mardi 22 mars 2016

Top 15 des plus grandes villes de Pologne avec leurs blasons

Voici un nouveau volet à cette série consacrée à la découverte de l’héraldique civique, à travers divers pays du Monde. Le principe du "Top xx" très répandu dans les médias et sur Internet, pour recenser ce qui est le plus remarquable dans un domaine particulier est ici adapté à cette thématique. Il nous permettra de découvrir ou réviser la géographie d'un pays choisi de manière aléatoire et dans le même temps de s'intéresser à sa diversité en matière de blasons et emblèmes municipaux.


 Nous revenons en Europe pour parcourir un nouveau pays : la Pologne.






Voici donc les 15 plus grandes villes en terme de population, en-dehors des agglomérations (chiffres : 2014/2015).





1 - VARSOVIE / Warszawa

capitale de la Pologne et chef-lieu de la voïvodie de Mazovie (województwo Mazowieckie)  - 1 735 440 habitants


Cette ville avait déjà été évoquée dans un article sur l'Euro 2012 →



2 - CRACOVIE / Kraków

 chef-lieu de la voïvodie de Petite-Pologne (województwo Małopolskie)  - 762 510 habitants



Cette ville avait déjà été évoquée dans un article sur l'Euro 2012 →



3 - ŁÓDŹ

 chef-lieu de la voïvodie de Łódź (województwo Łódzkie) - 703 190 habitants







4 - WROCŁAW

- anciens noms :  Breslau (prussien)  -  Vratislavie (français)
chef-lieu de la voïvodie de Basse-Silésie (województwo Dolnośląskie)  - 634 404 habitants





Cette ville avait déjà été évoquée dans un article sur l'Euro 2012 →



5 - POZNAŃ

- ancien nom : Posen
chef-lieu de la voïvodie de Grande-Pologne (województwo Wielkopolskie) - 544 610 habitants




Cette ville avait déjà été évoquée dans un article sur l'Euro 2012 →



6 - GDAŃSK

- anciens noms : Danzig (prussien) - Dantzig (français)
chef-lieu de la voïvodie de Poméranie (województwo Pomorskie)  - 461 800 habitants




Cette ville avait déjà été évoquée dans un article sur l'Euro 2012 →



7 - SZCZECIN

- anciens noms : Stettin (prussien) - Stetin (français)
chef-lieu de la voïvodie de Poméranie occidentale (województwo Zachodnio-Pomorskie)  - 407 050 habitants






8 - BYDGOSZCZ

- ancien nom : Bromberg
chef-lieu de la voïvodie de Cujavie-Poméranie (województwo Kujawsko-Pomorskie)  - 357 650 habitants






9 - LUBLIN

chef-lieu de la voïvodie de Lublin (województwo Lubelskie)  - 341 370 habitants




Cette ville avait déjà été évoquée dans un article sur la chèvre →  



10 - KATOWICE

- ancien nom : Kattowitz
chef-lieu de la voïvodie de Silésie (województwo Śląskie)  - 301 830 habitants







11 - BIAŁYSTOK

- anciens noms : Balstogė (lituanien) - Belostok (russe)
chef-lieu de la voïvodie de Podlachie  (województwo Podlaskie)  - 295 620 habitants






12 - GDYNIA

- anciens noms : Gdingen (prussien) - Gotenhafen (allemand 1940/1945)
ville de la voïvodie de Poméranie  (województwo Pomorskie)  - 247 670 habitants







13 - CZĘSTOCHOWA

ville de la voïvodie de Silésie  (województwo Śląskie)  - 231 115 habitants






14 - RADOM

ville de la voïvodie de Mazovie  (województwo Mazowieckie)  - 217 201 habitants






15 - SOSNOWIEC

- ancien nom : Sosnowitz
ville de la voïvodie de Silésie (województwo Śląskie)  - 209 270 habitants








blason prussien (1898) de Bromberg
aujourd'hui : Bydgoszcz
(dessiné par Otto Hupp)
• On notera encore cette fois l'utilisation fréquente des murs, portes de ville, tours et enceintes de fortifications, que l'on nomme improprement "châteaux" y compris dans le langage héraldique. Ils sont une caractéristique très présente dans l'héraldique municipale en Europe centrale, héritée des anciens sceaux de villes qui circulaient au Moyen-Âge (voir un de mes anciens articles → ICI).

