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mercredi 25 février 2015

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Guyenne - Sénéchaussée du Rouergue

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !  Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du Gouvernement Général de Guyenne. Nous l'avons abordé les dernières fois, il est composé de nombreux anciens duchés ou comtés rattachés les uns après les autres au royaume de France, le tout dernier étant le Béarn, acquis en 1620 par un Édit de Louis XIII.  Ces entités administratives du royaume sont découpées en généralités et en sénéchaussées (pour le sud du pays). Nous allons découvrir le onzième chapitre de ces sénéchaussées : le pays du Rouergue, composé des anciens Comtés du Rouergue et de Rodez, dépendances des Comtes de Toulouse avant le rattachement à la couronne de France. Cet ensemble géographique correspond globalement au département actuel de l'Aveyron, augmenté d'un petit territoire dans le Tarn-et-Garonne : le canton de Saint-Antonin-Noble-Val.

  Revenir à l'épisode précédent →


Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir









Les fragments de manuscrits proviennent toujours du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent (quand il existe) dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*) Armorial Général de France - volume XIV -  Languedoc - 1ère partie
   Armorial Général de France - volume XV - Languedoc et Roussillon - 2e partie ( BNF Paris)

Rodez (Aveyron)

 Le blason de Rodez est basé sur des armes parlantes : roues = rodas en occitan. Le chef aux fleurs de lis a été accordé en 1596 par le roi Henri IV. Il n'en demeure pas moins que les figures circulaires sensées être des roues sont passées par tous les états : on trouve des roues pleines d'or comme actuellement, parfois des roues à rayons (Wikipédia), ou encore des annelets, selon Robert Louis, expliquant que ce sont des "bandages de roues", ou bien de simples besants d'or, comme avec d'Hozier, ci-dessus, toujours au nombre de trois, mais avec en plus une partition verticale ! Et enfin, plus surprenant encore : nous trouvons encore des meules d'argent, comme le décrit ci-dessus Pierre de La Planche. Autant de variétés pour des figures devant illustrer de simples roues en font un cas exceptionnel d'errance héraldique à travers les siècles !




Millau (Aveyron)

En 1185, Alphonse II, roi d'Aragon, donne en apanage à son second fils Alphonse II Béranger, le comté de Provence et la vicomté de Millau. Et en 1187, il concède à la ville le droit de porter les armes d'Aragon. Voila pourquoi, la ville de Millau a pour armoiries un écu d'or à quatre pals de gueules. Cette date extrêmement ancienne de 1187 en ferait le plus ancien blason municipal connu dans l'histoire de l'Héraldique. Quand la vicomté fut rattachée à la Couronne de France, en 1258, la ville de Millau augmenta ses armoiries d'un chef d'azur à trois fleurs de lys d'or. La ville perpétue donc depuis plus de 760 ans, sur son blason, les couleurs de l'Aragon et de la France, jusqu' à aujourd'hui :  un record de constance vraiment exceptionnel.
  L'auteur du manuscrit s'est toutefois trompé en dessinant le blason de Millau avec seulement trois pals de gueules sur champ d'or, ce qui correspond en fait au blason du Comté de Foix ! La confusion entre les deux : Foix et Aragon est assez fréquente ...
  Par ailleurs, vous pouvez constater sur le manuscrit une ancienne dénomination de la ville, écrite : Milhaud.






Villefranche - de - Rouergue  
(Aveyron)

C'est une évidence, le Père de La Planche n'avait plus de rouge ! le marchand de couleurs du quartier était sans doute fermé et il est passé à autre chose ... et puis il a finalement oublié de finir le travail, ou un évènement l'a empêché de le faire. Bien sûr ce n'est qu'un scénario , mais on peut y croire, n'est-ce-pas ?




[_)-(_]

D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :

- avec un contour de blason vide, sans description : Saint-Antonin (-Noble-Val), (dépt du Tarn-et-Garonne), Vabres, Saint-Affrique.
- sans blason ni mention s'y rapportant :  Le Pont de Camarès, Saint-Ysery (Saint-Izaire ?), Saint-Georges, Roquefort, Creissels, Compeyre, Saint-Rome-de-Tarn, Saint-Sernin, Sauveterre (-de-Rouergue), Rieupeyroux, Peyrusse, Marcillac, Najac, Villecomtal, Entraygues (-sur-Truyère), Saint-Geniez (-d'Olt), Aubrac.

# cependant, quelques années plus tard, certaines villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France (certains de ces blasons sont toujours d'actualité aujourd'hui, à quelques détails près ) :







A bientôt pour une nouvelle série ... →


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à :
http://armorialdefrance.fr/


  Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick 

mardi 26 juillet 2016

Recueil d'armoiries de villes de France peintes au XVIe siècle - chapitre #05 (final) - Parlements du sud du royaume de France

blason attribué à la ville de Marseille
 les couleurs sont inversées : très surprenant ! 
 fin du XVIe siècle - manuscrit Fr 17256
 N ous voici de retour pour remonter dans le temps des premiers blasons municipaux avec l'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries peintes en couleurs de villes de France. Il est en effet bien antérieur d'au moins trois quarts de siècle à celui réalisé par Pierre de La Planche dont je publie régulièrement des extraits depuis plusieurs années . Il est bien sûr aussi et encore plus ancien que l'illustre Armorial Général de France de Charles d'Hozier qui fait souvent référence pour l'ancien régime, avant la Révolution française et la suppression des armoiries en 1790. La date exacte est difficile à évaluer avec précision, mais nous sommes à coup sûr dans les dernières années du XVIe siècle, plutôt au début du XVIIe grâce à certains indices que nous avons notés dans les précédents volets.

 Voir la description initiale de notre armorial du XVIe siècle (BNF / Français 17256) dans le premier volet: → ICI, ainsi que le chapitre précédent :  #04

 Comme je le fais pour l’Armorial de La Planche, je propose à titre indicatif et comparatif, placées en dessous de chaque page, les armoiries actuelles de chaque ville mentionnée. Cela permet ainsi au lecteur de se rendre compte de l'évolution ou de la constance du blason dans le temps en un peu plus de quatre siècles.

 Nous terminons la découverte de cette partie de ce précieux manuscrit avec les dernières régions qui étaient à l'époque administrées par des Parlements. Je le rappelle encore : ces divisions administratives de l'Ancien Régime, les parlements, représentaient l'autorité législative et judiciaire au nom du roi à travers tout le royaume. Il y en avait dix à cette époque, et elles étaient de tailles inégales (voir → ICI).Voici donc successivement les villes importantes de la Bourgogne (trois dernières villes), la Provence, le Dauphiné, la Guyenne, le Languedoc.

folio 114 v. (verso) :  [Parlement de Bourgogne] - Gex - Belley  - Bar-sur-Seine  - 
Provence - Parlement de Provence - Aix - Marseille

Gex
Bar-sur-Seine
Belley

Provence moderne
Marseille
Aix-en-Provence

• On retrouve, avec les blasons de Gex et de Belley, les mêmes caractéristiques que dans le manuscrit, postérieur de plusieurs décennies, de La Planche (voir les liens ci-dessous) : à savoir le geai, l'oiseau comme armes parlantes de Gex et un loup (une louve, plus exactement) "passant(e)" qui est devenu(e) plus tard "ravissant(e)", c'est-à-dire debout sur ses postérieurs, pour représenter la ville de Belley.

• A noter que le blason d'Aix ne montre que deux quartiers dans le chef (parti) au lieu des trois (tiercé en pal) qui proviennent des armes d'Anjou, comme celles du bon roi René d'Anjou en tant que comte de Provence (de 1434 à 1480). Et il semble qu'au XVe siècle le blason d'Aix avait bien cette configuration (voir → ICI).

