lundi 4 juin 2012

Des blasons en haute mer : le cogue de Brême - 2nde partie

Retour à bord du "Ubena von Bremen" ( voir → ici), ce  navire à voile, vaisseau "débarqué" tout droit du Moyen-âge, au temps de la Hanse du Nord. Par son aspect général, il nous rappelle à nous, les héraldistes, ceux que nous voyons sur bon nombre de blasons et dont les termes héraldiques sont : nef antique, ou lymphad, comme par exemple sur le blason de la ville de Paris. Les techniques de l'architecture navale de commerce ont très peu varié depuis l'Antiquité, avec les navires des marchands Phéniciens, jusqu'aux caravelles utilisées par Christophe Colomb.
Carte premier jour philatélique ( poste locale à Rostock)
Armes de Paris montrant une nef -
 station de métro: Hôtel de Ville















Seuls, peut-être, les Vikings, en Europe, grand peuple de navigateurs s'il en est, ont su adapter leurs  bateaux à la très haute mer. Dans l'Océan Atlantique, et les mers d'Europe du Nord, sujets à de terribles tempêtes, il fallait des outils d'une solidité, d'une flottabilité et d'une navigabilité sans pareilles. C'est de toutes ces qualités que notre cogue à hérité et a  ainsi marqué son époque, comme on le voit dans les innombrables enluminures des manuscrits médiévaux.
sceau de Danzig (1400)
sceau d'Elbing (1350)















Continuons la visite héraldique de ce magnifique navire témoin par le côté tribord :
Nous voyons huit beaux blasons peints sur des plaques d'acier d'environ 1,50 m x 1,00 m, fixés sous le plat-bord et sur l’extérieur du bastingage. De gauche à droite :   

Oldenburg (Allemagne)
Bruges / Brugge (Belgique)














Le blason de la première ville : Oldenburg, située en Basse-Saxe (Allemagne), non loin de Brême, m'a posé un sérieux problème d'identification, car bizarrement, ce n'était pas une ville adhérente à la Hanse ! L'ancien Comté d'Oldenburg, dont on voit le blason  dans l'ouverture du château : "d'or à deux fasces de gueules" , était un état autonome du Saint Empire et même a été rattaché un moment au Royaume du Danemark. C'est par sa proximité avec la ville de Brême, ou bien une éventuelle participation au financement du projet, qui fait qu'elle figure sur le bateau, mais ce ne sont que suppositions, non vérifiées.

 
Sur le navire, le blason de droite est attribué au port moderne de Zeebrugge (Belgique), une étape touristique habituelle du cogue restauré, mais cette ville portuaire n'a pas d'armoiries. C'est bien la "vieille" ville de Bruges qui était membre de la Ligue. 





Amsterdam (Pays-Bas)
Cologne / Köln (Allemagne)















Cologne est une des quatre capitales de la Hanse, c'est bien sûr par le Rhin que les navires remontaient pour y accoster. L' Hôtel de Ville médiéval, reconstruit après les destructions de la Seconde Guerre Mondiale y possède une magnifique salle, appelée Hansasaal (salle de la Hanse) ornée de superbes statues représentant  le thème des Neuf Preux.

Les deux blasons suivants présentent des armoiries incluses dans un écu. Quel est la raison de cet effet "poupée russe" ? mystère ! Je n'ai pas retrouvé de représentation similaire dans ma documentation. De plus,  le blason de Stade est normalement "d'azur à la clé d'argent en pal", ici bizarrement, les couleurs sont inversées...
Stade (Allemagne)
Kampen  (Pays-Bas )

Les deux derniers blasons sont ceux du port, enfin plutôt... des ports d'attache : Brême,  et Bremerhaven (anciennement nommé Wesermünde), un peu aval sur la Weser, et qui est devenu le port principal, suite à l'envasement de celui de Brême. On y voit un navire de la Hanse, mais ce n'est pas un cogue, plutôt une caraque, car il a trois mâts au lieu d'un seul.


