mercredi 28 septembre 2016

Les blasons des métiers et corporations #08 - Wiener Gewerbewappen - les blasons des Guildes de marchands à Vienne en Autriche (II)

  J e reviens sur le sujet que j'avais débuté en avril dernier, en poursuivant la découverte d'une héraldique très spécifique : celle des Guildes de métiers, artisans et marchands qui avaient une activité dans la capitale autrichienne Vienne aux alentours de l'année 1900.  Ces délicieuses images d'un autre temps, sont l’œuvre du peintre héraldiste autrichien Hugo Gerard Ströhl (1851 – 1919), sans doute l'un des plus grands parmi les artistes que l'on connaisse, tous pays confondus, dans cet art. Mais je vous ai déjà expliqué tout cela dans le précédent volet (voir → ICI).


  En marge de l'héraldique, nous allons aussi apprendre davantage de l'onomastique, une branche de l'étymologie qui nous donne en particulier la provenance de nombreux noms de famille d'origine germanique, mais qui ont essaimé dans le monde entier, en commençant par ceux de deux célèbres ex-pilotes de Formule 1 :  Schumacher (Michael) et Webber (Mark) !!
  Voici donc 14 nouveaux métiers : ils sont toujours d'actualité, surtout ceux qui touchent l'alimentation et l'artisanat. D'autres ont évolué avec l'industrialisation, la mécanisation et les avancées technologiques, mais aucun n'a réellement disparu.








Schuhmacher    -  Fabricants de chaussures, cordonniers.


• Cette image surprenante avec une chaussure pointue, munie de crampons sous la semelle, accompagnée d'une flèche est assez répandue dans les emblèmes de corporations des pays germaniques. Ici on y a même rajouté une couronne, de marquis semble-t-il. Mais la symbolique de l'ensemble est difficile à cerner, par rapport au métier.






Weber  -   Tisserands

• Les trois objets de forme allongée sont des navettes, éléments plus que symboliques : indispensables pour passer les fils dans les métiers à tisser.



• L'écusson  en cœur sur le tout est aux armes de la ville de Vienne : "de gueules à la croix (pattée) d'argent". Une petite fantaisie d'artiste a été rajoutée sur la branche supérieure qui se termine en forme de pointe.







Sattler -  Selliers, bourreliers, harnacheurs.




 • On reconnait bien sûr tout de suite la selle. L'autre objet est un collier utilisé dans le harnachement des chevaux de trait.





Einspänner  -  Postillons, conducteurs de calèches ou d'attelages.




• Le cheval est justement équipé du collier décrit ci-dessus.


• Le canton senestre en chef est aux armes de la ville de Vienne : "de gueules à la croix d'argent".





Zimmerputzer     -     Personnel de ménage
und - et
Reinigungsanstalten    -   Services de nettoyage


• Banals : des balais, des brosses, un seau de ménage et un escabeau : et pourtant si bien mis en valeur...





Fischhändler   -     Poissonniers





• L'écusson en cœur sur le tout est aux armes de la ville de Vienne : "de gueules à la croix d'argent".





Dachdecker   -   Couvreurs



• Le chef est aux armes de la ville de Vienne: "de gueules à la croix d'argent".


• Ces marteaux et la truelle sont des outils de couvreurs pour le travail de l'ardoise en particulier.









Gremium der Lithographen -  Comité des Lithographes
Stein- (-drucker)    -  Imprimeurs sur pierre
und - et
Kupferdrucker    -  Imprimeurs sur cuivre


 • Nous voyons successivement des objets pour le dessin, puis un rouleau encreur et enfin un tampon d'imprimeur.







Konzess. (-ion)   -   Concession
Elektrotechniker   -    Électrotechniciens








Anstreicher   -    Peintres
und - et
Lackierer       -   Laqueurs, vernisseurs




Rotgerber   -   Tanneurs



Les outils très spécifiques sont : deux couteaux à décharner les peaux, mis en sautoir et un couteau à parer, brochant par-dessus.





