mercredi 11 avril 2018

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Languedoc - Sénéchaussée de Nîmes

S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Languedoc. Après la Sénéchaussée de Toulouse, le pays de l'Albigeois et du Castrais, la Sénéchaussée du Lauragais, celle de Carcassonne, celle de Béziers, celle de Montpellier  nous abordons le septième chapitre dédié à la Sénéchaussée de Nîmes.
 Cette  circonscription administrative de l’ancien régime se confond presque exactement avec le contour du département actuel du Gard, exceptés les petits territoires déjà explorés dans le précédent chapitre, tels que Sauve, Sommières et Aigues-Mortes.




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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir











  Les fragments de manuscrits proviennent encore du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*)  Armorial Général de France  -  volume XIV  -  Languedoc 1ère partie  
       Armorial Général de France  -  volume XV  -  Languedoc  2e partie  (BNF Paris)


Nîmes 
(département du Gard)
  Le blason de Nîmes était à l'origine constitué d'un simple champ de gueules. En 1516, le roi François Ier permet à la ville d'ajouter un taureau d'or. Peu après, des Nîmois demandent de faire figurer sur le blason la représentation d'une pièce de monnaie antique : un crocodile attaché à un palmier avec les lettres COL NEM. En 1535, François Ier autorise la ville de Nîmes à changer son blason : il arbore désormais "une coleuvre, à palme enchaîné". La palme, c'est le palmier ; la coleuvre (couleuvre), c'est plutôt un crocodile, animal inconnu en Europe à cette époque. On pensait alors que les lettres COL NEM désignait cette coleuvre et le nom latinisé de la ville, Nemausus. Cette abréviation désigne en fait la Colonia Nemausensis (colonie nîmoise) des Romains.
  Pourquoi ce crocodile sur la monnaie ? Le crocodile enchaîné au palmier représente la victoire d'Octave (l'empereur qui désormais se fera appeler Auguste) sur Marc-Antoine et Cléopâtre (bataille d'Actium en -31). L'Égypte devint alors une possession de l'Empire romain.
 On remarquera par le jeu des petites différences, sur les deux manuscrits, et par rapport au blason définitif : sur le premier, le crocodile est enchaîné par le cou et par la queue, et attaché à un anneau symbolique placé dans le canton dextre en chef ; il n'y a pas la couronne de laurier, symbole de la victoire antique. Sur le second manuscrit, le crocodile est d'un émail différent tirant sur l'azur (d'ailleurs on trouve beaucoup de représentations du blason de Nîmes avec un crocodile d'azur !); et il est posé sur une terrasse d'argent; la couronne de laurier d'or est bien là, mais placée dans le canton dextre et non pas brochant sur le palmier. 




Beaucaire (Gard)

 Les couleurs du blason de Beaucaire sont certainement liées à celles du blason des comtes de Toulouse ou des états du Languedoc. Mais il manque des informations sur son origine véritable.
Celui enregistré dans l'Armorial Général de France, est complètement différent et montre, de très belle manière, la position les fortifications du château médiéval édifié sur les rochers au bord du Rhône.



Uzès (Gard)

 Les armes proposées par Pierre de La Planche : de gueules à trois bandes d'or sont celles des premiers seigneurs et vicomtes d'Uzès jusqu’en 1475, où le titre passe par alliance à la famille de Crussol et qui sera érigé en duché sous le règne de Charles IX en 1565. 
  Mais alors d'où vient le blason actuel déjà enregistré comme tel dans l'Armorial Général de France et presque identique à celui de la ville de Béziers ?  Il est confirmé dans l'Armorial des États de Languedoc par Denis-François Gastelier de La Tour, édité en 1767 (voir → ICI), mais avec trois fasces de gueules sur champ d'argent comme Béziers, alors que d'Hozier donne un fascé d'argent et de gueules. Celui de Béziers a une histoire propre, en rapport à la maison de Trencavel, mais qu'en est-il pour Uzès?



Pont - Saint - Espri
(Gard)

  De belles armes parlantes avec la colombe symbolisant la personnification du  "Saint-Esprit", au vol piquant vers le bas. Bizarrement sur le manuscrit de La Planche elle est montrée montant vers le haut, vers le ciel !  Les couleurs du champ, du pont et de la rivière (le Rhône) ont évolué et deux fleurs de lys du domaine royal sont rajoutées sur le dessin de d'Hozier.
 La ville s'appelait au milieu du Moyen Âge : Saint-Saturnin-du-Port (en latin Portum Sancti Saturnini). Le nom actuel de la ville lui vient de la construction du pont sur le Rhône par le frère de saint Louis, le comte de Poitiers et de Toulouse, Alphonse de Poitiers ; elle commença en 1265 pour s’achever en 1309. Ce pont, actuellement le plus vieux de tous les ponts traversant le Rhône, agé de plus de 700 ans, reliant la Provence au Languedoc, a longtemps constitué un point de passage privilégié sur le Rhône. Il est constitué de vingt arches, mesure un kilomètre de long, et a fait la fortune de cette petite ville par le paiement de l'octroi y afférant. source texte: fr.wikipedia.org/wiki/Pont-Saint-Esprit



Alès (Gard)

  S’appuyant sur le fait que les armoiries sont apparues lors de la première croisade, Marcel Bruyère dans son livre : «Alès, capitale des Cévennes», publié en 1948, les attribue au seigneur Raymond Pelet, parti en Terre Sainte. L’aile serait symbole de vélocité, et n’établirait aucun lien avec l’étymologie du nom Alès.
 D’après l’Armorial du Languedoc, il s’agirait des armoiries de l’autre seigneur d’Alès, Bérard de Montalet, dont le blason d’origine était : «De gueules au demi vol d’argent». Jacques de Bérard, baron d’Alès, marquis de Montalet, mort en 1684, fut inhumé ainsi que ses descendants dans le chœur de la Cathédrale d’Alès. source texte : www.ales.fr/territoire/decouvrir/histoire-ales/armoiries/
  Nous ne nous étendrons pas sur les émaux différents azur/gueules, d'une époque à l'autre : très fréquent dans l'héraldique municipale... Par contre on pourra admirer les détails, réalisés plume par plume, dans le dessin de l'aile fait par l'auteur du manuscrit, davantage naturaliste qu'héraldique.
 On notera également les différentes graphies du nom de la cité cévenole dans le temps :  Alez, Alais, Alès... la dernière et actuelle n'ayant été fixée qu'à partir de 1926 !



