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jeudi 3 mars 2016

La Quête du Graal dans les manuscrits français - Chapitre #04 : Yvain, Guiron le Courtois et autres chevaliers à la Table Ronde

Yvain (d'azur au lion d'or) est accueilli par un vavasseur et sa fille
(un vavasseur était à l'époque féodale le vassal d'un seigneur
 lui-même vassal d'un autre de plus haut rang)
ous poursuivons cette "Quête du Graal" virtuelle en mode documentaire, par l'exploration de quelques importants manuscrits et premiers livres imprimés français relatifs au cycle arthurien. Je vous invite à revoir le premier chapitre (voir ici → ) qui résume toute la démarche initiale. Du moins nous privilégions ceux dont la légende est illustrée par de pures merveilles que sont les enluminures et plus spécialement les dessins ayant un intérêt du point de vue de l'héraldique.

Voici donc le quatrième volet de la série. Je rappelle que j'ai pris comme base référentielle deux armoriaux manuscrits : celui coté "Français 5233" de la Bibliothèque Nationale de France (Paris) daté du XVIe siècle, et le manuscrit coté "Ms 5024" de la Bibliothèque de l'Arsenal (Paris), du XVe siècle. C'est le premier qui décide de l'ordre de présentation des chevaliers, précédés d'un chiffre romain.

Vous pouvez aussi revenir au chapitre précédent : → #03



• Les blasons :
  1. Messire Yvain / Yvain
  2. Gyron le courtois / Guiron le Courtois
  3. Gaheriet / Gahériet
  4. Keux le seneschal / Keu le Sénéchal
  5. Sagremor le desree Sagremor le Desree
  6. Le Roy Ban de bénoit / le roi Ban de Bénoïc



• Les blasons avec leur légende au-dessus :
  1. Keux le senes-chal dazur a deux cles dargent / Keu le Sénéchal : " d'azur à deux clés d'argent ".
  2. Yvain le fils du roy hurien dazur a I ly-on dor arme langue de gueulles / Yvain le fils du roi Urien : " d'azur au lion d'or, armé et langué de gueules".
  3. Brunor le noir autrement dy le chle~ ala cotte mal tallie dargent au lion echiquete de sable de gules arme de sinople / Brunor le Noir, autrement dit le Chevalier à la cotte mal taillée : " d'argent au lion échiqueté de sable et de gueules, armé (et lampassé) de sinople". (il sera développé dans un futur chapitre)
  4. Bedouier le connestable dor a ung gonffanon de gueulles / Bédoïer le Connétable : "d'or au gonfanon de gueules". (développé dans le chapitre #07)
  5. Aglonval de pourpre croysete dor a ung lion-part dargent arme et langue de gueules / Agloval : "de pourpre croiseté d'or à un léopard d'argent armé et langué de gueules". (développé dans le chapitre #07)
  6. Securades dor aung aung rochier de sable / Securades : "d'or à un rocher de sable".
    (il sera développé dans un futur chapitre)


XVI. Yvain

Yvain, le chevalier au lion est le fils du roi Urien, demi-frère d'Yvain l'Avoutre, neveu du roi Arthur, cousin de Gauvain et ses frères, de Baudemagu et Galescin, il est tué par Mordret à la Bataille de Salesbieres.
Enluminure décrivant en haut : le combat entre Yvain (d'azur au lion d'or...) et Keu (barres d'argent et de gueules) qui casse sa lance et est désarçonné. En bas Yvain ramène à Arthur et ses compagnons le cheval de Keu, que l'on voit jeté au sol, vaincu mais vivant.
Armes : d’azur au lion d’or, armé et lampassé de gueules. Cimier :  une tête de lion d’or, lampassée de gueules (plus bas : une tête de loup). Supports : deux lions d’or, armés et lampassés de gueules. Devise :  C’EST POVR MORGVEN  .
  Dans ces deux éditions distinctes du "Blason des Armoiries" de Jérôme de Bara, on constate que le lion a été redessiné plus finement à droite. On pourra s'étonner de la dénomination que l'auteur a donné au chevalier: "Yriam" le fils au Roy "Nurier" ! au lieu d’Yvain fils du roi Urien. Mais peut-être est-ce dû à une (très) mauvaise lecture des cursives dans les manuscrits anciens, tel que ce titre en-dessous (en rouge) ?  ... 
Dans le roman du Chevalier au lion de Chrétien de Troyes,Yvain suit un parcours exemplaire pour un héros de la Table ronde. Il quitte la cour, solitaire comme doit l’être un chevalier errant, attiré par l'aventure de la Fontaine merveilleuse et, après avoir affronté le prodige de la tempête et le gardien de la fontaine, il gagne l'amour de Laudine après avoir tué son époux, le chevalier Esclados le Roux. En l'épousant, il devient le maître de son domaine. Puis, tenté par les aventures des chevaliers de la cour, par la gloire et les tournois, il rejoint Gauvain et consacre son temps à des rencontres où sa prouesse fait merveille, mais où il ne gagne que vaine gloire et renommée mondaine. Yvain, ayant oublié de rejoindre sa femme au terme fixé, souffre d’être rejeté par elle et sombre dans ne profonde démence, amnésique, vivant comme un être sauvage dans la forêt. Enfin, sous le pseudonyme de "Chevalier au lion", acquis en défendant un lion contre un serpent, c'est-à-dire, symboliquement, en choisissant le bien contre le mal, le droit en face du tort, le héros triomphe d'une série d'épreuves. Chaque fois, il prend la défense des faibles et des opprimés ; c’est ainsi qu’il libère des jeunes filles enfermées dans le château de Pesme-Aventure, condamnées à tisser, il prend la défense de la cadette de Noire-Espine, combat un géant Harpin, puis les fils du "netun", être diabolique, qui font régner la terreur sur les hommes. Ce n’est qu’après une longue série d’épreuves et de renoncements que le chevalier Yvain peut regagner l’amour de sa femme. Le parcours suivi par Yvain prouve que, si le culte de la prouesse est primordial dans les romans de la Table ronde, le héros, d'aventure en aventure, d'épreuve en épreuve, mûrit, s'ouvre sur les autres et sur la charité, et, en choisissant de défendre des causes justes, devient le représentant du droit.
Le tournoi de Camelot  :  au premier premier plan à gauche Yvain (d'azur au lion d'or...) joute avec un chevalier (de gueules semé d'étoiles
 d'or au franc-quartier d'argent ; peut-être Sagremor) ; à droite Lancelot du lac (d'argent à trois bandes de gueules) est désarçonné par
 un chevalier dont le cheval est couvert de pourpre, sous les yeux du roi Arthur (d'azur à trois couronnes d'or) qui retient le bras de
Lancelot entraîné par sa chute;  au second plan, au centre, Gauvain (bouclier de pourpre à l'aigle bicéphale d'or...) croise Keu le sénéchal
 (bouclier d'azur à deux clés d'argent en sautoir) (cliquer sur l'image pour l'agrandir avec votre navigateur)
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XVII. Guiron le courtois

