mercredi 7 mars 2018

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Languedoc - Sénéchaussée de Montpellier

S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Languedoc. Après la Sénéchaussée de Toulouse, le pays de l'Albigeois et du Castrais, la Sénéchaussée du Lauragais, celle de Carcassonne, celle de Béziers,  nous abordons le sixième chapitre dédié à la Sénéchaussée de Montpellier.
 Cette  circonscription administrative de l’ancien régime était composée des territoires formant actuellement la partie est du département  de l'Hérault, augmentés de quelques parties du Gard en limite du département, jusqu'à la petite Camargue et la Méditerranée.




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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir







  Les fragments de manuscrits proviennent encore du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XIV  -  Languedoc 1ère partie  
       Armorial Général de France  -  volume XV  -  Languedoc  2e partie  (BNF Paris)


Montpellier (Hérault)

  Montpellier voit le jour en 985, quand le comte de Melgueil (Mauguio) donne à Guilhem, un seigneur installé dans la moyenne vallée de l’Hérault face au vicomte de Béziers, un manse (domaine agricole) sur le Mons Pestelarium. Les Guilhem (ou Guillaume), premiers seigneurs de Montpellier, avaient pour blason un tourteau de gueules sur champ d'argent (d'où l'écusson en pointe sur les armes de la ville). La ville fut mise sous le patronage de la Vierge, d'où sa présence dans les armoiries, assise sur un immense trône, tenant l'enfant Jésus dans ses bras et surmontée des initiales A et M (pour Ave Maria). source texte : www.montpellier.fr/
 Mention spéciale au dessin de l'Armorial Général de France avec ces armes en force de sceau, et sa belle bordure festonnée et fleurdelisée : une remarquable curiosité dans l'ensemble de l’œuvre de Charles d'Hozier.



Lunel (Hérault)

   Le blason de Lunel est issu des armes des Gaucelm ou Gaucelin, anciens seigneurs de Lunel , mais brisées, semble-t-il, car affichées avec un croissant versé (pointes vers le bas). Pas d'information pour la présence de l'étoile, qui d'ailleurs est absente dans le manuscrit de La Planche.



Frontignan (Hérault)

Juste à noter : un changement d'émail , chose assez courante.


Sommières (Gard)

 Le pont de Sommières au-dessus du Vidourle fut construit au Ier siècle par l'empereur Tibère afin de relier Nîmes à Toulouse. Il était initialement constitué de plus de 20 arches pour une longueur totale de plus de 200 mètres. Ses dimensions étaient ainsi suffisantes pour enjamber le lit maximal du Vidourle et assurer la liaison entre les deux rives du capricieux petit fleuve, tenant compte de ses crues légendaires (voir → ICI). De nos jours il ne reste que 7 arches et le pont a été remanié, mais une croix orne encore son parapet en son centre comme sur le blason. Au Moyen-âge il était encadré de portes fortifiées sur chaque rive, symbolisées par les deux tours du blason. De nos jours il subsiste la porte côté ville, intégrée aux anciens remparts devenus des habitations et qui sert de beffroi communal.




Aigues - Mortes (Gard)


  Très souvent, on l'a déjà vu, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais. .
 Le blason utilisé actuellement est inspiré par celui publié dans l'Armorial Général de France, constitué d'après l'édit royal de 1696.





[_)-(_]

D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte :

- avec un contour de blason vide, sans description comme pour Aigues-Mortes : Sauve


- sans blason ni mention s'y rapportant :  Maguelone (ancien village insulaire reconstruit sur le continent sous le nom de Villeneuve-lès-Maguelone), Aniane, Mauguio, Gigean.
# cependant, quelques années plus tard, certains lieux ou villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France.  Ces blasons sont encore d'actualité, pour certains, d'autres ont subi des évolutions


Sauve (Gard)


Villeneuve - lès - Maguelone 
 (Hérault)


Mauguio (Hérault)


Gigean (Hérault)



# et pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières localités qui dépendaient à priori de cette sénéchaussée, devenues aujourd'hui des communes importantes, et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
Lattes, Juvignac, Saint-Martin-de-Londres, Ganges, et Quissac.

et leurs blasons respectifs sont toujours d'actualité.