Villeneuve -lès- Avignon 
 (Gard)

  Conscient de l'intérêt stratégique du site, qui est terre française, face à Avignon, le roi Philippe le Bel crée en mars 1293, Villeneuve Saint André en construisant une forteresse à l'autre bout du pont Saint-Bénézet (le célèbre pont d'Avignon, entier à cette époque) sur le Rhône. Elle jouxte l'ancienne abbaye bénédictine de Saint-André, antérieure à l'an 980. Un peu plus tard Villeneuve-Saint-André prendra le nom de Villeneuve-lès-Avignon.
 L'installation en 1309 à Avignon de la papauté a d'énormes conséquences sur la ville naissante qui va recevoir les villégiatures des cardinaux et des souverains pontifes. Quatorze palais gigantesques sont construits à Villeneuve, dont l'emprise des domaines marque aujourd'hui encore la physionomie de la cité. Suivra plus tard la construction d'une seconde forteresse royale : le fort Saint-André, sur le mont Andaon, pour protéger l'abbaye et le Bourg Saint-André des bandes de brigands lors de la Guerre de Cent Ans et pour fortifier la frontière du royaume.
 Le blason de la ville rappelle cette alliance des co-seigneurs de la cité:  l'abbé et le monarque : les lys d'or sur champ d'azur du roi de France et la croix de Saint-André, symbole de l'abbaye.
source :  fr.wikipedia.org/wiki/Villeneuve-lès-Avignon




Bagnols -sur- Cèze (Gard)


  Très souvent, on l'a déjà vu, l'auteur du manuscrit a préparé comme ici,  un emplacement pour y dessiner les armoiries des villes pour lesquelles il a rédigé un descriptif. Mais les écus sont restés désespérément vides. Nous en ignorons la raison : manque d'information fiable, manque de temps, on ne le saura jamais. .
 Le blason utilisé actuellement est inspiré par celui publié dans l'Armorial Général de France, constitué d'après l'édit royal de 1696. Il est représenté avec les trois "tinettes " caractéristiques de la cité thermale, mais sans chef fleurdelisé dans l'Armorial des États de Languedoc par Denis-François Gastelier de La Tour, édité en 1767 (voir → ICI).



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D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte :

- avec un contour de blason vide, sans description comme pour Bagnols (-sur-Cèze) : Anduze, Roquemaure, Saint-Gilles, Aimargues.

- sans blason ni mention s'y rapportant :  Le Pont du Gard (commune actuelle de Vers-Pont-du-Gard), la forteresse et abbaye de Saint-André (partie de Villeneuve-lès-Avignon),  
Le Vigan, Marsillargues, Calvisson, Aramon, Laudun, Saint-Ambroix, Villefort.

# cependant, quelques années plus tard, certains lieux ou villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France.  Ces blasons sont encore d'actualité, pour certains, à quelques détails près.

Roquemaure (Gard)

Aimargues (Gard)

Vers - Pont-du-Gard (Gard)

Le Vigan (Gard)


Marsillargues (Hérault)

Aramon (Gard)

Laudun (Gard)

Saint - Ambroix (Gard)

Villefort (Lozère)


# et pour aller plus loin avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières localités qui dépendaient à priori de cette sénéchaussée, devenues aujourd'hui des communes importantes, et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
Saint-Hippolyte-du-Fort, Marguerittes, Vauvert et Meyrueis.

et leurs blasons respectifs sont toujours d'actualité.


Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard)

Marguerittes (Gard)

Vauvert (Gard)

Meyrueis (Lozère)


  Un très grand nombre d'autres villages de la région, nommés "communautés des habitants" (Com. des hañs) ou "communauté du lieu de.. ", dans les registres de l'Armorial Général de France ont été identifiés et enregistrés avec des armoiries la plupart attribuées d'office. Il serait fastidieux de les lister tous ici, d'autant que certaines localités ont été absorbées par les nouvelles communes constituées après la Révolution. Toutefois vous pouvez vous amuser à les rechercher dans les ouvrages numérisés chez Gallica, dont je donne les liens ci-dessous, et accessoirement aussi dans les très intéressantes fiches listées département par département sur le site : armorial de france.fr


A bientôt pour une nouvelle série ... → ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/

les extraits des manuscrits proviennent de :
- Bibliothèque et Archives du Musée du Château de Chantilly :
   . www.bibliotheque-conde.fr/ressources-en-ligne/
- Bibliothèque nationale de France à Paris : 
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k111467n
   . gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1114681



             Herald Dick  
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2 commentaires:

  1. Bonjour,
    toujours un super travail, comme d'habitude.
    mais j'ai une interrogation : Si Béziers est "d'argent à trois fasces de gueules", Uzès ne serait-il pas plutôt "fascé d'argent et de gueules"?
    Olivier

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    1. Bien vu ! j'ai rectifié mon texte : son blason... "presque" identique ... à celui de Béziers
      merci pour vos remarques judicieuses.

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