Kanal- (-raümer)       -    Égoutiers
u.(nd) - et
Senkgrubenraümer   -   Vidangeurs de puisards, de fosses. 







Tapezierer    -   Tapissiers, passementiers


• On remarquera au centre la représentation du Sacré-Cœur de Jésus, auquel apparemment la corporation était dévouée. 





Wildbret- (-händler)  -  Marchands de venaison, de gibier.
und - et
Geflügelhändler      -  Volaillers



• La tête de cerf trophée est surmontée d'une croix rayonnante placée entre les bois, comme l'image que le protecteur des chasseurs, saint Hubert de Liège  a vu apparaître dans la légende qui lui est attribuée.













A bientôt pour une nouvelle série de métiers ....→ ICI


Crédits :
- la totalité des images héraldiques sont visibles sur le site autrichien : oktogon.at





                           Herald Dick
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                 Wappen Heraldik

samedi 24 septembre 2016

Les blasons de la mythologie et de l'histoire antique #08 : les Amazones, 1ère partie

Suite de la série consacrée aux personnages de la mythologie : grecque, romaine, moyen-orientale, asiatique, etc... ainsi qu'aux acteurs ou héros de l'Histoire antique et du haut Moyen-Âge (période antérieure à l'an 1000) auxquels ont été attribué des armoiries dans les manuscrits ou armoriaux médiévaux et renaissance. Revoir l'épisode précédent  → ICI

Le Blason des Armoiries par Hiérosme / Jérôme de Bara (extrait) -  édition : Barthelemi Vincent, 1581 - page 154
Google Books (https ://books.google.fr/)

• TOMYRIS :
- blason selon Jérôme de Bara : "De sinople à un lion sans vilénie d'argent, couronné de laurier d'or, à une bordure crénelée d'or et de gueules, chargée de huit tiercefeuilles à queue d'argent".

♦ Bara nous donne une caractéristique étonnante dans son blasonnement : "un lion sans vilénie"... ?
En français courant, cela veut dire que l'animal n'a pas de sexe (mâle) visible, comme c'est très souvent le cas avec les animaux héraldiques pour symboliser la virilité du propriétaire des armoiries. Mais dans notre cas, c'est logique qu'il n'en possède pas, puisque notre héroïne guerrière est une femme ...
♦ Pour être exact, l'auteur aurait dû par contre préciser : " ...à une bordure de gueules et... un orle crénelé d'or".

"La reine Tomyris se faisant apporter la tête de Cyrus"
 tableau de Mattia Preti (1670/72) - collection privée
Tomyris est une reine légendaire des Massagètes, célèbre pour avoir mis fin au règne de Cyrus le Grand, roi Achéménide et fondateur de l’Empire perse. Elle est considérée comme la dernière reine des Amazones.

○ Les Amazones, dans la mythologie grecque, sont un peuple de femmes guerrières.

• Dans le peuple des Amazones, qui ne reconnaissent que la filiation matriarcale, seules gouvernent les femmes. Si, dans certains récits, des hommes sont tolérés près d’elles, ce sont des serviteurs. Les Amazones ont toutefois quelques relations avec le sexe opposé, pour avoir des enfants. On raconte généralement que, dans ce but, elles attaquent une fois par an les peuples voisins pour y trouver des hommes, avec lesquelles elles s’accouplent uniquement la nuit. Des naissances, elles ne gardent que les filles,  les garçons sont renvoyés ou tués, ou encore mutilés et rendus aveugles. Les Amazones manipulent l'arc, aussi se brûlent-elles le sein droit pour faciliter cet exercice (« amazones » signifie en grec « celles qui n’ont pas de sein »). Elles révèrent la déesse de la chasse Artémis, guerrière et chasseresse comme elles ; selon la légende, ce sont elles qui ont instauré son culte.

combat d'Hercule contre les Amazones,  peinture sur un vase grec

Le Blason des Armoiries par Hiérosme / Jérôme de Bara (extrait) -  édition : Barthelemi Vincent, 1581 - page 156
Google Books (https ://books.google.fr/)

MARTHESIA ou MARPESIA :
- blason selon Jérôme de Bara : "De pourpre à un griffon d'argent, couronné de feuilles de gramen d'or, membré et armé de même".