Guiron le courtois est un chevalier errant, descendant d'Alain le Gros et des rois de Gaule, père de Calinan et Vasparin, il meurt après s'être retiré dans un ermitage.
"Messire Guiron le courtois estoit moult grant de corps et presque geant..."
Armes : d’or plain.
Cimier : une tête de maure (ou de dragon, voir plus bas) Tenants : deux femmes maures de sable, chevelées et couronnées d’or. Devise : C’EST POVR LA BRVNNE .
Guiron le courtois, peinture sur parchemin, XVe siècle
  • Le chevalier "à l'écu d'or" nous présente ici le premier blason d'émail "plain" de la série. Nous verrons d'autres cas, plus tard, avec d'autres émaux, qui sont assez célèbres dans la légende arthurienne. C'est dans le monde réel, une configuration qui est extrêmement rare en héraldique. Le personnage est décrit dans les divers récits et peint également (ci-dessus) avec une chevelure blonde, en parfait accord avec ses armes... A l'inverse, sa devise est "C'est pour la brunne"

XVIII. Gaheriet

Gaheriet (ou Gueheriet) est le fils du roi Loth, frère de Gauvain, Guerrehet et Agravain, demi-frère de Mordret et neveu du roi Arthur. Gaheriet est tué accidentellement par Lancelot du Lac lors de la libération de la reine Guenièvre du bûcher.
Armes : de pourpre à l’aigle bicéphale d’or, becquée et membrée de gueules, à la cotice du même brochant.
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 • Le blason de Gaheriet s'inscrit dans la longue série de la maison d'Orcanie, avec une brisure du blason originel: "de pourpre à l'aigle d'or, becquée et membrée d'azur ", que nous avons déjà observé chez le frère aîné de Gahériet : Gauvain.  A noter dans cette petite sélection d'armoriaux, la manière élégante (cliquer sur les images pour agrandir et voir les détails), de dessiner la cotice à la manière d'un bâton écoté !

