lundi 28 novembre 2011

Zoo héraldique #04 : l'Éléphant - 1ère partie Elephas heraldicus europae


Ville de Pégomas
(France - Alpes-Maritimes)
logo actuel (site internet)

 Ne cherchez pas cette espèce dans vos livres de biologie !  ce n'est pas de cette science dont je veux vous parler ... Tout le monde sait qu'il n'existe que deux espèces d'éléphant sur la planète , celui d'Afrique et celui d'Asie, mais moi je vous propose de vous interesser à ceux que l'on trouve sur nos armoiries et qui ont parfois un aspect bien différent des vrais !  du moins.. avaient,  jusqu'à il y a peu de temps !
fragment d'enluminure extrait du
Physiologus (XIIIè s.)
(BNF- Paris)
 Il est vrai qu'au Moyen-âge, peu de personnes pouvaient se vanter d'en avoir vu !  La plupart du temps ils arrivaient en Europe sous forme de cadeaux diploma- tiques ou de tribut de guerre, comme des tas d'autres espèces animales : lions , girafes, rhinocéros , etc...  Dès l’an 800, ils sont offerts par des souverains orientaux, des princes indiens ou des tribus d’Afrique du Nord.  
Ville de Metmach
(Autriche)
Pour n’en citer que quelques uns : Charlemagne possédait son éléphant, qu"il emmenait dans les opérations de guerre contre le Roi du Danemark, notamment . Tout comme l’empereur germanique Frédéric II. Louis IX (Saint Louis) apporta un éléphant en France de retour de croisade, qu'il offrira plus tard au Roi d'Angleterre Henri III. Le légendaire éléphant Hanno apporté d’Inde ( vers 1510; † 1516), fut offert par le roi Manuel Ier de Portugal (1469–1521) au Pape Léon X. Hanno fut amené à Rome en 1514 et devint rapidement l’animal préféré du pape. 

Armorial Général de France de Charles d'Hozier (1696) - Généralité de Poitiers - Vol. n° 28 - extrait page 1180
   Mais bien avant cette époque,  les éléphants les plus célèbres ont été ceux du Général carthaginois Hannibal qui traversèrent l'Espagne , les Pyrénées, le sud de la Gaule et le nord de l'Italie par les Alpes pour aller livrer bataille jusqu'aux aux portes de Rome et dans toute l'Italie romaine ( Deuxième Guerre Punique ; 218-202 av J.C.). 
la traversée du Rhône par les éléphants d'Hannibal

Bataille de Zama (202 av JC)
l'armée d'Hannibal est vaincue , il se suicidera plus tard.
  Imaginez la tête des populations locales et des soldats romains pour qui les animaux les plus gros qu'ils connaissaient étaient les boeufs ou les chevaux !  Car c'étaient des éléphants d'Afrique, les plus grands, dressés pour le combat,  certains affichant plus de trois mètres de haut au garrot et environ 5 tonnes de poids ! Cela a été un choc tel, que les soldats effrayés, fuyaient même sans combattre. Malheureusement , les conditions climatiques ont fait que la presque totalité des bêtes (200) a été décimée après le passage des Alpes.
  Et finalement , c'est le général romain Scipion (l'Africain) qui a eu le dernier mot sur le territoire même de Carthage en 202. On ne verra plus d'éléphants en Europe pendant des siècles.
 Le Muy ( France - Var)
blason de pierre en bas-relief
 Les exploits d'Hannibal ont marqué les esprits à tel point que beaucoup de personnes ont longtemps cru que les armoiries des quelques villages de Provence qui montrent un éléphant , étaient en quelque sorte, un hommage à cet évènement antique. Même si ces villages n'avaient jamais été traversés par le convoi de  l'armée cathaginoise !

de gauche à droite et de bas en haut : blasons des villages de :
1- Carniol (Alpes-de-Haute-Provence)  / 2 - Lioux (Vaucluse) /
3 - Montjustin (Alpes-de-Haute-Provence) /
4 - Pégomas (Alpes-Maritimes)  / 5 - Dauphin (Alpes-de-Haute-Provence)  / 6 - Villeneuve (Alpes-de-Haute-Provence)
 En fait, il n'en est rien , c'est notre juge général d'armes, Charles-René d'Hozier, qui en 1696, a attribué arbitrairement un grand nombre d'armoiries à des personnes et des communautés de la Provence, en alternant partitions (coupé + croix, pal, fasce, pairle, sautoir + loup, sanglier, serpent, ours, cerf, etc... et éléphant) , comme le montre l'extrait ci-dessous :
Armorial Général de France de Charles d'Hozier (1696) - Généralité de Provence - Vol. n° 29 - extraits pages 697 et 733

