jeudi 30 octobre 2014

Histoire parallèle : octobre 1914-2014 -
Les aigles et le paon : l'Albanie, au cœur des Balkans, convoitée par ses voisins.

 L'Europe se déchire sur plusieurs fronts depuis le mois d'août : France, Belgique, Prusse orientale, Pologne, Galicie, Serbie. Mais il ne faut pas oublier que la péninsule balkanique vient de subir durant les deux années précédentes, deux guerres successives très meurtrières (pas loin de 500 000 morts).
  La Première Guerre des Balkans (octobre 1912- mai 1913) a eu lieu pour, dans un premier temps se débarrasser de l'occupant historique : l'Empire ottoman, présent dans la région depuis la fin du XVe siècle ! Puis une Seconde Guerre des Balkans (juin-juillet 1913) aboutira à la rectification des frontières entre les toutes les nations belligérantes : Monténégro, Roumanie, Serbie, Grèce, Bulgarie et Empire ottoman.
  Et dans cette affaire, il reste encore la question des frontières et du statut de l'Albanie, avec son peuple mêlé : chrétiens, musulmans, et ses langues spécifiques. Le cas de l'Albanie est donc soumis aux décisions d'une commission internationale dirigée par les grandes puissance européennes (Allemagne, Autriche-Hongrie, France, Italie, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et Russie). C'est notre sujet, d'une complexité géopolitique incroyable, en voici un petit résumé historique chronologique :
drapeau de l'Albanie indépendante en 1912
ancien timbre turc surchargé avec l'aigle bicéphale
albanaise juste après l'indépendance (1913)
timbre de l'Indépendance albanaise (1912)
en français car c'est la langue de
 l'Union postale Universelle (UPU)
• Le 28 novembre 1912 : l'Albanie proclame son indépendance, alors qu'une partie de son territoire est encore occupée par la Serbie.
- 16 mars 1913 : occupation d'une partie de l'Albanie par la Grèce.
- 23 avril 1913 : occupation d'une partie de l'Albanie par le Monténégro.
- 6 mai 1913 : fin de l'occupation de l'Albanie par le Monténégro.
- 14 mai 1913 : occupation d'une partie de l'Albanie par une Administration internationale.
- 29 juillet 1913 : l'indépendance de l'Albanie est reconnue par les Grandes puissances.


débarquement des délégations internationales dans le port de Scutari / Shköder en mai 1913
page de couverture d'un magazine illustré italien 

- 26 octobre 1913 : fin de l'occupation de l'Albanie par la Serbie.
- Janvier 1914 : l'Albanie est sous contrôle de la Commission internationale (Allemagne, Autriche-Hongrie, France, Italie, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et Russie). Elle entraîne la fin de l'occupation d'une partie de la Principauté albanaise par l'armée de la Grèce.
la forteresse de Shköder dans le nord de l'Albanie, carte postale de 1914.

• 28 février 1914 :  Déclaration d'indépendance d'un nouvel état au sud de l'Albanie regroupant les populations de langue et de traditions grecques qui ne veulent pas intégrer la future Principauté d'Albanie. Cet état se nomme l'Épire du Nord.
timbre de 1914 avec le drapeau de l'Épire du Nord et sceau à droite . Nous y voyons le drapeau grec bleu avec la croix
 blanche chargé de l'aigle bicéphale byzantine.
Autonomistes grecs d'Épire du Nord avec le drapeau lors de la déclaration officielle d'indépendance en mars 1914 
timbre de l'état d'Épire du Nord - 1914
avec à nouveau l'aigle bicéphale d'origine byzantine.

