jeudi 26 juillet 2012

Londres olympique : citius, altius, fortius* ! !

* Plus vite, plus haut, plus fort = devise des Jeux Olympiques

Après le Jubilé de la Reine, puis la récente victoire du londonien Bradley Wiggins dans le Tour de France, sujets déjà traités dans ce blog, nous voici de retour dans la capitale anglaise pour le second évènement majeur de l'année pour les Britanniques, et le premier pour le monde du sport en général : les 27èmes Jeux Olympiques d'été "modernes" ou la 30ème olympiade, c'est plus correct.


D'abord que peut-on dire du logo officiel, à gauche ? c'est celui qui a été retenu pour représenter la marque des Jeux 2012,  alors que le second à droite, avait été utilisé pour la candidature. Mis à part qu'il est plutôt moche (c'est un jugement personnel, évidemment) et a été fortement rejeté par les anglais eux-mêmes dans plusieurs sondages, il est composé des chiffres formant l'année 2012 : l'avez-vous remarqué ? L'ensemble figure un personnage en action qui est bien difficile à décrypter ! Un athlète s'élançant sur la piste de 100 mètres, ou sur un tremplin de saut, ou un lanceur de disque, de poids ? Le logo va être décliné en quatre couleurs : bleu, vert, orange, magenta, plus un cinquième cumulant toutes ces couleurs, spécifique pour les Jeux Paralympiques et un sixième, aux couleurs du drapeau britannique pour les affiches promotionnelles (voir plus bas).

Dans ce pays où l'héraldique est très présente, omniprésente même, dans la vie quotidienne, et quelque soient les domaines d'activités humaines, on aurait aimé voir quelque chose de plus consensuel, en réutilisant les figures traditionnelles composant les armoiries de Londres, par exemple :
armoiries de Londres / London coat of arms
"d'argent à la croix de gueules cantonnée au premier quartier d'une épée du même"
devise : Domine dirige nos : Seigneur, diriges nous ... ou ... montres nous la voie

Les armoiries de Londres datent au moins du XIVè siècle, où elles apparaissent sur un sceau municipal en 1381. Elles combinent la croix dédiée à Saint Georges, patron de l'Angleterre et l'épée, attribut de Saint Paul, patron de la ville et de la Cathédrale de Londres. Les dragons ont une origine plus incertaine ; ils sont très présents dans le bestiaire celtique, au Pays de Galles, notamment, et dans les légendes arthuriennes. Mais on peut penser qu'ils sont également en rapport avec Saint Georges, qui est connu pour avoir terrassé un dragon épouvantable qui terrorisait un ancien royaume de Libye et sauvé la fille du roi, qui devait être sacrifiée pour ce dragon.
ces armoiries sont disposées sur la passerelle supérieure du Tower Bridge
 avec les anneaux olympiques en dessous
Tower Bridge by night !

les anneaux en ballade sur la Tamise devant la Tour de Londres
détail d'une carte du XVIIè siècle (notez sur le blason :  l'épée est d'or )
armoiries ornant une autre carte du XVIIè siècle ( l'épée est d'argent avec la garde d'or)
timbre de 1984
La ville de Londres, avec ces jeux de 2012,  inaugure un record : celui du plus grand nombre d'organisations officielles : trois sessions, depuis le début de l'ère moderne des jeux,  initiée en 1896 suite à l'appel du baron Pierre de Coubertin ( Athènes en revendique trois également, des "jeux intercalés" ayant eu lieu en 1906 mais ils n'ont jamais été reconnus par le C.I.O ) .



Et maintenant,  comme dirait un célèbre présentateur TV de France 3 : Place aux Jeux !!


