lundi 12 novembre 2012

Les blasons des métiers et corporations #03 -
la Communauté des Cordonniers - 1ère partie

Bannière des cordonniers d' Épernay (Champagne)
C  hangement d'angle pour cette suite de l'inventaire des métiers et corporations constituées à la fin du XVIIe siècle et recensés dans l'Armorial Général de France tenu par Charles d'Hozier, juge d'armes et généalogiste du roi Louis XIV. Je vous invite à consulter les précédents volets → ICI afin de comprendre pourquoi on a attribué des blasons à des communautés d'hommes et de femmes en fonction de leur métier et pourquoi on les a répertoriés aussi précisément. 




 Mais cette fois nous prenons comme point de départ: un métier, celui de cordonnier, et ses représentations sur les blasons des corporations, dans les diverses provinces, villes de France (avec les frontières de l'époque, donc quelquefois vous le verrez, hors de nos limites actuelles). 
outils de cordonnier


Pour commencer, examinons un petit inventaire des outils traditionnels de l'artisan : 
couteaux à pied (1,8,13) , compas (2, 7,10,11), couteaux à découper (3,4), règles (5), formes pour chaussures (6,9), alènes(12), marteaux(14) :


3 - Clisson   (Bretagne)
2 - La Rochelle   (Aunis)
1 - Pontivy   (Bretagne)



6 - Loches (Touraine)
4 - Crépy-en-Valois (Ile-de-France)
5 - Douai  (Flandre)














8 - Montbrison   (Forez)
7 - Tarascon   (Provence)
9 - La Flèche   (Maine)
10 - Bayonne ( Béarn / Pays Basque)
11 - Quintin   (Bretagne)













12 - Ménin / Menen  (Belgique)
14 - Saint-Jean-d'Angély (Saintonge)
13 - Châtillon   (Dombes)














Et avec les outils réunis en composition artistique

15 - Tréguier   (Bretagne)  
16 - Aix   (Provence)
17 - Lyon   (Lyonnais)
18 - Landerneau   (Bretagne)
19 - Bordeaux  (Guyenne)
20 - Molsheim   (Alsace)
21 - Bourg  (Bresse)

Puis, plus rares, quelques cordonniers en activité sur leur table de travail , dans la rue ou en  intérieur, et l'un d'entre eux (24) sous la protection de la Sainte Vierge dans le Ciel !  :

22 - Rennes  (Bretagne)
23 - Chauny  (Ile-de-France)
24 - Dôle (Bourgogne)













Dans l'occident médiéval christianisé, toutes les activités humaines étaient régies ou jugées par Dieu. Il en était ainsi des métiers et les corporations étaient placées sous la protection d'un ou plusieurs Saints Patrons.  La corporation des cordonniers était sous la protection des saints Crépin et Crépinien.
estampe du XVIIie s. - Bassano (Italie)

Crépin et Crépinien : deux frères qui auraient été martyrisés à Soissons à une date indéterminée, vers le IIIe siècle. Selon le récit de leur "passion", daté de la fin du IXe siècle, ils seraient venus de Rome avec saint Quentin, exerçant la profession de cordonniers. On disait qu'ils "étaient aussi inséparables que les deux chaussures d'une même paire" ! Ils chaussaient les pauvres gratuitement et leur charité n'avait d'égale que leur souci d'annoncer l'Évangile du Christ et de convertir les païens du Soissonnais. Les deux frères chrétiens cordonniers furent rapidement dénoncés au préfet. Ils seront condamnés aux pires supplices mais leur vaillance héroïque triomphera de la cruauté de leurs bourreaux. Après avoir enduré les tortures, ils sont décapités.

 Sur nos blasons , ils sont représentés séparés ou ensemble, vous pourrez admirer pour certains la richesse de l'habillement :

25 - Condé-sue-Escaut (Flandre)
26 - Locminé (Bretagne)
27 - Hazebrouck (Flandre)
28 - Morlaix (Bretagne)
29 - Valenciennes (Hainaut)
30 -Soissons (Ile-de-France)



31 - Ypres / Ieper  (Belgique)
32 - Vitré (Bretagne)
33 - Bergues (Flandre)
34 - Dunkerque (Flandre)

Et pour terminer quelques patrons atypiques : saint Sébastien et ...  un griffon païen !



35 - Erstein (Alsace)



36 - Wasselonne (Alsace)







La prochaine fois, nous verrons les produits finis et comment était la mode au XVIIe siècle.
ICI


Crédits :
blasons extraits de l'AGF d'Hozier sur http://gallica.bnf.fr/
documentation :  
Wikimedia.commons.org


                      Herald Dick
 



dimanche 11 novembre 2012

Armistice 1918 - Si vis pacem, para... pacem

Signé le 11 novembre 1918 près de Rethondes, l'Armistice mit un terme à la Première Guerre mondiale qui fit plus d'un million de morts et presque six fois plus de blessés et de mutilés parmi les troupes françaises. Malgré l’étendue des destructions, le soulagement fut immense et la joie s’empara de chaque commune.
Le 11 novembre 1920, la dépouille d'un Soldat Inconnu fut inhumée sous l’Arc de Triomphe à Paris où la flamme est ravivée tous les soirs par le Comité de la flamme et des représentants d’associations.

