lundi 11 mars 2013

Géo héraldique #09 - Héraldique japonaise -
Le désastre du séisme au Japon et de Fukushima en 2011 - 福島第一原子力発電所事故

blason (mon) de l'Université
 de la Région de Tōhoku
  Il  y  exactement deux ans, le 11 mars 2011 , le Japon subissait le pire tremblement de terre qu'il n'ait jamais connu. Cet événement est le résultat de circonstances géologiques exceptionnelles qui ont bouleversé les connaissances scientifiques dans le domaine de la sismologie.
blason (mon) de la ville de Fukushima
  Baptisé séisme de Tōhoku, du nom de la province la plus proche de l'épicentre, avec sa magnitude 9, ce tremblement de terre est le plus important que le pays ait jamais connu et le cinquième plus fort depuis 1900. Le tsunami qu’il a provoqué, une vague d’environ 15 mètres, a dévasté la côte nord-est de l’île de Honshu et particulièrement la province de Fukushima, menant à la pire catastrophe nucléaire de tous les temps, après Tchernobyl. Les dégâts matériels et humains de ce tremblement de terre et de ses conséquences sont exceptionnels, le contexte géologique l’est tout autant.























  L'essentiel des pertes et des dégâts sont du fait du tsunami et non pas du tremblement de terre qui a fait peu de victimes, en définitive. A ce jour, le bilan est de 15 776 morts, 4 225 disparus, 5 929 blessés, et 139 000 sans abris ou déplacés.
  Pourtant le peuple japonais est le plus préparé du monde à ces phénomènes récurrents, à tel point que leur éducation intègre ces aléas tout au long de leur vie et est inscrite dans leur culture ancestrale. Mais rien ne peut empêcher l'irresponsabilité, l'incompétence ou la cupidité des hommes à vouloir toujours minimiser les risques et faire croire qu'il les maîtrise. La nature ne se dompte pas et se charge de rectifier ces fatales erreurs de jugement. Douloureusement.
estampe de Katsushika Hokusai (1831) - la grande vague de Kanagawa, Japon.
  La planète compte désormais une catastrophe nucléaire de plus qui va empoisonner et condamner toute activité normale dans une région entière autour du site accidenté, sur terre et sur mer pendant des centaines d'années. Et ce n'est pas la fatalité, mais bien la suffisance des hommes qui se prétendent "experts" qui a créé ce nouveau monstre.

l'explosion du réacteur N°1 de Fukushima-Daiichi

Mon billet s'appelle "Géo Héraldique ", car je voulais rendre hommage d'une part aux familles des victimes de cette effroyable vague et ses conséquences  nucléaires qui ont sidéré le monde entier avec les images et vidéos surréalistes (comme celles ci-dessus et ci-contre). Et aussi illustrer l’évènement de façon originale à l'aide de l'héraldique japonaise pour laquelle je me suis pris d'une réelle passion.
Les symboles officiels que je vais vous montrer ne sont pas des logos, mais bien des blasons, appelés "mons" en japonais. Je vous en ai déjà parlé il y a quelques jours → ICI.

Comme la France est divisée en 101 départements , le Japon est divisé en 47 entités équivalentes qui portent le nom de Préfectures (都道府県) et 8 régions . Voici donc les 17 préfectures qui ont été impactées par le séisme de 2011, représentées par leur emblème, un drapeau frappé du mon correspondant :

HOKKAIDO

            AOMORI                                                                             AKITA              

IWATE                                                                                MIYAGI

 YAMAGATA                                                                       FUKUSHIMA     
TOCHIGI                                                                                IBARAKI   

NIIGATA                                                                                 GUNMA     
SAITAMA                                                                              CHIBA     
TOKYO                                                                            KANAGAWA 
YAMANASHI                                                                         SHIZUOKA   

carte montrant la hauteur des vagues en mètres du tsunami observées le 11 mars 2011

blason de Sendai (Préf. de Miyagi)
 Situé à la jonction de plusieurs plaques tectoniques (Pacifique, Nord-américaine, Philippines et Eurasiatique), le Japon connaît une activité sismique intense. La rupture s'est produite en mer à 32 kilomètres de profondeur et à une centaine de kilomètres au large de l'île principale du Japon, Honshu, dans une région où la plaque Pacifique plus dense plonge sous les plaques Eurasiatique et Philippines au rythme d'environ 83 mm par an. Avec une magnitude de 9, il rentre dans l'histoire des séismes de très grande ampleur avec ceux du Chili (9,5 en 1960), de l'Alaska (9,1 en 1957 et 9,2 en 1964), du Kamtchatka (9 en 1952) et de Sumatra (9 en 2004). S'en est suivi un important tsunami qui a ravagé la côte orientale du Japon, plus particulièrement la région de Sendai, la grande ville   portuaire d'un million d'habitants.

 Voici les principaux ports et villes touchés, et parfois anéantis (comme à Minamisanriku, Ishinomaki, Rikuzentakata, Higashimatsushima) . Faute de temps , je n'ai pas l'interprétation de tous les signes, mais la plupart se rapportent à des objets , des idéogrammes kanji, ou des êtres vivants (hommes, animaux, plantes) très communs. Avec un peu d'imagination on peut entrevoir le sujet à travers sa stylisation graphique.

blasons de Hakodate, Erimo, Tomakomai ( Préfecture et Île d'Hokkaïdo)
blasons de Hamanaka, Kushiro, Nemuro (Préfecture et Île d'Hokkaïdo)
blasons de Hachinoe, Mutsu, Misawa  (Préfecture d'Aomori)
blasons de Miyako, Otsuchi, Rikuzentakata  (Préfecture d'Iwate)
les images incroyables de la vague filmées à Miyako (préfecture d' Iwate)
elle a franchi une digue de protection anti-tsunami haute de 10 mètres ! 

blasons de  Ofunato,  Taro,  Kamaichi  (Préfecture d'Iwate)
blasons de  Natori,  Iwanuma,  Ishinomaki  (Préfecture de Miyagi)
blasons de  Kesennuma,  Minamisanriku,  Higashimatsushima  (Préfecture de Miyagi)

ce qui reste (rien !!) de la petite ville de Minamisanriku (préfecture de Miyagi)
blasons de Takajo,  Tome,  Shiogama  (Préfecture de Miyagi)
blasons de Minamisoma,  Sukagawa,  Soma  (Préfecture de Fukushima)

désastre matériel dans le Port d'Onahama - Fukushima









blasons de Iwaki (Préfecture de Fukushima) et Hitachinaka (Préfecture d' Ibaraki)

blasons de Hitachi,  Kitaibaraki, Kashima  (Préfecture d'Ibaraki)

blasons de Oarai, Mito (Préfecture d'Ibaraki) et Choshi (Préfecture de Chiba)

La centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi * avait bien résisté aux énormes secousses sismiques mais pas au tsunami. La vague a en effet à la fois coupé l'alimentation électrique extérieure, détruit les générateurs électriques Diesel et les batteries de secours, ultime moyen de produire du courant électrique pour le fonctionnement des commandes de la centrale. Plus grave, le tsunami a privé la centrale de tout système de refroidissement. Or, les six réacteurs, ainsi que les piscines de stockage de combustibles usés situés au-dessus du cœur des réacteurs, ont besoin d'être en permanence refroidis par de l'eau.
Et pour cause, les combustibles ainsi que les barres usées sont des concentrés d'éléments radioactifs recouverts d'une gaine de zirconium qui dégagent beaucoup de chaleur. Cette chaleur est transmise à de l'eau, qui s'évapore et fait tourner directement les turbines de la centrale. En l'absence de système de refroidissement, les cœurs des réacteurs et les combustibles usés finissent par fondre (fusion nucléaire). De plus, la température de l'eau qui entoure le combustible s'élève. L'évaporation de l'eau s'accélère, la pression augmente, ce qui accroît encore la température et donc la vitesse d'évaporation. Les combustibles peuvent alors se retrouver émergés. Au-delà d'une certaine température, le zirconium réagit avec l'eau et produit de l'hydrogène, un gaz hautement inflammable . Ce qui a provoqué l'explosion des enceintes de confinement des réacteurs, libérant ainsi la radioactivité dans l'air. Un système de condensateurs d'eau autonomes existe pour maintenir le combustible stable en attendant des secours, mais le personnel de la centrale n'avait pas été formé à cette éventualité : l'absence totale d'énergie et n'a pas su les activer manuellement. De plus les responsables en haut lieu mettaient toutes leurs forces  à minimiser la catastrophe dans leur communication avec les médias plutôt que de trouver une solution pour sauver les installations et secourir les pauvres employés de la centrale livrés à leur impuissance et aux risques d'irradiation.
 Les trois réacteurs qui étaient en fonctionnement lors du tsunami (les réacteurs 1, 2 et 3) ont été détruits l'un après l'autre. Les cœurs de ces réacteurs ont fondu et les cuves et enceintes de confinement de ces réacteurs ont probablement été endommagées. L’apport permanent d’eau douce permet d’éviter que la température des réacteurs et des piscines n’augmentent. Cependant, les moyens utilisés pour l'injection d'eau sont encore précaires et l’eau déversée, devenue radioactive, s’accumule sur le site.
A terme, le démantèlement complet des installations et l’assainissement du site pourrait prendre de 10 à 20 ans. Les éléments radioactifs se sont dispersés et ont été rabattus au sol sur toute la région de Fukushima et au-delà, et dans l'Océan aussi portés par les vents jusqu'à des centaines de kilomètres, contaminant la nature avec le césium, mais aussi du strontium, et sans doute des particules d'uranium et du plutonium les éléments les plus dangereux qui existent. Tout le secteur de la zone a été découpé en zones d'exclusion, ou de confinement, des communes sont désormais mortes, inhabitables, et d'autres doivent décontaminer constamment les sols et les surfaces de toutes choses, mesurer les radiations plusieurs fois par jour et contrôler la santé des habitants qui ont choisi de rester. L'agriculture et la pêche sont impossibles, et les quelques produits récoltés ne doivent pas sortir de la région. Bref : une vie d'enfer pour de nombreuses générations !!

(*) le mot Daiichi  n'est pas un nom de lieu mais signifie "Premier" ou "Principal", une autre centrale qui n'a pas été endommagée, s'appelle Fukushima-Daini qui veut dire "Deuxième".

blason d' Ōkuma (Préfecture de Fukushima)
c'est la commune qui a eu l'honneur de recevoir
l'installation de la maudite centrale sur son sol !
et donc rayée du monde des vivants le 11-03-2011
pour une durée indéterminée ...
 Voici les emblèmes des autres communes jouxtant la centrale ou situées dans un périmètre de 30 km, qui sont désormais invivables voire interdites d'accès :
blasons de Naraha,  Futaba, Tomioka  (Préfecture de Fukushima)
rayées du monde des vivants  

blasons de Namie,  Kawauchi, Hirono  (Préfecture de Fukushima)
 partiellement inhabitables, le reste avec des risques pour la santé énormes
blasons de Iitate,  Tamura, Katsurao (Préfecture de Fukushima)
 partiellement inhabitables, le reste avec des risques pour la santé énormes 
Sur la carte ci-dessus, vous remarquerez que la ville de Fukushima (300 000 hab.) qui désigne de manière abusive la catastrophe dans tous les médias n'est pas contenue dans la zone dangereuse, car située à 60 km de la centrale accidentée. Néanmoins elle a subi des retombées de particules, comme partout dans la région et est sous surveillance intensive. Une augmentation accrue des radiations pourrait obliger l'évacuation totale de la ville, et ceci est valable pour toutes les agglomérations de la région y compris la capitale Tokyo, c'est à dire 37 millions d'habitants en quelques heures !! C'est absolument impossible en terme de logistique et humainement !

  Après la catastrophe, et sous la pression de l'opinion publique et des médias, le premier ministre japonais Naoto Kan ordonne l'arrêt des 54 réacteurs en fonction au Japon, et envisage leur démantèlement dans un délai de 30 ans. Mais voilà, maintenant, le Japon ,devenu trop dépendant des importations pour son énergie, par ce déficit énorme de production électrique et en temps de crise économique, va ordonner de remettre des centrales en activité. Le temps de l'oubli et de la résignation commence son travail, inexorablement ... jusqu'au prochain désastre , c'est inévitable. La sécurité totale est une utopie, on le sait mais on le fait quand même.


  Si vous désirez en savoir davantage sur l'héraldique japonaise, tapez "kamon " dans votre moteur de recherche et laissez vous guider . Par exemple celui-ci explique succinctement la symbolique : → ICI

  Dans ce dossier, les blasons viennent pour la plupart de commons.wikimedia.org ou bien de sites locaux. Idem pour les photos.


Herald Iodick




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