XIX. Keu le sénéchal

Keu le Sénéchal est le fils d'Antor, à qui l'Enchanteur confie l'éducation du jeune Arthur, donc son frère de lait, et sera sénéchal du futur roi Arthur. Il est l'oncle du Laid Hardi, il fait partie des Compagnons errants. Il est souvent décrit comme quelqu'un d'arrogant et vaniteux. Il meurt au cours d'une bataille contre les Romains peu de temps avant la Bataille de Salesbieres.    Keu est un des personnages les plus anciens de la légende arthurienne, déjà présent dans la littérature galloise. Son nom gallois Cai (Cai Hir / Keu le Grand), qui a donné Keu en français est sans doute dérivé du latin Caïus ou Gaius. Selon les sources considérées, ce personnage est encore désigné comme Kay ou Kai, en jouant sur l'homophonie permise en anglais avec le mot key (clef), objet qui deviendra par la suite l'emblème héraldique du chevalier Keu dans les livres d'armoiries. Ce sont donc des armes parlantes.    Selon les auteurs et les époques, il est nommé et orthographié également Cai, Cei, Kei, Key, Kai, Kay, Ké, Kou, Keux, Kaeux, Kaeulx, etc...
Armes : d’azur à deux clefs d’argent, adossées en pal (ou en sautoir)
Cimier : une clef d’argent. Supports : deux lévriers rampants de sinople. Devise : HORS DES BVISSONS
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 • Avec ce personnage de Keu, nous voici à nouveau confronté à des divergences notables sur le blasonnement lui-même et sur les différentes interprétations qu'en ont fait les divers auteurs et enlumineurs, à travers les siècles. Encore une preuve qu'on ne peut pas être affirmatif sur l'immuabilité des armoiries dans le temps, qu'elles soient imaginaires ou pas, d'ailleurs.   • Si il est pourtant admis que le blason de Keu est basé sur un jeu de mots dans la langue anglaise ( key ), certains manuscrits montrent des armes différentes "d'azur à deux ailes d'argent" (1er feuillet référence tout au début du sujet et ci-dessous à droite). Par ailleurs si les clés sont le plus souvent posées adossées en pal, le dessin ci-dessus les montre non adossées et d'autres auteurs les dessinent même "en sautoir"...

les armoiries de Keu (orthographié "Kaeulx") dans ce manuscrit, sont le décor d'une lettrine K et ont été malencontreusement
chargées sur l'azur de deux fasces d'argent alors que le bas du texte indique bien le bon blasonnement ! Mais si on grossit la lettrine à la
 loupe (voir ci-dessous): on distingue malgré tout la silhouette diffuse des deux clés adossées : l'enlumineur a dû visiblement tenter de corriger son erreur mais le correctif n'a pas résisté au temps !
A noter aussi l'amusant descriptif du caractère du chevalier : "De dames ne de damoiselles nestoit guieres ayme Car toujours en mesdisoit" = Des dames ni des demoiselles il n'était guère aimé, car toujours (elles) en médisaient.
détail de la lettrine ci-dessus / le jeu est : chercher les clés !!

XX. Sagremor le desrée

Sagremor le Desrée est le fils de Nabur, petit-fils de l'empereur Adrien de Constantinople, beau-fils du roi Brangor, il est tué par Mordret à la Bataille de Salesbieres. Il est souvent appelé "le Desrée" à cause de sa démesure et de son impétuosité. Mais on le surnomme aussi le Frénétique (Cligès ou la Fausse Morte), le Déréglé (Perceval ou le Conte du Graal, Le Livre de Caradoc) ou l'Impétueux (Perlesvaus).
Armes : de gueules à deux étoiles d’or, au franc-quartier d’argent  chargé d’une étoile de sable.
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• On trouve encore plusieurs variantes de placement du franc-quartier, de formes des étoiles et aussi de couleurs (émaux) pour les armes de Sagremor, selon les auteurs de manuscrits. La liste n'est sûrement pas close . .

XXI. Ban de Bénoïc

Le roi Ban de Bénoïc est le père de Lancelot et d’Hector, le grand-père de Galaad, frère de Bohort et Nestor, oncle de Lionel, Bohort, Blanor et Blioberis, il fait également partie des Compagnons Errants.
" Le Roy Ban de benoic estoit roy dune partie de Gaulle qui s appeloit Benoic. Et moult estoit arme de ses voisins fors dun roy qui s apeloit Claudas de la terre deseree. Et estoit homme de belle taille....".
Armes : d’argent à trois bandes de gueules. Cimier : une aigle bicéphale d'argent. Supports : deux lions de gueules. Devise : A L’AVENTVRE
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• Le roi Ban est le père de Lancelot du lac, et donc possède les mêmes armes que lui. Et comme avec lui, les anciens armoriaux nous réservent des surprises avec ce terme de vieux français disparu : le "bellic" comme on peut le lire sur les fragments ci-dessous. Le mot "bellic" n'est pas une couleur mais signifiait en fait simplement "oblique". 
 Sur les trois armoriaux ci-dessous on peut voir encore des cas particuliers pour le dessin des armoiries de Ban de Bénoïc :  l'un est dépourvu de couleurs volontairement, un autre est d'argent avec des bandes de sinople et encore un autre avec des bandes d'azur. Tout cela est très surprenant ....
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 Quid de Brunor le Noir, Bédoïer le Connétable, Agloval et Securades mentionnés avec leur blason, dans le second feuillet du haut ? Eh bien ce sera pour une prochaine fois, quand ils apparaîtront dans le premier manuscrit pris en référence (Français 5233)... patience !
  Vous pouvez consulter tous les armoriaux et manuscrits cités dans les infos bulles accompagnant les images (en passant votre souris dessus) en vous connectant aux réserves numériques des bibliothèques nationales ou municipales, ou des serveurs où ils sont stockés, tels que :
Enfin, je vous recommande de visiter ces réalisations modernes en dessins vectoriels de très grande qualité  :
- "Los Caballeros de la Tabla Redonda" en espagnol.    Pour découvrir les rois Bohort, Méliadus, Baudemagu, Loth, Caradoc, Lac et Rion, c'est au Chapitre #05ICI
    
         à bientôt.....  

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