mardi 4 décembre 2012

Les blasons des métiers et corporations #04 -
la Communauté des Cordonniers - 2nde partie

N  ous repartons au XVIIe siècle pour faire un peu de shopping dans la vitrine de nos cordonniers grâce à leurs blasons corporatifs. Mais avant, je voudrais signaler que la France n'est pas un cas unique au sujet de la réglementation des corporations de métiers ou de commerçants, et qui possédaient un blason. En effet des systèmes similaires de Guildes ont existé notamment en Autriche, et plus particulièrement à Vienne, la capitale, dotées elles aussi de magnifiques armoiries (cf. image à droite). 
La flèche fait référence au  Patron
occasionnel des cordonniers : Saint Sébastien
(voir mon volet précédent→ )  , mais ce sont surtout Saints Crépin et Crépinien qui protègent nos artisans (ci-dessous).




Je vous invite à consulter les précédents volets → ICI afin de comprendre pourquoi on a attribué des blasons à des communautés d'hommes et de femmes en fonction de leur métier et pourquoi on les a répertoriés aussi précisément, dans chaque région, chaque ville. 
  Revenons à notre système français de l'Armorial Général de France dirigé par Charles d'Hozier et les différentes représentations du métier de cordonnier sur les blasons des corporations, dans les diverses provinces, villes de France (avec les frontières de l'époque, donc quelquefois vous le verrez, hors de nos limites actuelles). Pour commencer trois blasons inspirés par les armoiries de la ville d'origine qui figure en bonne place:

1 -  Lille  (Flandre)
écusson de la ville en pointe
2 - Strasbourg  (Alsace)
armes de la ville 
3 - Berschweiler  (Allemagne)
armes du Palatinat et de la Bavière














 Sur ces blasons, on commence à voir quelques "produits" fabriqués : souliers et bottes et une superbe poulaine à droite, avec sa pointe recourbée caractéristique, une chaussure qui vient du Moyen-Âge ! Les poulaines semblent être d'ailleurs une spécialité germanique, comme on peut le voir sur les trois blasons suivants : 

4 - Haguenau (Alsace)
5- Bad-Bergzabern (Allemagne)
3 - Strasbourg (Alsace)













Puis, voici des souliers plus "tendance" de la mode du milieu du XVIIe siècle

4 - Montauban (Languedoc)
5 - Vitteaux (Bourgogne)
6- Bayeux (Normandie)













7 - Breisach (Allemagne)
8 - Salon-de-Provence
9 - Auxonne (Bourgogne)












Souliers, botte chaudron, soulier de la bourgeoisie,
soulier de fillette, soulier de seigneur.
(collection de la Bibliothèque et Archives du Canada)












10 - Lamballe (Bretagne)
 Du point de vue héraldique, nous trouvons quelques jolies compositions simples ou plus élaborées, avec partitions de base :

13 - Saint-Brieuc (Bretagne)
11 - Pont-l'Abbé (Bretagne)
12 - Quimperlé (Bretagne)













14 -Pontrieux  (Bretagne)
15 - Montpellier (Languedoc)
16 - Guérande (Bretagne)













17 - Lauterbourg (Alsace)
Vous aurez sans doute remarqué sur le n° 16 au centre, la présence d'un objet bizarre, sans pied. De même pour le n°17. Il s'agit d'une jambière de cuir que les cavaliers mettaient sur leurs chausses, par dessus les chaussures pour les protéger du frottement avec le flanc du cheval et des éclaboussures de boue, et aussi la pluie, le froid. Sinon, bien sûr, ils chaussaient de grandes bottes de cuir montant jusqu'aux cuisses.

Et donc voici quelques spécimens de bottes magnifiques :



18 - Fère (Île-de-France)
19 - Auray (Bretagne)
20- Lesneven (Bretagne)


 










Bottes de cuir de l'époque Louis XIV

Pour varier : une botte renversée, insolite !


