mercredi 26 octobre 2011

Héraldique médiévale : les Plantagenêts

 Pour ce premier chapitre (consacré au Moyen-Âge), c'est d'une merveille qui nous vient du XIIè siècle, rien que ça ! que je vous donne à admirer ...
Les -vrais- historiens considèrent qu'il s'agit d'une des toutes premières représentations héraldiques avérée, et en couleurs, du Monde occidental. Et elle est parvenue jusqu'à nous presque intacte, dans un état excellent, ce qui est un petit miracle... après 8 siècles d'Histoire violente et destructrice !  
 Les amateurs et passionnés d'armoiries connaissent évidement cet inestimable objet d'art du patrimoine français et mondial, mille fois représenté dans les livres consacrés à l'héraldique ou l'histoire médiévale.
 Pour les internautes qui découvrent la science des blasons , j'ai mis en ligne ci-dessous une reproduction avec la meilleure qualité possible pour pouvoir observer tous les détails en cliquant sur l'image. Le cliché a été légèrement retaillé pour ne garder que l'essentiel mais vous pouvez avoir la totalité, sur Wikipédia.



Il s'agit donc de la plaque funéraire émaillée du tombeau de Geoffroi V Plantagenêt (1113-1151 ), comte d'Anjou et duc de Normandie, réalisée vers 1155-1160 sur commande de sa veuve Mathilde (héritière dépossédée du royaume d'Angleterre... ainsi leur fils Henri deviendra plus tard Roi d'Angleterre). Ce tombeau somptueux était à l'image du personnage qui était un homme très puissant à son époque, peut-être même davantage que les Rois de France contemporains : Louis VI le Gros et Louis VII son successeur, dont il était le vassal.

bouclier du XIè siècle
 montrant un umbo au centre
 Le tombeau était situé dans la Cathédrale du Mans (Sarthe) et a malheuresement disparu , sans doute détruit. Il n'en reste que cette plaque funéraire de 63x34 cm qui avait été transférée au Musée de Téssé, dans la ville du Mans. Depuis 2009, elle enrichit le nouveau Carré Plantagenêt du Musée d'Archéologie du Mans, où l'on peut l'admirer.
 Le Comte/Duc, barbu, et roux, est représenté en pied , dans l'encadrement d'un portail (une église ou un château), en tenue d'apparat très luxueuse ( remarquez la doublure du manteau en vair , fourrure très onéreuse). Il est armé d'une large épée à double tranchant et d'un bouclier triangulaire armorié.
Ce bouclier possède un umbo au centre , renflement de métal qui protègeait la main à l'intérieur, avec l'avant-bras maintenu par des sangles de cuir. Il est peint : le fond d'une couleur bleue-violette et orné semble-t-il de six lions rampants d'or très cuivré , presque rouges. Remarquez le lion passant, cette fois, brodé sur le couvre-chef. Il y en avait sûrement un second en opposition sur l'autre profil. L'arrière-plan est décoré d'un maillage en losange avec des petites fleurs de lis blanches intercalées, du plus bel effet.

 On a donné alternativement les blasonnements "d'azur à six lions d'or 3,2,1" ou "d'azur semé de lions d'or" pour ne pas se mouiller sur le nombre exact. Pour les couleurs , je suis un peu dubitatif , car à l'époque , l'héraldique n'était pas encore née et encore moins les règles des couleurs. Mais comme une des règles de l'héraldique est aussi que les nuances des couleurs n'existent pas et que l'azur peut être aussi bien représenté en bleu très clair ,voire turquoise,  que tirant sur le violet , peu importe ...c'est azur de toute façon.

Voici une restitution de ma main qui me semble assez fidèle à l'original :

 Un chroniqueur du Moyen-Âge relate que ces armoiries auraient été concédées à Geoffroi en 1127,  par son beau-père le Roi d'Angleterre, Henri Ier , lors de son mariage avec sa fille Mathilde. C'est à partir de cette affirmation que l'on a longtemps estimé qu'il s'agissait des plus anciennes armoiries connues. Mais cette date est douteuse car le texte est bien postérieur au décès du Comte/Duc. Et puis les héraldistes ont statué par la suite, que l'apparition des armoiries était un évènement collectif (un fait de société dirait-on aujourd'hui) du début du XIIè siècle, plutôt ciblé géographiquement au Nord de la France et dans les pays Anglo-Germaniques. En tout cas, cela ne peut être un fait d'ordre individuel.

 Deux générations plus tard , ces armoiries vont réapparaître chez un personnage tout aussi fascinant , le Comte de Salisbury , William Longespee (Guillaume de Longue-Epée en français , 1176-1226) , qui est tout simplement le petit-fils bâtard de Geoffoi Plantagenêt et fils de Henri II , Roi d'Angleterre , avec une de ses maîtresses.
Gisant de William Longespee , cathédrale de Salisbury (Royaume-Uni)
Son tombeau  a été ouvert en 1791. Bizarrement, le cadavre bien conservé d'un rat qui contenait des traces d'arsenic à l'analyse,  a été trouvé à l'intérieur de son crâne ! Le rat est maintenant exposé dans une vitrine au  Salisbury and South Wiltshire Museum. Cette affaire a lancé l'hypothèse que le Comte aurait été empoisonné en 1226...

Ce grand seigneur fera parler de lui à la bataille de Bouvines en 1214 où il mènera le combat pour le Roi d'Angleterre Jean-sans-Terre, contre l'armée du Roi de France Philippe-Auguste. L'opération fut effectuée par une armée de coalition avec Renaud de Dammartin, comte de Boulogne ; le comte Guillaume Ier de Hollande; Ferrand, comte de Flandre et surtout Otton IV, empereur romain germanique , dans une proportion de presque 2 contre 1 ! Contre toute attente, c'est le Roi de France qui sortira vainqueur et William sera gravement blessé d'un coup de masse d'armes et capturé. Il terminera sa carrière comme conseiller et chef militaire dans le gouvernement du roi d'Angleterre Henri III.


Image du gisant restituée en couleurs
 
Bouclier reconstitué
 par une compagnie
de spectacles médiévaux.




















Herald Dick



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