Jour d'hommage et de recueillement, le 11 novembre donne lieu chaque année à des cérémonies commémoratives devant les monuments aux morts des communes de France. Le coquelicot (poppy) est le symbole du souvenir pour les anglo-saxons. Chaque année les familles et les anciens combattants de l'armée britannique viennent déposer des coquelicots sur les tombes des soldats mort au combat.

cliquer sur les photos pour agrandir
 Toutes les communes de France ont leur monuments aux morts en hommage aux soldats tombés sur les champs de bataille, mais rares sont ceux qui critiquent la folie humaine et expriment clairement une opinion opposée à la guerre, contrastant avec les monuments centrés sur la glorification des héros morts pour leur patrie. Ces monuments aux morts pacifistes apparaissent timidement à l'issue de la Première Guerre mondiale.
Un d'entre eux, exceptionnel, que je connais bien, est le monument aux morts de Saint-Martin-d'Estréaux, petite commune située dans le département de la Loire, près de Roanne, qui comporte trois panneaux avec une colonne. Une liste présente les morts de la guerre avec leur photo. Au milieu de ces noms, une pleureuse a été sculptée en bas-relief. Sur l'autre face du monument, trois panneaux résolument pacifistes. Un panneau affirme : « Si vis pacem, para pacem », soit « si tu veux la paix, prépare la paix ». Un second panneau se termine par « Maudite soit la guerre et ses auteurs ». Le troisième panneau dresse un bilan de la guerre, en détaillant les morts (12 millions) et les souffrances des peuples. Enfin avec l'inscription : « les Innocents au poteau d'exécution », il y est dénoncé le drame des soldats fusillés pour l'exemple. Afin de respecter le deuil des familles et celui de la patrie, le monument ne fut inauguré qu'en 1947. Ce texte fut l'objet, dans les années 1930, de dégradations dont furent accusés les membres de l'Action française, mouvement d'extrême-droite.





 Si vis pacem, para pacem !... Si tu veux la paix, prépare la paix !

 
     




Kuttolsheim

jeudi 8 novembre 2012

Logo vs blason : état des lieux pour les emblèmes municipaux #04

Retour sur le thème des emblèmes officiels utilisés par les Villes et municipalités en général. Souvenez-vous, j'avais énuméré quatre catégories dans lesquelles on pourrait classer les différents logos  en fonction de leur proximité ou éloignement en terme de graphisme par rapport aux armoiries originelles, voir → ICI..

Nous allons donc regarder quelques nouveaux exemples illustrant la catégorie N° 3  : les Nostalgiques.









          


Ville de Florence ( Italie)


Ces villes qui ont souhaité montrer une image délibérément en rupture avec le passé, n'ont cependant pas voulu, par scrupule ou par nostalgie, balayer celui-ci complètement. Je nommerais ce style graphique  de "cryptohéraldique"  car les personnes un peu instruites en héraldique y reconnaîtront des éléments qui leur sont familiers.  Ce qui voulait être une rupture, n'est qu'une évolution, une transition. Mais on arrive tout de même là aux limites de la discipline, tout en étant conscient qu'on a déjà largement débordé du cadre général des règles de base classiques : formes, couleurs et ornements extérieurs.

 Pour ce dossier, j'ai mis en regard le logo officiel et le blason historique, ce qui permettra de jouer à retrouver les figures qui ont "survécu" au lifting du temps.




Ville de Tours ( Indre-et-Loire)



 Ville de Fontenay-le-Comte ( Vendée)



Ville d' Arles ( Bouches-du-Rhône)





            Ville de Blois ( Loir-et-Cher)




              
Ville de Tourcoing ( Nord)







                Ville de Nîmes (Gard)




Ville de Montrouge ( Hauts-de-Seine)

                                   Ville de Colomars (Alpes-Maritimes)





Ville de Sélestat (Bas-Rhin)



Et chez nos voisins ...




Ville d' Oxford (Royaume-Uni - Oxfordshire )



                                       Ville de Dublin ( Irlande )

Ville de Leicester ( Royaume-Uni - Leicestershire )



Ville de Las Palmas ( Espagne - Îles des Canaries )

Ville de Adeje ( Espagne - Îles des Canaries )



Ville de Hambourg ( Allemagne )



Ville de Wolfsburg ( Allemagne - Basse-Saxe)



Ville de Alzey ( Allemagne - Rhénanie-Palatinat )

 













                    Ville de Stuttgart ( Allemagne -  Bade-Wurtemberg)



Par respect pour les amateurs d'héraldique municipale, je ne ferai pas de dossier sur les logos municipaux de type N° 4 : catégorie des " Décomplexées", car par nature, ils n'ont plus aucun  lien,  de près ou de loin avec le blason originel.