire oublier pour mieux nous surprendre, comme la vraie dans la nature. D'ailleurs un bon nombre d'autres spécimens m'ont certainement échappé.

• Dans les armoriaux et les manuscrits il faut semble-t-il attendre le XVIIe siècle pour voir ses premières apparitions remarquées
 
Blason avec une araignée dans sa toile décrit dans le traité d'héraldique  "A Display of Heraldry" édité à Londres en 1610
et écrit par le maître d'armes anglais  John Guillim (~1565/1621) - fragment de la page 151 du livre (visible en lecture sur
 Google-Books →ICI). L'auteur attribue ce blason à "the Weavers Company" qui était une guilde de tisserands, à Londres certainement.

• La contribution de Charles-René d'Hozier (1640-1732) à cette thématique des petites bêtes, avec la confection de l'Armorial Général de France, établi à partir de l'édit royal de 1696, est incontestable. Il s'agit souvent d'armoiries attribuées d'office à des personnes ou des communautés qui n'en avaient pas. Dans ce cas les armes sont très fréquemment parlantes, basées sur le nom ou le métier de ces personnes, avec parfois des jeux de mots très approximatifs, voire désobligeants ou de mauvais goût.
 
armes parlantes attribuées à "la fille" Raignier - Armorial Général de France , registre n°28 - Généralité de Poitiers -
 volume II, page 922.
armes parlantes attribuées à l'épouse de Maximilien de Croix, seigneur de Malannoy :  Marie-Anne-Josèphe  Eraniet
 (et non pas Eramet) - Armorial Général de France , registre n°26 - Picardie - Généralité d'Amiens, page 511 (merci Jacques).
armes parlantes attribuées au sieur Arente - Armorial Général de France , registre n°29 - Généralité de Provence -
 volume I, page 953.

• C'est à partir du XIXe siècle qu'on devient davantage certains de leur authenticité et ce grâce notamment au travail de documentation titanesque du généalogiste et héraldiste néerlandais Jean-Baptiste Rietstap (1828-1891) et son "Armorial Général", qui a recensé et décrit près de 100 000 blasons et armoiries familiales existant en Europe. Les illustrations en planches noir et blanc qui ont été réalisées à partir de cet "Armorial Général" et éditées plus tard, notamment par Victor et Henri Rolland, au début du XXe sont de facture très sommaire, réalisées en noir et blanc avec le code des hachures. Elles ont le mérite d'exister et sont très recherchées par les amateurs de généalogie. En voici trois extraits, qui ont été coloriés ultérieurement.
 
Lang (barons) - Autriche  : "d'argent à une chouette au
naturel posée sur une terrasse de sinople, le champ chapé-
ployé, à dextre de sable à l'aigle d'or, à senestre d'azur
à une araignée d'or chargée d'une croisette d'argent,
surmontée d'une étoile à six branches du même".

(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri  Rolland coloriés par Lionel Sandoz et HD)
Ragnina (de Raguse) : armes parlantes
"de gueules à la fasce diminuée d'argent,
accompagnée en chef de trois araignées de
sable et de trois bandes d'argent en pointe".
o---o
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri  Rolland coloriés par Lionel Sandoz )
Rukoff : "tiercé en barre, au 1 de sinople à une araignée
dans sa toile au naturel; au 2 à un dragon à deux pattes de
 sable, ailé de gueules; au 3 losangé d'argent et d'azur à un
 dragon pareil au 2, brochant sur le losangé".
(d'après armorial J.B Rietstap, dessins de Victor et 
Henri  Rolland, coloriés par Lionel Sandoz et HD)
 
• Les nombreux auteurs de traités d'héraldique, en répertoriant scrupuleusement tout le bestiaire utilisé dans les figures des blasons n'ont pas manqué de nous signaler les diverses bestioles atypiques que l'on pouvait trouver ici ou là, dans les armoiries d'une modeste famille ou ailleurs. Le britannique Arthur-Charles Fox-Davies (1871-1928) en fait partie.
 