- 7 mars 1914 : l'Albanie devient la Principauté albanaise. La couronne échoit encore fois à un représentant d'une maison d'ancienne noblesse allemande : Guillaume/ Wilhem zu Wied, par l'entremise des puissances européennes, comme pour la plupart des nouvelles monarchies européennes depuis le début du XIXe siècle. Du fait de ses origines étrangères et chrétiennes, Guillaume ne parvient pas vraiment à affirmer son pouvoir dans ce pays à majorité musulmane, et son ministre de la guerre Essad Pacha est le véritable maître politique de l'Albanie. Une guerre civile  s’ensuit donc. L’Albanie est contrainte de reconnaître l’autonomie de l'Épire du Nord le 17 mai 1914, par le Protocole de Corfou. En échange, les Épirotes reconnaissent la suzeraineté du prince albanais Guillaume de Wied et cessent de revendiquer l’énosis (le rattachement à la Grèce).
- 3 septembre 1914 : avec la multiplication des conflits internes en Albanie, le prince Guillaume de Wied choisit de s'exiler dans son pays d'origine: l'Allemagne. Mauvais choix, car on (les pays vainqueurs) ne lui accordera pas de revenir dans "sa principauté" après la fin de la guerre en 1918.
- 19 septembre 1914 : la commission internationale cesse ses activités dans la Principauté albanaise.
armoiries de la Principauté d'Albanie (en 1914)
avec l'aigle bicéphale chargée d'un écusson aux armes
de la maison de Wied dont le symbole est le paon.
armoiries de la commune allemande de
Neuwied (Rhénanie-Palatinat), berceau
de la maison : zu* Wied 
 dont elle a repris le blason au paon.
(*) Pour ceux qui ne connaissent pas bien les subtilités de la langue allemande, les particules "von...." et "zu..." qui caractérisent la noblesse germanique, se différencient par le fait qu'un nom commençant par "von" rappelle l'origine géographique, le fief originel de la famille mais elle n'y réside plus (comme von Hohenlohe), à l'opposé de "zu" qui signifie qu'elle y réside toujours (comme zu Schaumburg-Lippe) .  Encore plus compliqué :  quand "von und zu..." sont cumulés, c'est lorsque la famille est partie puis revenue dans les lieux d'origine, ses racines géographiques, mais après la destruction totale du château médiéval initial, entraînant la reconstruction d'un nouvel édifice, tel les "von und zu Guttenberg".
ces timbres albanais avec le portrait du prince Wilhelm I ou avec l'aigle à double tête n'ont jamais circulé officiellement
Wilhelm I ou Vidi I en albanais , intitulé ici "mbret" soit "le roi" d'Albanie
superbe et exceptionnelle affiche d'époque annonçant un concert pour les festivités du couronnement
de Wilhelm en compagnie de son épouse : la reine Sophia (von Schönburg-Waldenburg).
Armoiries et drapeaux de la Principauté d'Albanie en 1914.
carte de l'Albanie vers 1920 , les noms de lieux sont en
italien -  image cadeau publicitaire
vue de Tirana, la future capitale à partir de 1920
(avant c'est Dürres / Durazzo  qui avait cette fonction)
 image cadeau publicitaire


Timbre italien surchargé pour utilisation
en Albanie à Scutari / Shköder (1915)






14 octobre 1914 : réoccupation du sud de la Principauté albanaise par la Grèce, avec la bénédiction des alliés de la Triple Entente, en contrepartie d'une alliance militaire dans la Guerre en cours.
23 octobre 1914 : Sous couvert de garantir la sécurité du pays une mission "sanitaire" est envoyée par l'Italie à Vlora.

27 octobre 1914 : le gouvernement autonome d'Épire du Nord s'auto-dissout suite à l'invasion grecque.
30 octobre 1914 : occupation d'une partie de la Principauté albanaise par l'Italie.
26 avril 1915 : une partie de la Principauté albanaise est annexée par l'Italie.

vignette italienne de propagande en Albanie : Santi-Quaranta
est le nom italien de la ville d'Épire albanaise : Saranda.
photo d’époque d'albanais en costume et armés.
carte géopolitique des alliances et autres opérations militaires à la fin d'octobre 1914

drapeau d'état de l'Italie en 1914
drapeau d'état de la Grèce en 1914
Combats de rebelles albanais à Durazzo / Dürres en juillet 1914
page de couverture d'un magazine illustré italien 



                   Herald Dick

lundi 27 octobre 2014

Cartes postales héraldiques de Belgique vers 1905

 J e poursuis l'exploration des thèmes communs de l'héraldique et de la cartophilie (la collection de cartes postales), après les belles cartes de l'Italie que je vous ai présentées dans mon sujet précédent (voir ici → ). 
   Si nous sommes toujours dans la même fourchette des années 1900/1910, appelées communément "la Belle Époque", nous abandonnons ici provisoirement les hampes florales et les arabesques de "l'Art Nouveau".
  Cette superbe série vintage de cartes gaufrées au grain épais et avec reliefs, est signée des lettres: " H.N. à A.", suivies d'un chiffre. D'après les renseignements dénichés sur l'excellent site : cartophilie.be , ces initiales mystérieuses viendraient d'un éditeur basé à Anvers : H.N. à A.-H. Nacken (et Cie), visiblement une entreprise familiale, dont Nacken était le nom propre du ou des propriétaires.  Le chiffre suivant les initiales est le rang de classement de la carte dans la série. Ces cartes sont datées entre 1905 et 1910.

 Voici donc cette série de belles cartes héraldiques, avec les armoiries du Royaume de Belgique, des neuf provinces de l'époque, puis des principales villes de chaque province. Les légendes sont en français mais un grand nombre de villes sont décrites avec le nom en flamand et en wallon. Pour finir, une carte géographique, elle aussi d'époque vous permettra de situer ces provinces et ces villes. Bon voyage...

les grandes armoiries de la Belgique sont entourées en arc de cercle, du bas à gauche vers le centre à droite, de celles des provinces de :
1/Anvers, 2/Flandre occidentale, 3/Luxembourg, 4/Brabant, 5/Hainaut, 6/Namur, 7/Flandre orientale, 8/Liège, 9/Limbourg.


carte ancienne des provinces de Belgique, datant de 1910 - cliquer sur la carte pour agrandir et découvrir les détails
en utilisant les fonctions de votre navigateur. Vous remarquerez au passage que les villes d'Eupen et de Malmédy sont encore allemandes.








               Herald Dick

samedi 25 octobre 2014

À propos de Christophe de Margerie


 C'est l'actualité et la rubrique des faits divers qui m'ont conduit à ce petit sujet anecdotique qui pourra nous éclairer sur un aspect moins connu de cet homme qui est décédé avec trois autres personnes dans l'accident tragique de son avion, le 20 octobre 2014 sur les pistes de l'aéroport de Vnoukovo, près de Moscou, en Russie.
  En effet, si l'on présente un homme qui par son travail et ses qualités indéniables, a gravi un à un tous les échelons dans son entreprise pour terminer comme Président Directeur Général d'un des plus grands groupes pétrolier mondial, il a tout de même débuté très haut, dans un poste de direction, étant "un fils de bonne famille", de la bourgeoise. Il est en effet descendant de deux grandes familles : les Taittinger  et les Jacquin de Margerie.

 Christophe Gabriel Jean Marie Jacquin de Margerie

armoiries de la famille Jacquin de Margerie
"d'argent au chevron de gueules accompagné en chef
de deux trèfles de sinople et en pointe d'une tête
de loup de sable, percée d'un dard du même"
(c'est son véritable nom complet) plus connu sous le nom de Christophe de Margerie, décédé à 63 ans, père de trois enfants, a donc grandi dans une famille de diplomates et de dirigeants d’entreprises.

capsule de bouchon de bouteille de champagne Taittinger.
 Le cavalier représente le Comte Thibaut de Champagne,
 d'après un sceau.
   Il est le fils abandonné par Pierre Rodocanachi (1921-2010) son père biologique, un militaire, et de Colette Taittinger (née en 1928), qui se remarie avec Pierre-Alain Jacquin de Margerie, qui l'adopte.
  Petit-fils de Pierre Taittinger, fondateur de l’empire du luxe et du champagne Taittinger, il étudie dans des établissements privés de Reims, Paris et Neuilly-sur-Seine, avant d’entrer à l’École supérieure de Commerce de Paris. Il entre dans le groupe pétrolier Total en 1974, à la direction financière. Il était directeur général depuis 2007, PDG depuis 2010. Total est l'un des premiers groupes industriels français, et compte près de 100 000 salariés dans 130 pays.

La famille Jacquin de Margerie est une famille française, dont plusieurs membres se sont distingués notamment dans la diplomatie, depuis le milieu du XIXe siècle. Et comme toute bonne famille elle s'est pourvue d'armoiries.
Dessin d'armoiries de la famille de Margerie (à gauche), réalisé par l'atelier Émile Gallé en vue de créer des céramiques (vaisselle),
 daté de 1870 - © RMN (Musée d'Orsay) /photo Hervé Lewandowski


Pour ceux qui auraient raté l'information : cliquer ici →