                Herald Dick


mardi 24 juillet 2012

Zoo héraldique #10 : l' Écrevisse - 3ème partie

 S  uite et fin de l'exploration des aventures héraldiques de notre crustacé (pour rappel, voir le précédent volet → ici ). Nous retournons en Europe centrale, car c'est dans ces contrées que notre décapode de la famille des astacidés (c'est son nom de famille !), pullule pour notre plus grand plaisir. En terme d'héraldique, je veux dire, évidemment ... 
armoiries des villes de gauche à droite : 1 - Dolná Trnávka (Slovaquie)  /  2 - Lieboch (Autriche)  /  3 - Wohyń (Pologne)  /  4 - Rudoltice (Rép. Tchèque) /  5 - Střeň (Rép. Tchèque)
notez que certaines écrevisses se servent d'outils ou d'objets sacrés ! car souvent associées à des légendes locales 

Orconectes limosus (écrevisse américaine)

Armoiries du Waterschap
(Bureau local des Eaux) de
Benedendinkel (Pays-Bas)
(le 2 est un coq de bruyère)
















jeton aux armes de la famille Thyard
de Bissy (Bourgogne) - 1728
armoiries des villes de gauche à droite :
6 - Naas (Autriche)  / 7 - Ragnitz (Autriche)  /  8- Pasohlávky (Rép. Tchèque)  /  9 -  Münzbach (Autriche)
où l'on découvre qu'il existe des spécimens qui grimpent aux murs, d'autres qui creusent des tunnels ou encore qui volent au-dessus de la rivière !  séquence ... humour ! 
Parfois, il en est de même dans la nature, des accidents de la vie arrivent comme pour cette pauvre écrevisse suisse qui a été amputée d'un de ses membres !

Onnens (Suisse - canton de Vaud)

On en arrive parfois même... à des extrémités ! en effet voyez ces quelques exemples surprenants où seules les pinces de l'animal sont figurées ! et il y en existe beaucoup d'autres comme ceux-là !

Dřínov (Rép. Tchèque)
Železné (Rép. Tchèque)
Chrustenice (Rép. Tchèque)














ville de Rakovník (Rép. Tchèque)
Vous vous rappelez dans le premier épisode que le mot "rak" dans les langues slaves signifie écrevisse. Voici donc quelques armes parlantes pour illustrer le sujet :
Une jolie légende explique le nom de cette charmante ville de Bohême : Rakovník
Au Moyen-Âge , une terrible famine ravageait la région. Par ailleurs les rivières regorgeaient d'écrevisses. Mais en ce temps, on pensait qu'elles étaient toxiques du fait qu'elles devenaient rouges à la cuisson ! Un jour, une femme désespérée pour ses enfants leur en donna à manger, et outre le fait qu'ils trouvèrent cela excellent, ils comprirent qu'elles étaient tout à fait comestibles et ainsi les gens furent sauvés de la faim.
Le nom ancien de Rokytka fut changé en Rakovnik.
Et l'écrevisse est devenue son emblème. 

 Voici un peu plus au nord, une famille du nom de von Rekovski(y), originaire du village de l'ancienne Poméranie (Prusse occidentale), et actuellement en Pologne : Rekow (Rekowo en polonais). Le portail de son site internet explique les différentes variations des armoiries familiales selon les alliances avec d'autres familles :
http://www.rekowski-familienverband.de/



les belles armoiries de la famille polonaise Warnia
descendant d'une lignée d'ancienne chevalerie : les Raczek (Silésie)

Statue de Jan Žižka
Mémorial National de Vitkov
une de ses victoires, 
aux environs de Prague
  Et pour terminer ce thème, je vous l'avais annoncé la dernière fois, c'est avec un personnage hors du commun que je vais le faire. C'est un héros national dans son pays, l'équivalent pour nous de Bertrand Du Guesclin ou Jeanne d'Arc, ses contemporains : un des plus grands génies militaires du Moyen-âge. Pourtant il est quasiment inconnu par la majorité des français, sauf des érudits qui ont étudié l'histoire des guerres hussites. 
 Son nom est Jan Žižka z Trocnova (~1360-1424), originaire d'une famille de petite noblesse de Trocnov, en Bohême (actuelle République Tchèque), il fut dans sa jeunesse un chevalier brigand puis un mercenaire avant de devenir ce chef militaire exceptionnel. Cet homme, au physique plutôt disgracieux, est devenu borgne très jeune avant de participer avec l'armée polonaise à la bataille de Tannenberg (ou Grünwald -1410) contre les Chevaliers Teutoniques. On pense qu'il aurait participé à la bataille d'Azincourt avec les Anglais en 1415 et se serait battu aussi contre les turcs en Hongrie. A partir de 1419, Jean le borgne (= žižka en tchèque), prend en charge militairement le destin des Taborites, un des groupes hussites qui prétendait réformer la société du moment.
Jan Žižka - son blason supposé et la bannière du mouvement
hussite caractérisé par le calice, symbole de la Communion.