Brême  / Bremen  (Allemagne)
Bremerhaven (Allemagne)
















Passons maintenant sur le côté bâbord , où nous retrouvons pour commencer , à gauche : les deux derniers blasons de Brême et Bremerhaven, répercutés, en tant que ports d'attache.

Les six blasons suivants nous font voyager maintenant plus à l'Est : 

Visby (Suède - Île de Gotland)
Stockholm (Suède)















Le grand port de Bergen en Norvège , pourtant très important pour la Hanse,  n'a pas été représenté, mais la Suède est plus chanceuse avec deux blasons. Visby est le port principal de la grand île de Gotland, dans la Mer Baltique et un carrefour important sur les routes marines de l'organisation. 

 Ensuite nous poursuivons en Mecklembourg et en Poméranie, avec trois ports emblématiques:
Rostock (Allemagne)
Wismar (Allemagne)
(ancien)










Elblag / Elbing  (Pologne)

Wismar (Allemagne)
Ces trois villes portent toutes les couleurs de la Hanse : coupé d'argent et de gueules. Les autres attributs sont : le griffon du Comté de Rostock , le rencontre de taureau couronnée du Duché de Mecklembourg  et les croix de l'Ordre des Chevaliers Teutoniques. Le blason de Wismar est un ancien modèle, car la ville porte celui-ci, maintenant, qui montre justement ... un cogue  hissant une voile formée par les armes du Duché de Mecklembourg ! notez la jolie mouette sur l'étrave du bateau.



Enfin, il nous reste un dernier blason, et celui qui m'a donné le plus de fil à retordre pour l'identifier.  Car, comme pour Oldenburg, cette cité ne figure pas dans la liste de centaine de villes et comptoirs hanséatiques historiques. La petite ville de Cuxhaven,  située entre les estuaires de l'Elbe et de la Weser, n'existait pas au temps de la Hanse , ce sont des terres qui ont été gagnées sur la mer (polders) et où un avant-port de Hambourg s'y est développé, se consacrant surtout à la pêche. Maintenant c'est un port de conteneurs. La figure que l'on voit sur le blason est une balise-fanal en mer symbolisant l'activité portuaire.
Le "Lisa von Luebeck" et
derrière le "Ubena von Bremen"
Cuxhaven (Allemagne)

Nous voici arrivé à la fin de la visite , dans le temps et dans l'espace, comme je les aime, 
j'espère qu'elle vous aura plu également. Si des passionnés détiennent des informations qui peuvent compléter ma documentation, je les accepte avec grand plaisir (espace commentaires, ci-dessous).

Si vous lisez l'allemand, ou si vous avez un traducteur en ligne, je vous conseille de visiter le site officiel de l'association : hanse koggewerft pour les données techniques, le nom du capitaine et quelques photos.

Les blasons sont empruntés à Wikipedia. 

             Herald von Dick

samedi 2 juin 2012

Fêtes du Jubilé de Diamant de la Reine à Londres




lizabeth Alexandra Mary Windsor est née le 21 avril 1926 à Londres. Fille aînée du roi Georges VI, duc d'York, elle a une soeur cadette, la princesse Margaret. Elisabeth épouse Philippe Mountbatten en novembre 1947. Le roi Georges VI meurt d'un cancer du poumon le 6 février 1952, Elisabeth devient donc reine de 16 états indépendants et fut couronnée le 2 juin 1953. C'est le grand-père d'Elisabeth, le roi Georges V, qui donna le nom de Windsor à la famille royale lors de la première guerre car le nom de «Saxe-Cobourg », dynastie dont elle est issue, était jugé un peu trop allemand. A noter qu' Elizabeth et son époux sont tous deux les arrières-arrières-petits-enfants de la grande reine Victoria. La reine Élisabeth II, par le jeu des mariages familiaux, est parente avec presque toutes les familles royales d'Europe. Des spécialistes en généalogie dynastique ont même pu synthétiser sa filiation avec Guillaume le Conquérant, le premier roi Anglo-normand :

 Outre le Royaume-Uni à proprement parler, H.M. Elizabeth règne aussi sur quantité de territoires: parmi eux, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, et les îles de la Jamaïque, la Barbade, les Bahamas, la Grenade, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon, les Tuvalu, Sainte Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, Antigua et Barbuda,  Saint-Christophe et Nevis, Belize ...  Les autres nations, anciennes colonies qui ont accédé à l'indépendance ou à une autonomie politique, sont membres du Commonwealth, organisation panbritannique (sauf les États-Unis, la République d'Irlande et le Zimbabwe).