♦ l'artiste qui a colorié les blasons a semble-t-il exagéré la couverture du jaune (or) sur le griffon !  la partie inférieure du corps est totalement peinte de jaune, au lieu des extrémités seulement, et le bec et la langue également, alors que cela n'est pas explicité par le blasonnement : "armé et membré" ne concerne que les membres du griffon.
♦ à noter le terme ancien de "gramen" qui désignait l'herbe, la graminée des prés.

• Dans la mythologie grecque, Marpésia (en grec ancien Μαρπησία, « voleur », parfois orthographié Marthésia de façon erronée) est une reine des Amazones chez les Goths mentionnée dans l'historiographie latine. Les femmes Goths prirent les armes sous les ordres de Marpésia et de sa sœur Lampédo afin de se défendre contre un peuple voisin envahisseur.
 Dans son ouvrage l’Histoire des Goths, Jordanès rapporte que Marpésia s'est mise à la tête d'une armée de femmes et les conduit jusqu'aux montagnes du Caucase où elle fonde une cité (actuelle Derbent). Son nom est donné au lieu où elle s'est arrêtée : le « rocher de Marpésia » ou « roc marpésien ». Alexandre le Grand appellera cet endroit les « portes Caspiennes ».
  Marpésia est une des Amazones ayant participé à la fondation de la cité d'Éphèse où elle fait élever un temple à Artémis, la déesse de la Chasse.
  Marpésia et sa sœur Lampédo étendent leur influence jusqu'en Europe et en Asie Mineure. Ses filles Orithye et Antiope lui succèdent lorsqu'elle est tuée lors d'une bataille menée contre l'invasion de barbares venus d'Asie.


Marthésia et Lampedo, Amaz•R• (reines des Amazones) - médaillons issus du livre iconographique "Promptuarii Iconum Insigniorum...."  de Guillaume Rouillé  publié à Lyon en 1553.
 
LAMPEDO ou LEMPHETO :
- blason selon Jérôme de Bara : "Parti, le premier de sable à trois têtes de femmes ornées et  couronnées à l'antique d'or, à la bordure de même, le deuxième d'azur à trois fasces ondées d'or".

Lampédo (en grec ancien « torche enflammée »), nommée également Lampéto est une reine Amazone mentionnée dans l'historiographie latine. Elle régna avec sa sœur Marpésia. Les sœurs se disaient filles d'Arès (Mars) afin de terrifier leurs ennemis. 
  Son nom se réfère aux processions aux flambeaux se déroulant traditionnellement à la nouvelle lune en l'honneur d'Artémis, déesse de la chasse.

 ♦ nous sommes dans l'héraldique imaginaire, et donc des variations sont inévitables d'un auteur à un autre, d'un pays à un autre , comme on peut le vérifier ci-dessous. Toutefois les trois têtes de femmes restent la constante, dans des configurations diverses.

