jeudi 8 mars 2012

Les Villes décorées de la Légion d'Honneur : les pionnières du 1er Empire



30 juillet 1791 : l'Assemblée révolutionnaire supprime tous les Ordres de Chevalerie de la monarchie,  après avoir aboli les titres de noblesse , les ordres monastiques et l'usage des armoiries.  Au nom de l'Égalité des citoyens...
Mais les hommes ont toujours besoin de signes visibles pour attester de leur valeur et leur réussite sociale (de nos jours ce sont les gros véhicules 4x4 ou les smartphones ☺).  En fait c'est surtout la vanité qui anime ces hommes, qu'ils soient militaires,  grands serviteurs de l'État et même les plus modestes,  pas seulement le courage et les compétences. Napoléon Bonaparte, devenu Premier Consul en 1799, grand militaire avant tout, mais fin politicien,  sait bien cela : il faut récompenser les hommes qui servent le pays avec abnégation et dévouement sans limites, au moins pour s'attacher leur fidélité par la reconnaissance (les hochets de la République).
 C'est ainsi qu'il soumet l'idée de créer un Ordre national de la Légion d'Honneur, institution qui sera validée par proclamation de la Loi du 29 Floréal de l'An X (19 Mai 1802). Par la suite, Napoléon, autoproclamé Empereur rétablira une noblesse d'Empire, l'usage d'armoiries, et la Légion d'Honneur sera graduée en plusieurs niveaux qui évolueront d'ailleurs jusqu'à nos jours. 

Fac-similé du décret du 29 Floréal de l'An X
  L'argument principal pour son attribution sera soit une conduite civile et des services rendus irréprochables et méritants, soit des faits de guerre courageux et exceptionnels. Ces actes seront attestés par une enquête officielle très rigoureuse.
 Mais jusqu'à présent il n'est question que de personnes physiques, avec tout un cérémonial en public pour la remise de la médaille au récipiendaire par des personnes de haut rang.

 Mon sujet est titré " les Villes décorées..." ;
alors comment en est on arrivés à attribuer des décorations à des entités qui ne sont pas des personnes physiques ? Cela paraît absurde , au premier abord ; que peut bien avoir fait comme acte de bravoure un ensemble de maisons, de rues, d'églises et de bâtiments publics ou privés divers ?
 Eh bien , la réponse est encore dans la vanité, mais cette fois, celle d'un seul homme : Napoléon lui-même !!
 A son retour d'exil forcé de l'île d'Elbe, qui débute l'épisode des Cent Jours,  en 1815 , Napoléon et son cortège de "fans" remontent de Golfe Juan (Juan-les-Pins) où il a débarqué, en direction de Paris pour reprendre le commandement du pays, confisqué en 1814 par les vainqueurs alliés (Angleterre-Prusse-Autriche-Russie , et autres...). Acclamé par le peuple partout, il passe dans les Alpes, puis dans la vallée du Rhône, l'Empereur sent sa cote de popularité intacte et son ego renforcé ; comme tout bon politicien : il promet des jours meilleurs, et la grandeur de la France à reconquérir. Alors il distribue des cadeaux pour qui lui est resté fidèle pendant ces années noires, depuis la débâcle en Russie, la défaite de son armée à Leipzig, la campagne de France humiliante et son abdication contrainte au bout du chemin. 

  Dans cet esprit de grande liesse impériale retrouvée, en remontant le cours de la Saône,  à Chalon, Napoléon décide de récompenser plusieurs villes : leurs édiles et les habitants, qui ont eu au début de l'année 1814,  une attitude courageuse et déterminante en résistant face à l'ennemi , en l’occurrence des détachements autrichiens qui voulaient ravager le pays en remontant vers le nord et Paris. Ce fut le cas pour Chalon-sur-Saône , Tournus et Saint-Jean-de-Losne , en Bourgogne qui défendaient toutes un passage obligé sur la rivière de la Saône.




Au Palais de l'Elysée, le 22 mai 1815,
   Voulant donner une preuve particulière de notre satisfaction aux communes de Chalon,
   Tournus, et Saint-Jean de Losne, pour la conduite qu'elles ont tenue pendant la campagne
   de 1814,    Nous avons décrété et décidons ce qui suit :
  • Article 1 : L'Aigle de la Légion d'Honneur fera partie des armes de ces villes.
  • Article 2 : Nos Ministres de la Guerre, de l'Intérieur, et le Grand Chancelier de la Légion d'Honneur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret."
Napoléon, Empereur



  Mais le 18 juin 1815 , c'est le désastre de Waterloo ; ç'en est fini de Napoléon et de ses plans.  Le décret ne sera pas signé par son successeur, bien évidemment , Louis XVIII avec la Restauration de la monarchie. Pourtant l'Ordre de la Légion d'Honneur sera maintenu au titre d'Ordre royal. Il faudra attendre 1831 et le roi Louis-Philippe pour que soit signé enfin le fameux décret pour Chalon et Saint-Jean-de-Losne et 1861 avec Napoléon III pour Tournus sur demande expresse de son maire ! pas facile la vie des héros ... 

 Dans le texte, la phrase disant que "la Légion d'Honneur fera partie des armes" , a autorisé ces villes, il y en aura encore quelques unes après,  de faire "entrer" la décoration  : la croix et parfois le ruban dans l'écu même, en complément des figures traditionnelles ( ce n'est plus le cas après 1918 où elles seront simplement appendues en ornement extérieur de l'écu).   

Chalon - sur - Saône ,
période intermédiaire , avec champagne
de gueules imitant le ruban de la L.H.
 
Chalon - sur - Saône ,
avant 1830 et ... actuellement






















Tournus

Saint-Jean-de-Losne , en 1696
(Armorial Général de France - d'Hozier)
le fermail a disparu des armoiries 

Saint-Jean-de-Losne, en 1831
une aigle en 1 et un casque romain en 4





















Saint-Jean-de-Losne ,
blason actuel : retour des fleurs de lys



  Vous l'avez peut-être noté , sur la carte de la campagne de 1814 , plus haut , j'ai rajouté une quatrième ville : Roanne.  Elle aussi a tenu tête aux Autrichiens . Ce sera la quatrième ville décorée de l'Histoire de la Légion d'Honneur et son cas est très particulier, j'en ferai un prochain article , d'autant plus que cette ville est très chère à mon cœur ... 

Roanne ( Loire)
 A bientôt.... ici → 


Herald Dick

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