samedi 10 décembre 2016

La Quête du Graal dans les manuscrits français - Chapitre #06 : les rois Urien, Pellinor, Pharamond et quelques autres encore, à la Table Ronde

miniature : "Le tournoi du Pin du Géant" - manuscrit "Guiron le Courtois"
d'Heli Boron (XVe s.) - Ms fr 338 - folio 89r - BNF Paris
uelques mois se sont écoulés depuis le dernier volet de cette "Quête du Graal" virtuelle et documentaire.
  Je rappelle qu'elle consiste à explorer quelques-uns des plus importants manuscrits et premiers livres imprimés français relatifs au cycle arthurien. Je vous invite à revoir le premier chapitre (voir ici → #01 ) qui résume toute la démarche initiale.
 Du moins nous privilégions ceux dont la légende est illustrée par de pures merveilles que sont les enluminures et plus spécialement les dessins ayant un intérêt du point de vue de l'héraldique.

 Voici donc le sixième volet de la série. Je rappelle que j'ai pris comme base référentielle deux armoriaux manuscrits : et plus particulièrement, cette fois, pour cet épisode consacré aux rois alliés de la maison d'Arthur, celui coté "Français 5233" de la Bibliothèque Nationale de France (Paris), daté du XVIe siècle. En raison de leur notoriété, ou de leur réelle participation à la Table ronde, certains personnages ainsi que leurs blasons, sont en effet présents dans tel manuscrit, mais absents dans un autre.

Vous pouvez aussi revenir au chapitre précédent : → #05


 • Les blasons :
  1.  Le Roy Urien / le roi Urien
  2.  Le Roy de Clares / le roi de Clares
  3.  Le Roy Pelinor / le roi Pellinor
  4.  Le Roy Ryon / le roi Rion *
  5.  Le Morhoult d Irlande / le Morhault d'Irlande
  6.  Le Roy Pharamond de gaules / le roi Pharamond de Gaule

(*) la légende du manuscrit au-dessus du blason nous oriente sur le roi Rion (voir ce personnage, déjà traité précédemment, en cliquant sur le lien), mais ces armes aux trois têtes de lion, sont par principe attribuées au roi Ydier (voir développement plus bas).



XXIX. le roi Urien

  Urien devient Urien de Gorre, un royaume mythique. Sous le règne d'Uther Pendragon, il épouse la sœur d'Arthur, Morgane. Il s'oppose d'abord à l'accession d'Arthur au trône après la mort d'Uther et complote avec d'autres rois voisins. Après sa défaite, il devient son vassal et allié. Il est le père d'Yvain le Grand et d'Yvain l'Avoutre, l 'oncle de Baudemagu et de Gauvain. Il se retire ou meurt avant la quête du Graal.
.
 
Armes : d’azur au lion d’or, armé et lampassé de gueules.
Cimier : une tête de lion d’or, lampassée de gueules.
Supports : deux cygnes d’argent, becqués et membrés de sable.
Devise : A TOVT


• On notera que Urien et Yvain, son fils légitime ont bien le même blason, ce qui paraît normal dans le système héraldique de la chevalerie. Ce principe est donc aussi parfaitement appliqué pour cette héraldique imaginaire, ce n'est d'ailleurs pas le premier cas que nous observons. Les différences sont dans les ornements extérieurs : la couronne d'or timbrant l'écu, et le manteau d'hermine, marquant le statut de souverain, les supports: deux cygnes pour Urien, deux lions pour Yvain. Et la devise également, est différente.





XXX. le roi de Clares

Claris de Clermont, plus connu sous le nom du roi de Clares, ou de Clarés (quelque part en Gaule Aquitaine), de Gascogne et d'Espagne. Il est le fils du duc Edaris. Il fait également partie des Compagnons Errants. Les sources anglaises le font mourir pendant la Bataille de Salesbieres ou bien après s'être retiré auprès de Lancelot devenu ermite. 
 Certains textes comme celui ci-dessous situent son royaume près d'une cité (fictive) nommée Clarence, qui pourrait être rapprochée de la petite ville de Clare dans le Suffolk, en Angleterre, berceau supposé des ducs de Clarence, un titre porté par les pairs du royaume d'Angleterre, créé en 1362.