Regina (reine) Lampheto, en version germanique -  une des Neuf Preuses
extrait du manuscrit "Sammelband mehrerer wappenbücher"
 BSB Cod. Icon 391 (Augsburg - Bavière - vers 1530) 
autre blason de Lampeto, considérée comme une des
des Neuf  Preuses, détail de la fresque des Neuf  Preuses
du château de Manta (province de Cuneo, Piémont, en Italie)
-voir plus bas : la fresque complète-
Lampheto, une des Neuf Preuses - fragment
d'une enluminure ornant le folio 125v. du manuscrit
de Thomas de Saluces : "Le Chevalier errant" (1394)
cote :  Français 12559 - BNF Paris





Le Blason des Armoiries par Hiérosme / Jérôme de Bara - page 124 (fragment)  -  édition : Rolet  Boutonné, 1628 - Google Books (books.google.fr/)


OTHRERA ou ORYTHIA :
- blason selon Jérôme de Bara : "D'azur à un cygne d'argent, membré de gueules : au canton droit un écusson de sable à trois têtes de femmes, ornées et couronnées à l'antique d'or et bordé de même".

♦ il semble que l'auteur a fait une confusion avec les noms des différentes et nombreuses reines des Amazones : ici il pense, à tort, qu'Othrera (Otréré) et Orythia (Orythie) seraient le même personnage.
♦ Bara, dans son blasonnement, ne dit pas que le cygne est "becqué ... de gueules". Il semble probable que les couleurs ont été rajoutées plus tard sur le dessin, après l'impression du livre, et le bec a été peint (à tort ?) en rouge ! Ou bien, c'est Bara qui a oublié cette précision dans la légende de son dessin...

• Dans la mythologie grecque, Otréré (en grec ancien Ὀτρηρή / Otrêrế, littéralement « rapide, agile ») est une reine des Amazones. D'une liaison avec Arès, elle a, selon les auteurs, engendré Penthésilée et/ou Hippolyte. Selon une autre source, au contraire, elle est elle-même fille d'Arès. L'auteur latin Hygin en fait la fondatrice du temple d'Artémis à Éphèse.

• Orithye ou Orithya (« La femme redoutable dans la montagne ») était, selon la mythologie grecque et la mythologie romaine, la fille de Marpésia. Après le décès de sa mère, Orithye devint la nouvelle reine des Amazones. Elle co-régna avec Antiope, citée parfois comme étant sa sœur. Ses techniques de guerre furent exceptionnelles et amenèrent beaucoup d'honneurs à l'empire Amazone.


♦ Vous le découvrez avec Lampétho (à droite), notre histoire des reines Amazones de la mythologie grecque croise ici le chemin d'une autre légende écrite celle-ci plus tard, au Moyen-Âge, en Occident qui s'inspire largement de la première, du moins au début, basée sur l'épopée des héroïnes guerrières de l'Antiquité : la légende des Neuf Preuses. C'est d'ailleurs une chose assez remarquable pour cette époque où le statut de la femme la mettait rarement à l'avant de la scène, hormis de celui du rôle d'épouse, d'amante, de mère, de ménagère et de bonne chrétienne. Mais c'est tout de même un idéal clairement masculin, celui de la chevalerie, qui se trouve transposé dans le corps des femmes !
• C'est à la fin du XIVe siècle, sous la plume du procureur au parlement de Paris, Jean Le Fèvre, qu'apparaissent les Neuf Preuses, dans son ouvrage "Le Livre de Lëesce", véritable défense et illustration des femmes, modèles de vertu, de vaillance et de courage. Toutes sont issues de la mythologie de l'Antiquité païenne. Elles sont toutes reines. Selon les pays, car l'histoire des Neuf Preuses connaît un grand succès à travers l'Europe, la liste se modifie, contrairement à celle des Neuf Preux, qui elle reste fixe. Pour mémoire, les Neufs Preux sont trois héros païens : Hector, Alexandre le Grand et Jules César, trois héros juifs : Josué, David et Judas Macchabée, trois héros chrétiens : le roi Arthur, Charlemagne et Godefroy de Bouillon.
• Les Neuf Preuses figurent aussi dans "Le Jouvencel", récit à clef du siège d’Orléans par Jean V de Bueil qui combattit aux côtés de Jeanne d'Arc. La liste des Preuses varie d'un auteur à l'autre et ne suit pas toujours la division tripartite Païens / Juifs / Chrétiens. Au départ ce sont des héroïnes mythologiques, inspirées du "De claris mulieribus" de Boccace. Thomas de Saluces, par exemple, en donne la liste suivante: Deiphile, Sinope, Hippolyte, Ménélope, Sémiramis, Lampétho, Thamaris, Theuca, Penthésilée. La plupart sont des reines Amazones ou apparentées. Par ailleurs, en Allemagne, une série de bois gravés de Hans Burgkmair met en scène pour figurer les Neuf Preuses,  trois héroïnes Romaines : Lucrèce, Veturia, Verginia ; trois héroïnes de l’Ancien Testament: Esther, Judith et Yaël ; trois héroïnes chrétiennes : sainte Hélène, sainte Brigitte de Suède et sainte Élisabeth de Hongrie. J'y reviendrai sûrement un jour, car on leur a toutes donné des armoiries ! ....

