mercredi 5 août 2015

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Guyenne - Sénéchaussée du Béarn

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies  à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !  Voir la description initiale : →

Nous poursuivons avec la découverte du Gouvernement Général de Guyenne. Nous l'avons abordé les dernières fois, il est composé de nombreux anciens duchés ou comtés rattachés les uns après les autres au royaume de France, le tout dernier étant le Béarn, acquis en 1620 par un Édit de Louis XIII.  Ces entités administratives du royaume sont découpées en généralités et en sénéchaussées (pour le sud du pays). Nous allons découvrir le dix-septième chapitre de ces sénéchaussées : et c'est justement l'ancien Comté de Béarn. Ce Béarn qui, avec la Basse-Navarre que nous verrons dans le chapitre suivant, ont été apportés par le roi Henri IV et ses possessions en tant que roi de Navarre. C'est après son assassinat en 1610, qu'elles ont été rattachées à la couronne de France, pendant le règne de Louis XIII, son fils et successeur.
 Sous la Révolution, lors de la création des départements, en 1790, cet ancien pays de Béarn sera réuni aux trois provinces basques: Basse-Navarre, Soule et Labourd pour former le département initialement nommé Basses-Pyrénées, puis rebaptisé Pyrénées-Atlantiques en 1969. Le qualificatif de "Basses-" était depuis longtemps jugé désobligeant par les habitants du département, même s'il se rapportait à la géographie et non pas au caractère des citoyens.

 
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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir







Les fragments de manuscrits proviennent toujours du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent (quand il existe) dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.


(*) Armorial Général de France - volume III - Béarn - Généralité de Pau  (BNF Paris)


Pau (Pyrénées-Atlantiques)
A noter dans le dessin de Pierre de La Planche, la présence des deux fleurs de lys encadrant le pal central, et qui ont disparu. Elles ne sont pas mentionnées par les différents historiens héraldistes qui ont écrit sur l'histoire du blason, voir la fiche "Héraldique et devise"  :  sur Wikipédia.
 Le chef d'or comportant les initiales/chiffre d'Henri IV (H + IV), la couronne royale et l'écaille de tortue renversée qui selon la légende, lui servit de berceau dans le château de Pau, a été rajouté le 30 juin 1829 . En effet, suite à la suppression du blason des villes de 2e classe attribué pendant le 1er Empire, la ville de Pau a reçu l'accord pour le rétablissement de ses anciennes armoiries et avec, donc l’augmentation du chef mentionné ci-dessus,  par lettres patentes signées au nom du roi Charles X , voir le document original → ).
 Bizarrement la ville natale de Henri IV n'est pas blasonnée dans l'Armorial Général de France.




Lescar (Pyrénées-Atlantiques)


Oloron - Sainte-Marie  
(Pyrénées-Atlantiques)

Vous avez remarqué la graphie :  "Oléron" au lieu d'Oloron sur les deux manuscrits ? La confusion avec le nom de l'Île d'Oléron, au large des côtes de Saintonge (la Charente-Maritime actuelle) était inévitable.  Le blason attribué d'office par les services de Charles d'Hozier (losangé d'or et d'azur, au pal de sinople brochant) et de manière abusive, puisque la ville possédait bien des armes précises dont nous avons la preuve devant les yeux : la vache surmontée d'une croix tréflée, a provoqué plus tard des dommages collatéraux.
  En effet, au cours du XXe siècle, avec l'essor du tourisme balnéaire, des cartes postales et autres nombreux souvenirs pour touristes vendus sur l'Île d'Oléron (voir ici → ) ont été illustrés par ce blason douteux, et à cause de l'ancienne orthographe "Oléron" relative à la ville béarnaise ! Le manuscrit précise pourtant bien  "La ville d'Oléron" et nom pas "l'île d'Oléron", mais cela n'a pas empêché les imprimeurs et autres fabricants de persister dans cette erreur ou de passer outre, et encore de nos jours.  Entité géographique et non pas administrative, l'île d'Oléron n'a jamais, au cours de son histoire, adopté officiellement des armoiries. On a donc ici un cas de détournement et même d'usurpation de blason ! La commune d'Oloron-Sainte-Marie serait même en droit de demander réparation, puisqu'elle a dû payer la taxe accompagnant l'inscription dans le registre de l'Armorial Général de France, découlant de l'Édit royal de 1696. Ces paiements étant justifiés pour recueillir des recettes fiscales nécessaires pour le royaume de France.




Orthez (Pyrénées-Atlantiques)

L'Armorial Général de France a ici aussi enregistré un blason attribué "d'office" . Les couleurs du blason récent ont souvent varié selon les époques: "argent sur champ de gueules" ou "or sur champ d'azur".


Salies - de - Béarn
 (Pyrénées-Atlantiques)
Aucune explication sur l'origine du blason relevé par La Planche : une clé et un S majuscule entrelacés. Par contre, le blason enregistré par Charles d'Hozier, et toujours en vigueur, montre une figure étrange dans le premier quartier : un samau. C'est un récipient de bois utilisé pour acheminer l'eau salée vers les fours afin de produire les cristaux de sel par évaporation. Salies était en effet un important centre de production salin à partir de sources d'eaux salées, exploitées depuis plus de 3000 ans ! 




Navarrenx (Pyrénées-Atlantiques)

On pourra regretter cette belle composition avec la bordure engrêlée et cette vache béarnaise allaitant son veau, remplacée par le blason actuel : une fleur de lys d'or surmontée d'un lambel de gueules sur champ d'azur, trop ressemblant aux armoiries de la Provence.
Bizarrement la ville fortifiée de Navarrenx n'est pas blasonnée dans l'Armorial Général de France.


Lembeye (Pyrénées-Atlantiques)

L'Armorial Général de France a ici encore enregistré un blason attribué "d'office" . Mais la cité a gardé son blason historique avec la vache béarnaise.



[_)-(_]

D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte :

- avec un contour de blason vide, et sans description : Morlaas, Sauveterre (-de-Béarn), Nay.
- sans blason ni mention s'y rapportant : Notre-Dame-de-Sérance (Notre-Dame-de-Sarrance, monastère), Coarraze, Notre-Dame-de-Bétharram (sanctuaire), Pontacq, Monein, Morlanne, Bellocq.
 
 # cependant, quelques années plus tard, certaines villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France (certains de ces blasons sont toujours d'actualité aujourd'hui, à quelques détails près, sauf Morlaas et Sauveterre qui ont changé ) :

Morlaas , blason actuel
( Pyrénées-Atlantiques)

Sauveterre - de - Béarn,
blason actuel
 ( Pyrénées-Atlantiques)

Nay (Pyrénées-Atlantiques)

.

Pontacq
 (Pyrénées-Atlantiques)

Monein
 (Pyrénées-Atlantiques)



 # et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières villes appartenant à la province du Béarn et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
-   Gan , Conchez (-de-Béarn) , Thèze.
seule, la ville Gan a changé de blason.


Morlaas , blason actuel
( Pyrénées-Atlantiques)

Conchez - de - Béarn
(Pyrénées-Atlantiques)

Thèze (Pyrénées-Atlantiques)




A bientôt pour une nouvelle série ... →


Crédits :
parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés et parfois modifiés à :
http://labanquedublason2.com/
http://armorialdefrance.fr/

 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick
 
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