jeudi 23 février 2017

Philatélie et héraldique - nouveauté 2017 : les 9 länders d'Autriche sur timbres, avec de vrais morceaux d'armoiries !

📯  Il y a quelques semaines, j'avais mis en avant une initiative intéressante de la poste finlandaise en 2016, sur le sujet de l'héraldique civique nationale (cliquer→ ICI). Eh bien, ce début d'année 2017 commence très bien, avec une autre démarche, à la fois artistique, héraldique et ludique, en Autriche, cette fois. Personnellement elle m'a séduit, et c'est pour cette raison que j'en fais un sujet spécifique. L'Autriche nous a habitué, depuis très longtemps et régulièrement, à orner ses timbres-poste d'armoiries, souvent accompagnant un monument, une vue touristique, ou bien pour illustrer un évènement quelconque, et plus rarement en sujet principal. Mais jusqu'à présent ces productions ne présentaient aucune fantaisie particulière. Du très classique, donc, et sans renier la grande qualité des productions philatéliques de cette agence postale nationale.

  Mais voici que cette année 2017, la Poste autrichienne est sortie des sentiers battus et a choisi d'illustrer l'héraldique nationale au travers de ses 9 Länder (ou länders, les deux formes de pluriel sont acceptées dans la langue française), c'est à dire les 9 états fédéraux formant la République d'Autriche, sous une forme très originale. L'origine de certains de ces blasons remonte au XIIe siècle: c'est donc une sacrée opération de rajeunissement qu'ils prennent d'un seul coup !
   C'est une artiste designer graphiste du nom d'Anita Kern, qui travaille beaucoup pour la Poste de son pays, qui signe ces images, inhabituelles pour notre œil, mais qui cependant nous sont familières. Le principe est simple et très malin : basé sur des "zooms" prélevés sur chacun des blasons provinciaux, mettant en valeur un détail précis du dessin héraldique. Des morceaux d'armoiries, comme je l'ai annoncé dans le titre de ce sujet, en parodiant le slogan d'une pub célèbre pour cette marque de yaourts : avec "de vrais morceaux de fruits dedans".
  L'idée n'est néanmoins pas complètement révolutionnaire : il y avait déjà eu un travail similaire réalisé par une autre graphiste nommée Tessa Gerster pour la Poste suisse en 2015, mais à partir des armoiries de trois cantons seulement, sur les 26 existants (voir → ICI). Ici, le concept est plus abouti, car il touche la totalité des états composant la fédération. Par contre, le choix du nombre de 15 timbres pour présenter 9 Länder est étonnant. Une décision qui semble arbitraire, voire injuste, pour trois d'entre eux qui n'ont droit qu'à un seul timbre dans la série, alors que les autres en ont deux !  Le format carré donne une force à la dimension esthétique indéniable de l'ensemble. Les échelles du zoomage sont différentes, sur la même armoirie parfois, et d'une armoirie à une autre. Les timbres sont conditionnés et vendus en carnets, en rouleaux, en paquets sous blister (voir ci-contre), contenant un nombre variable du même timbre, et par conséquent pour un prix total de vente lui aussi, très variable ! ( voir lien vers le site de la Poste tout en bas de cette page)
  Voilà pour la présentation du "produit", succincte, et maintenant  : place à la  présentation spécifiquement héraldique.

Land de Burgenland

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dimanche 19 février 2017

Armorial des provinces françaises sous le règne de Louis-Philippe Ier (1831-1848)

📚  Au milieu du XIXe siècle, plus exactement durant le règne de Louis-Philippe Ier, le premier proclamé dès le départ " roi des Français"* (et non plus roi de France, après la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui avait fait vaciller une nouvelle fois la monarchie), est sorti un ouvrage important pour l'Héraldique civique française. Il s'agit de " l'Armorial National de France, avec notices et descriptions historiques, recueil complet des armes des villes et provinces du territoire français", réunies pour la première fois, dessiné et gravé par Henri Traversier, avec des notices descriptives et historiques par Léon Vaïsse. Il y eut plusieurs éditions dans les années '1841/1847.