la magnifique fresque des Neuf Preuses de la salle baronniale du château de Manta, près de Saluces (Saluzzo en italien) dans le Piémont, en Italie. Elle est incomplète à droite où la dernière Preuse est malheureusement coupée à la moitié du corps.
Leurs costumes sont à la mode du XVe siècle et au-dessus de chacune à gauche est accroché l'écu de leurs armoiries respectives, du moins pour sept d'entre elles : de gauche à droite : Deiphile, Sinope, Hippolyte, Menelope, Sémiramis, Lampétho, Thamaris, Theuca (son blason a été oublié dans le montage de la photo, mais il existe) et Penthésilée (incomplète)
Château de Manta (Piémont, Italie) - à gauche : extérieur et à droite : la salle ornée des peintures murales, œuvres du
  "Maestro del Castello della Manta" (on ne connait pas son nom) au XVe siècle (cliquer sur les photos pour les agrandir au maximum)



sources textuelles : encycl. Encarta Microsoft Corporation et fr.wikipedia.org


A bientôt pour la suite des Amazones : → ICI



            heraldos  dicos







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mardi 20 septembre 2016

Histoire parallèle : septembre 1916-2016 :
les villes décorées de la Légion d'Honneur : Verdun

blason de Verdun extrait de "Armoiries des villes
 de France - Blasons des préfectures et des sous-
préfectures" de Robert Louis -  préface de Jacques
Meurgey de Tupigny (1891-1973)
(éditions Girard, Barrère et Thomas , Paris - 1949)
 • Verdun est une ville du nord-est de la France, en Lorraine (plus exactement en région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine), dans le département de la Meuse, traversée par la rivière "la Meuse". Sa population était en 2013 de 17 923 habitants.

  • La ville possède une cathédrale remontant au Xe siècle. La cité antique fut appelée, à l'époque romaine Verodunum ou Virdunum. En 843, les trois fils de Louis Ier, empereur du Saint Empire romain germanique, signèrent le traité de Verdun, par lequel ils se partageaient l'empire de Charlemagne. Gouvernée par ses évêques, ville libre impériale au XIIIe s., elle subit le sort des Trois-Évêchés et l'annexion à la France en 1552. La place sera fortifiée par Vauban.