• L'histoire du pays est très lisible avec les références héraldiques aux anciens royaumes ou principautés qui ont constitué la nation polonaise. Encerclée et souvent envahie, occupée, soit par le monde germanique à l'ouest et au sud, soit par les peuples slaves à l'est, ses frontières ont beaucoup varié selon les époques. Elle a même disparu plusieurs fois : totalement annexée par ses voisins de 1795 à 1918 et de 1939 à 1945. Mais durant deux siècles (XVIIe-XVIIIe), unie au Grand-Duché de Lituanie ce fut une des plus puissantes nations d'Europe, son territoire immense s'étendait sur les actuels Pays Baltes, la Biélorussie et l'Ukraine, de la Mer Baltique jusqu'à la Mer Noire.
blason prussien (1898) de Danzig
aujourd'hui : Gdansk
(dessiné par Otto Hupp)
 Nous reconnaissons donc l'aigle d'argent couronnée d'or du royaume médiéval de Pologne pour les villes n° 2 et 5, réunie au chevalier de Pahonie ou Vytis de la Lituanie pour la ville n° 11. La barque à rame de la ville n°3 relève de manière insoupçonnable des armes d'une ancien maison noble: les Łodzia. La ville n°4 montre dans les quartiers supérieurs le lion couronné à queue fourchue (contourné) du Royaume de Bohême et l'aigle de sable chargée d'un croissant du duché de Silésie.

 • Les deux croix pattées de la ville n°6 datent du XIVe siècle, quand elle appartenait aux Chevaliers teutoniques dont le blason était une croix pattée de sable sur champ d'argent, et les couleurs gueules et argent étaient celles de la Ligue Hanséatique dont elle était un des ports principaux sur la Mer Baltique (voir → ICI). La couronne d'or a été rajoutée par le roi de Pologne : Casimir IV.

 
blason prussien (1898) de Stettin
aujourd’hui : Szczecin
(dessiné par Otto Hupp)



 • La tête de griffon couronnée de la ville n° 7 rappelle le griffon du blason historique de la Poméranie. Enfin dans les armes de la ville n° 13, sur le sommet des tours le lion passant opposé au corbeau font référence à l'ancien duché d'Opole pour le premier et à la principauté de Galicie pour le second.

• La Pologne est un pays de forte tradition catholique, ce qui est visible à travers les figures de ses saints patrons:  Jean-Baptiste (tête tranchée) et Jean l'Évangéliste (tête nimbée sur une couronne renversée) pour la ville n°4; Paul et Pierre avec leurs attributs respectifs : l'épée et la clé, dans les armoiries de la ville n°5.

blason prussien (1898) de Breslau
aujourd'hui : Wroclaw
(dessiné par Otto Hupp)


blason prussien (1898) de Posen
aujourd'hui :  Poznan
(dessiné par Otto Hupp)
















• La sirène de la capitale Varsovie (n°1) est d'origine purement légendaire, mythologique (voir mes sujets spécifiques à propos de ce symbole → ICI)

• Le glaive (épée en pal) des armes de la ville n°12 évoque le nouveau port militaire de la marine polonaise, mais aussi un grand port marchand, construits dans cette ville après la Première Guerre mondiale à la place d'un petit village de pêcheurs qui est rappelé par les deux poissons tête-bêche.

blason prussien (1898) de Kattowitz
aujourd'hui : Katowice
(dessiné par Otto Hupp)

• L'industrie et en particulier la métallurgie est représentée par les forges avec le blason de la ville n°10 et ce marteau-pilon, qui est présent depuis le début du XIXe siècle (1816) sur les sceaux de la commune. La sidérurgie et la classe ouvrière sont aussi symbolisées par le bras tenant un marteau dans le cimier des armes n°15. Plus étonnant dans ce dernier blason : les barres noires (sable) alternant avec celles d'or, évoquent les trois filons de charbon des anciennes mines de la commune, qui sont disjoints au milieu pour figurer une faille géologique et tectonique dans le sous-sol. La forme en Y dans le canton dextre symbolise la confluence de deux rivières et la barre de gueules une ancienne frontière proche de la ville (entre la Silésie allemande et la Pologne, avant 1922).







Si vous désirez en savoir plus sur le pays : la Pologne et ses emblèmes, c'est → ICI

A bientôt , pour un nouveau pays ...→ ICI
Et pour revoir le pays précédent ...  → ICI





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vendredi 18 mars 2016

Recueil d'armoiries de villes de France peintes au XVIe siècle - chapitre #02 - Parlement de Paris, suite

ancien blason de la ville de Boulogne-sur-(la)-Mer
 (à l'époque dans la province de Picardie)
 fin du XVIe siècle - manuscrit Fr 17256
 N ous voici de retour pour remonter dans le temps des premiers blasons municipaux avec l'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries peintes en couleurs de villes de France. Il est en effet bien antérieur d'au moins trois quarts de siècle à celui réalisé par Pierre de La Planche dont je publie régulièrement des extraits depuis plusieurs années . Il est bien sûr aussi et encore plus ancien que l'illustre Armorial Général de France de Charles d'Hozier qui fait souvent référence pour l'ancien régime, avant la Révolution française et la suppression des armoiries en 1790.