  Le peuple de Bohême en ce début de XVè siècle,  est en révolte contre l'Empereur Sigismond qu'il tient pour responsable de l’exécution sur
armoiries attribuées à Jan Žižka
hypothèse de couleurs, car ces armes
étaient inconnues des historiens,
avant la découverte d'un sceau
daté de 1378 dans des archives
au XXe siècle.
le bûcher, en 1415, de leur héros et martyr : Jan Hus, un prêtre théologien de Prague qui voulait changer certaines pratiques déviantes de l'Église catholique (un siècle avant Luther) et qui a été déclaré hérétique par l'Inquisition. Ce courant de pensée s'est nommé le hussitisme et il a survécu à la mort de son instigateur, se mêlant avec des revendications indépendantistes pour ce petit, mais riche royaume de Bohême, alors vassal du Saint Empire. Cette insoumission provoqua une succession de guerres qu'on nomma Croisade, à l'image de la Croisade contre les Cathares, deux siècles plus tôt. Par conséquent, du côté des insurgés: les hussites, il fallait un chef charismatique et valeureux : ce fut donc le rôle de notre homme: Jan Žižka. Et de quelle façon ! en taillant en pièces l'armée des catholiques et de ses cavaliers surentraînés dans leur belles armures, avec seulement une troupe de paysans et de villageois fanatisés, juste armés au début d'arquebuses, de piques, et quelques archers ! Le plus incroyable c'est qu'au cours du siège du château de Rabi, en 1421, il perd son deuxième œil. Totalement aveugle, il ne capitule pas pour autant et continue de commander ses troupes avec toujours de nouvelles victoires jusqu'à ce qu'il meure terrassé par la peste en 1424 !
 
tête sculptée de Jan Žižka
Car ce diable d'homme, pour compenser le manque d'équipements de son armée de gueux, a inventé une technique nouvelle : le "wagenburg" , littéralement : la forteresse de chariots, qui permet d'improviser n'importe où,  en se mettant en cercle, un système de défense infranchissable et un tremplin pour la contre-attaque : imparable. C'est ce même système ingénieux que les colons du far-west américain utiliseront cinq siècles plus tard, pour se défendre contre les Indiens (revoir ces scènes dans les chers westerns de notre enfance) .
Pendant près de vingt ans, les combattants hussites, malgré quelques violents désaccords et même quelques combats entre eux, résisteront vaillamment à l'armée impériale et catholique et lui infligeront même de sévères défaites comme celles de Sudomer, Kutna Hora, Nemecky Brod , Usti nad Labem, etc...  Ils effectueront même des raids dévastateurs en Allemagne, jusqu'en Bavière ou à Berlin ! Contrairement aux Cathares , les Hussites ne perdront jamais la partie et le mouvement sera finalement reconnu et admis par l'Église, préfigurant celui de la réforme protestante.

illustrations de la technique du wagenburg des Hussites (1450)
on y voit les symboles hussites : le calice et une oie, mais pas d'écrevisse !
Codex 3060 - Bibl. Nationale d'Autriche à Vienne

