mercredi 22 octobre 2014

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Guyenne - Sénéchaussée d'Agenais

 S   uite de la visite du plus ancien manuscrit répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !
 Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du Gouvernement Général de Guyenne. Nous l'avons abordé les dernières fois, il est composé de nombreux anciens duchés ou comtés rattachés les uns après les autres au royaume de France, le tout dernier étant le Béarn, acquis en 1620 par un Édit de Louis XIII.  Ces entités administratives du royaume sont découpées en généralités et en sénéchaussées (pour le sud du pays).  Nous allons découvrir la sixième de ces sénéchaussées : le pays et ancien comté d'Agenais.
 Elle occupait une grande partie du département actuel du Lot-et-Garonne, plus exactement la partie située sur la rive droite de la Garonne. Il faut y rajouter au nord une petite enclave en Gironde : le pays de Sainte-Foy-la-Grande et de Gensac sur les rives de la Dordogne, et au sud-est celui de Valence-d'Agen, situé dans le Tarn-et-Garonne de nos jours.
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  Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un an, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir







Les fragments de manuscrits proviennent toujours du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*) Armorial Général de France - volume XIII - Généralité de Guyenne

Agen (Lot-et-Garonne)
   L'aigle, toujours représentée de profil, aurait été concédée par Charlemagne, selon la légende. Un sceau datant de 1243 portait sur une face (avers) : les murailles de la ville fortifiée, représentation assez courante pour les villes, et sur l'autre face (revers) : cette aigle "impériale", voir ici → . Par la suite, le blason a rassemblé les deux figures sur l'écu, côte à côte. Durant la fin du 1er Empire, un coq avait remplacé l'aigle, heureusement provisoirement ! L'aigle est aussitôt revenue à sa place en 1818.
  Mais pourquoi a-t-on rajouté un trait de partition vertical au centre, qui apparait désormais en permanence dans les dessins, puisque le champ est de gueules plain ?  Cet artifice inutile, qui n'existait pas avant la Révolution, nous pouvons le vérifier sur ces deux manuscrits, ainsi que sur le modèle de 1818, semble être apparu au milieu du XIXe siècle, à une époque où beaucoup de villes françaises se "cherchaient" une légitimité en terme d'héraldique, après les soubresauts de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration. De fait,  on doit maintenant blasonner : "parti : au premier de gueules à l'aigle essorante d'argent tenant dans ses serres un listel du même chargé du nom AGEN en lettres onciales de sable, au second de gueules au château donjonné de trois tourelles pavillonnées d'or, maçonné de sable".




Marmande (Lot-et-Garonne)

Comme pour Agen , la figure principale des quatre tours disposées en croix vient d'un sceau datant du XIIIe siècle, dont vous pouvez voir l'image sur le même site, ici → .Ces quatre tours symbolisaient les quatre portes d'accès dans l'enceinte médiévale. Le chef de France aurait été accordé par le roi Charles VI en signe de reconnaissance, pourtant la ville est restée anglaise jusqu'en 1427.
source : www.mairie-marmande.fr, rubrique histoire.




Sainte-Foy-la-Grande (Gironde)

Le blason de Sainte-Foy-la-Grande, anciennement Sainte-Foy-en-Agenais (pourtant nous sommes plus près géographiquement du Périgord que de l'Agenais !) a vu beaucoup de variantes, notamment : " parti: au 1er d'argent à la tour de sable, maçonnée, ajourée et ouverte du champ, au 2e de gueules au lion d'or ; le tout sommé d'un chef d’azur (ou de gueules) chargé de trois fleurs de lis d'or".  La version actuelle s'inspire du blason enregistré dans l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier, comme nous le voyons ici. A noter que le trait de partition du chef est là justifié car il s'agit d'une pièce honorable rajoutée, généralement accordée par un acte du pouvoir royal.