• Ce sont la cathédrale et les fortifications médiévales qui composent le blason de la ville depuis 1898 :  "D'azur à la cathédrale avec quatre flèches, derrière laquelle s'élève un beffroi, entourée de murailles crénelées, le tout d'or, maçonné de sable".
ancien blason de Verdun, accordé pendant le règne de Louis XIV après que la ville et l’évêché de Verdun soient définitivement
rattachés au royaume de France en 1648 par les traités de Westphalie. Ce blason sera abandonné avec la Révolution et la suppression des armoiries en 1790
  Extrait de l'Armorial de La Planche - Volume 2 - Parlement de Metz - chapitre troisième (1669)
• Verdun devint un important poste de défense face à l'Allemagne. Elle fut prise par les Prussiens en 1792, puis à nouveau en 1870 pendant la guerre franco-allemande (1870-1871). En 1916, au cours de la Première Guerre mondiale, la longue et sanglante bataille de Verdun, entre les troupes françaises et allemandes, fit rage dans la ville et aux alentours. Verdun fut également fortement endommagée en 1944 par les bombardements allemands de la Seconde Guerre mondiale. 
les armoiries de Verdun avec la Croix de Guerre 1914/1918
et la croix de la Légion d'Honneur suspendues sous l'écu
composition moderne de Bruno Fracasso (www. araldicacivica.it/)
•  À l'ouest de la Meuse et au nord du canal des Augustins s'étend la Ville-Haute, dominée par la cathédrale. La Ville-Basse s'étend sur la rive droite de la Meuse. À l'ouest. de la Ville-Haute s'étend la citadelle, dont les immenses souterrains ont constitué de puissants abris pendant la Première Guerre mondiale. Verdun reçoit chaque année de nombreux visiteurs. La ville possède quelques industries (petite métallurgie, laiterie, textile, etc.). Elle est toujours siège d'un Évêché et un chef-lieu d'arrondissement du département de la Meuse.



la Bataille de Verdun

1  PRÉSENTATION

• Elle fut un engagement militaire majeur de la Première Guerre mondiale opposant Français et Allemands, à proximité de la ville de Verdun. Livrée entre février 1916 et février 1917, la bataille a marqué un tournant décisif de la guerre sur le front français et constitue aujourd’hui l’un de ses principaux symboles.

• À partir de 1915, la guerre de mouvement fait place à une guerre de tranchées sur un front stabilisé. Le secteur de Verdun reste un point d'appui du front français et constitue un saillant dans les lignes allemandes. En décembre 1915, le chef du grand état-major allemand, Erich von Falkenhayn, décide d'attaquer ce point stratégique pour infliger un maximum de pertes aux armées franco-anglaises et, misant sur l'effet psychologique, contraindre la France à capituler. Le stratège allemand place au cœur de son dispositif l’artillerie, qui doit préserver les pertes de ses troupes.

2  L’OFFENSIVE ALLEMANDE

• L'offensive débute le 21 février 1916, à 16 h 45, sous le commandement du Kronprinz, le fils de l'empereur Guillaume II. Une préparation d'artillerie d'une intensité sans précédent écrase les forts entourant Verdun. Par des attaques successives limitées et contenues, l'avancée des troupes allemandes sur la rive droite de la Meuse refoule les Français, qui opposent cependant une défense inattendue. Les Allemands se rendent maîtres des bois de Caures (21 février) puis, après avoir pénétré la deuxième ligne de défense française, du fort de Douaumont (25 février).
attaque d'un bataillon de l'infanterie française sortant des tranchées, front de Verdun 1916

 • Du côté français, le général Philippe Pétain, commandant de la IIe armée, prend la direction des opérations (26 février). Il organise une relève des troupes grâce à la « Voie sacrée », petite route réservée aux camions transportant les soldats, reliant Bar-le-Duc à Verdun. Malgré de lourdes pertes, les Allemands attaquent sur la rive gauche de la Meuse, s'emparant du bois de Cumières (7 mars), du Mort-Homme (14 mars), de Vaux (31 mars) et de la côte 304 (24 mai). Mais les Français résistent avec détermination et dès le mois d'avril, l'armée de l'air contrôle le ciel de Verdun.
un épisode de la bataille relaté par Jacques Tardi - album de bande dessinée :  "Putain de Guerre" 2008 - éditions Castermann


3  LA CONTRE-OFFENSIVE FRANÇAISE

• Le 1er mai 1916, Pétain reçoit le commandement du groupe des armées du Centre et le général Nivelle, qui lui succède, passe à la contre-attaque. Celle-ci donne alors lieu à des opérations meurtrières et vaines, comme la première reprise de Douaumont par le général Charles Mangin (22-24 mai).