• Mais pour le blason de Marseille, il semble que ce ne peut être qu'une erreur de l'artiste. Depuis au moins le XIVe siècle on sait à coup sûr, que l'emblème de Marseille est une croix d'azur sur un champ d'argent, jamais le contraire, peuchère !! (voir → ICI).


• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
                       Gex, Belley → ICI                                     Bar-sur-Seine → ICI



folio 115 r. (recto) :  [Parlement de Provence ]  Arles  - Parlement de Dauphiné / Grenoble  - Vienne  - 
Embrun - Bresse -  Parlement de Guyenne / Bordeaux.

Arles
Vienne
Grenoble


Embrun
Bordeaux
le pays de Bresse

• Le manuscrit nous montre pour les villes d'Arles et de Grenoble des armes qui n'ont pas encore obtenu leurs couleurs définitives : champ d'azur pour la première, d'or pour la seconde.

• Pour Embrun, c'est encore un cas de changement de couleur d'émail au cours du temps, très fréquent dans l'histoire de l'héraldique municipale française. Le blason d'Embrun est effectivement passé d'un champ de gueules avec une croix d'argent et parfois même : "de gueules à une croix d'or" (armorial de La Planche) à un champ d'azur avec une croix d'argent !

• C'est la première fois que je vois ce blason "de sable à croix tréflée d'argent" pour identifier le pays de Bresse. On connait d'autres blasons plus répandus (voir →  ICI ou  ICI).
  Revenons à cette croix tréflée, qui est l’attribut de l'Ordre de Saint Maurice, et par extension de Saint Maurice d'Agaune, le martyr chrétien lui-même, saint patron des ducs de Savoie. Elle est très fréquente dans l'héraldique de la Bresse, depuis que cette province a été acquise par la Savoie au XIIIe siècle.  On la trouve notamment dans les armoiries des villes de Bourg-en-Bresse, de Montluel, de Saint-Trivier-de-Courtes, etc...


• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
                                                             Bordeaux → ICI




folio 115 v.  :  [Parlement de Guyenne]  Castres -  Cahors  -  Agen  -  Condom  -   Bazas   - 
  Ville et Bourg de Rodez 
Castres
Agen
Cahors

Condom
Rodez
Bazas


• Je vous laisse découvrir les évolutions de chacun des blasons au célèbre petit jeu des "sept différences" qui doivent être ici un peu plus nombreuses. Même le blason de Cahors qui semble inchangé a été amélioré. Et heureusement sinon le pont se serait écroulé ! (voir mon commentaire dans le lien ci-dessous).

• Le blason de Castres provenant du manuscrit (incorrect, car les émaux sont inversés) montre par contre en cimier : un objet étrange surmonté de la devise (ou cri) : "DEBOUT". Cet objet est une chausse-trappe !
   Borel, écrivain castrais, rapporte que vers la fin du XVIe siècle, « on a ajouté aux armes de Castres une chausse-trape, en mémoire de quelques victoires obtenues par le moyen de ces instruments de guerre. On a mis la devise "DEBOUT" parce que cet instrument ne peut jamais tomber sans avoir une pointe en haut, et pour indiquer que les hommes devaient toujours être DEBOUT pour le service de Dieu et de leur Roy ». source : site  www. tourisme-castres.fr/


• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Castres →  ICI          Cahors → ICI           Agen → ICI          Condom → ICI         Bazas → ICI             Rodez → ICI




folio 116 r.  :   Parlement de Languedoc / Toulouse  - Montpellier - Carcassonne 
Villefranche-de-Rouergue - [Parlement de Guyenne ] Bergerac - Nérac


Toulouse
Carcassonne
Montpellier

Villefranche-de-Rouergue
Nérac
Bergerac

• Vous aurez remarqué l'étrange blason attribué à la ville de Montpellier. Il s'agit à priori d'une pomme avec sa tige et deux feuilles au naturel. Est-ce extrapolation du blason des anciens seigneurs de Montpellier, les Guilhem (Xe / XIIIe siècles) : "D'argent au tourteau de gueules" ? Des armes qui sont encore présentes en écusson dans la pointe du blason actuel de la ville.