Armes : d’or à une croix potencée de gueules.
Cimier : une croix potencée de gueules.
Supports : deux corbeaux de sable.
Devise : CLARES
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XXXI. le roi Pellinor de Listenois

Pellinor de Listenois est un roi gallois, fils du roi Pellehan, frère de Lamorat (de Listenois) et de Pellés, père d'Agloval, de Tor, de Lamorat de Galles et de Perceval. Il est tué par Gauvain.

Armes : d’or semé de croisettes d’azur.
Cimier : une aigle issante de sable (ou un singe d'argent issant)
Supports : deux aigles de sable.
Devise : PAR LA CROIX
.

• Le "semé de croisettes" est l'ADN héraldique de cette famille galloise, puisqu'on retrouve ce motif sur tous les blasons de la plupart des personnages cités plus haut : les deux Lamorat, Agloval, Tor et Perceval ... Seuls les émaux de champ ou des croisettes varient, et deux d'entre eux sont chargés d'un léopard brochant.





XXXII. le roi Ydier

Ydier ou Yder est un cousin éloigné du roi Urien, oncle d'Yvonet, il est parfois difficile de distinguer dans les textes ce roi de Cornouaille avec Yder, le Fort tirant, le fils de Nu. La Cornouaille dont il est ici question, est probablement la terre de Bretagne continentale, et non les Cornouailles de Grande-Bretagne, où règne le roi Marc.

Armes : de gueules à trois têtes de lion d’or, lampassées de sable.
Cimier: une tête de lion d’or, lampassée de sable.
Supports : deux lions d’or, armés et lampassés de sable.
Devise : OR BIEN
.


• Avec le roi Yder/Ydier est apparu dans certains manuscrits semble-t-il une erreur initiale d'identification, qui s'est propagée par la copie de manuscrit en manuscrit. En effet le blason "de gueules à trois têtes de lion d’or, lampassées de sable" se trouve parfois associé au nom du roi Rion ou Ryon (comme ci-dessous), alors que celui-ci a pour armes : "d’or au léopard d'azur" (voir → ICI, le n° XXVIII). C'est le cas aussi pour le feuillet complet du début de ce sujet.




XXXIII. le Morhault d'Irlande

Le Morhault (également appelé Morholt, Marhalt, Marhault, Morold, Marhaus et encore d'autres variantes) est un guerrier irlandais qui exige le tribut au roi Marc de Cornouailles jusqu'à ce qu'il soit tué par Tristan. Il apparait dans presque toutes les versions de Tristan et Iseult, à commencer par les œuvres de Béroul et de Thomas d'Angleterre. Plus tard, les auteurs de romans élargissent le rôle du Morhault: il est un chevalier de la Table ronde avant de rencontrer Tristan. Dans de nombreuses versions, le nom de Morhault est précédé par un article défini "le" comme s'il s'agissait d'un grade ou d'un titre.



Morhault et Gauvain (de pourpre à l’aigle bicéphale d’or, becquée et membrée d’azur) au pied de la Roche
 aux Pucelles où celles-ci les mettent en garde sur les dangers mortels qu'ils encourent.
Armes : burelé d’argent et d’azur, au lion de gueules brochant.
Cimier : une tête de lion de gueules lampassée de sinople.
Supports : deux lions de gueules, armés et lampassés de sinople.
Devise : YBERNYE
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• La devise de Morault : Ybernye,  vient de Hibernia, qui est le nom ancien en latin de l'île d'Irlande.

Le combat fatal de Morhault contre Tristan (de sinople au lion d’or, armé et lampassé de gueules)
 texte en rouge: " Comment messire Tristan de Leonnois et le Morhault d Irlande se comba
tirent et messire Tristan loultra et luy fit playe mortelle dont il mourut après.."



