jeudi 20 septembre 2012

Championnat d'héraldique des clubs de football #03 : la Ligue 1 de France 2012 - 1ère partie

emblème des maillots de
l'équipe de France en 2011
C'est la rentrée, et après l'Euro 2012 qui nous a transporté quelques jours en Europe de l'Est, c'est la reprise du Championnat d'héraldique des clubs. La vraie compétition est déjà en cours depuis le 10 août et nous en sommes à la cinquième journée. 
Après le survol du championnat d'Angleterre, au printemps dernier, très intéressant du point de vue héraldique, nous allons voir ce que les clubs français nous proposent avec leurs emblèmes. Si le logotype (logo) a pris largement l'ascendant sur le blason, on retrouve néanmoins, très souvent, dans sa forme, son graphisme, et les figures utilisées, le prolongement et l'influence de l'héraldique traditionnelle.

  Le sport, est dans une certaine mesure, une forme moderne des joutes et tournois de chevalerie du Moyen-âge, au temps de l'émergence des premières armoiries. Les fanions, bannières, badges, objets portant des emblèmes, les écussons sur les maillots des joueurs, et aussi ceux des supporters,  ne sont rien d'autre qu'une perpétuation contemporaine du port d' armoiries par des groupes appartenant à une même "maison" ou identifiant une communauté. D'autant plus vrai que par un effet de mode récent, un bon nombre de ces logos adoptent une forme en écu, qui implicitement nous incitent à les regarder comme des "genres de blasons". Je vous propose de les découvrir et de tenter de les décrypter à travers leurs évolutions dans le temps.  Certains signes sont évidents , d'autres moins,  et qui sait si tel ou tel symbole mystérieux, ne mérite pas un éclairage,  pour en extraire une possible révélation, ignorée même des supporters les plus assidus.  
cliquer sur l'image pour agrandir


Le championnat de Ligue 1 est le plus haut niveau de compétition de clubs de foot en France.
Il est composé de 20 équipes avec trois "nouveaux promus" cette année  : Reims, Troyes et Bastia, mais tous avec un passé prestigieux néanmoins. 
Je vais dérouler la présentation par ordre alphabétique , en trois parties.  Voici donc les 7 premières équipes : 










A.C.A - ATHLETIC CLUB AJACCIEN (Ajaccio)
Ce bel emblème à caractère héraldique parle de lui-même avec la tête de maure de la Province de Corse, et les armes simplifiées de la ville d'Ajaccio. 
En dessous  : les pals de gueules sur fond blanc reprennent les rayures verticales des maillots de l'équipe.
Dans son histoire, le club créé en 1910 a porté au début un autre emblème plus spécifique : un ours, qui se rapportait à un ancien joueur vedette : Martin Baretti qui par sa stature impressionnante, fut surnommé "l'ours". Cet ours est devenu plus tard la mascotte des supporters : les Orsi rebelli .    source : http://www.ac-ajaccio.com






















S.C.B - SPORTING CLUB DE BASTIA
L'emblème actuel , au fond bleu, couleur des maillots,  reprend le contour de la tour provenant des armes de la ville, chargé de l'écu à la tête de maure, la date de 1905 est bien sûr celle de la création du club.
Auparavant le club a utilisé un grand nombre d'emblèmes et a même porté un autre nom : Sporting Étoile Club de Bastia (S.E.C.B) . Voici un petit résumé :



















 





















F.C. DES GIRONDINS DE BORDEAUX
La couleur bleu marine correspond à celle du maillot. La figure la plus représentative est le "scapulaire", ce chevron blanc inversé apparu sur les maillots en 1938 et qui n'a pas de signification particulière. La date de 1881 est celle de la création du club. Enfin les trois croissants entrelacés sont eux d'origine héraldique et sont une référence à la ville et son "chiffre" ou petites armes (ci-dessus, à droite).
La forme en écu du logo est récente, comme on peut le voir avec ses prédécesseurs :

 



































S.B.29 - STADE BRESTOIS 29 (Brest)
L'emblème actuel en forme d'écu est très minimaliste : la seule figure héraldique résiduelle étant une moucheture d'hermine pour indiquer qu'on est bien en Bretagne ! 29 est le numéro d'ordre du département du Finistère et 1950 la date de formation du club actuel qui s'est aussi appelé Brest Armorique FC à un certain moment :



 




























EVIAN THONON GAILLARD F.C. (Thonon-les-Bains)
Un emblème très récent comme le club (2007) , né de la fusion du club Football Croix de Savoie 74 ( à droite) et du club local de Thonon. Évian est la marque célèbre d'eaux minérales qui sponsorise le club.