🔍 Cet ouvrage intéressant se divise en quatre séries : la première se compose des armes des chefs-lieux de département; la seconde comprend, avec les variantes et les supports de ces armes, les blasons des cinquante villes les plus importantes parmi celles qui ne sont pas chefs-lieux. Les deux dernières séries sont consacrées aux armes des anciennes provinces et à celles des villes de second ordre. On y trouve également, intercalées entre les chapitres,  des armoiries de provinces de Belgique et quelques armoiries de villes attribuées sous le Premier Empire. Un traité et une histoire du blason, et des diverses armoiries historiques de la France complètent ce travail à la fin.
  J'ai déjà eu l'occasion de vous donner à voir quelques-unes de ces armoiries, parfois insolites, avec ma série de 6 sujets : "Les départements français et les blasons des préfectures à la fin du XIXe siècle" (voir le premier volet → )

(*) C'est Louis XVI qui, par la contrainte de la Constitution de septembre 1791, inaugura le premier, le titre le "roi des Français", mais après son arrestation en juin 1791 , suite à l'affaire de la fuite stoppée à Varennes.

Frontispice de l'Armorial National de France, édition 1842, avec tout au sommet de l'arc en ogive :
les armoiries de la France du moment : "d'azur à la charte de 1830 d'or" (voir détail ci-dessous)
 cette charte étant la constitution établie sous la Monarchie de Juillet 1830.
Page titre de l'Armorial National de France, édition 1842,
avec au centre :  les armoiries de la ville de Paris

📍 Et voici donc les armoiries des Provinces françaises, telles qu'on peut les admirer dans ce  magnifique livre, avec ce style artistique très pompeux, chargé, on pourrait dire : "kitsch", qui correspond bien à l'époque :

Armoiries de la Flandre,  avec à gauche l'ancien blason du Comté de Flandre, et à droite le blason du court règne de
Baudoin VI de Hainaut, comte de Flandre, en tant qu'empereur latin de Constantinople (1204-1206)

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mardi 14 février 2017

Top 15 des plus grandes villes des États-Unis d'Amérique avec leurs blasons

Voici un nouveau volet à cette série consacrée à la découverte de l’héraldique civique, à travers divers pays du Monde. Le principe du "Top xx" très répandu dans les médias et sur Internet, pour recenser ce qui est le plus remarquable dans un domaine particulier est ici adapté à cette thématique. Il nous permettra de découvrir ou réviser la géographie d'un pays choisi de manière aléatoire et dans le même temps de s'intéresser à sa diversité en matière de blasons et emblèmes municipaux.

  Nous avons laissé l'Amérique du Sud, pour nous rendre en Amérique du Nord et coller encore avec l'actualité, suite aux dernières élections présidentielles, je veux parler des: États-Unis d'Amérique.




Voici donc les 15 plus grandes villes, en terme de population (chiffres : 2015 [estimations]):



1 - NEW YORK / New York City

- ancien nom de fondation hollandaise : Nieuw-Amsterdam (Nouvelle-Amsterdam)
ville de l'état de New York (State of New York) -  8 550 405 habitants









2 - LOS ANGELES

- ancien nom de fondation espagnole : El Pueblo de Nuestra Señora la Reina de los Ángeles
ville de l'état de Californie (California)  -  3 971 880 habitants






3 - CHICAGO

ville de l'état de l'Illinois  -  2 720 550 habitants








4 - HOUSTON

ville de l'état du Texas  -  2 296 220 habitants





5 - PHILADELPHIE / Philadelphia

ville de l'état de Pennsylvanie (Pennsylvania) -  1 567 440 habitants




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vendredi 10 février 2017

Les blasons de la mythologie et de l'histoire antique #09 : les Amazones et les Preuses, 2ème partie

📚 Suite de la série consacrée aux personnages de la mythologie : grecque, romaine, moyen-orientale, asiatique, etc... ainsi qu'aux acteurs ou héros de l'Histoire antique et du haut Moyen-Âge (période antérieure à l'an 1000) auxquels ont été attribué des armoiries dans les manuscrits ou armoriaux médiévaux et renaissance. Revoir l'épisode précédent  → ICI

Le Blason des Armoiries par Hiérosme / Jérôme de Bara - page 125 (fragment)  -  édition : Rolet  Boutonné, 1628 - Google Books (books.google.fr/)

ANTIOPE ou CYNOPE  :
- blason selon Jérôme de Bara : "De sable à trois têtes de femmes ornées et couronnées à l'antique d'or , à la bordure du même".