Lattes (Hérault)

Juvignac (Hérault)

Saint-Martin - de - Londres
 (Hérault)

Ganges (Hérault)

Quissac (Gard)




Un très grand nombre d'autres villages de la région, nommés "communautés des habitants" (Com. des hañs) ou "communauté du lieu de.. ", dans les registres de l'Armorial Général de France ont été identifiés et enregistrés avec des armoiries la plupart attribuées d'office. Il serait fastidieux de les lister tous ici, d'autant que certaines localités ont été absorbées par les nouvelles communes constituées après la Révolution. Toutefois vous pouvez vous amuser à les rechercher dans les ouvrages numérisés chez Gallica, dont je donne les liens ci-dessous, et accessoirement aussi dans les très intéressantes fiches listées département par département sur le site : armorial de france.fr


A bientôt pour une nouvelle série ...→ ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111467n
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1114681



             Herald Dick  
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samedi 3 mars 2018

Histoire parallèle : 3 mars 1918-2018 - le traité de paix de Brest-Litovsk scelle la défaite de la Russie face aux Empires centraux

 Nous voici de retour sur les évènements géopolitiques marquant le centenaire de la Première Guerre mondiale qui sur le front Est se télescope avec un autre grand chambardement mondial: la Révolution russe qui avait débuté au printemps 1917. Et avec ce bouleversement inédit, c'est l'émergence de nouveaux états en Europe, nés ou libérés (provisoirement) du chaos de la guerre entre nations et simultanément de la guerre civile russe.

Rappels :
 • 8 mars 1917  (= 23 février du calendrier julien) : une manifestation à Petrograd à l’occasion de la Journée internationale des femmes prend un caractère politique. Début de la révolution de Février (fin le 15 mars). 
 • 15 mars 1917 : abdication du tsar Nicolas II de Russie à Pskov. Le pouvoir passe aux mains d’un gouvernement provisoire à tendance libérale constitué par des membres influents de la Douma et présidé par le prince Lvov. C'est la fin de l'Empire russe et le régime devient une République.

emblème de l'éphémère République russe qui vécut en 1917 du 16 mars
 au 8 novembre. L'aigle à deux têtes russe a perdu tous ses signes
 de pouvoir : couronnes, sceptre, globe...
fragment d'un diplôme du Gouvernement provisoire daté du 25.10.1917
sceau contenant l'image d'une aigle à deux têtes (sans couronnes) 
apposé sur un certificat d’instruction militaire russe datant d'août 1918.
 • 6-7 novembre 1917 : Nous sommes les 24 et 25 octobre en Russie, qui utilise le calendrier julien. C'est la Révolution dite "d'Octobre rouge"qui est putsch militaire. A Petrograd (ex- Saint-Petersbourg), une insurrection armée des Soviets porte les Bolchéviks au pouvoir. Vladimir Ilitch Oulianov, dit "Lénine"  devient Premier ministre et Lev Davidovitch Bronstein, mieux connu sous le nom de Léon Trotski devient son ministre des Affaires étrangères.

carte postale soviétique illustrant la révolution d' "Octobre 1917"
idem  : avec une bande dessinée

 • 11 novembre 1917 : Le dirigeant du précédent Gouvernement provisoire de la République de Russie, mis en place en mars 1917: Alexandre Kerenski est forcé de fuir Petrograd après les affrontements entre ses partisans et les bolchéviks.

le drapeau rouge de la Révolution
 utilisé comme symbole du mouvement ouvrier à partir du XIXe siècle
il est repris par les mouvements socialistes, puis communistes.
le drapeau tricolore de la  Russie est encore utilisé (sans les armoiries, naturellement) et reste drapeau d'état officiel jusqu'en
 avril 1918, mais on le voit aussi inversé, pour promouvoir le rouge (révolutionnaire) mis au-dessus.
source : livre de S.L. Lazarev, «Drapeaux et bannières de la période de la révolution et de la guerre civile à travers
 des témoins oculaires»
reproduction d'une affiche de propagande célébrant la Révolution de 1917


 • 20 novembre 1917 : Proclamation de la République populaire ukrainienne (abolie en 1921). Simon Petlioura la dirige depuis Kiev. Mais le 25 décembre, une république soviétique d’Ukraine, soutenue par les bolcheviks, est proclamée à Kharkiv.