Je vous avais annoncé la dernière fois que ce personnage était digne d'un héros dans les meilleurs romans ou films historiques . Eh bien sûr cela a été fait ! dans l'ex-Tchécoslovaquie, évidemment:  avec un film datant de 1957. C'est une assez belle évocation. On y voit une bataille devant une forteresse tenue par les hussites. La belle armée des catholiques : les cavaliers dans leurs armures à plates se fait repousser par les combattants à pied (bannières rouges chargées d'un calice d'or) encouragés par le hetman (c'était son grade) : Jan Žižka, l 'homme trapu et moustachu, en haubert de mailles et casque rond, avec un bandeau sur l'œil. Finalement les croisés repassent le fleuve en fuyant comme ils peuvent. Dans la séquence on y voit les chariots légendaires , leur mise en place rapide et leur fonctionnement.



jaquette du film


la guerre des wagenburgs - BD moderne






















Voici donc comment une banale bestiole des rivières peinte sur un blason nous a emmené dans une guerre de religion au XVè siècle et dans un pays très loin du nôtre ! C'est tout ce que j'aime avec l'héraldique : le voyage immobile.

A bientôt avec de nouvelles aventures .....

  Herald Dick

dimanche 22 juillet 2012

Le Tour de France 2012 en blasons : le Podium












Pour terminer cette nouvelle aventure héraldico-sportive, comme je l'avais fait l'année précédente, j’ai  voulu illustrer le nom du vainqueur et de ses dauphins par des armoiries : celles des villes ou les régions dont ils sont natifs et surtout où ils ont grandi et découvert leur vocation. En même temps c’est un hommage rendu à leur courage et leurs performances. Je ne tiens pas compte des endroits où ils ont résidé, car trop aléatoires,  en fonction de leurs employeurs ou des circonstances de leurs carrières.

2012

Vainqueur (Maillot jaune) avec 2 étapes remportées : 
Bradley Wiggins, britannique, 32 ans, né à Gand, en Belgique, mais qui a grandi à Londres.

Gand / Gent
(Belgique)
Londres / London
(Royaume-Uni)
















Deuxième au classement général, vainqueur d’une étape :
Christopher Froome , britannique, 27 ans, né à Nairobi, la capitale du Kenya et qui a vécu longtemps en Afrique.
Nairobi (Kenya)




















Troisième au classement général : 
Vicenzo Nibali, italien, 27 ans, né et ayant vécu à Messine, en Sicile.
Messine / Messina (Italie)





















Vainqueur par points (Maillot vert), vainqueur de 3 étapes: 
Peter Sagan, slovaque, 22 ans, originaire de Žilina.

Žilina (Slovaquie)





















Meilleur grimpeur (Maillot à pois rouges), vainqueur de 2 étapes: 
Thomas Voeckler, français, 33 ans, né à la maternité de Schiltigheim, il a grandi un peu à Herbitzheim, en Alsace, puis à Tartane, en Martinique.
Schiltigheim 
(France - Bas-Rhin)
la Martinique (France)















 
Herbitzheim
(France - Bas-Rhin)
















Meilleur jeune (Maillot blanc), 5ème au classement général:
Tejay Van Garderen , américain, 23 ans , né à Tacoma,
dans l'État de Washington, mais qui a grandi à Bozeman,
dans le Montana.


Tacoma
(USA - Washington State)

Bozeman
(USA - Montana)















Prix du coureur "Super Combatif" (Dossard rouge): 
Chris Anker Sørensen , danois, 27 ans, né à Hammel.

Hammel (Danemark)



J’ai volontairement occulté les autres classements par équipes qui n’ont aucun intérêt pour une illustration en mode héraldique ...
Voilà, j’espère que cette nouvelle aventure "parallèle" vous aura plu, comme celle de l'année passée qui avait reçu un bon accueil chez les internautes. Comme le fait le commentateur Jean-Paul Olivier à la télévision pour nous éclairer sur le patrimoine : châteaux, églises, sites divers , que l'on découvre au bord de la route du Tour, je m'essaye modestement de faire de même au travers de l'héraldique. 

Je vous donne rendez-vous dans un peu moins d'un mois, vers  le 18 août , pour reprendre la route, mais cette fois en Espagne , pour la Vuelta 2012, comme je l’avais fait en août 2011, également ...

 A bientôt...

Herald Dick