21 - Avallon (Bourgogne)

Les villes bretonnes ont fait preuve d'une grande originalité pour sortir de la routine et proposer de très belles compositions mêlant art du cuir et art héraldique. Jugez par vous-même la richesse esthétique de ces six derniers blasons (les bottes n° 23 et 24 ne sont néanmoins pas faciles à porter !-☺) :


24 - La Roche-Derrien (Bretagne)
22 - Dinan (Bretagne)
23 - Quintin (Bretagne)














27 - Redon (Bretagne)
25 - Dol-de-Bretagne
26 - Moncontour (Bretagne)













J'aurai sans doute l'occasion de traiter très bientôt,  soit un autre métier , soit une ville précise et ses corporations dont on a oublié quelle était leurs fonctions.


Crédits :
blasons extraits de l'AGF d'Hozier sur http://gallica.bnf.fr/
documentation :  
Wikimedia.commons.org


                      Herald Dick
 





dimanche 2 décembre 2012

Armorial des îles et des territoires enclavés #09 : la Mer des Caraïbes, les Petites Antilles centrales

A  près le passage du terrible cyclone Sandy  qui a ravagé les Caraïbes et la côte est américaine avec les dégâts que nous savons,  et tant de familles dans le malheur,  j'ai quelques scrupules à reprendre ce thème,  mais il faut bien que la vie continue...   Nous avions fait une pause dans l'île néerlandaise de St.Eustache,  une belle inconnue → voir ICI . Il est temps de reprendre le large vers de nouvelles terres à découvrir :

   Saint Christophe-et-Niévès      -                   Antigua et Barbuda          -                        Dominique                    -         Martinique         



Les îles du Vent - 2e partie 

A l'heure où les gouvernements actuels des anciens États coloniaux se posent la question de savoir s'il faut s'excuser de toutes les ignominies passées qui ont été perpétrées dans l'Histoire : guerres de "pacification", traite des esclaves, déportations, participation ou passivité dans les génocides inter-ethniques, pillage des ressources, vol des objets d'art,  et pollutions irréversibles des territoires...  qu'en est-il de l'extermination systématique et méthodique jusqu'au dernier, ce n'est pas rien ! des premiers habitants des îles des Caraïbes ? Comme il n'y a aucun survivant héréditaire , on n'en parle jamais, et de toute façon : il n'y a plus personne à laquelle accorder le pardon de la  civilisation occidentale ! 

estampe datant de 1818, signée John Gabriel Stedman

armoiries de  Saint-Christophe-et-Niévès / St. Kitts and Nevis
 État indépendant dans le Commonwealth britannique.
"D’argent au chevron de gueules, accompagné de deux fleurs 
de flamboyants de gueules et d’un voilier,et un chef d’azur
 chargé d’une fleur de lys d’or, d’une tête d'indien caraïbe
 d’or et d’une rose d’argent au cœur de gueules et de sinople.
Supports : deux pélicans accolés à un palmier à dextre,
un pied de canne à sucre à senestre ;
timbre : heaume d'acier à lambrequins et tortil sable et or ; 
cimier : couronne murale d'où sort une torche enflammée
 soutenue par deux bras de carnation, l'un noir, l'autre métis.
 Devise traduite : "Le Pays au-dessus de nous"
drapeau de l'île isolée de Niévès / Nevis
 le canton est occupé par le drapeau 
de l' État de Saint-Christophe et Niévès
armoiries de  Antigua et/and Barbuda
 État indépendant dans le Commonwealth britannique.
"Fascé ondé d’argent et d'azur de cinq pièces,
un moulin à sucre au naturel sur une terrasse de sinople
en pointe, brochant;au chef de sable au soleil d'or
 issant du champ".
Supports : deux cerfs saillants accolés à un pied de canne 
à sucre à senestre, un pied d'agave à senestre , 
sur une terrasse herbeuse bordée d'une rivière au naturel.
timbre : heaume d'acier à lambrequins et tortil azur et or ; 
cimier : un ananas et des fleurs d'hibiscus rouge au naturel
  Devise traduite : "Chacun s'efforçant, tous profitant"
Moulin à canne à sucre des Caraïbes
armoiries de Redonda 
  petite île isolée et inhabitée dépendant
de l'État d'Antigua et Barbuda et où
un royaume d'opérette a été créé au XIXe siècle


armoiries de  Montserrat
 Territoire d'Outre-mer de la couronne britannique.
" Ecu d'azur à la champagne de tenné ,
 une jeune femme de carnation debout de profil, 
vêtue d'une tunique de sinople,tenant une croix 
latine de sable dans sa main droite et 
une harpe d'or dans la gauche"
La croix représente la religion chrétienne et la harpe est
 pour les colons irlandais qui ont peuplé l'île.
drapeau de la Fédération des Dépendances du Vénézuela / 
Dependencias federales venezolanas
dont fait partie l'îlot isolé et inhabité d'Aves .
 l' État insulaire de Dominique conteste ce minuscule atoll
au Vénézuela qui y a installé une petite garnison en 2004.
armoiries de la Guadeloupe
 Département et Région d'Outre-mer français.
"De sable chargé d'un plan de canne à sucre de sinople 
posé en bande et un soleil d'or brochant ; au chef d'azur
chargé de trois fleurs de lis d'or" 
Tous les départements français disposent d'un blason
légitime, mais qui n'a pas de reconnaissance officielle.
emblème (touristique) de la Désirade - Dépendance de la Guadeloupe.
 Élevage de moutons, voilier pour la pêche, goyave
et iguane (Iguana delicatissima) pour la faune locale.  Sur le tout : contour de l'île.
Armoiries de la Terre-de-Haut (les Saintes)
Dépendance de la Guadeloupe.
 Le fascé-ondé et l’ancre de marine rappellent
la vocation maritime de Terre de Haut
dans l’archipel des Saintes, et sa présence stratégique
 avec les batailles navales qui s’y sont déroulées. 
  Le fort évoque celui construit sous Napoléon III.
l'iguane local est un  Iguana delicatissima
Les canots et les poissons  indiquent que la pêche
est la principale ressource économique de la commune.




Armoiries de la Terre-de-Bas (les Saintes)
Dépendance de la Guadeloupe.
 Le voilier saintois évoque l’activité principale
 des habitants : la pêche. Les trois enfants
 sortant du baquet rappellent la légende
 relative à Saint Nicolas de Myre. Les tourterelles
 tenant l'écu sont des oiseaux familiers de l’île.
 Sur le listel doré, la date du  9 août 1882
commémore la date de création
de la commune, qui obtient alors son autonomie
 par rapport à Terre de Haut.





















Emblème de Capesterre de
 Marie-Galante
Dépendance de la Guadeloupe



Armoiries de Saint-Louis-de-
Marie-Galante
Dépendance de la Guadeloupe
(Les trois communes suivantes
forment l'île de Marie-Galante)

Emblème de Grand Bourg
 de Marie-Galante
Dépendance de la Guadeloupe














armoiries de la Dominique / Dominica
 État indépendant membre du Commonwealth.
"Écu écartelé : en 1 d'or au cocotier fruité sur un mont au naturel
en 2 d'azur au crapaud local (Leptodactylus fallax) au naturel
en 3 d'azur au canot caribéen sur une mer ondée d'argent,
  en 4 d'or au bananier fruité sur un mont au naturel ;
une croix écartelée d'azur et d'or brochant sur le tout"
tenants : deux perroquets impériaux de la Dominique ou sissérous (Amazonia imperialis)  
timbre : un tortil d'argent et d'azur ; cimier un léopard d'or armé et lampassé 
de gueules sur un rocher au naturel.
Devise en créole traduite : "après le Bon Dieu, c'est la terre !"










armoiries de la Martinique
 Département et Région d'Outre-mer français.
"d'azur à la croix d'argent cantonnée de
quatre serpents du même"


Une nouvelle escale s’impose avant de reprendre la direction des îles Sous-le-Vent, 
à bientôt → ICI



Crédits :
certaines images sont empruntées aux sites :
http://fr.wikipedia.org - commons-wikimedia.org
les autres : sites divers, municipaux, associatifs.


Herald Dick