 

















L.O.S.C - LILLE OLYMPIQUE SPORTING CLUB (Lille Métropole)
Née de la fusion de deux clubs de quartier en 1944, de nombreux emblèmes ont accompagné cette grande équipe, en commençant par les armoiries de la ville et la fleur de lis,  puis le surnom des "Dogues" attribué aux joueurs et aux supporters est devenu le symbole prédominant. Le dernier logo en date, plutôt réussi, retrouve une forme péri-héraldique en écu disjoint avec un bel effet "de l'un en l'autre" pour les couleurs du club.  Voici au passage quelques emblèmes historiques :









 
 





















F.C. LORIENT BRETAGNE SUD (Lorient)
Né en 1926 ( date inscrite sur l'emblème) , ce club était une ancienne association corporative qui portait le nom de  "la Marée sportive". Car Lorient est un port de pêche important. Le poisson qui a été initialement un rouget est devenu  un merlu. C'est aussi le surnom des joueurs et des supporters : "les merlus". Sur ce logo récent en forme d'écu a été rajouté le gwenn-ha-du : le drapeau breton. C'est par les hermines le seul lien avec les armoiries de la ville !




 



Coup de sifflet pour la première mi-temps. Reprise du jeu dès que possible → 2e partie

A bientôt...


Crédits:
les logos  : Wikipédia et clubs  
les blasons : armorialdefrance.fr -  armoiries.free.fr

                            Herald Dick




lundi 17 septembre 2012

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement d'Orléans - Sénéchaussée du Poitou - 1ère partie

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier de trois décennies !  Voir la description initiale : →
  Ce nouveau volet va nous permettre de découvrir le découpage administratif sous le règne de Louis XIV, en parcourant le Gouvernement Général d'Orléans. Cette entité était divisée en de nombreuses généralités , elles-mêmes composées de sénéchaussées et de bailliages. Son territoire couvrait une immense région bordant la Loire et ses affluents, de l'Anjou à l'ouest  jusqu'au Nivernais à l'est, le Poitou et le Berry au sud. Pour respecter l'ordre du manuscrit, nous allons débuter par le Poitou
Revenir à l'épisode précédent →

Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais dont les limites administratives ont peu évolué.













vous pouvez agrandir les images
 en cliquant dessus






 Ces fragments proviennent toujours du Volume I . Comme d'habitude , j'ai placé le blason actuel pour comparer les différences ou la constance des figures.

Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus, l'extrait équivalent quand il existe, dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier.

Ci-dessous, voici le blason totalement fantaisiste inventé par Charles-René d'Hozier pour représenter la province du Poitou : purement anecdotique.... 


 (*) Armorial Général de France - volume XXVII - Généralité de Poitiers- tome I
     Armorial Général de France - volume XXVIII - Généralité de Poitiers- tome II
      Armorial Général de France - volume XXXIII - Généralité de Tours - tome I  ( BNF Paris)


Poitiers (Vienne)


On remarquera qu'initialement, et c'est la même constatation dans l' A.G.F. d'Hozier (blason du Corps de l'Hôtel de Ville de Poitiers) que la bordure chargée de besants, était complète sous le chef aux fleurs de lis. J'ignore à quel moment le chef est devenu "brochant" sur la bordure.
   Ce blason "d'argent au lion de gueules, à la bordure besantée d'or", sans le chef de France, vient de Richard de Cornouailles (1209-1272), le frère cadet du roi Henri III d'Angleterre, comte de Cornouailles et qui avait reçu de son frère le comté de Poitiers à partir de 1225, à l'époque où les Plantagenêts possédaient l'Aquitaine et l'Anjou. Mais la bataille de Taillebourg en 1242, mit fin aux prétentions anglaises sur le Poitou, au profit d'Alphonse de Poitiers, frère du roi Louis IX de France, qui avait lui aussi reçu le comté en apanage. Poitiers avait été rattachée au domaine royal par Philippe-Auguste depuis sa conquête en 1204 au dépends des Plantagenêts.  
   L'écu originel du comté  "d'argent au lion de gueules" est lui-même le premier blason supposé des armoiries de Richard Cœur-de-Lion, l'oncle de Richard de Cornouailles. La bordure aux armes de Cornouailles est donc une brisure de celles de son oncle. L’écu au lion de gueules poitevin, associé à diverses armoiries ou brisures, se maintiendra ainsi durant tout le Moyen Âge. La ville de Poitiers le fait figurer sur son sceau urbain. À la fin du XIVe siècle, les rois de France concèdent à Poitiers l’honneur d’ajouter un chef  aux couleurs de France, signalant à la fois le statut de bonne ville de Poitiers et la souveraineté que le roi exerce sur la ville.