XXXIV. le roi Pharamond

Pharamond présente une particularité : il est commun à deux mondes, celui purement légendaire du cycle de la Table Ronde et un autre, le reliant à la mythologie païenne des rois antiques précurseurs de notre histoire occidentale. Dans le premier cycle, Pharamond est un parent de Claudas de la Déserte et fils d'un serf affranchi. Il parvient à conquérir la Gaule et à en devenir le roi. Il devient le vassal du roi Uther Pendragon. Puis, il se rebelle  plusieurs fois contre celui-ci ou contre le roi Arthur, mais rejoint à la fin la Table Ronde. Il disparaît ensuite des textes avant la Quête du Graal.

Armes : de sable à trois crapauds d’or, ou : d'or à trois crapauds de sable.
Cimier : une tête de tigre de sable.
Supports : deux tigres de sable.
Devise : GAVLE GAVLE
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remarquez les termes curieux (à la fin du texte) employés pour désigner les crapauds : " Et portoit en ses armes d or --- a troys regnes tarrestres de sable."  le mot "regne" vient du latin "rana" : la grenouille : ce sont donc des grenouilles terrestres !!


• Malgré sa nature légendaire, Pharamond fut longtemps présenté par les historiens et les écrivains, durant le Moyen-Âge et l'Ancien Régime, comme étant le tout premier roi des Francs et l'ancêtre des Mérovingiens. Il occupe en quelque sorte le "chaînon manquant" entre la Gaule celtique non romaine et les premiers rois Francs qui ont régné sur la Gaule, après la chute de l'Empire romain.
  Présenté pour la première fois comme un roi des Francs dans une généalogie anonyme du début du VIIe siècle, cette affirmation est reprise à nouveau en 727 dans le Liber Historiae Francorum. Il y est dit qu'il est le fils de Marcomir et le père de Clodion le Chevelu. Il fut donc par la suite, longtemps considéré comme le premier roi Mérovingien. Les historiens le faisaient régner au début du Ve siècle, aux alentours de 420. Ses qualités de roi des Francs et d'ancêtre mérovingien sont depuis rejetées par la critique historique et son historicité est également mise en doute. Il est considéré depuis lors comme un personnage essentiellement mythologique.
 Dans les nombreux recueils et autres œuvres littéraires ou artistiques, au niveau des arbres généalogiques, il figure souvent en tête comme étant le premier de la lignée des rois de France. Et ses armes "aux trois crapauds", avec des émaux variants d'un manuscrit à à l'autre, sont souvent attribuées à la dynastie mérovingienne dans son ensemble. J'y avais déjà fait allusion  dans ce blog, avec un sujet ancien illustré, sur Clovis (voir → ICI).
Portrait de Pharamond, roi de Gaule, dessin et gravure de Nicolas de  Larmessin (1632-1694)
  extraite  de "Les augustes représentations de tous les rois de France, depuis Pharamond
 jusqu'à Louis XIV..." (1690)  - Bibliothèque nationale de France, Na-12-4 - Paris.
détail des armoiries de Pharamond,  dessinées  par Larmessin





• Au titre des personnages de l'histoire antique, le blason de Pharamond, premier roi des François, abandonne les crapauds, pour trois couronnes à l'antique. Peut-être faut-il y voir un parallèle symbolique avec les armes supposées du roi Arthur de Bretagne (d'azur à trois couronnes d'or).



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  Vous pouvez retrouver et consulter tous les armoriaux et manuscrits cités dans les infos bulles accompagnant les images (en passant votre souris dessus) en vous connectant aux réserves numériques des bibliothèques nationales ou municipales, ou des serveurs où ils sont stockés, tels que :


Enfin, je vous recommande de visiter ces réalisations modernes en dessins vectoriels de très grande qualité  :

   
         à bientôt.....
 

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