il faut tout d'abord préciser qu'il existe au moins deux personnages de la mythologie grecque qui portent le nom d'Antiope. La première est la fille de Nyctée, roi de Thèbes.Aimée pendant son sommeil par Zeus ayant pris l’apparence d’un satyre, elle s’enfuit enceinte à Sycione, où elle épouse le roi Épopée. Atteint par cette disparition, Nyctée se suicide après avoir demandé à son frère Lycos de le venger et de punir Antiope. Celui-ci envahit Sycione avec l’armée thébaine, met à mort Épopée et fait prisonnière Antiope. Sur la route de Thèbes, elle donne naissance à des jumeaux, Amphion et Zéthos. Lycos les abandonne sur le mont Cithéron et donne Antiope comme esclave à sa femme, Dircé. Enfermée pendant de longues années, Antiope réussit à s’échapper et trouve refuge sur le mont Cithéron, auprès d’un berger, le père nourricier de ses enfants. L’ayant reconnue, ces derniers vengent leur mère en tuant Dircé et Lycos.
texte : "Orithie fut fille de Mapesie & ensemble avec Anthiope qui fut sa soeur selon lopinon davains furent roynes des 
Amazones..." - Orythie et Antiope, reines des Amazones : miniature et lettrine extraites de " De Claris Mulieribus" de
 Boccace - manuscrit Fr. 599 - folio 18v. - BNF - Paris _

La seconde Antiope est une Amazone. Elle est la fille d'Arès et la sœur de Mélanippe, d'Hippolyte et probablement d'Orithye, reines des Amazones.  Antiope fut l'épouse de Thésée et ainsi la seule Amazone connue pour s'être mariée. De leur union naquit un fils nommé Hippolyte, du même nom que la sœur d'Antiope. Il existe plusieurs versions expliquant sa relation avec Thésée.
blason de Sinope ( de gueules à trois têtes de femmes
 couronnées d'or),  une des des Neuf Preuses,
 détail de la fresque du château de Manta - Piémont, Italie
Selon une des versions, Thésée, roi d'Athènes et compagnon d'Hercule lors de la bataille de Thémiscyre, durant le neuvième de ses douze travaux, enleva Antiope et la ramena chez lui. Selon Philochore, Hercule donna Antiope à Thésée comme part du butin.
   Selon Pausanias le Périégète, Antiope tomba amoureuse de Thésée et quitta volontairement les Amazones.  Les Amazones attaquèrent Athènes afin de sauver Antiope et de récupérer la ceinture d'Hippolyte. Elles connurent la défaite lors d'une bataille près du mont d'Arès. Durant cette bataille, connue sous le nom de bataille d'Attique, Antiope est tuée accidentellement par une Amazone nommée Molpadia, qui à son tour est tuée par Thésée. Les tombes d'Antiope et de Molpadia sont à Athènes.

 ⬗ Certains auteurs, comme Bara ici, associent Antiope avec "Cynope" (ou Sinope, Sinopé, Synoppe), comme s'il s'agissait de la même personne. Mais ce sont en réalité de deux héroïnes distinctes de la mythologie grecque, et de plus, la seconde n'est pas une Amazone.  Sinopé est une nymphe, fille du dieu fleuve Asopos et de Métope. Elle a notamment laissé son nom à la ville de Sinope (en Turquie) qui elle-même est à l'origine du terme "sinople", qui caractérise l'émail vert en héraldique.
 Rétive à l'amour, Sinopé est cependant enlevée par Zeus, qui la transporte sur la côte assyrienne. Pour lui être agréable, le dieu lui promet d'exaucer un de ses vœux, n'importe lequel. Or la nymphe demande de rester vierge, se jouant ainsi de Zeus. Par la suite, elle éconduira de même Apollon et le dieu fleuve Halys.
  Il s'avère néanmoins que le nom de Sinope ou Sinopé est contenu dans la liste des "Neuf Preuses" comme citée par Thomas de Saluces (1356-1416), dans roman du "Chevalier Errant". Et en temps que telle, elle a reçu ses propres armoiries, qui se sont répandues dans les armoriaux médiévaux et dans les représentations artistiques contemporaines.
Sinope, détail de la fresque des Neuf Preuses de la salle baronniale
 du château de Manta, près de Saluces (Saluzzo en italien)
province de Cuneo, Piémont, en Italie ( voir description → ICI)
Synoppe (Sinope), une des Neuf Preuses - fragment
d'une enluminure ornant le folio 125v. du manuscrit
de Thomas de Saluces : "Le Chevalier errant" (1394)
 cote :  Français 12559 - BNF Paris
 Sinope, version germanique -  une des Neuf Preuses
extrait du manuscrit "Sammelband mehrerer wappenbücher" (Augsbourg -
 Bavière - vers 1530) -  BSB Cod. Icon 391 - Bayerische St.Bibl. Munich