Port-Sainte-Marie (Lot-et-Garonne)

 Souvent confondue à une lettre près, avec Pont-Sainte-Marie, en Champagne, près de Troyes comme l'a fait Charles d'Hozier ci-dessus ! qui a réalisé un exemple parfait d'armes parlantes : un pont fortifié à trois arches sur une rivière, la Vierge Marie entourée de deux anges tenant sa couronne. Toutefois, nous le voyons, La Planche avait antérieurement proposé une autre définition du blason, sans portrait de la Vierge. Et par la suite, dans la version moderne : le pont à trois arches s'est mué en château à trois portes, avec une partition en coupé.




Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne)

  Ce manuscrit dit "de La Planche" est d'un intérêt considérable pour les historiens, d'abord car il donne par le texte, une quantité de renseignements précieux sur l'histoire locale, le patrimoine bâti, la topographie, les ressources agricoles, etc... au milieu du XVIIe siècle. C'est aussi bien évidemment un trésor inestimable pour les héraldistes, pour les mêmes raisons, et avec en bonus ses images coloriées à l'aquarelle ! Mais il génère aussi pas mal de frustration, car beaucoup de notices de villes sont accompagnées d'un contour d'armoiries préparé, mais tristement vide comme celui-ci. Est-ce par manque de temps ou par manque d'information que Pierre de La Planche a laissé ces emplacements inachevés, je n'ai pas trouvé la réponse. L’héraldiste Jacques Meurgey de Tupigny (1891-1973) qui a eu en sa possession ce manuscrit avant de le léguer à la bibliothèque du Château de Chantilly où il se trouve encore, a écrit plusieurs chroniques et ouvrages à son sujet, en devenant ainsi l'expert. Il est fort possible qu'il donne des explications, extrapolées de ses études.

[_)-(_]

D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :


- avec un contour de blason vide, sans description, comme celui de Villeneuve-sur-Lot ci-dessus  : Clairac, Aiguillon, Monflanquin, Montpezat, Tournon (-d'Agenais), Villeréal, Mont-Saint-Prou (Monsempron-Libos), Castillonnès.
- sans blason ni mention s'y rapportant :  Puymirol, Valence (-d'Agen; dépt du Tarn-et-Garonne), Penne-d'Agenais, Casseneuil, Tonneins, Lauzun, La Sauvetat (-sur-Dropt), Gensac (dépt de la Gironde), Duras.


# cependant, quelques années plus tard, certaines villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France (des blasons toujours d'actualité aujourd'hui, à quelques détails près , sauf pour Tonneins dont la réunion des deux parties a entraîné l'adoption d'un nouveau blason) :



A bientôt pour une nouvelle série ... →


Crédits :
parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés et parfois modifiés à :

http://armorialdefrance.fr/
http://labanquedublason2.com/ (dessins :  Jean-Paul Fernon)
cartes héraldiques de Robert Louis
 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick 
 


dimanche 19 octobre 2014

Héraldique et Art Nouveau #2, vers 1900 : les provinces d'Italie et Saint-Marin

armoiries "Art Nouveau" du royaume d'Italie
(maison de Savoie) - carte postale 1900-1914
(origine éditions Kohl - Chemnitz,Allemagne)
près les belles cartes héraldiques de l'Alsace-Lorraine que je vous ai présentées dans mon sujet précédent (voir ici → ) et qui ont visiblement beaucoup séduit, j'ai parcouru d'autres horizons et mon drone virtuel s'est posé en Italie vers 1901 pour vous dénicher de nouvelles pépites. Et nous en profiterons pour visiter les anciennes régions d'Italie d'avant la Grande Guerre.

 L'Art Nouveau apparaît en Italie à la fin du XIXe siècle et adopte le nom générique de "Stile Liberty", du nom d'un magasin londonien. Au départ, influencés par l'explosion créatrice autrichienne, britannique, française et belge, etc., les artistes italiens développent leur propre vision moderniste, s'ouvrant également à de nombreux courants étrangers.
Nous allons regarder des œuvres d'un illustrateur qui signe: A.Furlanetto.  A pour Antonio semble-t-il, mais sur lequel je n'ai trouvé aucune biographie. Il serait pourtant étonnant qu'un tel talent n'ait généré que des cartes postales !
  Par ailleurs il faut noter que cet artiste a respecté totalement le dessin héraldique des armoiries des villes de chaque province, sans y introduire de fantaisie, à l'opposé du ou des artistes pour les villes d'Alsace et de Moselle, nous l'avons vu dans le précédent volet. Ici la forme de l'écu est normalisée, de type italien. Les figures héraldiques sont conformes aux standards classiques. Il n'y a que le décor de la carte qui soit totalement dédié à l'expression du style "Art Nouveau" dans toute son exubérance.



