samedi 26 septembre 2015

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de
l'Ile-de-France - Prévôté de Paris

 Q  uelques  semaines se sont écoulées depuis le dernier volet (voir l'épisode précédent → ) consacré a cet exceptionnel ouvrage de Pierre de La Planche, dont le titre exact est : "La Description des provinces et des villes de France", daté de 1669, pendant le règne du roi Louis XIV et qui est plus connu sous le nom "d'Armorial de La Planche". Voir la description initiale : →
Il est donc temps de reprendre la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !

 Nous avions laissé le dernier jalon en Guyenne, aujourd'hui renommée Aquitaine, en terminant par les provinces basques. Je vous propose de continuer... avec le commencement du manuscrit ! En effet j'avais entrepris d'ouvrir de manière arbitraire la découverte avec le Gouvernement de la Normandie qui était en fait le Livre Quatrième de l’œuvre. Il est donc temps de reprendre au Livre Premier : celui du Gouvernement de l'Ile-de-France. Nous verrons que cette entité administrative de l'époque, équivalente de nos régions actuelles, était découpée en 7 subdivisions : une prévôté, celle de Paris et six bailliages. Ces entités étaient administrées par un prévôt ou un bailli nommés par le roi, équivalent de nos préfets de nos jours. Nous débutons par la première entité de l'époque : la prévôté de Paris.


Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un an, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir

Les fragments de manuscrits proviennent désormais du Volume I. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent (quand il existe) dans l'Armorial Général de France* (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

(*) Armorial Général de France - volume XXIII - Paris 1ère partie
      Armorial Général de France - volume XXIV - Paris 2e partie 
      Armorial Général de France - volume XXV -  Généralité de Paris  (BNF Paris)




 Paris
L'image des armes de Paris, après avoir débuté avec une "nef à l'antique" sur les premiers sceaux de la ville (début du XIIIe s.), s'est muée peu à peu en un magnifique vaisseau de commerce à trois mâts vers les XVIe/XVIIe siècles comme nous les voyons sur les deux manuscrits ci-dessus. La nef originelle que nous connaissons bien aujourd'hui n'est revenue qu'au début du XXe siècle (1924 est une date admise, mais le décret fixant la définition du blason actuel est daté du 20 juin 1942). On remarquera aussi la devise "UN DIEU - UNE FOY / UNE LOI - UN ROY"  qui s'applique plutôt au royaume de France tout entier, et qui se traduit en gros par le fait que les lois royales se doivent de respecter en premier lieu les lois divines et en second lieu les lois fondamentales.
  On pourra s'amuser aussi avec la lecture du court extrait de texte sur l'éloge déjà très "parisianiste" sur les qualités exceptionnelles, la grandeur universelle de la capitale, de ses dirigeants et de ses habitants.




L'auteur : Pierre de La Planche, était un ecclésiastique jésuite de l'Oratoire de Paris. C'est donc bien normal qu'il fasse la part belle aux références à l'Église, par la description précise des lieux de culte du pays, y compris avec l'héraldique.



 Saint  - Denis
(Seine-Saint-Denis)
  Les armes et la devise, plus exactement le cri de guerre : "MONTJOYE SAINT DENIS" sont ceux des rois capétiens. L'abbaye et la basilique qui abritait les reliques du saint martyr Denis ont été le lieu d'inhumation de tous les souverains de France, à quelques rares exceptions, depuis les rois mérovingiens jusqu'au XIXe siècle. Ce qu'il reste aujourd'hui de cette gigantesque nécropole royale, après les ravages de la Révolution française, sont les magnifiques tombeaux et gisants visibles dans le chœur de l'église abbatiale de Saint-Denis.
  Dans l'Armorial des communes du département de la Seine, édité en 1900 (source : BNF Paris), l'auteur, Edmond Blanchard prétend qu'aucun document ne relie ce blason à la ville de Saint-Denis avant l'année 1750. Ce manuscrit antérieur d'un siècle prouve le contraire. Et mieux, j'ai récemment trouvé un autre manuscrit encore plus ancien, datant du XVIe siècle dont je parlerai bientôt, où sont rassemblés quelques blasons de bonnes villes de France de l'époque, parmi elles la ville de Saint-Denis avec un blason qui est "d'azur semé de fleur de lys d'or au chef d'argent chargé de l'inscription en lettres de sable, sur deux rangs : MONT JOIE - ST DENIS ".
 Ce blason est aussi attribué au vieux "pays de France", la micro-région géographique située au nord-est de Paris, et qui a donné son nom à notre pays.