superbe ex-libris de Charles Wright Macara, 1st baronet of Ardmore (Royaume-Uni, Écosse) :
 "d'hermine au chêne arraché au naturel posé en bande, une épée d'azur, garnie d'or, posée en barre
et brochant, sommée à senestre en chef d'une couronne de gueules; au chef d'or à une araignée
de sable accostée de deux chardons au naturel".  Ces armes sont une brisure de celles du clan McGregor,
avec ce chef rajouté en augmentation pour la branche cadette de Macara ou McAra, car les Macara
 possédaient des filatures de coton en Écosse. On retrouve ainsi le symbole provenant de la mythologie
 grecque : la jeune femme Arachné qui excellait dans l'art du tissage et qui a donné son étymologie
à la famille des araignées : les Arachnides (Arachnida). 
( illustration tirée du livre " The Art of Heraldry, an encyclopædia of armory "(1904), page 159, par A-C. Fox-Davies).

Armoiries de Sir Aston Webb (1849-1930), grand architecte britannique (voir ses réalisations → ICI )
créées par The College of Arms à Londres ; ce sont des armes parlantes, web signifiant en anglais,
à l'origine : la toile d'araignée, comme tout le monde le sait, avant de représenter plus tard le réseau mondial d'Internet.
notez la devise "weave well" qui se traduit en français par : "bien tisser" !
à droite, la photo a été prise sur un bas-relief commémoratif, sur le porche d'accès de l'église St. Bartholomew the Great 
à Smithfield, un quartier du nord de Londres. L'architecte avait en effet contribué, avec son frère Alfred, à la restauration de l'édifice, d'origine médiévale

armoiries de Charley Tinker of Kilmartin , début XXe siècle
créées par The Court of the Lord Lyon , autorité pour l'héraldique
en Écosse, au Royaume-Uni, équivalente du College of Arms anglais



• Il y a maintenant ces belles créations, très récentes, que nous proposent les artistes héraldistes d'Europe de l'est, pour des municipalités, des organisations et aussi des particuliers comme les trois suivantes en provenance de Slovaquie. C'est parmi tant d'autres choses, une des belles conséquences de "la chute du rideau de fer" .
armoiries familiales de Jusufa Zulbearoviča (Slovaquie, 2003)
extraites de l'armorial en 8 volumes : "Heraldický register Slovenskej
 Republiky" vol. V - auteurs : Peter Kartous et Ladislav Vrteľ
armoiries familiales de Mariána Tkáča (Slovaquie, 1999)
dans  "Heraldický register Slovenskej Republiky", vol. II
 de Peter Kartous et Ladislav Vrteľ
armoiries familiales de Josefa Kriššáka (Slovaquie, 2000)
dans "Heraldický register Slovenskej Republiky", vol III
 de Peter Kartous et Ladislav Vrteľ


logo de la ville d'Arañuel (Espagne)
 
• Passons maintenant à l'héraldique civique ou associative. Autant dire tout de suite que le résultat de la chasse est très pauvre ! Mais elle n'en est pas moins attractive et... courageuse. En effet, telle municipalité, ou telle communauté, choisit comme symbole représentatif, un ou des éléments que le citoyen, le membre vont reconnaître comme pertinents et le visiteur accueillants. Alors comment justifier et mettre en valeur, parmi la faune locale, ces bêtes qui font fuir presque tout le monde ! En toute logique, le choix est fait par certains, en puisant dans le thème des armes parlantes. 
 



armoiries du municipio d' Arañuel / Aranyel
( Espagne - Communauté Valencienne)
 ce sont des armes parlantes : araña (espagnol)
 ou aranya (valencien) = l'araignée
armoiries de la localité d'Aasiaat 
 (Groenland) - ce sont aussi des armes parlantes :
aasiak = l'araignée en groenlandais
mais la bête est absente dans sa toile !
 peut-être pour ne pas effrayer les visiteurs ? 























emblème du club sportif de rameurs du quartier
 de La Araña à Malaga ( Espagne - Andalousie)
 araña  = l'araignée en espagnol
.

armoiries du municipio d' Els Plans de Sió
( Espagne - Catalogne - province de Lleida)
 ce sont encore des armes parlantes car l'un des
villages composant le municipio s'appelle : L'Aranyó
armoiries de la freguesia d' Alvito
( Portugal - sous-région du Bas-Alentejo)
ici notre bête provient d'une légende dans laquelle
une énorme araignée gardait l'entrée d'une
grotte et terrorisait les villageois.
( source documentaire : www. freguesias.pt )


armoiries de la commune de Taranta Peligna
( Italie - région des Abruzzes - province de Chieti )
armes parlantes : taranta / tarantola = la tarentule en italien


• On peut rendre aussi plus discrète notre arachnide, tapie dans un coin du tableau, comme elle sait bien le faire dans la nature :

armoiries de la province d' Agrigento
( Italie - région de Sicile)
le troisième quartier montre ce qui semble être
une araignée et est blasonné comme tel dans les
armoriaux, mais c'est en fait un crabe des rivières
(Potamon fluviatile) qui apparait plus clairement
 dans les armoiries de la commune de Bivona
qui occupent ce quartier des armes provinciales. 
armoiries de la commune de Paillart
( France - département de l'Oise)
le troisième quartier fait sans doute référence à une
légende locale qui mériterait des explications.
(source documentaire : armorialdefrance .fr )
C'est à ma connaissance le seul blason municipal
de France où apparait une araignée !
 et elle est plutôt amusante ici ... 

• et maintenant hors d'Europe, on peut trouver parfois quelques beaux spécimens, atypiques et exotiques :



armoiries de la ville de Puente Alto
( Chili - région métropolitaine de Santiago)
 ce sont à nouveau des armes parlantes :
au XIXe siècle ce n'était qu'un village nommé
 "el Pueblo de las Arañas" (le village des araignées),
car il était infesté par ces bestioles qui proliféraient
 dans les maisons des paysans construites en adobe.


armoiries du municipio de Tocatlán
( Mexique - état de Tlaxcala )
encore des armes parlantes, car tocatlán se traduit de
 la langue nahuatl par "le lieu des araignées".
on notera que ces armoiries sont issues de glyphes,
les signes provenant de l'écriture des anciennes
 langues autochtones: aztèques, mayas, etc...




• Pour terminer ce sujet, on pourra encore aborder l'héraldique militaire dans sa diversité : sous formes d'armoiries, de badges, d'insignes, de patchs, d'écussons, etc... à travers le monde.
  L'araignée, tapie dans un coin de sa toile, ou plus souvent en-dehors, reliée par une soie attachée à la patte et attendant les proies dans son piège symbolise parfaitement la vigilance, la patience, la barrière infranchissable, la chasse à l'affut, les réseaux de transmissions, le cyberespace, etc...  C'est certainement dans cette catégorie que notre mal-aimée est le mieux mise en valeur pour ses qualités:

armoiries de l'Unité des Transmissions du Commandement 
de l'Artillerie Antiaérienne ( voir site : UTMAAA)
( Espagne - Armée de Terre, bases à Madrid et à Séville )
badges d'unité des 58e et 127e escadrilles de la Royal Air Force (voir site : RAF  Museum)
( Royaume-Uni - Royal Air Force )

emblème des unités de Transmissions
(Armée de terre du Monténégro)
source : site Wikipédia russe → ICI


badge du 8th Space Warning Squadron
(États-Unis - U.S.Air Force, basé à Buckley, Colorado)
Emblème du 318th Cyberspace Operations Group
(États-Unis, U.S. Air Force, basé à San Antonio, Texas)


emblème du du No 26 Squadron "Black Spiders"
(Pakistan Air Force, basé à Peshawar)
armes du 2 Satellite Radar Station
(Afrique du Sud - South African Air Force,
 basée à Ellisras, province de Limpopo)



C'est l'Araignée de la fin, car elle file... Il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte, comme dit le dicton.
Mais je vous le promets, je reviendrai certainement, bientôt, avec d'autres créatures du même genre et leurs alter ego héraldiques. Même pas peur !!

 

 
🕸 Cet article est une réédition d'un précédent sujet que j'avais publié en 2016, dans la série "Zoo héraldique. Mais je l'ai enrichi de quelques trouvailles glanées ici ou là, pour ne pas faire un simple copié-collé. Les habitués de mon blog l'auront peut-être remarqué !!   



                Spiderdick