Voir la description initiale de notre armorial du XVIe siècle (BNF / Français 17256) et le premier volet: → ICI


Comme je le fais pour l’Armorial de La Planche, je propose à titre indicatif et comparatif, placées en dessous de chaque page, les armoiries actuelles de chaque ville mentionnée. Cela permet ainsi au lecteur de se rendre compte de l'évolution ou de la constance du blason dans le temps en un peu plus de quatre siècles.

folio 108 r. (recto) :  Crécy-en-Brie / Janville-en-Beauce / Saint-Denis-en-France /
l'Abbaye de Saint-Denis / l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés / l'Évêché de Meaux

Crécy-la-Chapelle
(Brie, Seine-et-Marne)
Saint-Denis (pays de
France, Seine-Saint-Denis)
Janville
(Beauce, Eure-et-Loir)

Abbaye royale de 
Saint-Denis
Évêché de Meaux
Abbaye de Saint-Germain-
des-Prés (Paris)

• Sur ce feuillet, outre trois villes, sont présentées les armes de trois célèbres et puissants établissements religieux de l'Ile-de-France. Nous verrons d'autres cas de mixité entre armes municipales et armes de communautés ecclésiastiques plus loin, dans ce manuscrit.

• Du point de vue artistique et esthétique, pour la ville de Crécy-en-Brie ( aujourd'hui Crécy-la-Chapelle) on pourra reprocher à l'auteur de l'armorial de ne pas avoir gommé les traits disgracieux qui traversent le croissant "montant" (pointes tournées vers le haut) à l'endroit où il croise celui qui est "tourné" (pointes dirigées vers la gauche). Notre homme a eu beaucoup de mal à réaliser le motif complexe que sont ces croissants entrelacés, car il a fait une autre erreur sur le croissant contourné (pointes vers la droite) dont la branche inférieure aurait dû passer derrière l'autre croissant "tourné" ! Pour simplifier : chaque croissant doit avoir une pointe passant derrière et l'autre devant celles de son voisin...

• On notera pour la ville de Saint-Denis, le chef d'argent chargé de la devise "MONT JOIE SAINT DENIS" qui est en fait le cri de guerre de la dynastie capétienne, et en premier lieu les rois de France de Hugues Capet jusqu'à la fin du XVIe siècle, avec les derniers Valois. Ces rois et leurs épouses ont été (presque tous) inhumés dans la nécropole de la basilique de Saint-Denis.


folio 108 v. (verso) :  Amiens / Abbeville / Montreuil-sur-la-Mer / Saint-Dizier / 
Notre-Dame-de-Liesse / Auxerre


Amiens
Montreuil
Abbeville
Saint-Dizier
Auxerre
Liesse-Notre-Dame


• Vous remarquerez à droite de la page, dans la pliure du livre, deux petits feuillets relevés, qui ont été insérés et collés dans la reliure. Nous allons découvrir leur fonction juste en dessous, quand ils sont rabattus.

• Le blason d'Amiens est ici représenté dans une version ancienne avec un champ de gueules diapré d'argent. Ce diapré deviendra la plante de lierre que nous connaissons aujourd'hui (voir lien, plus bas).

• Les blasons suivants présentent tous des petites différences que je vous laisse découvrir.

• le très ancien site de pèlerinage catholique de la basilique Notre-Dame-de-Liesse, près de Laon, est devenu avec le temps un bourg puis une commune sous le nom de Liesse-Notre-Dame. Les armes que nous voyons sur le manuscrit sont formées, pour les quartiers supérieurs, à partir du blason des rois Bourbons : de France et de Navarre. Or le premier en titre à accéder à la fonction suprême fut Henri IV qui régna de 1589 à 1610 suivi de son fils Louis XIII (1610-1643). Mais le lien entre ces monarques et le lieu reste à déterminer. En tout cas nous avons là un nouvel indice important pour dater le manuscrit avec une borne maximale de 1589 ( dans le dernier volet nous avions obtenu la celle de 1601).

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Amiens, Montreuil → ICI          Abbeville → ICI                      Auxerre → ICI


folio 108 v. avec encarts rabattus :  Amiens / Saint-Quentin-en-Vermandois / Montreuil-sur-la-Mer /
 Saint-Dizier / Notre-Dame-de-Liesse / Boulogne-sur-la-Mer


Saint-Quentin
Boulogne-sur-Mer

•  Et voici donc le secret de ces deux encarts insérés dans la pliure de l'ouvrage : le rajout de deux villes supplémentaires dans le chapitre !  Un procédé astucieux que nous connaissons bien en imprimerie et qui se perpétue encore aujourd'hui : rappelez-vous quand vous trouvez des publicités encartées au milieu des pages de votre magazine préféré !