Le seul autre monarque britannique à avoir célébré le Jubilé de Diamant était la reine Victoria en 1897. Ces célébrations sont effectivement la marque d'une longévité exceptionnelle pour un règne : 60 ans ! C'est donc du 2 au 5 juin 2012 que de nombreuses manifestations vont se dérouler dans tout le Royaume-Uni et en particulier à Londres : voir le programme ici → .  Les britanniques sont très friands de ces festivités, et malgré la crise économique, qui a réduit le budget alloué pour l'organisation, rien n'est trop beau pour honorer la nation à travers ses souverains. Le Premier Ministre James Cameron a quand même rejeté la proposition d'un membre de son gouvernement de lui offrir un nouveau yacht à 60 millions de £ soit 75 millions d'€ ! Par ailleurs le coût des festivités est pris en charge pour une grande partie par un mécénat privé.
the royal carrosse qui sortira pour les défilés
  
the Heralds  Officers of Arms - les hérauts d'armes royaux , en grande tenue ( le tabard )
ils participent à toutes les grandes cérémonies de la royauté.

À cette occasion le merchandising industriel et les commerçants rivalisent d'imagination pour capter quelques revenus en proposant aux "chalands" des souvenirs armoriés très kitchs mais qui se vendent néanmoins comme des petits crackers !  
 Voici une sélection de produits dérivés glanés sur les sites de vente en ligne, et armoriés : c'est le sujet...  pour se faire une idée...
Ce beau souvenir philatélique émis par la Poste de l'Île de Man montre d'anciennes armoiries de nombreux territoires de la couronne britannique : Canada -  Australie - Nouvelle-Zélande - Afrique du Sud - Rhodésie du Sud - Rhodésie du Nord - Gibraltar - Malte - Jamaïque - Kenya - Sarawak - Nyassaland - Îles Falkland - Tanganyika - Irlande du Nord - Îles Salomon - Sierra Leone - Nord Bornéo.
(pour les autres nouveautés philatéliques du Jubilé , voir ma rubrique spéciale )


















Herald Dick
 


vendredi 1 juin 2012

Un grand merci au grand Percy ...

Retour sur l'actualité récente :

Hollande à l'hôpital Percy pour dire aux soldats blessés "la gratitude de la nation"

( dépêche AFP du  29/05/2012 )
Quatre jours après son déplacement en Afghanistan, le président François Hollande est allé mardi exprimer "la gratitude de la nation" aux soldats blessés en opération et soignés à l'hôpital militaire Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine).
"Je souhaitais, après m'être rendu en Afghanistan, rencontrer les blessés qui sont soignés ici" pour "leur dire toute la gratitude de la nation à l'égard de l'engagement qui a été le leur", de leur "sacrifice" et leurs "souffrances", a affirmé M. Hollande.
Le chef de l'Etat a effectué vendredi dernier un déplacement à Kaboul et sur la base militaire française de Nijrab (est de l'Afghanistan). Il a rappelé mardi que, depuis fin 2001, 83 soldats français ont trouvé la mort en Afghanistan et 700 autres environ y ont été blessés.
Pendant plus d'une heure, M. Hollande s'est rendu au chevet des soldats blessés, une quinzaine en tout, la plupart en Afghanistan mais aussi au Tchad. Le premier qu'il a été voir est un jeune homme blessé en Afghanistan la semaine dernière et qui avait été ramené en France vendredi soir à bord de l'avion présidentiel.
.../...
 Le président Hollande a également exprimé sa "gratitude au personnel" de l'hôpital Percy, qui accueille aussi bien des militaires (20% des patients) que des civils. En revanche, tous les personnels soignants (chirurgiens, médecins, infirmiers) sont des militaires.