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 Regina (reine) Penthesilea , version germanique -  une des Neuf Preuses
extrait du manuscrit "Sammelband mehrerer wappenbücher"(Augsbourg -
 Bavière - vers 1530) -  BSB Cod. Icon 391 - Bayerische St.Bibl. Munich


 • PENTHÉSILÉE :
- blason selon Jérôme de Bara ( voir tout au début de cette page) : "D'azur, et par quelques-uns, de sinople, à une bande de sable, chargée de trois têtes de femmes ornées et couronnées à l'antique d'or, bordée de même, accompagnée de six grillets d'argent ".
- autre blason : "de gueules à l'écusson d'azur semé de grillets d'or, accompagné de neuf têtes de femmes de carnation aux cheveux blonds, en orle".

⬧le terme héraldique de "grillet" , qui est un vieux mot français se rapporte aux petites sonnettes ou grelots, ordinairement mis autour du cou des chiens ou aux pattes des oiseaux de proie employés pour la chasse.

texte : "Panthasilée vierge fut royne des Amazones et succeda a Orithie et Anthiope roynes dicelluy pays des Amazones...."
on remarquera la fameuse position de chevaucher "en amazone" , les deux jambes du même côté, sans doute plus aisée pour tirer à l'arc ! 
Penthésilée, reine des Amazones : miniature et lettrine extraites de " De Claris Mulieribus" de Boccace - manuscrit Fr. 599 - folio 27v. - BNF - Paris


• Elle est la fille d'Arès et d'Otréré. Selon Quintus de Smyrne, elle est la sœur d'Hippolyte, ce qui pose un problème de chronologie, attendu qu'Hippolyte, selon la tradition, a combattu Héraclès ou Thésée : elle est donc plus âgée d'une ou deux générations.

Penthésilée, Am (Amazone) - médaillon
 issu du livre iconographique :
 "Promptuarii Iconum Insigniorum...."
  de Guillaume Rouillé publié à Lyon en 1553.
Penthesillée, une des Neuf Preuses - fragment
d'une enluminure ornant le folio 125v. du manuscrit
de Thomas de Saluces : "Le Chevalier errant" (1394)
 cote :  Français 12559 - BNF Paris
Les traditions ne s'accordent pas sur le motif pour lequel elle vient, après la mort d'Hector, aider les Troyens. Selon certains auteurs grecs, elle est poussée par son amour du combat. Selon Diodore de Sicile et Apollodore, elle vient se faire purifier par Priam, après le meurtre accidentel d'Hippolyte au cours d'une partie de chasse. Cette dernière version peut surprendre, puisque le roi troyen avait combattu contre les Amazones aux côtés des Phrygiens (Iliade, III, 188-189).

Penthésilée arrive à Troie avec douze autres Amazones. Elle se distingue par ses nombreux exploits devant la ville assiégée puis succombe devant Achille. Celui-ci tombe amoureux d'elle en la voyant mourir. Thersite se moqua alors de cette passion, assimilée à de la faiblesse, mais Achille tua ce dernier d'un magistral coup de poing.. Diomède, parent de Thersite, jeta alors le corps de l'Amazone dans le Scamandre, par vengeance. Selon d'autres versions, Achille enterra son corps sur les rives du Scamandre. Quintus de Smyrne nous apprend que les Troyens, en son honneur et celui de son dieu protecteur Arès, sont allés chercher sa dépouille auprès des Grecs et lui accordent une crémation plein d'égard à son rang.
  La mythologie attribue enfin au moins un fils à Penthésilée, qu'elle aurait eu plus tôt avec Achille, nommé Caÿstros, et un petit-fils : Éphésos.

Penthésilée est aussi régulièrement citée comme une des plus importantes héroïnes guerrières dans la liste des Preuses, qu'elles soient neuf ou plus.

Penthésilée, avec cette fois des armes différentes  "de sable au cygne d'argent, becqué et membré
de gueules", que l'on a déjà vues précédemment pour identifier Otréré ou Orythie (voir → ICI)
encore ici, la cavalière richement habillée, comme une reine du début du XVe siècle, monte "en amazone"
 Petit armorial équestre de la Toison d'or - manuscrit MSS/Clairambault 1312 (v1460/1470)
 folio 248 - département des manuscrits - BNF Paris



📗 sources textuelles :
- encycl. Encarta Microsoft Corporation
- mythologica.fr
- fr.wikipedia.org


 A bientôt pour la suite des Amazones :



            heraldos  dicos







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