Pour l'Italie du Nord en 1901 : 5 provinces (le Trentin-Haut-Adige, le Frioul-Vénétie Julienne sont encore des territoires autrichiens, et le Val d'Aoste est une création tardive )

 province du Piémont , capitale Turin
blasons de Turin, Alexandrie, Cuneo et Novare ;
  monument : Mole Antonelliana (le Môle d'Antonelli) à Turin et vue des toits de la ville sur fond des Alpes.
 province de Ligurie , capitale Gênes
blasons de Gênes et Port-Maurice ;   monument : la Lanterna (la Lanterne), phare de Gênes
 province de Lombardie , capitale Milan
blasons de Milan, Côme, Sondrio, Bergame, Brescia, Pavie, Mantoue et Crémone ;
vue très stylisée de la cité industrielle de Milan et au centre le monument également très stylisé est la cathédrale (Duomo).
province de Vénétie , capitale Venise
blasons de Venise, Vérone, Trévise, Udine, Vicence, Padoue, Rovigo et Belluno ;
vue : le Grand Canal, la place Saint-Marc (avec la base du Campanile, incomplet) et le Palais des Doges de Venise.
province d' Émilie et Romagne , capitale Bologne
blasons de Bologne, Plaisance, Parme, Reggio d'Émilie, Modène, Ferrare, Ravenne, Forli ;
 monuments : tours médiévales de Bologne.

Cette carte ancienne d'Italie peut être datée au mieux de 1930. Nous y voyons les provinces décrites dans le sujet , mais aussi
les acquisitions d'après la Première Guerre Mondiale au détriment de l' Empire austro-hongrois vaincu (avec la date de cession en rouge).
 la République de Saint-Marin 
blasons des châtellenies de  Borgo Maggiore, Saint-Marin, Serravalle, Montegiardino, Faetano et Fiorentino ;
drapeau de la République.



Pour l'Italie centrale en 1901 : 5 provinces

province de Toscane , capitale Florence
blasons de Florence, Arezzo, Sienne, Massa, Lucques, Pise, Livourne et Grosseto;
 silhouette de la ville de Florence avec le beffroi du Palazzo Vecchio et la cathédrale (Duomo).
province des Marches, capitale Ancône
blasons de Ancône, Macerata, Ascoli, Pesaro et Urbino; le port et la ville d'Ancône.
province de l' Ombrie, capitale Pérouse
blason de Pérouse; vue de la ville de Pérouse
province du Latium, capitale Rome
blason (ancien) de Rome , en médaillon : la déesse Roma ; monuments : basilique Saint-Pierre, pont et château Saint-Ange.
province des Abruzzes et Molise, capitale Aquila
blasons d'Aquila, Teramo, Chieti et Campobasso; silhouette de la ville d'Aquila.


Pour l'Italie du sud en 1901 : 4 provinces

province de la Campanie, capitale Naples
blasons de Naples, Caserte, Salerne, Avellino, Bénévent ; le Vésuve et les ruines de Pompéi.
province des Pouilles, capitale Bari
blasons de Foggia, Bari et Lecce; carte sommaire de la province et le port de Bari
province de Basilicate, capitale Potenza
blason de Potenza; vue de la ville de Potenza.
province de la Calabre, capitale Reggio de Calabre
blasons de Reggio de Calabre, Catanzaro et Cosenza; le port de Reggio.

Et enfin les deux grandes îles, qui sont des aussi des provinces :
province de Sardaigne, capitale Cagliari
blasons de Cagliari et Sassari ; vue de la ville de Cagliari.
province de Sicile, capitale Palerme
emblème de la Sicile, blasons de Messine, Catane, Caltanissetta, Syracuse, Agrigente, Trapani et Palerme;
vue du port de Palerme.






                Herald Dick