Niort (Deux-Sèvres)


 La tour simple est devenue donjonnée. La ville est d'ailleurs pourvue d'un fort beau donjon.
Concernant l'Armorial Général de France, la ville de Niort se trouve illustrée deux fois, dans chaque volume consacré à la généralité de Poitiers. Le blason d'or avec l'arbre arraché de sinople est une pure invention (inutile et grotesque) de l'auteur.





Châtellerault (Vienne)


A noter la réduction drastique du nombre de besants : crise oblige !!  Remarquez aussi la graphie Châtel-héraut , transcrite du latin Castrum heraldi. Certaines villes du Poitou ont été enregistrées deux fois dans l'Armorial Général de France , et de surcroît avec deux blasons différents ! Le second semble néanmoins avoir été donné de façon arbitraire. Nous retrouvons les armoiries de Richard de Cornouailles vues à Poitiers. La famille des Châtellerault avait adopté les armes du Poitou avec la bordure de sable mais sans les besants, car ils étaient maréchaux et bannerets pour la défense du comté de Poitiers.
  Pour l'Armorial Général de France, la ville se trouve elle aussi illustrée deux fois, dans chaque volume consacré à la généralité de Poitiers. Le blason d'or avec le château de sinople est encore une pure invention de l'auteur.




Parthenay
 (Deux-Sèvres)
A noter la bande engrêlée pour le Père de La Planche, mais  normale dans l'A.G.F. d'Hozier. Ce sont les armes des seigneurs de Parthenay-l'Archevêque, elles-mêmes ayant pour origine celles des Lusignan : burelé d'argent et d'azur,  brisées d'une bande de gueules.



Thouars (Deux-Sèvres)

Origine inconnue pour ce blason aux grappes de raisin . La ville porte déjà dans l'A.G.F. d'Hozier le blason aux couleurs inversées de la maison des Vicomtes de Thouars, qui était : d'or semé de fleurs de lis d'azur, cantonné d'un franc-quartier de gueules.



Rochechouart
(Haute-Vienne)

omme vous pouvez le lire dans le texte , et le visualiser sur la carte tout en haut, la Vicomté de Rochechouart était à l'époque une petite enclave du Poitou insérée entre l'Angoumois et le Limousin, un vestige du domaine des anciens Comtes de Poitiers. Par la suite elle a été rattachée à la Province du Limousin.


Saint-Maixent-l'École
 (Deux-Sèvres)






D'autres  villes sont décrites dans le texte, accompagnées d'un contour de blason, mais laissé vierge, et sans aucun blasonnement : Mirebeau, Montmorillon, Le Blanc (Indre), Civray, Lusignan.
ou d'autres lieux ou villes juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant : l'Absie (Abbaye), Bressuire, Airvault, Moncontour, Saint-Loup-sur-Thouet, Vivonne, Saint-Benoit-du-Sault (Indre), Chauvigny, La Roche-Posay, Saint-Savin, Gençay, Melle, Chizé.


# cependant, quelques années plus tard, certains lieux (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France :

Mirebeau (Vienne)


Bressuire (Deux-Sèvres)


# et pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ce lieu monastique qui n'a pas été mentionné dans le manuscrit de La Planche et qui dépendait de cette sénéchaussée, dont le blason a été transféré à la commune du même nom :
- Pamproux

commune de Pamproux
 (Deux-Sèvres)





A bientôt pour une nouvelle série : →

Crédits :
parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés à et parfois modifiés à :
 - labanquedublason2.com/ (dessins : Jean-Paul Fernon)
 - armorialdefrance.fr/

 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


                Herald Dick