 Poissy (Yvelines)

 Tout ce qu'on peut certifier, c'est qu'il s'agit d'armes parlantes : poisson / Poissy !
 Il y avait en ce lieu au Moyen-âge, un château royal, le roi Louis IX (Saint Louis) y est né en 1214. Plus tard un monastère royal fut aussi construit, mais l'ensemble a disparu sauf l'église collégiale Notre-Dame de Poissy, magnifique.  Voilà qui justifie les trois fleurs de lys d'or sur champ d'azur. Mais pourquoi l'une d'elle est-elle coupée et placée à dextre mouvant du champ, face à la gueule du poisson, ce qui rend ce blason très intriguant ? Aucune explication n'est assez convaincante pour être affirmée. 



Brie - Comte - Robert
(Seine-et-Marne)

 À la fin du XIIe siècle, Robert de Dreux, frère du roi de France Louis VII, fonde la ville de Brie-Comte-Robert qui porte son nom, et y fait bâtir son château, dont de beaux vestiges existent encore de nos jours.
On remarquera ici encore une fois, un changement d'émail gueules ↔azur, au cours du temps, assez courant dans l'héraldique civique française. Les exemples ne manquent pas.




Corbeil (ancienne commune)
Corbeil - Essonnes (Essonne)



Moins évidentes qu'à Poissy, nous avons ici encore des armes parlantes : cœur bel / Corbeil.
Les deux villes de Corbeil et d'Essonnes, aux territoires et quartiers imbriqués depuis des siècles, ont fini par fusionner en 1951. Mais leurs blasons respectifs sont restés séparés, malgré quelques tentatives de fusion infructueuses. La commune est donc représentée par des armoiries comportant les deux blasons accolés posés en V. 




[_)-(_]


D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte sans blason ni mention s'y rapportant :
l'Université de Parisle château de Vincennes, Saint-Maur (-des-Fossés), Charenton (-le-Pont), Meudon, le château de Versailles, Saint-Cloud, le Mont Valérien, Rueil (-Malmaison), Nanterre, Boulogne (-Billancourt), le château de Madrid (à Neuilly-sur-Seine, disparu), Notre-Dame -des-Vertus (à Aubervilliers), l'abbaye royale de Saint-Denis, Argenteuil, l'abbaye de Joyenval (à Chambourcy, disparue), Saint-Germain-en-Laye, Montmorency, le château d'Écouen, Gonesse, Dampmartin (Dammartin-en-Goële), l'abbaye de Jully, Chelles, Tournan (-en-Brie), le château de Grosbois (à Boissy-Saint-Léger), l'abbaye d'Hierre (Yerres), le château de Villeroy (à Mennecy, disparu), le bourg de Châtres (aujourd'hui : Arpajon), Limours, Montlhéry, Chevreuse, Gif (-sur-Yvette), l'abbaye de Port-Royal (à Magny-les-Hameaux), Villepreux, Noisy-le-Sec.
 
 # cependant, quelques années plus tard, quelques lieux ou villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France, le premier a changé depuis de destination: de l'église il est passé à la ville :

Saint - Cloud , commune
 (Hauts-de-Seine)


 


 # et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter cette dernière ville qui n'a pas été mentionnée dans le manuscrit de La Planche :
Villeneuve-le-Roi

Villeneuve - le - Roi
 (Val-de-Marne)



A bientôt pour une nouvelle série ... →


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à :
armoiries.free.fr/accueil/
armorialdefrance.fr/
www.poissy-tourisme.fr/



  Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick  

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