• Ayant repris l'offensive le 21 juin, les Allemands maîtrisent Thiaumont, Fleury-devant-Douaumont (24 juin) et les abords de Froideterre. Du reste, la bataille de la Somme prévue par les états-majors français et britannique en décembre 1915, (donc avant l'offensive allemande sur Verdun) ayant été maintenue, les Allemands sont dans l’obligation d’alléger leur dispositif offensif sur Verdun. Le cours de la bataille s’en trouve bouleversé.
le superbe timbre du centenaire émis par la Poste française en 2016

• Après la dernière offensive allemande sur le fort de Souville (11-12 juillet), les Français prennent l'initiative des engagements : malgré la supériorité de son artillerie lourde, l'armée allemande n'a donc pas atteint ses objectifs. Falkenhayn, père de la « stratégie d'usure » adoptée pendant la bataille, démissionne en août, remplacé par Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff.

• Le 24 septembre 1916, les Français, commandés par Mangin, avancent sur un front de 6 km et reprennent successivement possession de Douaumont (24 octobre), Vaux (2 novembre), Bezonvaux et Vacherauville (15 décembre). Guillaumat achève la reconquête de positions, détenues par les Français en février 1917.

les principaux lieux de mémoire de la bataille, sur deux cartes postales du milieu du XXe siècle.

4  LA « BOUCHERIE » DE VERDUN

• Aussi meurtrière qu’inutile sur le plan militaire (le front ne bouge quasiment pas), les trois cents points de combat de Verdun, d’une rare violence, constituent un très fort symbole. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’exagération a entouré le bilan de cette année terrible.
carte postale patriotique d'époque avec armoiries drapeaux et la ville ruinée en arrière-plan

• Il n’en reste pas moins que la « boucherie » de Verdun a coûté la vie à 163 000 Français et 143 000 Allemands et blessé plus de 400 000 hommes. Lourd tribut de guerre, les terres ont été dévastées par 31 millions d’obus, Verdun est devenu un des plus hauts lieux de mémoire de la Première Guerre mondiale avec son mémorial et ses immenses cimetières.

source texte : Encyclopédie Encarta ® 2004

cliquer sur la carte pour l'agrandir




5   VERDUN ET SES INNOMBRABLES DÉCORATIONS

 • Verdun est aujourd’hui la ville la plus décorée de France. Exposées comme des trophées dans l’Hôtel de Ville de Verdun, les 26 décorations témoignent du lourd passé historique de cette petite ville. En réalité, c'est plus que la ville : mais un symbole comprenant toute la région frontalière au nord qui est honorée par ces distinctions, et surtout les hommes de toutes origines, anciens amis et ennemis qui sont tombés dans ces lieux pour gagner quelques dizaines de mètres de terrain un jour et les reperdre le lendemain !
Cérémonie de remise de la Légion d'Honneur à la Ville de Verdun, par Raymond Poincaré, président de la République française, dans la Citadelle Basse, en pleine Bataille.
les huit décorations de 1916 épinglées sur le coussin de présentation, carte postale d'époque
carte postale souvenir avec les armoiries de Verdun illustrée par un artiste du nom de Juan Ruiz
 la carte montre les huit décorations françaises et étrangères remises le 13 septembre 1916,
et qui sont, de gauche à droite :
1/ Serbie : Médaille d’or de la bravoure militaire     -  5/ France : Croix de la Légion d'Honneur
2/ France - Croix de Guerre avec palme d'or          -   6/ Grande Bretagne : Military Cross
3/ Italie : Médaille d’or de la valeur militaire            -   7/ Belgique : Croix de Léopold 1er  
4/ Russie : Croix de Saint-Georges                         -   8/ Monténégro : Médaille d’or Obilitch

variation sur les armoiries (ornements extérieurs) vue par les graphistes des cartes publicitaires des Cigarettes Laurens, années '1920.
On peut voir les huit décorations attribuées en 1916 représentées de manière plus simpliste, mais aussi le sabre offert par le Japon
 (voir plus bas).
La salle d'honneur de la mairie de Verdun avec ses armoiries sur les lambris et sur les bannières - au centre :  la vitrine présentoir où sont rassemblées la totalité des décorations reçues par la ville : très impressionnant !