 Mais revenons un peu au Moyen-âge. L'éléphant était considéré comme un animal fabuleux, du moins exotique . Et par sa taille,  il était un symbole de force ,  de puissance . Il est évident que ces qualités allaient être reprises par les seigneurs féodaux pour leur compte, dans leur grande immodestie , mais c'était des guerriers avant tout.
Burg Helfenstein (Jura Souabe- Allemagne) - gravure XIXè siècle

Tout en se démarquant des classiques  lions , aigles, ours , sangliers , qui ont le monopole de la puissance dans l'héraldique médiévale, c'est ainsi que des seigneurs Souabes ( Allemagne du Sud) , inféodés à l'Empereur germanique , ont choisi ce symbole, mais aussi car il avait le caractère d'armes parlantes: les comtes (Graf) von Helfenstein (du XIè au début du XVIè siècle).
Voici quelques superbes images extraites des manuscrits de l"époque :
plaque funéraire ornée du blason
de la famille de Helfenstein
( église de Blaubeuren - Allemagne)

Wappenrole von Zürich (v.1335-1345)
de gueules à l'élephant d"argent sur une montagne d'or










Ingeram Codex (1459)

















Wappenbuch Conrads von Grünenberg (1483)



 
Wappenbuch Anton Tirol (1540)





















Vous pouvez donc camparer les différentes "vues" des artistes illustrateurs et surtout noter que les défenses de l'éléphant sont assimilées à celles des sangliers, en les pointant vers le haut !autres erreurs "anatomiques" : les oreilles et les membres arrières à l'articulation inversée !

 Les armes de Helfenstein ont produit d'innombrables séquelles dans les armoiries des villages d'Allemagne du Sud , voici un petit échantillon des plus représentatifs :
de gauche à droite , blasons des villages de  :
1 - Temmenhausen  / 2 - Deggingen /   3 - Oppingen  /    4 - Hohenstadt  /   5 - Niederrosla 
  ( tous en Allemagne)

de gauche à droite , blasons des villages de  :
6 - Stubersheim  /  7 - Steedener  /   8 - Hausen ob Lontal  /    9 - Wiesensteig  /   10  - Neufra an der Donau  
  ( tous en Allemagne)



 Dans certains armoriaux médiévaux , il était d'usage de blasonner aussi des personnages légendaires et les princes ou souverains de pays lointains et exotiques. Et donc une bonne raison de plus pour utiliser l'éléphant, lui même symbole d'exotisme !!

Armoiries fictives du Royaume de Babylone - Wappenbuch  Conrad von Grünenberg (1483)
notez l'éléphant du cimier portant une tour :
j'en ferai le thème de mon prochain article  Zoo H. #05
l'animal du bas est une salamandre ! si, si, je vous assure ...

Armoiries fictives du Roi des Scythes
 (Asie Centrale)
de pourpre au proboscide d'or
  L'écu ci-dessus montre un "produit dérivé" de l'éléphant: sa trompe, nommée proboscide. Encore un mot spécifique très peu employé ailleurs qu'en héraldique !  Mais aussi une figure très rarement utilisée ...

Extrait de l'Art héraldique de l'Encyclopédie
de Diderot et d'Alembert (~1751-1772)
cimier de la famille Allhusen
montrant des proboscides















Famille de Fitz  : "De gueules, parti d'argent et de gueules à 2 trompes d'éléphant adossées, les naseaux vers le chef, de l'un en l'autre"
Armorial Général de France de Charles d'Hozier (1696) - Généralité de Paris - Vol. n° 23

Armorial Général de France de Charles d'Hozier (1696) - Généralité de Bretagne - Vol. n° 9

ville de Hornberg - Schwarzwald (Allemagne)
ce sont en fait des cornes mais le dessin est  assez troublant
pour qu'on l'assimile à des proboscides

Ville de Mellrich ( Allemagne)






















  Enfin , autre partie de l'éléphant parfois représentée en héraldique : les défenses , mais très rare.
village de Beša  (Slovaquie)


Ce n'est pas fini , je prévois plusieurs volets supplémentaires , pour une figure assez bien représentée en héraldique, c'est exceptionnel , mais cela le métite , vous le verrez ...

                        Herald Dick

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire