dimanche 13 avril 2014

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Bourgogne - Bailliages de Dole, d'Amont et de Besançon

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !   Voir la description initiale : →
                                             


 À ce stade du manuscrit, nous arrivons à un cahier nommé "Addition au Gouvernement de Bourgogne" comme on peut le lire dans l'extrait ci-dessous, en tête de page. Il s'agit de la description de la Province de Franche-Comté. Anciennement nommée "Comté de Bourgogne",  on ne doit pas la confondre avec le "Duché de Bourgogne", dont la capitale était Dijon. Les deux entités étaient réunies jusqu'au XVe siècle dans les États de Bourgogne, avec les Pays-Bas, la Flandre, l'Artois, la Picardie, etc..
 Nous allons découvrir en deux parties cette province qui, à l'époque est en cours de conquête militaire par le roi de France Louis XIV face à l'Empire des Habsbourg d'Espagne.  En effet la Franche-Comté, depuis le démantèlement des États de Bourgogne, a été convoitée, puis souvent envahie, prise puis restituée à plusieurs reprises par les rois de France successifs.Elle ne sera rattachée définitivement (sauf la Principauté de Montbéliard ) à la couronne de France qu'en 1678 par le Traité de Nimègue. Pour Montbéliard, principauté des Ducs de Wurtemberg, il faudra attendre son annexion en 1793 pendant la Révolution française.
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Au passage, on s'étonnera du blason attribué d'office par les scribes de Charles-R. d'Hozier ! on peut se demander si ces personnes avaient vraiment une quelconque culture historique en terme d'héraldique, pour méconnaître à ce point le blason de la Franche-Comté ?

Par ailleurs, revenons au manuscrit de La Planche,  il faut que je fasse part de constatations importantes, qui me troublent, tout en n'étant pas un expert en matière de manuscrits anciens. Les historiens attribuent à cette œuvre la date de 1669, voir la note du Musée de Chantilly qui détient un original : source : http://www.bibliotheque-conde.fr/:
• XVIIe siècle  :  Pierre de La Planche, La Description des provinces et des villes de France, 1669.  Manuscrit sur papier, rédigé en 1669, deux volumes.  Dédicacé au roi Louis XIV.  Reliure française, XVIIe siècle, basane brune, décor à la Du Seuil.   
  Pierre de La Planche (1610-1684), prêtre et bibliothécaire de l’Oratoire, à qui l’on doit plusieurs catalogues de cette bibliothèque, a composé deux armoriaux fondamentaux consacrés aux villes et aux provinces françaises. L’un est daté de 1646, l’autre de 1669. Le premier comprend 1100 blasons et le second, plus restreint mais plus exact, 560. Ces deux manuscrits peints ont l’intérêt de procurer non seulement les tracés des armoiries, mais aussi leurs couleurs. Tous deux conservés par la bibliothèque du château de Chantilly, ils demeurent inédits.    La Description des provinces et des villes de France de 1669, mentionnée et utilisée par les érudits du XIXe siècle, en particulier Girault de Saint-Fargeau et Malte-Brun, était tenue pour disparue depuis la fin du XIXe siècle. Le livre réapparaît cependant en 1950 : l’héraldiste Jacques Meurgey en fait l’acquisition puis en fait don à la bibliothèque du château de Chantilly.         .../...

Or, quand on lit le texte de présentation (extrait ci-dessous) de la province de Franche-Comté, de la main de La Planche, il rappelle le contexte historique que j'ai présenté sommairement plus haut et cite des événements avec des dates postérieures à 1669 :  1674 et 1675. Très étrange, car la numérotation des pages suit son cours normal entre la Bourgogne et la Champagne, etc... donc il ne s'agit pas d'un rajout en fin de livre comme cela se faisait parfois dans les copies de manuscrits, en particulier sur certains armoriaux.  Une explication serait que, si la rédaction du manuscrit a commencé en 1669, elle a du se poursuivre pendant plusieurs années après, au moins jusqu'en 1675 ! Ou bien : l'auteur a rajouté ce paragraphe à postériori dans un blanc que la page comportait juste avant la description de la ville de Dole.



Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un an, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
Vous pouvez cliquer sur les images
pour les agrandir




Les fragments de manuscrits proviennent du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier,  et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

 (*) Armorial Général de France - volume VII - Bourgogne Comté - Généralité de Besançon ( BNF Paris)


Dole (Jura)





Gray (Haute-Saône)

Les trois flammes rappellent les trois incendies accidentels ou actes de guerre, qui ravagèrent la ville (en 1324, 1477 et 1479). La devise est "triplex victoria flammis" : trois fois victorieuse des flammes. Source texte: Nicolas Vernot





Vesoul (Haute-Saône)





Champlitte (Haute-Saône)

Des pioches, des pics ou des houes, d'argent ou d'or ... un champ de sable, d'azur ou parfois de gueules, telles sont variations selon les époques.





Besançon (Doubs)

Anciennement Vesontio, capitale des Sequanes, la ville fut soumise par César en 58 av.JC et connut alors une ère de prospérité avant d'être ravagée par les invasions barbares et de passer sous la domination des Burgondes. Évangélisée au début du IIIe siècle, Besançon devint le siège d'un évêché, puis d'un archevêché, reconnut, dès 1033, la suzeraineté de l'empereur et devint ville libre impériale en 1291. L'archevêché avait déjà une aigle dans son blason, et lorsque l'empereur Charles-Quint, en 1526, octroya à la ville le droit de battre monnaie, il lui donna en même temps pour armoiries l'aigle impériale (qui était bicéphale) entre deux colonnes, allusion aux colonnes d'Hercule qu'il avait adoptées pour lui-même comme emblème, ainsi que sa devise "plus ultra" ( plus outre = encore au-delà... ). Prise par Condé en 1668, restituée, puis reprise en 1674 après un long siège, Besançon fut rattachée à la France.  source texte : http://www.labanquedublason2.com/







D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :

Mont-Rolland (monastère), Pesmes, Baume-les-Nonnes (Baume-les-Dames ), Faucogney (-et-la-Mer), Gy, Montbozon, Luxeuil (-les-Bains), Quingey, Ornans.

# cependant, quelques années plus tard, certains lieux ou villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnées dans l'Armorial Général de France :

Notez la dénomination erronée et inconnue de "Favergnes" pour ce blason qui correspond à celui de Faucogney-et-la-Mer, à moins qu'il y ait eu confusion avec le village de Faverney dans le même département de la Haute-Saône ? ou encore Fauverney dans la Côte-d'Or voisine...



 # et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières villes appartenant à la province de Franche-Comté et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
-   Jonvelle, Jussey, Lure,  Fontenoy (-le-Château, actuellement dans le départ. des Vosges), Clerval.





A bientôt pour une nouvelle série... 




parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés et parfois modifiés à :
http://armorialdefrance.fr/
http://labanquedublason2.com/ (dessins :  Jean-Paul Fernon)
 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick
 

2 commentaires:

  1. Pierre-Yves guilain15 avril 2014 à 22:03

    J'ai lu jadis (mais j'ai oublié la référence) que le blason or et sable que donne d'Hozier pour la France-Comté avait effectivement été imposé à la province après sa conquête, sans doute pour effacer les symboles du passé et du particularisme comtois. La greffe n'a pas pris, sauf apparemment pour quelques fonctionnaires zélés de l'époque qui s'en sont inspirés pour leur propre blason, comme le montre d'Hozier à la même page.

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    1. Une raison politique ? cela pourrait être une bonne piste. Mais beaucoup d'autres provinces ont subi le même sort avec cette habitude des armoiries imposées d'office : Angoumois, Poitou, Orléanais, Touraine, etc... en remplacement des armoiries historiques, sans compter un nombre très important de villes et de bourgs de France dont les armes étaient pourtant parfaitement connues. Il faut sans doute chercher d'autres raisons au cas par cas.

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