Timbre russe surchargé en 1918 du Tryzub,
 le "trident", symbole national de l'Ukraine

sceaux des différentes entités ukrainiennes
déclarées indépendantes depuis novembre 1917

•  6 décembre 1917 : Profitant du chaos en Russie, la Finlande proclame son indépendance.

armoiries de la Finlande sur carte postale philatélique

un des timbres de la première série émise en 1917
 avec les armoiries monochromes de la Finlande
indépendante 





















différents projets et drapeaux réels mis en service entre 1917 et 1920 dans la nouvelle Finlande indépendante
double planche extraite d'une revue finlandaise :  "1917 - Tie itsenäisyyteen - erikoislehdessä" (1917-  En route pour l'indépendance).
 • 15 décembre 1917 : Un armistice d'un mois reconductible est signé par Léon Trotski, chef de la délégation soviétique en préparation d'un vrai traité de paix. Il fera ainsi traîner en longueur les pourparlers dans l'espoir du déclenchement d'une révolution socialiste en Allemagne, qu'il pensait imminente, mais n'aura pas lieu. 

• 23 décembre 1917 : Une République de Moldavie indépendante est proclamée à Kishinev (aujourd'hui : Chisinau) à la place de l'ancienne province russe de Bessarabie.

blason hérité de l'ancienne principauté
de Moldavie ornant le(s) drapeau(x)
 de la République de Moldavie en 1918


un des 3 ou 4 drapeau(x) utilisés en 1918 par
 la République démocratique de Moldavie



 • 27-28 janvier 1918 : Les Gardes rouges s’emparent d’Helsinki et établissent un gouvernement révolutionnaire. Début de la guerre civile finlandaise (fin le 16 mai).

emblème de la République Socialiste fédérative
 soviétique de Russie (R.S.F.S.R) de 1918 à 1920

 • 28 janvier 1918 :  Le 3e congrès des soviets proclame la création de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR). C'est aussi la création de l’Armée Rouge.

premiers drapeaux de la République socialiste fédérative soviétique de Russie
  (1918-1920)
le même, mais en vrai !  ce drapeau a été pris sur le destroyer "Автроил" (Autroil)
capturé par les britanniques en décembre 1918 -il est conservé dans la collection
du National Maritime Museum  à Greenwich (Londres- UK)

 • 9 février 1918 : Paix séparée signé à Brest-Litovsk entre l’Allemagne et le gouvernement ukrainien de Kiev. L’opinion polonaise rompt avec les Empires centraux lorsque ceux-ci attribuent à l’Ukraine indépendante le pays de Chełm.

 • 10 février 1918 : Trotski annonce que le gouvernement bolchévik ordonne la démobilisation générale sans pour autant signer le projet de paix négocié à Brest-Litovsk ( « ni guerre, ni paix »).
 À cette annonce, l’Allemagne décide de reprendre la guerre contre la RSFSR le 13 février.

 • 16 février 1918 : Déclaration d’indépendance de la Lituanie.

 • 24 février 1918 : Déclaration d’indépendance de l'Estonie.

carte postale de propagande datée de 1916, éditée en France,
revendiquant la souveraineté de la Pologne, avec de belles armoiries

 3 mars 1918 : Signature de traité de paix séparée entre le gouvernement de Russie et les Empires centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie et Turquie) à Brest-Litovsk (aujourd'hui Brest, en Biélorussie).  La Russie soviétique abandonne la Pologne russe, la Lituanie, la Courlande. Elle s’engage à évacuer la Livonie, l’Estonie, à reconnaître l’indépendance de la Finlande et de l’Ukraine.
♦ Ce « honteux traité de paix » (selon les termes de Lénine) enlevait à la Russie non seulement 800 000 km² de territoires, mais aussi une part importante de ses ressources agricoles et industrielles concentrées en Finlande, en Pologne, dans les pays Baltes, en Ukraine, dans une partie de la Biélorussie ; de plus, la Russie devait livrer les villes d'Ardahan, Batoumi et Kars à la Turquie et également payer des indemnités de guerre.
 Enfin cette paix séparée permit à l'Allemagne de renvoyer sur le front de l'Ouest un grand nombre de troupes pour s'opposer aux offensives alliées.
♦  Le 13 novembre 1918, après la défaite des Empires centraux, le traité de Brest-Litovsk fut annulé par le gouvernement soviétique, qui s'attacha dès lors à reconquérir les territoires perdus. Le traité de Versailles, qui mit fin à la Première Guerre mondiale, déclara également nul le traité de Brest-Litovsk.







💁  Je rappelle le principe de cette série "Histoire parallèle- Première Guerre mondiale" : utiliser un maximum d'illustrations d'époque et proscrire les dessins créés par ordinateur.