samedi 22 mars 2014

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Bourgogne - Bailliage de la Bresse

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier !   Voir la description initiale : →


Nous poursuivons avec la découverte du Gouvernement Général de Bourgogne. Nous arrivons désormais dans des contrées récemment acquises (au moment de la rédaction du manuscrit), anciennes possessions du Duché de Savoie, et perdues par lui suite au conflit Franco-savoyard de 1600 et le Traité de Lyon (1601). Les Pays de Bresse, du Bugey, du Valromey et de Gex sont rattachés à la Généralité de Bourgogne et le Rhône devient la nouvelle frontière. Ces petits comtés sont aujourd'hui réunis et ce depuis la Révolution dans le Département de l'Ain. Seule différence : de nos jours il ne sont plus rattachés à la région de Bourgogne,  mais à une entité hétéroclite appelée "Rhône-Alpes" réunissant les plus anciennes provinces, en allant du Forez au Dauphiné, et du Vivarais à la Savoie.
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Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives :



vous pouvez agrandir les images
 en cliquant dessus


Les fragments de manuscrit proviennent du Volume II. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier,  et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

 (*) Armorial Général de France - volume VI - Bourgogne Duché - Généralité de Dijon ( BNF Paris)


Bourg-en-Bresse (Ain)

Nous sommes ici typiquement dans une héraldique héritée du Comté/Duché de Savoie. Les couleurs sinople et sable, qui au passage sont antagonistes, mais sont néanmoins acceptées par les règles sur les couleurs par le fait qu'elles ne se superposent pas*.  Ce sont les couleurs originelles de la cité données par le Comte Amédée VI (vers 1382).  Plus tard sera rajoutée la croix tréflée d'argent qui est le symbole de Saint Maurice.  Maurice d'Agaune, mort en martyr dans le Valais (Suisse) est le saint patron choisi par les Comtes puis Ducs de Savoie. Cette croix est donc très répandue dans la symbolique de la région et en Savoie (voir plus bas).  Et avez-vous remarqué l'inversion des couleurs dans l'Armorial Général de France ? Sans doute une erreur des fonctionnaires de M. d'Hozier ( il y en a eu  beaucoup !).

(*) voir commentaires sur le sujet, tout en bas



Pont-de-Vaux (Ain)
Nous avons ici un cas de double attribution persistante. Le blason au croissant est très ancien ( déjà connu en 1394) et les habitants y sont très attachés. Il n'a rien à voir avec l'Islam, ou les Croisades comme on le croit parfois, et on a perdu en fait la réelle signification, si il y en a eu une, ce qui n'est jamais certain avec l'héraldique médiévale ! Celui de l'A.G.F. était par contre lui, outre les armes parlantes, une volonté de marquer le changement de souveraineté avec le rattachement récent de la Bresse à la France, par le chef fleurdelisé, mais ce blason est très peu utilisé.





Pont-d'Ain (Ain)

Ce sont les armes pleines de la maison de Savoie. Cette cité était considérée comme la capitale locale des pays d'Ain par les Comtes/Ducs de Savoie  qui y séjournaient au château, au cours de leurs déplacements.




Pont-de-Veyle (Ain)
Le Père de La Planche n'avait rien. Alors Mons. d'Hozier a donné des armes parlantes : un pont et une voile ! mais pas d’explication pour l'étoile. Le blason de droite est une évolution récente adoptée par la municipalité.



Châtillon-sur-Chalaronne (Ain)
Le nom de la ville a changé au cours du XXe siècle. Auparavant, ces armoiries ont été fixées dans l'Armorial Général de France (1696/1711), à la différence près que la croix d'argent broche désormais sur un écartelé de gueules et d'azur, et non plus "un parti" d'azur et de gueules. On pourrait imaginer qu'il s'agit d'une combinaison des armes de Savoie (de gueules à croix d'argent) et de l'azur du Royaume de France réunis pour marquer ici également le changement de souveraineté. Mais rien n'atteste que cette explication somme toute logique, soit la bonne.




Montluel (Ain)

Ces armoiries ont été elles aussi fixées par l'Armorial Général de France (1696/1711). Ce sont les petites sœurs de celles de Bourg-en-Bresse, l'azur ayant pris la place du sinople ! Ici encore, nous voyons une partition (écu parti, couleurs côte-à-côte) et non pas une charge (émail sur émail), elles n'entrent pas en contradiction avec la règle de contrariété des couleurs en héraldique * !

(*) voir commentaires sur le sujet, tout en bas


D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, sans blason ni mention s'y rapportant :

Baugey (Bagé-la-Ville), Montrevel, Saint-Julien (-sur-Veyle), Saint-Trivier (-de-Courtes), Tréffort (-Cuisiat), Villars (-les-Dombes), Loyes (Villieu-Loyes-Mollon).

# cependant, quelques années plus tard, certaines villes (en gras, ci-dessus) ont été enregistrées et blasonnées dans l'Armorial Général de France :












 # et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter ces dernières villes appartenant à la province du Bresse et qui n'ont pas été mentionnées dans le manuscrit de La Planche :
-   Poncin (écrit : Potein)


A bientôt pour une nouvelle série... →




Crédits :
parmi les blasons "modernes" certains sont empruntés et parfois modifiés à :
http://armorialdefrance.fr/
http://labanquedublason2.com/ (dessins :  Jean-Paul Fernon)
http://armorialain.canalblog.com/
 Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly :  http://www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick
 

2 commentaires:

  1. Bonjour, et bravo pour votre site très interressant.
    Pour Bourg-en-Bresse et Montluel vous indiquez qu'elles sont "en contradiction avec la règle des couleurs en héraldique", ce n'est pas exact. En effet les deux moitiés du parti sont sur la même couche de l'écu, elles sont donc côte-à-côte et aucune d'elle ne se superpose à l'autre. Il en va de même pour toute partition de l'écu, y compris les rabattements.

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    1. Bien vu, j'ai dû réviser mon "code du blason" et on peut accepter deux émaux côte à côte en cas de partition. Je vais donc revoir mon commentaire.
      Merci.
      HD

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