• La ville de Carcassonne a l'avantage d'être représentée trois fois dans cet armorial sur ce folio et le dernier, avec trois blasons différents. Historiquement il y avait deux villes jumelles : la ville Haute, enfermée dans les remparts de la cité et siège des vicomtes de Carcassonne : les Trencavel, et la ville Basse, une bastide bâtie à partir du XIIe siècle au bord de l'Aude.  Le blason attribué à la ville Haute est symbolisé par un château ou une porte de château, et celui de la ville Basse par un agneau pascal. Les deux symboles héraldiques sont brochant sur un champ d'azur semé de fleurs de lis d'or, pour marquer le rattachement de la vicomté au royaume de France, suite à la Croisade des Albigeois et la prise de Carcassonne en 1209 par Simon de Montfort.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Toulouse → ICI               Montpellier → ICI          Carcassonne → ICI       Villefranche-de-Rouergue → ICI                      Bergerac  → ICI                               Nérac → ICI


folio 116 v.  :   [Parlement de Languedoc]  Foix  - Lectoure - Comminges  - Nîmes (est du Languedoc) -  
Pertuis-en-Provence - Avignon (ces deux sont de Provence)


Foix
le pays de Comminges
Lectoure

Nîmes
Avignon
Pertuis


• Quelques curiosités sur ce folio :
- les armes de Foix qui sont celles de l'ancien Comté de Foix, du fait de la présence de la couronne comtale, sont soutenues par deux tridents très insolites.
- La graphie étrange : L'Estourre pour Lectoure ! 
- Les armoiries de Lectoure avec deux taureaux ( je pense que ce sont des taureaux, pas des vaches) au lieu des béliers ou moutons, pourtant présents sur les sceaux de la ville depuis au moins l'année 1303 !

• A noter encore la particularité pour le blason de Pertuis, rarissime et remise en valeur sur le blason contemporain, mais toutefois connue depuis longtemps (sauf sur le présent manuscrit) : la fleur de lys d'azur semble "traverser" la  fasce de gueules (voir → ICI). C'est une forme d'armes parlantes : le mot pertuis signifie en effet en vieux français : trou, ouverture ! On le retrouve dans le nom de la plante : le millepertuis (dont les feuilles semblent percées d'une multitude de petits trous) ou la pertuisane, une longue lance du Moyen-âge, très acérée, pour faire des trous dans le corps des ennemis !  Le mot "pertuis" existe encore dans le domaine de la géographie et de la navigation pour désigner un bras de mer passant entre deux terres ou entre deux digues.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Foix → ICI                   Lectoure → ICI                    Comminges → ICI               Nîmes → ICI



folio 117 r.  :  [Parlement de Languedoc]  Carcassonne Haute  -  Carcassonne Basse  
 Béziers  - Narbonne  -  Couserans.

Carcassonne / Ville Haute
Carcassonne / Ville Basse













Béziers
le pays de Couserans
Narbonne

• Voir le commentaire sur les blasons de Carcassonne sur le folio 116 r. plus haut.

 
• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):

Carcassonne → ICI             Béziers → ICI           Narbonne → ICI         Pays de Couserans → ICI




 C'est donc avec la cloche du Couserans que sonne la fin de cette remontée dans le temps, 4 siècles en arrière, pour l'exploration de héraldique municipale française. Mais d'autres sections du manuscrit présentent également un grand intérêt et j'y reviendrai certainement pour de nouveaux sujets.
 
A bientôt.... avec une autre section du manuscrit consacrée aux cantons suisses :  → ICI


 Crédits :
- Le manuscrit complet "Français 17256" est  consultable en ligne sur le site : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528582x/
- Les blasons "modernes" proviennent du site incontournable :  armorialdefrance.fr
 sauf ceux de Belley, Bar-sur-Seine, Provence.
Je remercie chaleureusement son webmaster à cette occasion.




          Herald Dick