insigne de l'Hôpital d'Instruction des Armées de Percy

En voyant cette actu , j'ai découvert au passage un blason que l'hôpital arborait et qui m'a intrigué (ci-dessus), je ne savais pas que des Hôpitaux de France portaient des armoiries ! Évidemment, lorsque l'on sait que cet établissement fait partie des nombreux hôpitaux interarmées de notre pays, on comprend qu'il s'agit d'une insigne d'unité militaire, et non pas d'armoiries.  Ces hôpitaux sont réputés d'ailleurs pour être les mieux équipés et les plus performants de notre pays car le personnel y est ... désintéressé ! Ainsi l'Hôpital des Armées du Val de Grâce à Paris accueille régulièrement les Présidents, Chefs d'États étrangers  et membres du Gouvernement quand ils ont des petits ou des gros ...bobos !!

détail de l'insigne
Mais d’où vient le joli blason inséré dans cet insigne ? Eh bien Percy est le nom d'un grand chirurgien de guerre du 1er Empire :

 Pierre-François Percy (1754-1825) est né à Montagney en Franche-Comté (de nos jours en Haute-Saône) , fils du chirurgien du village.


Il fait ses études de médecine à Besançon, soutient sa thèse en 1775 et s'engage dans l'armée, où il devient chirurgien en 1782. A la Révolution, il est nommé dans  l'armée du Rhin. Il crée un corps de chirurgie mobile et invente le "würst", une ambulance roulante destinée à amener le personnel infirmier et son matériel sur le champ de bataille au plus près des blessés. Il a, le premier, l'idée d'un corps de santé indépendant, neutre et inviolable ; cette idée sera reprise plus tard par Henri Dunant, qui fondera la Croix-Rouge en 1863.


Il réalise la première désarticulation d'épaule par résection de la tête humérale (mais, à la différence de Dominique Jean Larrey,  il tente d'éviter autant que possible les amputations). Il invente le tire-balles et le carquois chirurgical, trousse portée en bandoulière par le chirurgien et pouvant contenir un garrot et onze instruments. Il officie sur les principaux champs de bataille sous l'Empire, et reçoit de Napoléon 1er tous les honneurs : Officier de la Légion d'Honneur en 1804, membre de l'Académie des sciences en 1807, Commandeur de la Légion d'Honneur la même année après Eylau, baron d'Empire en 1809 après Wagram.




Cherchant à assurer le secours rapide des blessés sur les champs de bataille, le baron Pierre-François Percy conçoit le premier corps de « chirurgie mobile ». Il propose à cet effet la transformation d’un train d’artillerie bavarois attelé en véhicule sanitaire, avec table d’opération et rideaux. Cette antenne mobile est assistée par une troupe régulière de « soldats infirmiers » qui emmène rapidement les chirurgiens sur le champ de bataille.
les armoiries de Baron d'Empire
de Pierre-François Percy



A partir de 1809, Pierre-François Percy est victime d''une maladie des yeux et doit quitter la Grande Armée ; Il dirige  alors les services d'inspection de santé et enseigne à la Faculté de Médecine de Paris.
Lors de la campagne de France en 1814, il reprend du service et sauve douze mille blessés russes et prussiens abandonnés en réquisitionnant les abattoirs de Paris et en les transformant en hôpital ; il reçoit pour cela les distinctions honorifiques les plus élevées de Bavière, de Prusse et de Russie.
La Restauration le contraint à la retraite ; il est toutefois nommé membre honoraire de l'Académie de médecine en 1820. Pierre-François Percy passe les dernières années de sa vie à écrire ses mémoires, dont un irremplaçable "Journal des campagnes". Il s'éteint à Paris le 18 février 1825 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (18ème division) ; son monument  porte cette inscription : "Il fut le père des chirurgiens militaires".

Le nom de Percy est inscrit sur la 10e colonne (pilier Nord) de l'arc de triomphe de l'Étoile.
L'Hôpital d'instruction des armées de Clamart porte son nom. C'était bien le moins qu'on puisse faire pour la mémoire de cet homme de bien exemplaire et néanmoins totalement méconnu : justice lui est rendue ...