• Le blason de Boulogne de gueules, avec le cygne d’argent, becqué et membré de sable sur le manuscrit est celui de la ville médiévale, présent depuis des siècles sur les sceaux des échevins. Les tourteaux de gueules sur champ d'or proviennent eux, des armoiries des puissants Comtes de Boulogne, et seront d'abord simplement accolés au blason au cygne à partie du XVIIe siècle puis fusionnés ensemble un peu plus tard, comme il apparait aujourd’hui...

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
              Saint-Quentin → ICI                                              Boulogne-sur-Mer → ICI 


folio 109 r. : Clermont-en-Beauvaisis / Beauvais / Soissons / Noyon / Laon / Calais

Clermont
Soissons
Beauvais

Noyon
Calais
Laon


• On remarque quelques divergences ou évolutions connues, pour Laon ou justifiées : Soissons (voir les liens vers La Planche, plus bas). Plus surprenantes sont les armes de Beauvais (orthographiée Beaüvaix), aux émaux inversés, "d'argent au pal de gueules" ... une erreur ou une mauvaise information transmise à l'auteur? vraiment étrange ...

• La ville de Calais,  après 211 ans d'occupation anglaise revient à la couronne de France le 8 janvier 1558, reconquise par le Duc de Guise pour le compte du roi de France. Les armes de Calais que nous voyons sur le manuscrit ont été accordées cette même année par le roi Henri II qui y fit son entrée triomphale le 23 janvier 1558. Voici donc une nouvelle information importante pour confirmer l’ancienneté de cette partie du manuscrit. Les armes de Calais subiront peu après une évolution définitive en intégrant la croix de Lorraine (soutenant l'écu) doublée, et la Croix de Jérusalem sur un champ de gueules qui proviennent des armes de François de Lorraine, le Duc de Guise, vainqueur à Calais et avec les armes initiales de Calais (celle du manuscrit) mises en écusson, la couronne sommant désormais celui-ci.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant, avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Clermont, Beauvais → ICI              Soissons, Noyon et Laon → ICI                      Calais → ICI


folio 109 v. : Chaumont / Château-Thierry / Vitry-le-François / Châlons-en-Champagne / 
Chaumont-en-Bassigny / Troyes


Chaumont-en-Vexin
Vitry-le-François
Château-Thierry

Châlons-en-Champagne
Troyes
Chaumont

• Ici encore quelques divergences et évolutions connues (Chaumont-en-Vexin, Vitry-le-François) et une énorme bourde de l'auteur ! En effet le blason montré pour Châlons-en-Champagne : "d'azur à trois annelets d'or" est celui de... Chalon-sur-Saône (voir → ICI) !!! une confusion faite assez fréquemment et toujours d'actualité, avec le nom de ces deux villes, même si il s'écrit différemment !

• A noter pour le blason de Chaumont, anciennement "en-Bassigny" du nom du petit pays et ancien comté de Bassigny : le quartier dextre du parti est orné des armes de Navarre qui firent place au demi-rais d'escarboucle fleurdelisée d'or que nous connaissons pour les armes de la ville. Une référence à la féodalité dans cette région quand les comtes de Champagne  qui avaient hérité du titre de roi de Navarre (de 1234 à 1305) possédaient un château dans la ville de Chaumont, elle-même défendue par ses fortifications.

• Voir l'évolution des blasons au siècle suivant,  avec La Planche (après 1669) ou d'Hozier (après 1696):
Chaumont-en-Vexin → ICI
           .                        


  C'est tout pour cette fois. Nous reviendrons très rapidement avec la suite de ce manuscrit très intéressant pour l'histoire de l'héraldique municipale de la France, qui remet en question bon nombre de certitudes affichées par nos auteurs contemporains sur l'antériorité de tel ou tel blason.

Suite de cette section du manuscrit consacré aux villes de France : feuillets suivants  → ICI


 Crédits :
- Le manuscrit complet "Français 17256" est  consultable en ligne sur le site : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8528582x/
- Les blasons "modernes" proviennent tous du site incontournable :  armorialdefrance.fr
sauf celui d'Amiens qui vient de :  armoiries.free.fr
et ceux des Abbayes et de l'Évêché que j'ai bidouillé moi-même ☺
Je les remercie chaleureusement pour l'occasion.




          Herald Dick


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