la vitrine contenant les 25 décorations reçues par la ville entre 1916 et 1929 dont 23 sont d''origine étrangères :
en plus des huit premières précédentes décernées en 1916 , ce sont dans l'ordre chronologique
(ne pas tenir compte de l'ordre de placement sur le présentoir ci-dessus)  :
9/ 20 Octobre 1917 :  Portugal : Ordre de la Tour et de l’épée - 10/ 29 Novembre 1917 :  Japon : Sabre d’Honneur
11/ 19 Septembre 1918 :  Chine : Sabre aux 9 lions - 12/ 14 Mai 1920 :  Estonie : Croix de la Liberté de 1ère classe
13/ 2 Juin 1920 :  Grèce : Croix de Guerre de 1ère classe - 14/ 6 Juillet 1920 :  Roumanie : Médaille de la Vertu Militaire
15/ 6 Février 1921 : Pologne : Croix de Guerre - 16/ 4 Juin 1922 : États-Unis : Médaille commémorative en or
17/ 24 Juillet 1922 :  Annam (Indochine française) : Ordre du Kim Khan - 18/ 11 Septembre 1924 : Tchécoslovaquie : Croix de Guerre.
19/ 10 Novembre 1924 : Luxembourg : Croix de la Couronne de Chêne et Médaille des Volontaires
20/ 6 Mars 1926 : Cambodge (Indochine française) : Médaille d’or de l’ordre royal
21/  18 Juillet 1926 : Maroc : Médaille du Mérite Militaire Chérifien - 22/ 31 août 1926 : Tunisie : Ordre du Nichan Iftikar.
23/ 11 Novembre 1927 : Lettonie : Croix du Lacplesis
24/ 13 Avril 1927 : Laos (Indochine française) : Ordre du Million d’éléphants et du Parasol Blanc
25/ 17 Juin 1929 : Monaco : Croix de Saint-Charles
auxquelles on doit rajouter la n° 26 / la Croix de Guerre française 1939-1945 avec étoile d'argent, décernée le 11 Novembre 1948.


• Parmi ces prestigieuses décorations, on note la présence de médailles plutôt rares, et parmi elles trois datant de l'époque du protectorat français sur l'Indochine avant 1945.

décoration de l'Ordre royal du Cambodge
décoration de l'Ordre du Million d’Éléphants et du Parasol
 blanc -  Royaume du Laos
décoration de l'Ordre du Kim Khan ( Gong d'or) de l'Empire d'Annam en ex-Indochine
 • Outre les décorations, de tradition militaire occidentale, certains pays, qui ont des codes d'honneur différents, offrirent aussi des objets de grande valeur symbolique.
 Le Mikado (l'empereur du Japon Yoshihito, absent sur la photo) fait remettre un sabre d'honneur (nihonto) au maire de Verdun (M. Robin). Sabre remis par l'ambassadeur du Japon M. Matsui le 29 novembre 1917, au Grand Palais à Paris
(on voit ce sabre représenté, sous l'écu des armoiries dessinées pour les Cigarettes Laurens, voir plus haut)
L'homme à la gauche du maire tient le coussin porte-médailles avec toutes les décorations remise à la ville à cette date
 photographie de presse (Agence Rol) - Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie - Paris.



• Pour compléter votre info sur le centenaire de la bataille de Verdun , voici quelques bonnes adresses :
- verdun2016.centenaire.org/
- www.verdun-tourisme.com/centenaire-14-18.html
- www.verdun-douaumont.com/